



Vous reconnaitrez des personnages connus et découvrirez d’illustres inconnus. Nous n’indiquerons pas ici les noms des premiers, les paroles se valant toutes.
Ce film a été auto-produit avec difficultés. Un "soutien militant" de 1 € par copie pirate (ou par entrée aux projections payantes) serait vraiment sympa et juste, le réalisateur vivant avec... 600€ par mois.
DVD, 2h50, sortie début janvier 2009.
Réalisé et produit par Jean-Claude Decourt, avec la complicité de Jeff, Elsa Decourt, Gérard Clanet, Claude Fages, Jean-Marc Cougrand.
Gravé sur DVD normal (4,4 MO) pour lecture sur téléviseur ou ordinateur 20 Euros + 5 Euros de port (8 Euros autres pays) et quelques €uros de plus (à votre convenance) pour l’envoi de plusieurs films.
et
Gravé sur DVD DL (double couche) (7 MO) pour lecture sur grand écran (vidéo-projection) 35 € + 5 € de port (8 € autres pays) et quelques €uros de plus (à votre convenance) pour l’envoi de plusieurs films.
Les 5es assises nationales du développement durable se sont ouvertes ce lundi à Lyon. Pendant trois jours, il s'agira de faire l'état des lieux de la planète et de l'humanité.
Recueilli par Laure Noualhat, envoyée spéciale à Lyon
Fervent lecteur de feu La gueule ouverte, manifestant antinucléaire à Creys-Malville en 1977, Didier Jouve est un fin connaisseur du développement durable, au sens premier du terme lorsqu'il fut évoqué pour la première fois par le rapport Bruntland en 1987.
Aujourd'hui vice-président de la région Rhône-Alpes, délégué au développement durable, il accueille les 5es Assises nationales du développement durable à Lyon durant trois jours. Plus qu'ambitieuses, ces Assises tenteront de faire l'état des lieux de la planète et de l'humanité, d'ouvrir d'autres voies et d'élaborer des propositions. Le tout en 3 jours.
Les Assises du développement durable visent à redéfinir la richesse. Pourquoi ?
Cette année, les Assises visent à re-questionner la priorité de l'avoir. La crise est une vraie opportunité pour la remettre en cause. La crise, on l'a vue venir. Elle était tendancielle, elle est désormais tangible. André Gorz, Ivan Illitch, de nombreux penseurs ont écrit sur cette crise écologique, sociale, économique, à venir. Aujourd'hui, il faut veiller à ce que la société ne pourrisse pas le concept de développement durable, concept qui mérite d'être sauvagement défendu alors que certains s'en contenteraient bien pour vendre à peu de frais, avec une peinture verte toute fraîche, ce qui a été vendu dans le passé.
Quelle est votre analyse de la situation actuelle ?
Trois pilotes automatiques sont grippés. Le premier pilote automatique, c'était la croissance. Et toute une génération de responsables, qu'ils soient de droite ou de gauche, ont cru qu'il s'agissait d'une potion magique, d'un médicament général qui répondait à tout. Le pilote automatique numéro 2, c'était le marché et nombreux étaient ceux qui pensaient que tout ce qui avait attrait au public était inefficace. Le pilote numéro 3, et on n'en parle pas assez, c'était et c'est encore la religion technologique.
C'est-à-dire ?
Au XVIIIe siècle, la science nous sort de l'obscurantisme. Au XIXe siècle, la science est rachetée par l'industrie, principal mécène de l'époque. Chemin faisant, le capitalisme s'est organisé sur la prédation des ressources des autres. Et la société s'est articulée autour d'une équation quasi-religieuse : la croissance + le progrès scientifique = le bonheur.
Pourquoi cette équation a-t-elle échoué ?
La création d'une véritable religion matérialiste a conduit à une déconnexion totale entre les avancées des sciences dures, les technologies, et les sciences humaines ainsi que tout ce qui permet d'absorber les progrès scientifiques. Aujourd'hui, on manque d'argent pour développer l'épidémiologie, regardez l'état de nos botanistes en France, etc. La société n'arrive plus à suivre, ni à digérer les progrès et créations technologiques qui nous inondent. Le XXe siècle est donc le siècle de l'irresponsabilité technologique. Et on doit gérer cet héritage : celui des PCB déversés dans le Rhône, des déchets radioactifs, des 400000 substances chimiques présentes dans notre environnement et notre quotidien. Et demain, nous devrons gérer des objets dont nous n'avons pas la maîtrise : OGM, nanotechnologies etc.
Nous avons franchi une étape, et nous ne savons plus gérer la réversibilité de nos actes. Ce que nous faisons aujourd'hui, nos enfants ne pourront plus le défaire. D'après moi, la question de la réversibilité est plus importante que le principe de précaution.
Comment cela s'organise–t-il au niveau politique ?
Au niveau de la région, il faut faire entrer le développement durable dans toutes les politiques territoriales et régionales. Pour la région Rhône-Alpes, cela se traduit par plus de 200 actions dans ce sens : réformes des aides à l'habitat ou à l'énergie, priorité donnée aux circuits courts en agriculture, prise en charge à 50% de la certification bio des agriculteurs etc.
Cela nécessite des moyens que la région ne détient pas forcément…
Contrairement à ce que l'on croit, je pense qu'il ne s'agit pas de dépenser plus mais autrement. Mais aujourd'hui, nous sommes à la croisée des chemins. Je ne sais pas ce que Sarkozy envisage de faire en matière de collectivités locales. Par exemple, en ce qui concerne le Grenelle de l'environnement, on a déchargé pas mal de directives sur les autres mais personne n'a répondu à la question cruciale suivante : qui va prendre en charge le chantier ? J'attends de voir ce qu'il y aura dans la refonte fiscale, elle n'a pas encore eu lieu. Pour l'instant, les régions sont chargées de beaucoup de devoirs, sans en avoir forcément les droits.
En septembre 2003, la municipalité de Lyon accueillait un colloque sur la décroissance volontaire. Aujourd'hui, le terme est devenu tabou. Pourquoi ?
Sur le fond, nous sommes d'accord avec les défenseurs de la décroissance sur les changements à opérer, mais il existe une divergence tactique. Au moment où la crise va frapper de nombreuses personnes dans leur vie quotidienne, il est difficile de demander à ces personnes de devenir décroissantes. Le mot même de décroissance marque le repli, la descente. C'est la structure même du mot qui pose problème, pas son sens.
Quel mot vous conviendrait ?
Sobriété, simplicité volontaire, ou même décroissance de la prédation des ressources, croissance de l'accès à l'eau pour tous, de l'accès à l'éducation. Comme il faut agréger la population autour de perspectives positives, le vocabulaire a son importance. Mais sur le fond, comme je me bats contre le mot «croissance» qui est un mot indistinct, quasi-religieux, je n'ai pas envie à l'inverse d'utiliser le mot tout aussi indistinct qui est celui de «décroissance».
INVENTEURS, PENSEURS, CHERCHEURS, ILS EXPLORENT DE NOUVELLES PISTES, QUI CONVERGENT VERS UN BUT COMMUN : VIVRE MIEUX DEMAIN SANS HYPOTHÉQUER LES CHANCES DES FUTURES GÉNÉRATIONS D'EN FAIRE AUTANT
Costume sombre et cravate club, Pavan Sukhdev, 48 ans, a gardé le look du banquier londonien. Son quotidien n'a pourtant plus grand-chose à voir avec l'excitation des salles de marchés dont il fut pendant vingt-cinq ans un acteur "engagé". Au point de se voir confier par la Deutsche Bank la création d'une filiale dédiée aux investissements financiers en Inde, son pays d'origine.
Depuis un an, il a largué temporairement les amarres d'une planète financière en pleine tempête en prenant la tête de l'ambitieuse étude commanditée par l'Union européenne sur "L'économie des écosystèmes et de la biodiversité". Après le rapport du Britannique Nicolas Stern sur le coût du changement climatique, publié en 2006, il devra éclairer la communauté internationale sur l'autre visage de la crise écologique.
Le résultat final de ces travaux, auxquels participent des dizaines de scientifiques, est attendu en 2010. Mais la publication, en juin, d'un document d'étape a fixé l'ampleur des enjeux : 60 % des écosystèmes planétaires ont subi d'importantes dégradations au cours des dernières décennies et, si les tendances actuelles se poursuivent, 10 % des espaces naturels sont voués à la disparition d'ici à 2050.
"On ne peut pas gérér ce qu'on ne sait mesurer. Quel que soit le degré de difficulté, si nous voulons vraiment gérer notre sécurité écologique, nous devons trouver les moyens de mesurer les écosystèmes et la biodiversité tant d'un point de vue scientifique qu'économique", argumente Pavan Sukhdev, convaincu que le capitalisme actuel a atteint ses limites. Sa critique ne le conduit toutefois pas à prôner le grand soir et, s'il ose parler de révolution, c'est en restant fidèle aux dogmes libéraux.
"Ce qui est très utile - l'eau, par exemple - n'a pas toujours une grande valeur et tout ce qui a beaucoup de valeur - par exemple les diamants - n'est pas forcément très utile", aime-t-il à citer. La phrase est d'Adam Smith, (La Richesse des nations, 1776), le père de la doctrine classique. Car, pour Pavan Sukhdev, ce serait déjà une révolution si l'on parvenait à donner un peu plus de valeur à l'eau, à la forêt, à tous les services essentiels rendus par la nature... et un peu moins aux diamants.
"La notion de succès doit être redéfinie. Au cours des deux derniers siècles, la recherche de gains financiers pour les actionnaires a été le seul baromètre de la réussite du monde des affaires. Ce n'est plus un modèle soutenable, affirme-t-il. La préservation des ressources naturelles représente désormais un tel enjeu que l'impact de l'activité économique sur la nature ne peut plus être traité comme une "externalité" négligeable."
S'il concède que son discours désoriente encore la plupart de ses interlocuteurs, il note cependant des progrès : "Mes collègues banquiers ne me regardent plus avec des yeux ahuris lorsque je leur parle de capital naturel et d'une autre façon d'envisager la croissance." Il fait en tout cas tout pour cela.
Parallèlement à l'évaluation des coûts économiques de la disparition de la biodiversité mondiale, il pilote, pour le compte du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), une "initiative pour une économie verte", dont l'ambition est de mettre entre les mains des décideurs des outils pour assurer la transition vers un modèle économique plus respectueux de l'environnement et capable de relever le défi du réchauffement climatique.
Pavan Sukhdev ne parle pas de décroissance et ne condamne pas abruptement la société d'hyperconsommation. Il sait que ces mots restent inaudibles dans le milieu qu'il fréquente. Ceux qui ont un discours plus radical n'ont pas d'objectif si différent du sien : il s'agit bien de réduire l'empreinte écologique des hommes sur la planète. De cela dépend, il y insiste, "la survie des plus pauvres", qui tirent directement de la nature l'essentiel de leurs moyens de subsistance.