mardi 24 février 2009

Manifeste pour les produits de HAUTE nécessité

C'est vrai ! Ce texte est remarquable, il synthétise avec verve le chemin vers une autre société. A diffuser sans compter : Manifeste

Source : Blog J'ai dû louper un épisode

"Parce qu'ils ne parlent pas que des Antilles, mais de nous: lecture du début du manifeste de neuf intellectuels antillais réunis autour de Patrick Chamoiseau.

Oui, ils parlent de nous, les métropolitains, et parlent de la crise, et parlent de notre révolte, révolte sourde, peut-être, mais qui n'est ni inquiétude ni grogne!

Ils parlent de nous et de cette négation de la réalité anthropologique qui est celle de tout humain, être individué et collectif, réalité broyée par la nature du système néolibéral actuel! Ce n'est pas de pouvoir d'achat dont nous avons besoin, mais de dignité, de reconnaissance de ce que nous sommes, de la richesse potentielle de ce que nous sommes et de ce qu'est la vie, la vraie vie, qui ne saurait se réduire au pouvoir d'achat - et qu'on pourrait peut-être synthétiser par ce que nos prédécesseurs avaient inscrit aux frontispices de nos écoles comme un guide pour les petits citoyens en devenir, "Liberté, égalité, fraternité", devise de la République dont il nous faudrait peut-être redécouvrir la profondeur...

Oui, c'est bien parce qu'au fond ce chacun d'entre nous, nous ressentons ce que ces 9 intellectuels antillais, réunis autour de Patrick Chamoiseau, ont écrit, dans une langue qui donne chair au propos, que nous étions dans la rue le 29 Janvier dernier, et c'est pour cela que nous y serons à nouveau le 19 mars... Parce que nous valons plus que ce à quoi nous réduit le système, parce que le sens du collectif - enfoui peut-être dans les plis de notre âme - ne nous a malgré tout jamais quitté.....Parce que chacun de nous sait bien qu'il a besoin des "produits de haute nécessité" dont parlent les 9 intellectuels antillais....

Ecoutez-les dans cet extrait lu peut-être - sans doute- maladroitement... (5 minutes seulement) . Chaque mot a sa place et sa résonance..."

vendredi 20 février 2009

Paul Ariès : Inventer un nouveau projet politique

Source : lemagazine.info

Quelque peu ignorée par le monde politique et l’ensemble des médias occidentaux, la « décroissance » fait partie de ces nouveaux projets politiques alternatifs portés par la société civile. Ses partisans préconisent l’adoption d’un nouveau mode de vie basée sur la « simplicité volontaire ». Pour tenter d’en savoir un peu plus, Lemagazine.info a rencontré Paul Ariès, politologue et rédacteur pour le journal La Décroissance.

Lemagazine.info : Comment définissez vous la décroissance ?

Paul Ariès : La décroissance n’est pas plus un concept scientifique que le développement durable. Il s’agit d’un mot-obus qui permet de pulvériser l’idéologie dominante et de décoloniser notre imaginaire. On peut en attendre à la fois le sens de l’urgence au regard de la situation environnementale et sociale mais également la possibilité de rouvrir le champ des possibles pour inventer des alternatives.


Lemagazine.info : Quelle est l’histoire de la décroissance ? Autrement dit, comment et pourquoi est-elle née ?

Paul Ariès : La décroissance est née de la faillite de quatre modèles : celui du capitalisme, celui du socialisme réellement existant, celui de la social-démocratie et celui d’une certaine écologie politique incapable de lier la question sociale et environnementale. La décroissance interfère avec des questions déjà croisées dans la très longue histoire : la pauvreté évangélique, le droit à la paresse, le vivre et travailler au pays, l’éloge de la lenteur. Elle tente aussi de penser l’articulation entre plusieurs grandes crises. La crise environnementale avec l’épuisement des ressources et le réchauffement planétaire, la crise sociale avec l’explosion des inégalités et la casse des identités collectives, la crise politique avec la disparition des grands idéaux et les tentations populistes, la crise de la personne humaine avec d’un côté l’explosion de la boulimie comme symptôme d’une société qui fonctionne à la dévoration du monde et d’un autre côté l’explosion des pathologies mentales.

Lemagazine.info : Comment expliquez-vous les dérives de la société moderne ?

Paul Ariès : Notre société a totalement sombré dans la démesure : nous avons perdu la capacité à nous donner des limites. Un individu incapable de se donner des limites va nécessairement les chercher dans le réel (conduites à risque, toxicomanies, suicides des plus faibles notamment les jeunes et les vieux). Une société incapable de se donner des limites va aussi les chercher dans le réel (épuisement des ressources, réchauffement planétaire, explosion des inégalités sociales). La grande question pour le XXIe siècle est bien de renouer avec la capacité à se donner des limites. Ce qui suppose d’en finir avec la dictature de l’économie et de faire valoir la culture et la politique.

Lemagazine.info : Quels sont les collectifs et les structures qui soutiennent la décroissance ? Et quels sont vos moyens d’action ?

Paul Ariès : La décroissance n’appartient à personne. Elle peut déboucher sur le meilleur comme sur le pire. Le meilleur c’est la capacité à lier la question sociale et environnementale : on ne fera pas la révolution de la décroissance contre la majorité des idées ni par des mesures autoritaires. Le pire serait d’instrumentaliser la décroissance pour recycler des idées réactionnaires. La décroissance n’est surtout pas la grenouille qui voudrait devenir aussi grosse que le boeuf. Notre objectif est de poser des questions, de mettre les pieds dans le plat, de montrer là où il faut creuser. Ces questions seront reprises ensuite par les forces politiques existantes ou par des nouvelles.

Lemagazine.info : Qu’est-ce que la simplicité volontaire ?

Paul Ariès : La simplicité volontaire est l’une des trois formes de résistance. Il s’agit de mettre son mode de vie en conformité avec ses valeurs. Pour certains cela veut dire ne pas avoir de voiture ou travailler à temps partiel. Cela semble aller de soi mais je viens d’une tradition politique où l’on avait tendance à reporter le changement de nos modes de vie au lendemain du grand soir… Et comme ce grand soir ressemblait souvent à des petits matins blêmes, on ne changeait pas grand chose. Le risque serait cependant de jouer à plus décroissant que moi, tu meurs, à se croire les nouveaux parfaits. Cette attitude est dangereuse car elle fait passer d’une posture politique à une posture moraliste. D’où la nécessité d’un deuxième niveau de résistance : celui des expérimentations collectives. Tout ce que l’on peut bricoler dans les marges est positif pour commencer à changer ce monde (coopératives de production, distribution, consommation, les AMAP, la presse alternative, etc.). Cela reste cependant insuffisant car le risque serait d’entériner la dualisation de la société.

Lemagazine.info : Que proposez-vous alors ?


Paul Ariès : Il faut un troisième niveau qui est celui de l’invention d’un nouveau projet politique. Nous avons besoin d’un nouveau paradigme pour redonner du sens et de l’ardeur à nos combats. Je propose d’opposer au capitalisme le passage à une société de la gratuité. Pas de la gratuité de n’importe quoi sous n’importe quelle condition mais de la gratuité du bon usage face au renchérissement voire à l’interdiction du mésusage : Pourquoi payer son eau le même prix pour faire son ménage et remplir sa piscine privée ? Pourquoi payer son énergie le même prix pour une consommation normale et un gaspillage ? Le législateur saura bien mettre en place différents tarifs en fonction des niveaux de consommation et des types d’usage, selon le rapport de force, selon l’état des connaissances. Nous devons opposer au capitalisme quelque chose d’aussi désirable que la société de consommation. Seule la gratuité que nous avons chevillée au corps me semble capable de rendre notre projet désirable.

Anthony Laurent , le 4 juin 2008

Colporteurs de décroissance, objecteurs de croissance

Le Mouvement des Objecteurs de Croissance : www.les-oc.info
Le TRES RICHE blog du Séminaire francophone pour une "économie alternative au capitalisme" : economie-alternative.les-oc.info

Le site des colporteurs de décroissance : colportage.decroissance.info

Et les locaux de l'étape : toulouse.decroissance.info

jeudi 19 février 2009

Thomas Piketty : il faut taxer fortement les hauts revenus


Source : Alternatives économiques

"Entretien avec Thomas Piketty : directeur d'études à l'EHESS, professeur à l'Ecole d'économie de Paris


Les rémunérations observées en haut de la distribution des revenus ont effectivement atteint un niveau extravagant. C'est un gros problème, pour l'économie, pour la démocratie, et je pense malheureusement qu'on n'est pas près d'en venir à bout.

J'en suis venu à penser que la seule solution serait de revenir à des taux marginaux d'imposition [...] de 80%, voire 90%, sur les rémunérations annuelles de plusieurs millions d'euros me semble inévitable, incontournable.
[...]
Rappelons ici ce que fut la réaction publique après 1929, suite à l'accession de Franklin D. Roosevelt à la présidence des Etats-Unis. Quand Roosevelt est élu à la Maison Blanche, en 1932, le taux marginal est de 25%; les années 20 ont vu également une explosion des hautes rémunérations. En trois étapes, Roosevelt fait passer le taux marginal à 63% en 1932, 79% en 1936, puis 91% à partir de 1941, un niveau qui sera maintenu jusqu'en 1965, où il est ramené à 77%. Et, quand Ronald Reagan est élu président, en 1980, le taux marginal d'imposition est encore de 70%. C'est ainsi qu'entre 1932 et 1980, le taux marginal d'imposition applicable aux plus hauts revenus a été supérieur à 80%, en moyenne. Pendant un demi-siècle. Et cela ne se passe pas en Union soviétique, mais aux Etats-Unis d'Amérique!
[...]
Revenons à votre question. Observons tout d'abord que la justification des très hautes rémunérations par l'efficacité économique vient d'en prendre un sérieux coup, dès lors que ces rémunérations sont un des moteurs à l'origine de la crise présente. L'asymétrie totale des modes de rémunération des managers et des traders du point de vue de la prise de risque a été un puissant pousse au crime. Le système est tel que quand vous vous engagez dans des opérations à haut risque et que ça marche, vous gagnez des millions, voire des dizaines de millions d'euros. Et quand ça ne marche pas, non seulement vous ne perdez rien, mais c'est l'entreprise qui paye, à travers la masse de ses salariés, ou pire, ce sont les contribuables qui sont mis à contribution. Pas besoin d'aller plus loin pour comprendre l'origine des comportements insensés observés dans la finance ces dernières années.
[...]
De même, les études montrent une forte élasticité des rémunérations des dirigeants en fonction du degré de dispersion de l'actionnariat des entreprises: les managers les moins contrôlés parviennent plus facilement à se servir dans la caisse. Au final, toutes les études disponibles mettent sérieusement en cause l'idée que ces hautes rémunérations seraient un facteur de meilleures performances.
[...]
En revanche, pour les quelques centaines de cadres dirigeants des grands groupes, dont les fonctions ne peuvent être dupliquées, les lois du marché ne nous permettent pas d'évaluer la contribution de chacun aux résultats de l'entreprise. Elles ne nous disent rien sur le bon niveau de rémunération au-delà d'un certain seuil. Et si on les laisse faire, les dirigeants se nourrissent de cette incertitude fondamentale pour se servir dans la caisse.
[...]
Tout cela aboutit à une situation totalement insupportable du point de vue de la justice sociale. Comment pouvez-vous oser expliquer aux gens qu'il faut introduire des franchises médicales afin de faire des économies de quelques euros sur les remboursements de Sécurité sociale et, dans le même temps, dire qu'il faut absolument laisser la moitié de leurs revenus aux personnes qui gagnent des dizaines de millions d'euros? C'est évidemment totalement impossible à comprendre, et même si cela ne concerne qu'un nombre relativement réduit de personnes, c'est clairement une menace pour le fonctionnement de la démocratie.

Partage de la valeur ajoutée, des profits : les trois tiers

Source : Alternatives économiques

"Nicolas Sarkozy souhaite que les actionnaires, les salariés et l'entreprise se partagent à part égale les bénéfices. Si on en croit les comptes établis par l’Insee, le chemin va être long."

Cherchez l'erreur. En plus, la part en rouge ne concerne que l'intéressement et la participation, pas les salaires proprement dits.

En milliards d'euros
Source : Insee, Dares, calculs Alternatives économiques

Emission sur l'économie : Pascale Fourier, journaliste engagée de recherche

Souvenez-vous cette excellente émission sur Radio Aligre : Des sous et des hommes.
De la pédagogie dans l'économie.

Retrouvez toutes les archives et les nouveaux travaux de cette journaliste.

Les archives de l'émission


Les nouvelles interviews sur "J'ai dû louper un épisode
"

Le blog "J'ai dû louper un épisode"

mardi 17 février 2009

AgoraVox : Journal La Décroissance

Source : AgoraVox

La décroissance » ne connaît pas la récession

Voici un mensuel papier qui se présente comme « Le journal de la joie de vivre » avec comme icône, une espèce de Marianne arborant un large sourire que l’on peut néanmoins qualifier d’incomplet, puisqu’il lui manque franchement une dent. Faut-il en conclure que la doctrine décroissante touche jusqu’à la mâchoire et que les soins dentaires sont parmi les premiers à réduire ? Ne concluons pas trop vite ! En attendant, le canard, lui, est plutôt complet avec des articles sociétaux et politiques, une rubrique internationale, des critiques de livres, des réflexions assez philosophiques, une page de courrier des lecteurs, une entrevue avec un authentique « décroissant » sorti de la vraie vie, l’encart consacré à « la saloperie qu’on achètera pas ce mois-ci » ou encore une BD satyrique.


La décroissance se veut politique


Toutes ces rubriques sont bien sûr rédigées à travers le prisme d’une pensée décroissante. Ici et là, au travers des pages, des phrases de personnalités publiques ou de petits événements (parfois rapportés par des lecteurs) sont cités et commentés avec une ironie souvent assez bien sentie, une ironie qui s’emploie à révéler les contradictions et les incohérences de notre civilisation consumériste. Une des grandes qualités de la rédaction de ce journal est justement la cohérence qui se révèle non seulement au fil des pages, mais dans la durée, au fil des ans et des numéros. Si bien qu’il y a quelques années, quand le prêche des objecteurs de croissance paraissait éminemment grotesque à presque tout le monde, l’éditorial n’adoucissait pas pour autant sa critique de la société de consommation « d’abondance ». Aujourd’hui, après les derniers douze mois marqués par la crise financière internationale, l’inflation du coût de la vie, les tensions sur les approvisionnements énergétiques et de matières premières, il semble que le discours décroissant dissone de moins en moins aux oreilles des gens, qui commencent à comprendre que l’idéologie d’une croissance matérielle ad vitam aeternam dans un monde limité, est pour le moins discutable et source de conflits que l’on pourrait peut-être éviter en changeant certaines priorités.


Les éco-tartuffes du développement durable


Le journal se montre particulièrement acerbe envers des personnalités publiques définies comme de faux amis de la cause écologiste dont les figures de proues sont sans conteste Nicolas Hulot et Yann Arthus-Bertrand. Ces derniers seraient des contre-exemples dans la mesure où ils courent le monde en hélicoptère, se serviraient de leur image pour faire du commerce, et seraient des espèces de chevaux de Troie de multinationales (comme L’Oréal) qui soutiennent leurs fondations mais dont on peut décemment douter de la sincérité d’avoir comme priorité la préservation de l’environnement et des ressources.


Le concept, pourtant en vogue, de « développement durable » hérisse le poil du vrai objecteur de croissance car il n’y voit qu’une supercherie qui offre au business actuel une façade « verte » pour mieux poursuivre en profondeur son exploitation irraisonnée de la planète et de l’homme. La décroissance matérielle s’associe donc logiquement à une remise en cause de toute la société industrielle moderne et de son système de valeurs. D’ailleurs, le journal est édité par l’association « Casseurs de pub » qui lutte pour regagner un peu du terrain physique et mental que la publicité sous toutes ses formes a abusivement colonisé. Ainsi, la décroissance correspond au rejet du système industriel qui produit des objets dont une grande partie nous seraient inutiles si le matraquage publicitaire ne nous suggérait (imposait ?) pas l’illusion qu’ils sont indispensables. Cela conduit de plus à une exploitation de populations de travailleurs qui manufacturent à un coût toujours bien décroissant lui, des aliénations envers des populations de consommateurs, le tout pour le plus grand profit de la fine caste qui orchestre ce grand bal mondialisant. Si intégrer l’élite dirigeante de ce système vous assure de régler vos problèmes matériels, c’est une autre histoire pour votre conscience ou ce qui en restera après quelques années au contact du pouvoir et de l’argent. Le véritable objecteur de croissance n’est pas un déçu du système capitaliste qui lui, éprouverait surtout, comme beaucoup, la frustration de ne pas avoir réussi dans CE système, mais qui se serait fort bien accommodé de cette société s’il était parvenu à y occuper une haute position. Non, le décroissant réel se caractérise par un rejet sans concession des valeurs et des principes qui le dégoûteraient toujours, quand bien même aurait-il été correctement loti par le système. L’objecteur de croissance pense également que si la civilisation actuelle repose déjà sur des principes injustes, monstrueux et suicidaires, il s’avère encore bien plus triste de songer aux générations futures et au monde dont elles hériteront.


« C’est à coup de harpon qu’on se maquille », Bénabar.


La décroissance s’applique également à démonter le grotesque d’un certain mode de vie occidental « turbo-compressé » qui consiste à prendre l’ascenseur ou sa voiture pour de petits déplacements toute la journée avant d’aller le soir transpirer sur le tapis roulant d’un club de sport ; à manger trop et surtout de la viande (qui a un faible rendement nutritif par rapport à la surface de sol nécessaire pour nourrir les animaux, élevés dans d’effroyables conditions d’ailleurs !) pour ensuite se faire traiter pour les maladies qui en découleront comme une fatalité (qui ne dérange pas tout le monde…) ; etc… Le problème tourne toujours autour de deux pôles complémentaires : nos excès matériels s’accompagnent presque toujours de dérives éthiques.


Un autre cheval de bataille, et non des moindres, du journal consiste en des diatribes permanentes envers les « confrères » financés par la publicité et détenus par de riches industriels, au premier rang desquels les marchands d’armes. Selon la décroissance, ces gazettes ne peuvent pas être objectives et travaillent grandement à la propagande et au maintien des intérêts du système en place.


Enfin, l’équipe de la décroissance affiche une sainte horreur de la « technoscience » (dont un des porte-drapeaux serait Claude Allègre) lorsqu’elle est présentée comme solution future à tous nos problèmes, et ce, après les avoir dans une large mesure créés. C’est une question de logique et ce serait soigner le mal par le mal : comment prétendre que les facteurs qui nous ont amené jusqu’au gouffre ne vont pas finir le travail et nous pousser dedans si on continue de leur accorder une confiance aveugle ?


Sans surprise, le nucléaire n’est pas porté aux nues par la décroissance : c’est une ligne de pensée d’une cohérence parfaite mais est-il si simple de croire que si quelques pays se débarrassent de l’arme nucléaire, les autres vont verser des larmes de joie et cesser leurs propres programmes ? Est-il si facile d’imaginer un arrêt brutal du nucléaire civil, sans compenser par des énergies fossiles, et sans drastiquement changer notre mode de vie ? Cela ne se fera-t-il pas plutôt sur de longues années où le nucléaire servira de transition entre le fossile et le renouvelable ou autre ? Cependant, la nature nous-en laissera-t-elle le temps ?...

Pour conclure,


sans accepter tout en bloc la pensée décroissante, je crois sincèrement que de nombreuses idées sont à méditer et que ce journal est un vecteur de réflexion très intéressant, souvent dissonant au milieu d’un paysage de presse assez « consensuel », voire « fashioned » sur ces grandes idées. Il ne faut pas avoir peur d’essayer de se remettre en cause parfois. D’abord essayer. La crise économique actuelle est sans doute le meilleur moment pour questionner notre système et notre mode de vie, avec toutes leurs conséquences et leurs impossibilités à terme. Et si la récession se subit, surtout par les plus faibles, (ainsi que se subiront les désastres écologiques à venir ?), la décroissance, elle, s’organise politiquement et n’est pas que matérielle : c’est tout un état d’esprit dont voici deux leitmotivs pour terminer : moins de biens, plus de lien ; moins de compétition, plus de coopération.

moins de biens, plus de liens ; moins de compétition, plus de coopération

Source : AgoraVox

Un bon article sur un journal auquel on vient de s'abonner : La Décroissance, le journal de la joie de vivre. Avec de vrais morceaux de Paul Aries, Vincent Cheynet, Casseurs de pub...
Et des fois un peu trop de rigidité et de hargne à mon goût, surtout dans les petits articles... à voir dans la durée.


Je vous livre la conclusion qui me plaît beaucoup :

"[...]

Et si la récession se subit, surtout par les plus faibles, (ainsi que se subiront les désastres écologiques à venir ?), la décroissance, elle, s’organise politiquement et n’est pas que matérielle : c’est tout un état d’esprit dont voici deux leitmotivs pour terminer : moins de biens, plus de lien ; moins de compétition, plus de coopération. "

jeudi 5 février 2009

Allocation universelle, revenu minimum d'existence


Quelques liens sur un sujet d'avenir. A creuser.

Allocation universelle : Wikipedia

Association pour l'instauration d'un Revenu d'Existence

Allocationuniverselle.com

Transfutur

Revenu maximal autorisé : oui on peut le faire ! Oui on peut en faire plus !


Barack Obama vient de limiter le revenu des patrons des entreprises américaines aidées par l'Etat à 500 000 $.

Outre que le chiffre est élevé, j'imagine qu'il y a encore assez de failles pour qu'ils puissent se servir par d'autres moyens.

Mais bref, ce qui me frappe, c'est que des propositions qualifiées de totalement utopistes il y a quelques mois, sont tout à coup possibles et en partie mises en œuvre.

Sur la même logique de défense de l'intérêt collectif, de non-obscénité des revenus, on peut rapidement mettre en place le revenu maximal autorisé. Ceux (entreprises et dirigeants) qui ne touchent pas directement d'argent public en profitent ou en ont profité de manière diffuse (école, formation, santé, infrastructures, droit...) et méritent tout autant de limiter/partager leurs ressources quand celles-ci sont si visiblement superflues. Reste à discuter démocratiquement du seuil retenu.

Oui, je sais c'est utopiste, mais il semble qu'un peu de volonté politique soit encore possible.

Laurence Parisot ne s'y est d'ailleurs pas trompée, cela crée un dangereux précédent pour elle et ses amis.

mardi 3 février 2009

Emission France Culture - La puissance des pauvres

A écouter d'urgence !
Émission du 17 janvier 2009
Avec Majid Rahnema, diplomate et ancien ministre et Jean Robert, historien des techniques, co-auteurs de "La Puissance des pauvres" (Actes Sud).


Morceaux choisis :
  • La misère, c'est la pauvreté sans les moyens de subsistance.
  • La misère est l'ombre de la richesse.
  • Dans de nombreux groupes humains, l'éthique sociale veut qu'un individu qui aurait une productivité supérieure aux autres ne l'utilise pas afin de ne pas créer d'inégalité avec les autres membres de la communauté.
  • Traditionnellement, les cérémonies, les fêtes sont un moment de redistribution sociale. Celui qui a acquis de la richesse, la distribue (c'est lui qui régale !) en échange du prestige que lui procure ce don.
  • L'existence de "communs" (terres, outils, biens, nourriture...) permet que la subsistance du plus faible ne soit pas garantie mais POSSIBLE.
  • La puissance, c'est la capacité/possibilité d'agir soi-même, de créer sa propre subsistance ; le pouvoir, lui, s'exerce vers l'extérieur, sur les autres, par domination.
  • Dans les sociétés premières, les personnes passent autant de tant à travailler que nous à nous rendre à notre travail. Le reste du temps est occupé à raconter et inventer des histoires, à faire des fêtes...
  • Ce n'est pas au niveau des États que se font les changements, c'est au niveau des actes de chacun, de la jurisprudence du quotidien.
Source
Ce site "non-officiel" a pour but de permettre l'écoute en ligne des archives du magazine de l'environnement diffusé sur France Culture et animé par Ruth Stegassy tous les samedis de 7h05 à 8h : Terre à Terre.

A lire aussi, le précédent bouquin du même
Majid Rahnema.

lundi 2 février 2009

Croissance et décroissance de quoi ? Ca dépend d'où on regarde.

Source : Hervé Kempf - lemonde.fr

"
[...] il se trouve que... nous sommes déjà en décroissance. Par la crise, qui fait reculer pour la première fois depuis longtemps le niveau du produit intérieur brut (PIB) ? Non. Du fait de l'atteinte continue que l'humanité inflige au capital naturel de la planète, c'est-à-dire à l'ensemble des ressources biologiques qui servent de support à ses activités.
[...]
Mais, si cette atteinte est documentée par des milliers d'études sur le changement climatique, la crise de la biodiversité, la multiplication des pollutions, elle souffrait de ne pas pouvoir être synthétisée par un indicateur significatif. Rien à opposer au règne du PIB - qui en est venu à devenir le fétiche de l'enrichissement et du bien-être. Hausse du PIB, bien. Baisse du PIB, mal. Et quand le PIB monte, et que pourtant, la société exhibe de manière de plus en plus manifeste ses malaises et ses tensions, c'est... qu'il ne monte pas assez ! Quant à la crise écologique, eh bien, c'est une autre affaire, que le PIB ne peut pas mesurer, et qui est donc secondaire..."
[...]
La bonne nouvelle est que, depuis une dizaine d'années, un tel indice s'est progressivement développé et affermi : "l'empreinte écologique" suscite un intérêt croissant dans les milieux académiques.
[...]
Depuis 1987, selon cet indice, l'humanité consomme plus de services naturels que la biosphère ne peut en regénérer, c'est-à-dire consomme son capital naturel.
[...]
"

Un appel pour «bien vivre» plutôt que vivre mieux

Source : Christophe Aguiton - blog Liberation.fr

"Appel des Peuples Indigènes au FSM de Belem face à la crise de civilisation"

"Cet appel est signé par des dizaines et des dizaines d'organisations indigènes, essentiellement américaines, sur la proposition des organisations andines. Cet appel veut rompre avec les réponses qui veulent valoriser et renforcer le rôle de l'Etat et s'appuient sur les plans de relance économique. Son ambition est de lutter contre la marchandisation de la vie en défense de la "mère terre" et de se battre pour les droits collectifs, le "vivre bien" et la décolonisation comme réponses à la crise de civilisation.

L'appel définit la crise de civilisation comme la conjonction des crises économique, environnementale et de légitimité démocratique. ¡ No queremos Vivir Mejor, queremos Vivir Bien ! (1) Les réponses apportées sont le concept de "bien vivre " qui s'oppose à un "vivre mieux" qui ne serait corrélé qu'à l'augmentation de la richesse matérielle et à la consommation de biens, la défense des biens collectifs, un processus démocratique qui met les responsables sous le contrôle direct de ceux qui les ont désignés et déconstruit la conception de l'Etat issu du pouvoir colonial pour le remplacer par un Etat décentralisé et multinational où chaque communauté établira des relations de même niveau avec les autres.
[...]

L'intérêt de cet appel est de dessiner une alternative très différente des réponses néo-keynésiennes et néo-fordistes qui dominent dans les mouvements sociaux et partis de gauche. L'appel évite également l'écueil de la "décroissance" en déplaçant le terrain de la discussion : il ne s'agit pas de réduire notre consommation en général et de manière abstraite, ce qui est bien évidemment inacceptable pour les centaines de millions et les milliards d'habitants de cette planète qui soufrent de la faim, du mal-logement, de l'absence de service public et d'offre de soins accessibles, mais de lutter contre le consumérisme en partant de la qualité de la vie et non du volume de consommation.
[...]
"

dimanche 1 février 2009

Possession maximale autorisée

Je vous avais parlé du revenu maximal autorisé, voici une variante en vrai.

Suite à un référendum ratifiant leur nouvelle Constitution, les Boliviens ont limité à 5 000 hectares la surface de terres que peut posséder un citoyen.
Si cette mesure n’est pas rétroactive, la nouvelle Constitution prévoit la possible réappropriation par l’Etat des terres (de plus ou moins de 5 000 hectares) improductives, n’ayant pas de «fonction sociale», où sur lesquelles se pratiqueraient le servage, le semi-esclavage ou l’esclavage – pratiques encore fréquentes en Bolivie.

Quand le Sud nous donne des leçons de bon sens...

Source : le monde diplomatique