vendredi 10 janvier 2020

Ecueils et limites de la gouvernance partagée

Les écueils, les limites et les idées reçues de la gouvernance partagée.
Vous laisser croire que la gouvernance partagée est une histoire sans écueil serait une mauvaise farce. Allons regarder dans le trou de serrure pour ne pas succomber à la tentation d’échapper aux travers qu’elle peut aussi mettre en exergue.


Ecueils et limites de la gouvernance partagée from Universite du Nous - UdN on Vimeo.

[...]
Le rapport au temps est souvent mis à mal dans ce type de démarche. En effet l’acceptation de nos balbutiements du début, le besoin d’efficience immédiate que notre époque a tendance à valoriser sera mis à mal. C’est vrai ! Prendre une décision à plusieurs, avec l’engagement de trouver le consentement des membres du cercle peut paraître long et fastidieux. Mais c’est souvent dans l’oubli du temps et de l’énergie que nous dépensions à débattre, à chercher à nous convaincre, à nous influencer... l’énergie que nous déployions dans le mélange des affects de nos Je avec le projet ou l’organisation.
Et puis que voulons-nous ? Continuer sur le chemin autocratique ? Rester sur la notion de majorité ?
Ne pas changer ? La gouvernance partagée est un choix alternatif à ce que nous souhaitons quitter.
Notre volonté d’efficacité totale, notre conditionnement au toujours plus, au toujours mieux, notre recherche de perfection sera à revisiter pour leurs redonner une place plus ajustée. Néanmoins, mon expérience dans la durée me confirme que la pratique, finit par honorer ses promesses, y compris
celle du résultat.
[...]



jeudi 9 janvier 2020

El pueblo...





« Lève-toi, chante
Nous allons gagner.

Les drapeaux de l’unité
avancent maintenant.
Et tu viendras
marcher avec moi,
et tu verras
ta chanson et ton drapeau fleurir
La lumière
d’une aube rouge
annonce déjà
la vie à venir.

Lève-toi, combats
les gens vont gagner.
La vie à venir
sera meilleure.
Pour conquérir
notre bonheur.
Une clameur
de mille voix combattantes s’élèveront,
Parlant
d’une chanson de liberté.
Avec détermination
la patrie gagnera.

Et maintenant, le peuple
qui rejoint la lutte
d’une voix géante
crie : En avant !

Le peuple uni ne sera jamais vaincu,
Le peuple uni ne sera jamais vaincu…

La patrie
forge l’unité,
du nord au sud
elle se mobilisera.
Des mines de sel
brûlantes et minérales
aux forêts du sud.
Unis dans la lutte et le travail
ils vont
couvrir la patrie.
Leurs pas déjà
Annoncent l’avenir.

Lève-toi, chante
les gens vont gagner
Des millions maintenant
imposent la vérité
Leurs bataillons d’acier
sont en feu,
tenant dans leurs mains
la justice et la raison.
La femme
avec feu et courage
est déjà là
Aux côtés du travailleur. »

Le peuple uni ne sera jamais vaincu…

dimanche 5 janvier 2020

Encore Descola

Source : https://blogs.mediapart.fr/edition/les-debats-du-mucem/article/240517/penser-la-nature-l-heure-de-l-anthropocene

Si les humains sont devenus une force naturelle capable de déstabiliser le système Terre, ne doit-on pas mettre en question le « grand partage » entre nature et culture qui structure la pensée des modernes ? L’anthropologue Philippe Descola révèle qu’il existe des sociétés où les hommes savent composer autrement des mondes avec ce qui n’est pas eux : les animaux, les plantes, les choses, les montagnes et les vallées, le ciel et la terre... Et nous invite à nous aventurer « par-delà nature et culture ».

La fabrication des tonneaux

Quels savoir-faire perdus !!!!
+ les outils adaptés...

Abondance et liberté

Source : https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Abondance_et_liberte-9782348046780.html?fbclid=IwAR2yC-KLzeUq7ZFMyZfSbrxUDWuNvEem-QLf-eer36JRDn9fZRQ0yecMh4k
 
Abondance et liberté - Une histoire environnementale des idées politiques
Pierre CHARBONNIER


 
Sous la forme d’une magistrale enquête philosophique et historique, ce livre propose une histoire inédite : une histoire environnementale des idées politiques modernes. Il n’ambitionne donc pas de chercher dans ces dernières les germes de la pensée écologique (comme d’autres l’ont fait), mais bien de montrer comment toutes, qu’elles se revendiquent ou non de l’idéal écologiste, sont informées par une certaine conception du rapport à la terre et à l’environnement.
Il se trouve que les principales catégories politiques de la modernité se sont fondées sur l’idée d’une amélioration de la nature, d’une victoire décisive sur ses avarices et d’une illimitation de l’accès aux ressources terrestres. Ainsi la société politique d’individus libres, égaux et prospères voulue par les Modernes s’est-elle pensée, notamment avec l’essor de l’industrie assimilé au progrès, comme affranchie vis-à-vis des pesanteurs du monde.
Or ce pacte entre démocratie et croissance est aujourd’hui remis en question par le changement climatique et le bouleversement des équilibres écologiques. Il nous revient donc de donner un nouvel horizon à l’idéal d’émancipation politique, étant entendu que celui-ci ne peut plus reposer sur les promesses d’extension infinie du capitalisme industriel.
Pour y parvenir, l’écologie doit hériter du socialisme du XIXe siècle la capacité qu’il a eue de réagir au grand choc géo-écologique de l’industrialisation. Mais elle doit redéployer l’impératif de protection de la société dans une nouvelle direction, qui prenne acte de la solidarité des groupes sociaux avec leurs milieux dans un monde transformé par le changement climatique.

Version papier : 24 €

vendredi 3 janvier 2020

Par delà Nature et Culture

Philippe DESCOLA – Par delà Nature et Culture

Synthèse

Schèmes = outils de filtrage / compréhension de l'expérience, outils intégrateurs de l'expérience.
= sources et produits d'une cosmologie, d'une structure de cadrage d'un rapport à soi et au monde.
4 schèmes primaires d'identification = 4 ontologies = «  qu'est-ce que je considère comme moi ou différent de moi » = comment j'articule mon expérience entre familiarité et altérite = le moyen général par lequel on établit des différences et des ressemblances entre soi et les autres.
  • Intériorité recouvre une gamme de propriétés tournant autour de la notion d'esprit, d'âme, de conscience, d'intentionnalité, de subjectivité, de capacité à avoir des affects, à signifier et à rêver, bref la croyance universelle qu'il existe des caractéristiques internes à l'être.
  • Physicalité concerne quant à elle la forme extérieure, la substance, les processus physiologiques, perceptifs et sensori-moteurs, le tempérament ou la façon d'agir dans le monde et concerne aussi l'influence des humeurs corporelles, des régimes alimentaires, des traits anatomiques ou des modes de reproduction.

x schèmes secondaires de relation = le don, l'échange, la prédation, la protection, la transmission, la production.

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http://www.oncleshu.be/post/DescolaEthnopsy : les ontologies de Descola

[…]
Poursuivant cette réflexion sur la Nature initiée avec les Achuar, il va ensuite écrire un vaste ouvrage de théorie anthropologique, « Par delà Nature et Culture » (2005) où il va tenter d'identifier ce qu'il appelle des grands schèmes organisateurs de l'expérience. […] L'ouvrage est ainsi fondé sur le pari abondamment argumenté qu'il existerait quelques schèmes fondamentaux organisant l'expérience humaine. Il identifie des schèmes primaires tournant autour de la question de l'identification (qu'est-ce que je considère comme moi ou différent de moi) et les appellent des ontologies. Il en détecte 4 (Animisme, Naturalisme, Totémisme et Analogisme) puis évoque pour les compléter des schèmes secondaires dits également « schèmes de relation » tournant notamment autour de questions forts débattues en anthropologie comme le don ou de l'échange, auxquels il ajoute les schèmes complémentaires de la prédation, la protection, la transmission et de la production.
[…]
Toutes des raisons pour lesquelles D se pose la question de savoir s'il y a une place pour ce que nous appelons la Nature dans une cosmologie qui confère aux animaux et aux plantes la plupart des attributs de l'Humanité. La Nature n'est en tout cas pas ici une instance détachée, objet de l'étude des phénomènes naturels, mais le sujet d'un rapport social.
[…]
D nous invite ici à voir que même si les inventions fonctionnent, elles représentent ensemble une politique, un projet spécifique qui ne va pas de soi, qui nous est propre. L'Objectivité que ces procédures ont construites est un rapport au monde particulier. Un rapport qui tend à faire du monde une machine. La coupure entre l'Homme et ce que nous appelons Nature devient par exemple particulièrement totale avec Descartes pour qui même le corps n'est que le fruit de mécanismes et où l'âme seule est régie selon l'intention divine : JE PENSE DONC JE SUIS.

Selon D, le point culminant de cette approche est atteint quand Nature et Culture se sont retranchées dans leurs domaines d'objets distincts […] c'est avec cette grille de lecture et ces lunettes que vont désormais être étudiés les autres peuples. On croit d'abord que les différences de représentations peuvent être réduites à des phénomènes que les êtres humains n'ont pas su bien s'expliquer autrement. […] D met ainsi en évidence que le surnaturel est une invention du NATURALISME. C'est-à-dire une tendance qui nous fait trier des connaissances estimées légitimes et illégitimes selon que nous les jugerons comme des résidus symboliques ou des « superstitions » ou comme des faits démontrables par les procédures que la science occidentale à mise en place.
[…]
Pourtant, quand un chasseur Achuar chante un « anent » à l'intention du gibier, il ne bascule pas soudain du rationnel à l'irrationnel, d'un savoir technique efficace à la chimère. Toutes ses attitudes participent ensemble au tissu de relations qu'il établit avec son environnement et jouent chacune un rôle dans la configuration des comportements. L'incantation magique n'est pas fonctionnelle parce qu'elle est efficace (en terme de prédation), elle l'est (aussi) en ce qu'elle contribue à caractériser (ici via la manière d'entretenir des relations de personne à personne avec le gibier). Elle est l'une des occasions d'incarner leur manière de se représenter les relations au monde. Un système qui fait ses preuves empiriquement au quotidien

Une manière différente des naturalistes que nous sommes qui produit par exemple une utilisation parcimonieuse et équilibrée de l'environnement dont nous sommes si difficilement capable. Nous qui avons construis un monde qui ne voit plus désormais dans le monde "naturel" que des ressources à exploiter. Nous qui essayions de reconstruire un lien pour nous réinscrire dans des écosystèmes dont nous nous sommes nous-même exclu physiquement et, comme les animistes nous le donnent à penser, également relationnellement.

Il ne faudrait donc pas plus voir des superstitions dans les comportements Achuar tournant autour de la considération des animaux/personnes que dans celui d'une organisation internationale qui interdirait la capture des dauphins et pas celle des harengs sous prétexte qu'au nom de ses valeurs elle décrète l'une "protégée" et l'autre pas. Dans les deux cas, des choix de sociétés sont orientés par des représentations et des valeurs qui ne vont pas de soi
[…]
pour les êtres humains, le sens d'une action n'est pas totalement dicté par ses aspects factuels. La chasse par exemple, est perçue comme une danse de séduction pour les Desana (p.473), l'animal est attrapé quand il est séduit et cette prise au maître du gibier sera compensée en rêve quand le chasseur copulera sous forme animale avec une des filles du maître du gibier. Pour les Campa (p.482), la chasse est un don, le gibier répond à une prière et cède son enveloppe charnelle (sans perdre son âme), il n'est donc point nécessaire d'une telle compensation.
[…]
Le choix volontairement vague d'intériorité recouvre une gamme de propriétés tournant autour de la notion d'esprit, d'âme, de conscience, d'intentionnalité, de subjectivité, de capacité à avoir des affects, à signifier et à rêver, bref la croyance universelle qu'il existe des caractéristiques internes à l'être.
La physicalité concerne quant à elle la forme extérieure, la substance, les processus physiologiques, perceptifs et sensori-moteurs, le tempérament ou la façon d'agir dans le monde et concerne aussi l'influence des humeurs corporelles, des régimes alimentaires, des traits anatomiques ou des modes de reproduction.
Leur rapport est parfois étroit et interdépendant ou au contraire relativement distinct, mais c'est précisément le propos d'étudier les différentes modalités d'ontologies, soit les rapports pouvant exister entre ces deux entités et les rapports qu'elles induisent avec les autres et le monde.
[…]
L'analogisme
[…] le monde serait DIVERS EN SON ESSENCE, complexe et varié. […]
Ces civilisations et groupes vont pourtant avoir besoin - dans un monde menacé sans cesse par l'anomie - de tenter de nouer des liens entre les existants. Et c'est dans ses méthodes qu'on trouvera le point commun qui les relient et le choix de D pour le nom d'ANALOGISME.
On est en effet dans des mondes où l'on va installer toute une série de rapports entre le MACROCOSME ET LE MICROCOSME (notamment grâce à des analogies faite de MÉTAPHORES, de MISES EN ABÎME, de SYMÉTRIES, D'ENGLOBEMENTS ou de DÉDOUBLEMENTS (ce qui explique pourquoi on y retrouve tant de « JUMEAUX »). Les relations y sont articulées dans des JEUX DE RÉPULSION ET D'ATTRACTION.
[…] Ces chaines signifiantes tissent ainsi entre elles une dense toile qui répond au constat initial désespérant que « rien ne va de soi », qu'au fond, grâce à toute une série de procédures « TOUT EST DANS TOUT ». Cet univers définit ainsi les choses par des POSITIONS RÉCIPROQUES. L'un existe par rapport à l'autre, et CHAQUE ÉLÉMENT N'ACQUIERT DE SENS ET DE FONCTION QUE PAR RAPPORT AU TOUT.
L'épistémologie de tels univers synthétise et théorise dans des ouvrages comme le YI KING (qui articule 5 éléments à huit trigrammes fondamentaux) un SYSTÈME DE CORRESPONDANCES entre des organes, des directions, des saisons, des émotions et des éléments de paysages pour arriver aux 64 états possibles de quelque chose, à savoir aussi bien l'état d'une personne, que d'une guerre, d'une transaction commerciale, d'un problème familial, politique ou même agricole. Telle l'astrologie ou la numérologie, ces SCIENCES DU « GRAND TOUT » permettront à ces peuples [de penser] […]
Une autre manière de relier tout en considérant des légions de différences consiste à produire des HIÉRARCHIES faites d'ÉCHELLES, d'ÉTAGES et de NIVEAUX
[…]
Pour citer les exemples les plus vertigineux de conception de la personne faite de multiples composants en partant des plus simples on croit voir un RÉSIDU D'ANALOGISME dans la PSYCHANALYSE qui compose l'intériorité de trois instances (MOI, ÇA ET SURMOI), mais elle n'est pas aussi complexe que la représentation des BAMBARA pour qui « maa » la personne doit composer avec « maaya » (LES PERSONNES DE LA PERSONNE). Etat de fait qui date de la genèse, lorsque le démiurge ayant créé les êtres, vu qu'aucun n'était apte à devenir son interlocuteur, et préleva alors une partie de tous les existants pour les mélanger afin de FAIRE UN ÊTRE HYBRIDE : L'HOMME. Perspective pas tout à fait étrangère aux Hommes des trois religions révélées qui seraient fait à l'image de Dieu.

Le foisonnement intérieur atteint enfin probablement son paroxysme, chez les DOGONS où la diversification des composants pour ne parler que de leur intériorité, attribue huit âmes à chaque être, (...) des âmes intelligentes, des âmes de sexe, de corps, deux couples d'âmes jumelles de sexe opposé. Chaque enfant recevant un ensemble spécifique. Comme je l'ai dit plus haut, parce que la frontière avec l'intérieur et l'extérieur est floue et que l'influence d'autres niveaux est toujours en jeu, LA POSITION DU TOUT PEUT ÊTRE CHANGÉE À CHAQUE RITE de passage, ou cérémonie collective, ou chaque ensorcellement. Chaque Dogon forme ainsi un alliage composite absolument unique d'une quantité prodigieuse de composants matériels et immatériels pouvant se mouvoir chaque jour au gré des circonstances et des échanges avec les autres.
Une instabilité qui explique pourquoi ce système voit comme une NÉCESSITÉ DE MAINTENIR ACTIFS ET EFFICIENTS LES CANAUX DE COMMUNICATION ENTRE CHAQUE PARTIE.


 

mercredi 1 janvier 2020

Les sociétés matriarcales

Source : https://www.desfemmes.fr/essai/les-societes-matriarcales/


Heide Goettner-Abendroth - Les sociétés matriarcales
Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde
Traduit de l’anglais par Camille Chaplain

Dans cet ouvrage pionnier, fondateur des Recherches matriarcales modernes, Heide Goettner-Abendroth propose une nouvelle approche méthodologique du concept de matriarcat, revisitant ainsi l’histoire de l’humanité tout entière. Dans un aller-retour permanent entre le terrain et la théorie, elle offre une vue d’ensemble des sociétés matriarcales dans le monde, faisant apparaître que celles-ci ont non seulement précédé le système patriarcal, apparu seulement vers 4 000- 3 000 ans avant notre ère, mais qu’elles lui ont survécu jusqu’à ce jour sur tous les continents.

Elle montre que les sociétés matriarcales, loin d’être une image inversée du patriarcat, comme le prétend l’idéologie dominante dont l’autrice fait une critique radicale, sont des sociétés d’égalité et de partage entre les sexes. D’où l’utilité de leur étude pour aider les femmes et les peuples autochtones en particulier à penser une alternative au système de domination patriarcal et colonisateur.



Article de Télérama par Clara Delente, janv 2020
[...]
"Il n'est pas question qu'un sexe prenne l'ascendant sur l'autre. [...] La maternité est centrale et ses valeurs adoptées par tous : l'éducation, le soin et la recherche de paix régissent la vie sociale. [...] Il est impensable que quiconque se retrouve livré à lui-même ou en situation de pauvreté. [...] On y observe une économie de partage et de distribution, plutôt que d'accumulation. Chacun reçoit la même part, et ceux qui obtiennent un peu plus partagent avec les autres. [...] Politiquement les décisions ne sont pas prises par des dirigeants, masculins ou féminins, mais par consensus. Sur le plan culturel, le souci des autres, l'attention qui leur est accordée s'étend à l'ensemble de la planète : il ne viendrait pas à l'esprit de ces peuples d'abîmer leur environnement, car ils savent qu'ils ne survivraient pas à cette destruction.
[...]
Les premières structures matriarcales ont été observées autour de 13000 avant notre ère, alors que le premier exemple d'un patriarcat abouti date de 2400 av JC en Europe. Les époques paléolithiques et néolithiques étaient matriarcales. [...] Ce qui avait commencé comme une gestion de crise a finalement perduré, sans doute parce que les chefs ont pris goût à cette nouvelle forme de société. C'est ainsi que sur plusieurs siècles l'Europe s'est patriarcalisée. Le patriarcat est nécessairement impérial et colonial puisqu'il nait de la violence des uns à l'encontre des autres. [...] Ils ont développé l'idée que la violence est formidable, puisqu'elle permet de soumettre des peuples entiers ! [...] Des sociétés qui favorisent la paix peuvent aisément être conquises par la violence.
[...]
Les peuples matriarcaux méprisent la violence autant que nous la glorifions. [...] Les féminicides, les infanticides, les mutilations génitales n'existent pas. Il n'y a pas d'exploitation entre les individus. Les enfants sont d'ailleurs considérés comme des êtres sacrés, parce qu'en eux se réincarnent les ancêtres disparus.
[...]
Pensez aux écologistes, aux luttes féministes ou anticolonialistes : ces courants de pensée alternatifs existent déjà et promeuvent sans le savoir des idée matriarcales. Il leur reste à trouver un point de jonction entre eux. Le matriarcat articule toutes ces idées, et pourrait permettre de rassembler demain celles et ceux qui les défendent. Soit énormément de monde. En tous cas assez pour constituer un vrai contre pouvoir face au patriarcat."

lundi 30 décembre 2019

Utopies et utopistes

Source : https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Utopies_et_utopistes-9782707199607.html 



Utopies et utopistes - Thierry PAQUOT

C’est avec la publication de L’Utopie de Thomas More en 1516 que le mot se répand et que naît un genre littéraire associant critique sociale et description d’une « société heureuse ». L’utopie n’est pas une anticipation, mais un présent qui mise sur le bonheur, l’équité, l’abondance et le respect de chacun.
Thierry Paquot explore diverses utopies écrites ou expérimentées qui se sont succédé depuis le XVIe siècle, en privilégiant certains thèmes : le travail et les loisirs, l’éducation, la famille et les relations amoureuses, la ville et l’architecture. L’utopie s’enrichit au XIXe siècle de l’uchronie, puis de la science-fiction, pour proposer de nouvelles alternatives à la « société de consommation ».
L’utopie contient le pire et le meilleur, elle se révèle parfois autoritaire, totalitaire, culpabilisatrice, triste et uniformisante, tout comme elle peut favoriser le déploiement des désirs, démultiplier les plaisirs, répondre joyeusement aux attentes de ses membres. Ce sont ces paradoxes qu’analyse cet ouvrage documenté à l’écriture directe et passionnée, en s’attardant sur les œuvres de Thomas More, Francis Bacon, Fénelon, Diderot, Sébastien Mercier, Robert Owen, Saint-Simon, Charles Fourier, Edward Bellamy, William Morris et quelques autres « sublimes rêveurs ».

dimanche 29 décembre 2019

Pour une écologie des groupes

Source : https://www.terrestres.org/2019/05/26/on-nest-pas-groupe-on-le-devient-2/
Le livre et plein de ressources directement en ligne
https://micropolitiques.collectifs.net/



« on n’est pas groupe, on le devient ».

Extrait :
Comme l’expliquait la militante écoféministe et sorcière néopaïenne Starhawk, « même les états que nous ressentons comme négatifs, comme pénibles, font corps avec de l’énergie. La colère, la rage, la dépression, le cynisme, la peur qui est résistance sont tous des sources de pouvoir si nous les utilisons comme indicateurs plutôt que comme blocs ». Être affecté n’est pas une déficience, c’est un pouvoir. Le tout est de développer les savoirs, espaces collectifs et outils (micro)politiques adéquats.

mercredi 27 novembre 2019

Cosmogonie du futur

Source : https://www.bdfugue.com/auteur/alessandro-pignocchi

Que du beau roman graphique... et drôle et spirituel !



Un exemple : Petit traité d'écologie sauvage
Auteur : Alessandro Pignocchi

Résumé : Et si le premier ministre se prenait de passion pour les rainettes ? Et si écraser un hérisson par mégarde risquait de déclencher la fureur de son esprit protecteur ? Et si le monde et ses dirigeants adoptaient l'animisme des Indiens d'Amazonie ? La culture occidentale traditionnelle, quant à elle, ne subsisterait plus que dans quelques régions françaises, où un anthropologue jivaro viendrait l'étudier et militer pour sa sauvegarde. De ce parti pris, Alessandro Pignocchi fait émerger un monde où les valeurs s'inversent, les lignes se déplacent et où les rainettes reçoivent enfin la considération qu'elles méritent.

jeudi 12 septembre 2019

A la limite...

Dans cette conférence TEDx, Arthur Keller dresse un tableau des limites et des risques auxquels l'humanité est confrontée et propose une stratégie pour affronter l'avenir avec lucidité et espoir.

mercredi 4 septembre 2019

Lettre de chercheur.es aux jeunes et moins-jeunes

Source : https://lundi.am/Lettre-de-chercheur-es-aux-jeunes-et-moins-jeunes-qui-se-sont-mobilise-es-les?
 

« Notre mode de vie actuel est-il compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique ? »

paru dans lundimatin#185, le 2 avril 2019


S’il fallait reconnaître un mérite à la catastrophe annoncée que constitue le réchauffement climatique, c’est celui de rendre inévitablement politique la question de notre environnement et de nos modes de vie. Alors que la tradition universitaire française et probablement mondiale voudrait que seules les sciences sociales se mêlent aux débats de société, de plus en plus de chercheurs en sciences dites « dures » rentrent dans la mêlée. 

Nous publions ici une tribune émanant de plusieurs chercheurs participant à un Atelier d’écologique politique, communauté pluridisciplinaire de scientifiques travaillant ou réfléchissant aux multiples aspects liés aux bouleversements écologiques. Dans l’objectif de tisser des liens entre des connaissances dispersées et de réfléchir à la façon de les partager avec l’ensemble de la société, afin d’oeuvrer avec elle aux moyens de réorienter notre trajectoire en changeant en profondeur les modes de fonctionnement socio-économiques actuels.

Astronomes, physiciens, archéologues, historiens et chercheurs en sciences cognitives nous l’annoncent sans détour : le rêve d’une humanité d’immortels « servis et soignés par des robots, buvant des cognac dans des voitures autonomes climatisées en se remémorant avec délice leur dernier voyage en navette spatiale » ne se réalisera pas.
Ils proposent à contrario, de tout reprendre à zéro et de « commencer une nouvelle ère en refusant les technologies qui nous apportent plus d’enfermement que de liberté, en imaginant de nouvelles manières de produire, de nouvelles manières de prendre les décisions qui nous concernent, et de nouvelles manières de communiquer, de voyager, de nous soigner, de mourir, de faire la fête, de travailler et d’apprendre ».

Ces journées de forte mobilisation montrent que la lutte contre le réchauffement climatique et la catastrophe écologique en cours est devenue une préoccupation majeure pour beaucoup d’entre nous. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Il y a quelque temps, un autre événement nous avait réjoui.es : il s’agissait du démarrage du mouvement Extinction Rebellion, né en Angleterre et qui s’est lancé il y a quelques jours en France. Pourquoi ce mouvement nous apparaît intéressant ? Parce que leur première revendication, avant même de parler de dioxyde de carbone, est “une communication honnête sur le sujet”. La demande de vérité de ce mouvement nous semble très importante, et nous montre deux choses. La première, c’est que, pour l’instant, ce devoir de vérité n’est pas rempli par le gouvernement, et disons-le, il n’est en fait pas rempli par grand monde, y compris parfois dans les milieux scientifiques. La deuxième, c’est de prendre acte du fait qu’avoir une bonne évaluation de la situation actuelle est un préambule nécessaire avant toute revendication concrète. Analyser la situation nécessite de faire appel à de très nombreuses disciplines, et c’est précisément un des objectifs de notre atelier d’écologie politique que de réunir, au sein d’un même collectif, des spécialistes de disciplines aussi diverses que l’agronomie, l’histoire, la physique, la sociologie, la biologie, l’économie, l’astrophysique ou la climatologie, et de réfléchir ensemble à la catastrophe écologique en cours. Alors, pour participer à ce devoir de vérité nous, membres d’Atecopol, étions les 14 et 15 mars avec les étudiant.es de nos établissements d’enseignement supérieur pour discuter et débattre de la situation. Nous avons le 15 au matin mobilisé notre communauté, celle des chercheur.es et des enseignant.es du supérieur, afin de discuter du positionnement de notre profession face au réchauffement climatique. Et nous étions le 15 après-midi au côté de la jeunesse qui nous interpelle tous.

Le constat

ll y a quelques analyses que nous souhaiterions vous livrer. La première consiste en la réponse à une question très simple, que nombreux.ses parmi vous se sont certainement déjà posée : notre mode de vie actuel est-il compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique ? Ou en d’autres termes peut-on arriver à vivre comme nous le faisons actuellement en nous passant d’énergies fossiles ? La question est simple mais y répondre est compliqué. Pour le faire, il faut passer un temps considérable à lire des rapports du GIEC, lire des articles scientifiques, se documenter sur les énergies renouvelables et réfléchir. Au final, la réponse est relativement simple : c’est non. Ce qui rend les choses très difficiles est l’intermittence des énergies renouvelables, et le fait qu’elles soient extrêmement diluées, et donc nécessitent la couverture d’espaces considérables avec des grosses infrastructures très consommatrices en matériaux pour récupérer de l’énergie, avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer en terme de déchets miniers, perte de biodiversité et artificialisation du monde. Il existe néanmoins quelques possibilités. La première, qui n’est d’ailleurs pas si éloignée de la situation actuelle, est que nous exploitions outrageusement le reste du monde.
Il existe effectivement une solution technologiquement possible qui serait qu’une frange ultra- minoritaire de la planète puisse continuer à vivre comme nous aujourd’hui, à condition d’exploiter les travailleurs d’autres pays ou de son propre pays, et de refuser l’accès à ce mode de vie à d’autres, car il ne serait pas compatible avec l’avenir à long terme de la planète. Un Occident qui continuerait son mode de vie et maintiendrait donc l’ensemble du reste du monde dans la pauvreté serait techniquement possible, mais nous serons probablement tous d’accord pour dire que cela ne serait éthiquement pas soutenable. La seconde serait l’utilisation ultra-massive du nucléaire, dans des proportions telles qu’elle n’est envisagée sérieusement par aucun pays, fait de toute façon face au rejet de la majorité des citoyens, et ne pourrait tout au mieux constituer qu’une solution transitoire, en raison de la finitude des réserves d’uranium. La troisième est d’accepter l’intermittence et le fait que nous ne disposerions pas d’énergie à volonté tous les jours, et qu’à certains moments de la journée ou de l’année, on n’en aurait pas ou peu.
Mais finalement, en l’état actuel de nos connaissances, il n’existe pas de solutions technologiques qui permettent à toute la planète d’avoir notre niveau de confort actuel sans mettre en péril le climat et le vivant. Et les gens qui vous disent le contraire se trompent par ignorance, ont fait des erreurs de calcul, ou mentent par intérêt. Les scientifiques et les ingénieurs pourraient être utiles à mettre en place un certain nombre de choses souhaitées par les citoyens et utiles sur le long terme à l’humanité, comme une agriculture résiliente ou un bon système de soins. Mais ce n’est pas la voie qui est très majoritairement suivie. On assiste plutôt à l’heure actuelle à une philosophie très différente en matière d’ingénierie et de recherche scientifique, qui ont toutes deux complètement intégrées une illusoire et dangereuse idée de croissance et de progrès technologiques infinis. La recherche technologique se développe donc actuellement en se basant sur le postulat que demain, l’énergie sera encore très largement abondante, peu chère, et nous permettra de mener à bien des projets pharaoniques. Pourtant, qui peut sérieusement croire que, alors que nous devrions développer les moyens de nous déplacer les plus écologiques possibles, le développement d’un véhicule autonome truffé de capteurs et d’électronique soit une priorité ? Qui rêve encore de conquérir Mars alors que nous ne sommes pas capables de prendre soin de notre planète ? Qui pense encore que, alors qu’il n’a jamais été aussi nécessaire de reprendre en main le destin de l’humanité, nous devrions laisser la gestion de tous nos gestes quotidiens et des objets qui nous entourent à des intelligences artificielles ou à des algorithmes ? Et enfin, qui souhaite encore, alors que les humains ont plus que jamais besoin de retrouver l’humilité nécessaire à la prise de conscience de la finitude de notre planète, de nos ressources et de nos vies, nous vendre un rêve de toute-puissance et d’immortalité ?
Les gens qui nous vendent ce rêve s’imaginent sans doute que leur futur sera celui d’humains immortels, servis et soignés par des robots, buvant des cognac dans des voitures autonomes climatisées tout en se remémorant avec délice leur dernier voyage en navette spatiale. Cette science-fiction pourrait éventuellement devenir réalité mais, même si c’était le cas, nous savons très bien qu’elle ne pourrait être accessible qu’à une ultra-minorité tandis que tout le reste de l’humanité vivrait dans la misère, pour rendre ce rêve possible pour quelques-uns. Et c’est pourtant actuellement précisément ce projet politique, qui consiste en fait à vouloir sauvegarder le mode de vie d’une frange réduite de la population en exploitant le reste du monde qui est à l’œuvre, que ce soit au niveau national comme au niveau mondial. Mais il est désormais de notre devoir de refuser à la fois cette science-fiction et le projet politique associé. Notre rêve pourrait être un vrai rêve populaire, réaliste et humble : que l’immense majorité des habitantes et habitants de Notre Terre puissent dans les siècles à venir continuer à se nourrir, se soigner, à rire et à se divertir, sans avoir à quitter leur terre d’attache, et sans que notre Planète ne sombre dans le chaos. Et les navettes spatiales, les robots assistants et les véhicules autonomes ne participent pas à ce rêve ; au contraire, ils l’en éloignent.

Nous faisons partie de la minorité favorisée

Le problème, dans tout cela, c’est que, dans notre pays, beaucoup parmi nous sommes déjà presque des milliardaires immortels buvant du cognac dans un véhicule climatisé en rêvant de voyages en navette spatiale. Nous pouvons communiquer instantanément avec des gens à l’autre bout du monde, atteindre l’Australie en moins d’une journée, manger de la viande et des denrées provenant d’autres continents presque autant que bon nous semble, et avons une espérance de vie que jamais l’humanité n’a atteinte. La classe moyenne française peut -mais pour combien de temps encore, vu la dynamique de déclassement en cours- vivre dans de vastes maisons bien chauffées et dotées d’une piscine individuelle. Sa voiture est bien entendu dotée de nombreux gadgets électroniques et d’un GPS qui, rappelons-le, nécessite d’envoyer des satellites pour trouver sa route. Lorsqu’elle reçoit ses amis le weekend, elle est censée leur servir une belle portion de saumon d’élevage et de crevettes de Madagascar, dont l’un contribue à une surpêche mortifère dans les océans, et l’autre à la destruction de la mangrove à l’autre bout du monde. Comme le dit Edgar Morin : “Le mot bien-être s’est dégradé en s’identifiant au confort matériel et à la facilité technique que produit notre civilisation. C’est le bien-être des fauteuils profonds, des télécommandes, des vacances polynésiennes, et de l’argent toujours disponible”.
Alors, si nous ne pouvons décemment pas conserver sur le long terme l’ensemble de tout cela, une question complexe reste en suspens : que souhaitons nous conserver de tout le luxe que la civilisation du pétrole nous a donné à connaître, à apprécier et qu’elle a même parfois rendu indispensable pour notre simple vie quotidienne ou notre métier ? Puisque nous partageons avec Extinction Rebellion cette envie de parler vrai, nous plaidons pour que, tous ensemble, nous ayons une discussion honnête et franche sur ce que nous souhaitons vraiment pour nous et pour le reste de l’humanité présente et future, à la lumière de ce qu’il est vraiment possible de faire. Souhaitons-nous maximiser notre bien-être présent sans trop nous soucier du long terme et de celui de nos descendants ? Quel degré d’inégalité à l’échelle d’un pays ou du monde sommes-nous capables de tolérer ? Que souhaitons-nous garder ? Notre espérance de vie ? Nos capacités à voyager loin et rapidement ? La société numérique ? L’alimentation carnée ? De vastes lieux d’habitation chauffés ? Les denrées exotiques ? Des piscines individuelles ? Vous le voyez, ces questions sont complexes car elles bousculent le confort qui nous semble avoir été acquis après des décennies de progrès. Elles sont en tout cas bien éloignées des questions faussement naïves auxquelles on nous propose de répondre dans le Grand Débat.
Nous ne prendrons qu’un seul exemple, qui nous tient particulièrement à cœur au sein de l’Atelier : celui des voyages en avion. Dans nos métiers de chercheuses et chercheurs, nous sommes incités très fortement à voyager en avion et certains parmi nous, comme beaucoup de françaises et de français, le prennent également pour nos vacances. Certains parmi nous ont volontairement arrêté les voyages en avion, mais ils sont très loin d’être majoritaires. Pourtant, actuellement, il n’existe aucune voie raisonnable qui permettrait de diminuer de manière significative la contribution de l’aviation au réchauffement climatique, et il n’y en aura aucune à moyen terme, les ingénieurs vous le confirmeront. Nous allons vous donner un chiffre : pour permettre à chaque Français.e de faire un voyage long-courrier par an en avion, il faudrait consacrer 16 départements français à la culture de l’agro-carburant ! Oui 16 ! Bien entendu, on parle là de monocultures et de techniques agricoles hyper-intensives qui ne peuvent qu’à long terme épuiser la terre et détruire la biodiversité. Nous ne pouvons pas nous permettre cela. Ou bien peut-être pourrions-nous, pour obtenir cet agro-carburant, perpétuer la catastrophe écologique et humaine en cours au Brésil, en déforestant l’Amazonie et expulsant les populations autochtones ? Pourquoi faire ? Pour prendre l’avion et aller constater de nos propres yeux les conséquences désastreuses de notre exploitation du monde ? Où pour aller dans des îlots de pseudo-authenticité maintenus artificiellement par des agences de voyages ou des autochtones pour continuer à vendre du tourisme à quelques privilégiés ? Est-ce cela que nous voulons ? Quant aux électro-carburants, moins gourmands en espace, ils nécessiteraient malgré tout, à l’échelle européenne, d’investir 1500 milliards d’euros, de couvrir l’équivalent de 2 fois la République Tchèque (ou 4 départements français pour la seule consommation française) de panneaux solaires et d’éoliennes uniquement pour l’aviation, le tout pour obtenir un carburant qui serait au mieux quatre fois plus cher que du kérosène et ne permettrait, dans le bien improbable meilleur des cas, de réduire la contribution des avions au réchauffement climatique que d’un facteur deux[S. Schemme et al, Fuel 205 198–221 (2017)]. Autant vous dire que les avions ne sont pas près de s’arrêter de voler au kérosène, alors que c’est maintenant qu’il faut diminuer nos émissions. Prendre l’avion est donc un luxe incompatible avec la sauvegarde de la planète sur le long terme, et il est de notre devoir de vous le dire ! Et toute politique basée sur nos connaissances scientifiques devrait arriver à la conclusion qu’il faut suivre trois voies en parallèle en ce qui concerne l’aviation : réduire, réduire et réduire. Et se poser la question de la nécessité vitale ou pas de maintenir cette technologie. Quelle est la vision politique actuelle autour de l’avion ? à l’échelle mondiale, 1500 nouveaux aéroports sont en projet...
Mais un point difficile, et il faut bien le reconnaître, est que, actuellement, très peu de gens sont prêts à arrêter de prendre l’avion, que ce soit chez les jeunes comme chez les moins jeunes. Pour beaucoup, le mot “voyage” est devenu synonyme de “prendre l’avion pour aller sur un autre continent”. De même, nous n’imaginons plus la vie sans internet, alors que cette technologie n’est présente dans notre quotidien que depuis 20 ans. Sans parler des smartphones, qui ne sont pourtant là que depuis 10 ans, et dont certains parmi vous disent pourtant “je n’imagine pas la vie sans”. Le luxe technologique a colonisé notre imaginaire, et nous sommes devenus incapables d’imaginer une autre vie. C’est dire la puissance qu’ont les forces qui nous entraînent vers une seule et même manière de voir les choses.

Deux propositions... pour commencer

Comment sommes-nous arrivés là ? La société dans laquelle nous vivons nous incite à faire toutes ces dépenses luxueuses à travers la publicité : cette dernière cherche à envahir nos vies jusqu’aux pissotières des bars, et cherche à communiquer avec les smartphones pour proposer des publicités personnalisées, alors que nous cherchons simplement à nous promener paisiblement dans la rue. Alors, plus que jamais, à l’aube de la catastrophe écologique, refuser ce que la société de surconsommation attend de nous devient un impératif. Il nous faut plus que jamais réfléchir à ce qui relève du luxe, et ce qui relève du besoin. Nous devons faire en sorte que le luxe, réservé à une minorité, disparaisse, mais que toute la population puisse satisfaire ses besoins essentiels. Nous devons donc en premier lieu supprimer toute la machinerie publicitaire qui nous fait passer le luxe pour des besoins fondamentaux. L’interdiction totale de la publicité est donc la première mesure que nous proposons pour la transition écologique, car nous ne voyons pas un seul, nous disons bien pas un seul, point positif pour notre société à son existence. Notez bien que nous disons publicité, et pas information. Les informations utiles aux consommateurs peuvent et doivent rester présentes dans les endroits où l’on y accède volontairement. La publicité, qui consiste à imposer une incitation perverse non désirée à surconsommer, doit tout simplement disparaître de nos vies.
Par ailleurs, plus que jamais, la société doit devenir égalitaire car, dans un monde où les ressources et l’énergie vont mécaniquement être amenées à se raréfier, les inégalités vont devenir de plus en plus difficiles à être éthiquement supportables pour les franges les plus aisées, et physiquement supportables pour les franges les plus pauvres. On nous répondra que les inégalités sociales sont intrinsèques aux sociétés humaines. Ceci est un mensonge, bien pratique pour justifier la mainmise de la richesse part quelques-uns. Il existe de nombreux exemples de sociétés humaines ayant vécu, parfois pendant des millénaires, dans des sociétés égalitaires, sans pouvoir, sans rapport de domination, et au sein desquelles les ressources étaient partagées. L’accumulation de richesse était dévalorisée socialement, et l’entraide était la norme. Les inégalités ne sont pas intrinsèques à la nature humaine, elles sont le résultat d’une culture que nous avons le devoir de remettre en question !
Alors, comment pourrait-on mettre en place un vrai régime égalitaire, qui réponde aux besoins de tous, et empêche l’accumulation de luxe qui gaspille nos précieuses ressources et le futur de notre planète ? Dans certains projets politiques, on parle souvent de limitation des salaires ou de taxation des successions. Ces mesures sont intéressantes mais insuffisantes, car des moyens ont toujours été trouvés pour contourner les politiques de répartition et accumuler de la richesse ; il suffit de regarder les statistiques de répartition des richesses pour s’en persuader. Il nous faut proposer un projet politique qui fasse tout simplement perdre son sens à l’accumulation de richesses. Ce que nous proposons ici est différent : il s’agit du contrôle social de la nature de la production. Le système capitaliste repose sur la propriété privée et la liberté d’entreprendre. Nous ne remettons ici nullement en cause la liberté d’entreprendre, mais nous remettons en cause vigoureusement la liberté d’entreprendre, de produire, et de vendre n’importe quoi. Ce qui doit être mis en vente et proposé à l’achat au citoyen doit répondre à un certain nombre de principes et doit être évalué par des assemblées dédiées. Le premier de ces principes est que ce produit doit impérativement prendre soin de la planète, des humains et des autres êtres vivants, tant dans ses matériaux, son mode de production, que dans sa finalité. Il ne s’agit pas juste de répondre à quelques normes, nous voyons bien que cela ne fonctionne pas : il s’agit de passer à un mode de production par autorisation des citoyens, en considérant tous les aspects que l’introduction d’un nouveau produit a sur l’ensemble de la société et sur les sociétés à venir. Le second principe est que tout produit ou service vendu au grand public doit impérativement pouvoir être acheté par le plus grand monde. Ce faisant, l’accumulation de richesses perdra tout son sens, puisque la richesse ne servira plus.

L’an 01

Alors, à l’heure où nous devons imaginer un nouveau futur, un autre rapport à la technologie, une nouvelle évaluation de nos besoins, nous pouvons nous tourner vers nos prédécesseurs, ceux qui avaient refusé de sacrifier leurs rêves et leur environnement au nom du progrès économique, vers tous ceux qui avaient déjà anticipé, depuis deux cents ans, le pétrin dans lequel nous nous trouvons maintenant ! Et ce, alors même qu’il n’était même pas question de réchauffement climatique.
Commençons donc cette nouvelle ère de manière rafraichissante, en (re)-regardant le film l’an 01, ou en lisant la B.D. Ce film commence par une décision partagée par toute la population d’arrêter la production industrielle et la consommation de biens inutiles, et par une réflexion sur ce qu’il est indispensable de continuer à produire pour le bonheur de tous. Le mot d’ordre de ce film est “on arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste”. Jamais ces trois mots d’ordre n’auront été autant d’actualité : “On arrête tout”, car un grand nombre de choses qui nous entourent doivent être arrêtées, c’est indispensable. “On réfléchit”, car la situation dans laquelle nous nous trouvons est d’une complexité inouïe, et qu’il n’y a pas de réponse simple à une situation complexe ; “ et c’est pas triste”, car ce que nous allons chercher à mettre en place, c’est une nouvelle manière d’être heureux et d’être bien ensemble, sans pour autant détruire le vivant. A aucun moment nous ne devons laisser la joie nous quitter, car nous pouvons facilement nous débarrasser de beaucoup de choses sans que notre joie nous quitte, au contraire : aller nous baigner dans les lacs et les rivières plutôt que dans la piscine d’un.e pote, louer une maison à la campagne avec 30 ami.es plutôt que d’aller à Bali, se retrouver dans un parc ou un bar plutôt que de zoner sur facebook, dormir avec un gros pull Casimir orange plutôt qu’en T-Shirt, aller bivouaquer en montagne plutôt que d’y faire du ski, raconter des conneries plutôt que de faire des selfies, manger des poires plutôt que des ananas, brasser de la bière dans son salon plutôt que de bosser pour Airbus, rouler à 70 dans une vieille 4L pourrie en chantant plutôt qu’à 140 dans un SUV et son autoradio bluetooth... le Nouveau Monde que nous allons mettre en place sera tout sauf triste. Ce sont les ennemis du vivant qui veulent faire croire que sobriété rime avec tristesse car pour eux, le bonheur nécessite un yacht. Nous serons heureux, et nous n’aurons pas de yacht... et personne n’en aura, car nous aurons décidé de ne plus en produire.
Alors, comme dans l’An 01, nous décidons nous aussi de commencer une nouvelle ère en refusant les technologies qui nous apportent plus d’enfermement que de liberté, en imaginant de nouvelles manières de produire, de nouvelles manières de prendre les décisions qui nous concernent, et de nouvelles manières de communiquer, de voyager, de nous soigner, de mourir, de faire la fête, de travailler et d’apprendre. Car le système politique et économique actuel, nous le voyons tous les jours, est structurellement incapable de prendre en compte le long terme, et il n’est plus capable de se réformer : il se contente de se protéger et de défendre ses serviteurs, tout en priant qu’une révolution n’ait pas lieu, s’emmurant avec son trésor, un fusil à la main. Il ne s’agit pas d’un problème de personnes. Nous pouvons certes être en désaccord avec M. Macron, mais il n’est que la représentation émergeant naturellement de nos règles et de notre système. Alors, si nous devons mettre fin à quelque chose, c’est plus à notre système actuel qu’à la présidence de Macron.
Ce qu’il adviendra de l’humanité dans les années et les siècles qui viennent n’est pas encore écrit : la réponse dépend de nous, aujourd’hui, car nous vivons un moment unique dans l’histoire. Les commentateur.rices ne peuvent pas dire mieux en disant que nous sommes la première génération à subir les effets du changement climatique, et la dernière à pouvoir le limiter à des niveaux encore tolérables pour le bien-être de nos descendants. Alors peut-être que le 15 mars 2019, l’an 01 a commencé. Le jour où la jeunesse s’est révoltée ! Alors, que le nouvel élan qui souffle aujourd’hui ne s’arrête jamais, et longue vie au mouvement du 15 mars !

Signataires :
Frédéric Boone, astronome adjoint, Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie (IRAP), UMR CNRS – UT3.
Guillaume Carbou, maître de conférences en sciences de la communication, Laboratoire Sciences, Philosophie, Humanités (SPH), Université de Bordeaux ; associé au Laboratoire d’études et de Recherches Appliquées en Sciences Sociales (LéRASS), UT3.
Julian Carrey, professeur en physique, Laboratoire de Physique et Chimie des Nano- Objets (LPCNO), UMR CNRS – INSA – UT3.
Jean-Michel Hupé, CR CNRS en sciences cognitives, Centre de Recherche Cerveau et Cognition (CerCo), UMR CNRS – UT3.
Vanessa Léa, CR CNRS en archéologie, laboratoire TRACES, UMR CNRS – Université Toulouse Jean-Jaurès & Laboratoire d’écologie fonctionnelle et environnement (écoLab), UMR CNRS – INP – UT3.
Sébastien Rozeaux, maître de conférences en histoire contemporaine, laboratoire France, Amérique, Espagne – sociétés, pouvoirs, acteurs (FRAMESPA), UMR CNRS – UT2.

La quatrième guerre mondiale a commencé

Source : https://www.monde-diplomatique.fr/1997/08/MARCOS/4902

Un article de 1997 du sous-commandant Marcos


[...]
La première de ces pièces est la double accumulation de richesse et de pauvreté aux deux pôles de la société planétaire. La deuxième est l’entière exploitation du monde. La troisième est le cauchemar d’une partie désoeuvrée de l’humanité. La quatrième est la relation nauséabonde entre le pouvoir et le crime. La cinquième est la violence de l’Etat. La sixième est le mystère de la mégapolitique. La septième, ce sont les formes multiples de résistance que déploie l’humanité contre le néolibéralisme.
[...]

PIÈCE NUMÉRO 1 - CONCENTRATION DE LA RICHESSE ET RÉPARTITION DE LA PAUVRETÉ
La figure 1 se construit en dessinant un signe monétaire.

[...]
 PIÈCE NUMÉRO 2 - GLOBALISATION DE L’EXPLOITATION
La figure 2 se construit en dessinant un triangle[...]
 PIÈCE NUMÉRO 3 - MIGRATION, LE CAUCHEMAR ERRANT
La figure 3 se construit en dessinant un cercle.
[...]
 PIÈCE NUMÉRO 4 - MONDIALISATION FINANCIÈRE ET GÉNÉRALISATION DU CRIME
La figure 4 se construit en dessinant un rectangle.

[...]
 PIÈCE NUMÉRO 5 - LÉGITIME VIOLENCE D’UN POUVOIR ILLÉGITIME ?
La figure 5 se construit en dessinant un pentagone.

[...]
 PIÈCE NUMÉRO 6 -LA MÉGAPOLITIQUE ET LES NAINS
La figure 6 se construit en faisant un gribouillage.

[...]
 PIÈCE NUMÉRO 7 - LES POCHES DE RÉSISTANCE
La figure 7 se construit en dessinant une poche.

« Pour commencer, je te prie de ne point confondre la Résistance avec l’opposition politique. L’opposition ne s’oppose pas au pouvoir, et sa forme la plus aboutie est celle d’un parti d’opposition ; tandis que la Résistance, par définition, ne peut être un parti : elle n’est pas faite pour gouverner, mais... pour résister. » (Tomás Segovia, Alegatorio, Mexico, 1996.)

L’apparente infaillibilité de la mondialisation se heurte à l’obstinée désobéissance de la réalité. Tandis que le néolibéralisme poursuit sa guerre, des groupes de protestataires, des noyaux de rebelles se forment à travers la planète. L’empire des financiers aux poches pleines affronte la rébellion des poches de résistance. Oui, des poches. De toutes tailles, de différentes couleurs, de formes variées. Leur seul point commun : une volonté de résistance au « nouvel ordre mondial » et au crime contre l’humanité que représente cette quatrième guerre.
[...]
Cela est un exemple de poche de résistance, mais je n’y attache pas beaucoup d’importance. Les exemples sont aussi nombreux que les résistances et aussi divers que les mondes de ce monde. Dessinez donc l’exemple qui vous plaira. Dans cette affaire des poches, comme dans celle des résistances, la diversité est une richesse.
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Après avoir dessiné, colorié et découpé ces sept pièces, vous vous apercevrez qu’il est impossible de les assembler. Tel est le problème : la mondialisation a voulu assembler des pièces qui ne s’emboîtent pas. Pour cette raison, et pour d’autres que je ne peux développer dans ce texte, il est nécessaire de bâtir un monde nouveau. Un monde pouvant contenir beaucoup de mondes, pouvant contenir tous les mondes.

Post-scriptum qui raconte des rêves nichés dans l’amour. 

La mer repose à mes côtés. Elle partage depuis longtemps des angoisses, incertitudes, et de nombreux rêves, mais maintenant, elle dort avec moi dans la nuit chaude de la forêt. Je la regarde onduler comme les blés dans mes rêves et m’émerveille à nouveau de la retrouver inchangée : tiède, fraîche, à mes côtés. L’étouffement me tire du lit et prend ma main et ma plume pour ramener le vieil Antoine, aujourd’hui comme il y a des années... J’ai demandé au vieil Antoine de m’accompagner dans une exploration en aval du fleuve. Nous n’emportons qu’un peu de nourriture. Durant des heures, nous poursuivons le cours capricieux, et la faim et la chaleur nous saisissent. Nous passons l’après-midi à poursuivre une harde de sangliers. Il fait presque nuit lorsque nous les rejoignons, mais un énorme porc sauvage se détache du groupe et nous attaque. Je fais appel à tout mon savoir militaire : je jette mon arme, et je grimpe à l’arbre le plus proche. Le vieil Antoine reste impassible devant l’attaque et, au lieu de courir, il se place derrière un taillis. Le gigantesque sanglier, de toutes ses forces, fonce droit sur lui, et s’encastre dans les branchages et les épines. Avant qu’il ne parvienne à se libérer, le vieil Antoine lève sa vieille carabine, et, d’un coup, fournit le repas du soir. A l’aube, lorsque j’ai fini de nettoyer mon moderne fusil automatique (M-16, calibre 5,56 mm avec sélecteur de cadence et une portée réelle de 460 mètres, une mire télescopique, et un chargeur de 90 balles), je rédige mon Journal de campagne. Omettant ce qui est arrivé, je note seulement : « Avons rencontré sanglier et A. a tué une pièce. Hauteur 350 mètres. Il n’a pas plu. »

Pendant que nous attendons que la viande grille, je raconte au vieil Antoine que ma part servira pour les fêtes qu’on prépare au campement. « Des fêtes ? », me demande-t-il, pendant qu’il attise le feu. « Oui, lui dis-je. Quel que soit le mois, il y a toujours quelque chose à fêter. » Et je poursuis par une brillante dissertation sur le calendrier historique et les célébrations zapatistes. Le vieil Antoine m’écoute en silence ; imaginant que cela ne l’intéresse pas, je m’installe pour dormir. Plongé dans mes rêves, je vois le vieil Antoine saisir mon cahier et y écrire quelque chose. Le lendemain, après le petit déjeuner, nous partageons la viande, et chacun s’en va de son côté. Une fois au campement, je fais mon rapport et je montre le cahier pour qu’on sache ce qui s’est passé. « Ce n’est pas ton écriture », me dit-on en me montrant la feuille du cahier. Là, après ce que j’avais noté moi-même, le vieil Antoine a écrit en grosses lettres :  

« Si tu ne peux pas avoir, et la raison, et la force, choisis toujours la raison et abandonne à l’ennemi la force. Dans de nombreuses batailles, la force permet d’obtenir la victoire, mais une guerre ne se gagne que grâce à la raison. Le puissant ne pourra jamais tirer de la raison de sa force, tandis que nous pourrons toujours tirer force de notre raison. » 

 

lundi 8 juillet 2019

Blanche Gardin : "La technologie s¹est accaparé nos rêves"





Voici l’extrait d’un monologue de Blanche Gardin à propos de la technologie ( https://static.blog4ever.com/2017/04/828127/artvideo_828127_7913840_201810145223824.mp4 ) où la comédienne explique à des centaines de spectateurs ce qu’est « la honte prométhéenne ». C’est-à-dire la honte des hommes - limités, faillibles et fragiles - devant l’inhumaine perfection des machines qu’ils fabriquent. On doit le concept au philosophe Günther Anders, dans son livre L’Obsolescence de l’homme, publié en 1956 et traduit en français en 2002, par L’Encyclopédie des nuisances et les Editions Ivrea.

Blanche Gardin démontre aux spectateurs qu’à rebours du surcroît de puissance et d’autonomie que nous vendent les fabricants de machines, le technicole contemporain, à la merci de ses prothèses technologiques, est en fait un homme diminué par rapport à ses ancêtres de l’âge de pierre.

Que Blanche Gardin soit la fille d’un linguiste et d’une traductrice, et titulaire d’un DEA de sociologie, ça peut l’aider pour lire Anders, ou retrouver ses raisonnements, mais ça sert beaucoup moins pour « instruire en faisant rire » (Horace, La Fontaine, Molière, etc.). Pour cela il faut de l’esprit et, comme l’explique cette ancienne éducatrice de rue, de l’attention et du travail :
« Je suis à l’écoute des gens : c’est le public qui décide de ce qui est drôle ou pas. Moi je ne retire jamais des sujets : quand je suis persuadée que je tiens une idée, je vais à la guerre, je le retravaille jusqu’à faire résonner l’idée chez les gens. En ce moment, j’ai un passage sur les nouvelles technologies qui n’est pas encore tout à fait au point. Je le retravaille pour essayer d’arriver au meilleur du sujet. Au début, c’était vraiment lourd, je me disais : « "Mais qu’est-ce que tu fous, on dirait une conférence TED, les gens se font chier !" » (Télérama, 12/06/2017)

En somme, cette fille de Zazie, dit comme sa devancière : « Ya pas que la rigolade, ya l’art aussi ». (Cf. R. Queneau, Zazie dans le métro, 1959) L’art,  c’est-à-dire la vivacité et la précision de ses expressions, de son ton, de son timbre. Et bien sûr une bravoure libératrice, inouïe depuis Coluche et Fernand Raynaud. Haaa… C’était donc ça une « humoriste » ! On n’est pas forcé de se taper Sophia Aram, Charline Vanhoehecker, et tous les pesants propagandistes de France Inter ! D’où l’immense public qui rit avec elle, au nez et aux dépens de la bonne conscience, des bons sentiments et des bien-pensants.

Et comme Zazie, elle fait de la sociologie dans le métro :
« Q. La solitude liée aux nouvelles technologies semble beaucoup vous préoccuper ?
R. C’est quelque chose qui me fait flipper. Je suis en train de rétropédaler grave niveau technologie : je suis même revenue à un téléphone Alcatel (rires) ! Mais j’ai un ordinateur, Internet, et je ne vais pas aller contre la marche du monde. Par contre je ressens très fortement la solitude des gens. Je ne me sens jamais aussi seule que dans un wagon de métro à l’heure de pointe, quand tout le monde a la tête dans son smartphone. Les nouvelles technologies laissent beaucoup moins de place à l’imagination. » (Télérama, id.)

Si Blanche Gardin vous fait rire aux larmes, c’est qu’elle a compris que ce monde était aussi risible qu’horrible, et qu’on devait donc en rire ou en pleurer pour les mêmes raisons.
Nous, dans notre grotte éclairée à la bougie, nous avons avec elle quelques points communs ; un ordinateur, Internet, un téléphone filaire… Bref, nous vivons dans ce monde, même si nous tâchons d’en contrarier la marche et, comme Blanche Gardin, de « faire résonner l’idée chez les gens ». Nous avons aussi des différences. Nos films sont beaucoup moins drôles et n’ont aucun succès – d’ailleurs vérifiez-vous-mêmes :

N’achetez rien. Déconnectez-vous : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1103
La révolte des chimpanzés du futur : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=420
RFID, la police totale : le film : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=313

Merci de faire circuler,
Pièces et main d’œuvre

dimanche 21 avril 2019

« L’écologie n’est rien d’autre qu’une interrogation sur notre rapport au monde »

Source : https://reporterre.net/L-ecologie-n-est-rien-d-autre-qu-une-interrogation-sur-notre-rapport-au-monde
11 juin 2015 / Entretien avec Isabelle Priaulet 


Isabelle Priaulet travaille sur le dialogue entre spiritualités et écologie en étudiant ce que les religions ont à nous dire de notre lien à la nature. De l’islam au christianisme, en passant par l’hindouisme et les traditions amérindiennes et africaines, réflexions sur les spiritualités et leur résonance avec la pensée écologique - alors que, le 16 juin, le pape François va publier une Encyclique sur l’écologie.

Isabelle Priaulet, après avoir longtemps travaillé dans la RSE (Responsabilité sociale des entreprises) puis la finance éthique pour la Financière de Champlain, a décidé il y a quelques années de reprendre ses études à l’Institut de Science et Théologie des Religions. Elle travaille sur le dialogue entre écologie et spiritualités et enseigne aujourd’hui. Elle achève sa thèse, intitulée « Pour une ontologie de l’écologie, essai sur la conversion écologique. »

Reporterre - Pourquoi étudiez-vous les religions ?

Isabelle Priaulet - La question qui m’a animée est celle-ci : qu’est-ce que les religions ont à nous dire de notre lien à la nature ? Que nous enseignent-elles sur les concepts de responsabilité, de sobriété, de tout ce qui est lié à nos enjeux écologiques actuels ? J’ai donc étudié les grands courants spirituels sous cet angle-là, et pas tous azimuts. Sur cette base, j’ai construit plusieurs formats de cours, que je donne dans un lycée privé, dans des écoles de commerce ou d’ingénieur.

Qu’est-ce qui vous a amené à changer de cap et à vous lancer dans cette recherche ?

Le spirituel est ancré dans ma vie depuis l’enfance, ainsi que la relation à la nature. C’est la vie professionnelle qui a fait basculer les choses. J’étais dans le milieu de la finance, de l’entreprise. Au bout d’un moment, cela m’a paru illusoire. Il y a des gens formidables dans la finance, mais ce n’est pas ça qui allait faire bouger les lignes. Je me suis dit : c’est en formant les jeunes que tu vas pouvoir faire changer les choses.

Et le faire en profondeur, ce n’est pas seulement se positionner « contre ». C’est peut-être trouver dans les autres traditions de quoi créer de nouvelles valeurs, et du désirable. Plutôt que de critiquer, donner à voir. Accepter de se décentrer. Je le vois en cours, il y a une attente par rapport à ces sujets. Notre société se trouve aujourd’hui face à un « kairos », une occasion à saisir.

Deux phénomènes convergent : le développement durable, et le multiculturel. L’écologie est peut-être le seul sujet qui permette d’envisager les religions non pas sous l’aspect du conflit, mais d’un dialogue constructif. Il y a de l’universel dans toutes les traditions. C’est pourquoi je parlerais du vivre-ensemble non pas « malgré » mais « grâce » à nos différences.

Comment se déroule votre enseignement ?

En six cours de trois heures, portant chacun sur une tradition. Je commence par le christianisme, puisque je pense que c’est là le nœud du problème. La clé du dialogue entre écologie et spiritualité se joue au niveau de la Genèse. J’essaie d’en donner une autre interprétation, via l’exégèse juive, et de sortir de l’anthropocentrisme. On aboutit à un théocentrisme au terme d’un rééquilibrage des relations entre l’homme, la nature et Dieu, impliquant une responsabilité des hommes vis-à-vis de la création. Une ouverture sur l’orthodoxie et le courant franciscain aide à redécouvrir la dimension cosmique de la tradition chrétienne. Je leur fais notamment écouter Bartholomée 1er, le patriarche de Constantinople et quelques extraits du discours social de l’Eglise catholique.

Le deuxième cours porte sur l’Islam, que je présente comme une religion de l’interpellation, de la responsabilisation à lire les signes. Je m’appuie sur la sourate des abeilles qui dit que l’unicité de Dieu s’exprime à travers la révélation et la création. De même que pour Saint François, le monde est offrande, il est ici don, symbole de la présence divine. C’est l’intelligence qui doit se mettre au service de la création, et non le contraire. Si on m’interroge sur les contradictions apparentes du Coran, j’explique que les différents niveaux d’interprétation sont justement voulus pour provoquer l’intelligence humaine. J’essaie de faire découvrir aux étudiants le mode de pensée symbolique.

Les traditions amérindiennes et africaines (animistes) sont exemplaires de cette pensée, qui n’est pas contradictoire avec la pensée scientifique. Les Kogis (peuple racine colombien) sont un bon exemple : leur science des symboles s’appuie sur une connaissance parfaite des plantes et des écosystèmes et ils cherchent à dialoguer avec nous. Je fais lire des mythes aux élèves pour les mettre au cœur de cette pensée, tels que les mythes dogons en Afrique, et je montre des vidéos. Il nous est difficile de lire des textes sacrés parce qu’on a étouffé en nous la pensée mythique. Alors qu’au départ, chez les Grecs, le « mythos » et le « logos » (pensée rationnelle) n’étaient pas opposés.

Ce sont des pensées analogiques, comme le taoïsme, qui permettent de dépasser ces oppositions binaires. Au contraire de la pensée moderne occidentale, qui sépare le réel en catégories, le tao crée des correspondances entre les choses avec le sentiment d’une unité. C’est vraiment la religion de la nature. C’est par le corps que tu y rentres, par la pratique du souffle comme avec le Qi Gong. Le rôle de l’homme est de faire circuler l’énergie entre le Ciel et la Terre. Il y a une correspondance entre le microcosme et le macrocosme, le corps est un paysage. C’est à l’intérieur de toi que tu vas chercher à t’harmoniser avec l’univers.

Pour l’hindouisme, mon interrogation porte sur les sources de la non-violence gandhienne. Je démarre avec Rabindranath Tagore, qui montre que la spécificité du mode de développement indien est de s’être fait avec la nature, et non contre elle. Puis je présente le Veda, avec les mythes cosmogoniques, qui mettent en correspondance l’homme primordial (le Purusha) et le monde. J’explique ensuite comment l’école de Shankara à travers le concept de non-dualité (advaita) permet de penser l’unité du vivant autour du Brahman, cet Absolu qui est la réalité ultime de toute chose ; et pour finir je leur montre des extraits de « La Marche du sel » qui illustre bien la non-violence. Le lien se fait entre abstraction et histoire concrète.

Je termine avec le bouddhisme. Comme première initiation, je leur conseille le livre de Thich Nhat Hanh, Ce monde est tout ce que nous avons, qui explique de façon simple l’interdépendance de toutes choses. La notion de la non-dualité n’est pas facile pour les élèves, c’est un chemin. Ce qui me semble important, c’est de leur montrer qu’une fois fait le deuil de l’égo, on peut passer aux noces avec l’univers. La séparation entre sujet et objet n’existe plus, et donc entre soi et le monde, nous participons tous d’un grand « continuum ». Pour le bouddhisme du Grand Véhicule, nous avons à redécouvrir notre nature profonde (la nature de Bouddha), présente en tout être mais masquée par les illusions de l’ego.

Comment les étudiants réagissent-ils ?

Ils sont scotchés, et parfois impliqués personnellement. J’ai même fait faire de la méditation aux lycéens, ils étaient ravis, et très demandeurs ! Pour les évaluer, je leur demande des « rapports d’étonnement ». J’attends leur authenticité, leur engagement, pas un savoir qu’ils n’auraient pas le temps d’acquérir.

Voici en exemple un extrait d’un étudiant en école de commerce : « Je me suis à la fois retrouvé, et senti dépassé par la puissance de la pensée des indiens Kogis. Cette société précolombienne a beaucoup à nous apprendre, et pourrait peut-être nous apporter des solutions dans ce qui nous semble aujourd’hui un défi insurmontable : arriver à se développer en accord avec la nature et de manière durable. »

Mais au-delà de la théorie, comprennent-ils que la question écologique implique un vrai changement de relation au monde, notamment à la consommation matérielle ?
Si tu leurs sors une morale des gestes écologiques, c’est du réchauffé, de la sauce médiatique. Curieusement, ils comprennent beaucoup mieux les choses profondes. Et justement, voici l’enjeu véritable de mon cours… il est de dépasser le stade des gestes, pour placer le sujet de l’écologie au niveau ontologique. C’est-à-dire que l’écologie n’est rien d’autre que de s’interroger sur notre rapport au monde, sur notre « être-au-monde » pour reprendre l’expression de Heidegger.

Cela rejoint l’esprit du mouvement de la deep ecology (écologie profonde), fondé par le philosophe Arne Naess, auquel il oppose la shallow ecology (écologie de surface) qui ne s’intéresse qu’aux solutions techniques. Les élèves, oui, reconnaissent leur lien au matériel… Il s’agit de leur faire prendre conscience en profondeur de leur dépendance aux objets et désirs créés par cette société. La compréhension du sens du jeûne pour le climat par exemple…

Et du lien entre la vie spirituelle et les enjeux écologiques ?

Je me suis rendue compte d’une curieuse coïncidence sur l’étymologie des deux termes. « Religion » vient du verbe latin religare, qui signifie « relier ». Or la définition de l’écologie est exactement sur ce mode de la relation : la science des relations entre les êtres vivants et leur milieu. C’est la science du lien, au niveau de l’immanence. Qui t’empêche de dire qu’au niveau de l’immanence, il y a de l’invisible ? Merleau-Ponty, dans Le Visible et l’invisible, parle de la « chair du monde » à laquelle nous appartenons tous, la matière tramée d’invisibilité. Les deux termes ont donc une affinité naturelle. Oikos Logos, les mots grecs d’où vient « écologie », signifient la "science de la maison". Heidegger parlera d’habiter le monde. Cela n’implique-t-il pas d’habiter notre monde intérieur, en même temps que le monde extérieur ?

Le titre de ta thèse annonce une « conversion écologique ». Que veux-tu dire ?

La conversion, c’est l’unification de l’être, de la personne. L’enjeu, encore une fois, est de faire le lien… entre mon « moi quotidien » et cet « autre qui me porte ». C’est un mouvement qui englobe toute ton existence. Cette notion n’a pas qu’une connotation religieuse. Il y a deux stades pour décrire la conversion : la metanoia, la rupture, le changement de direction ; puis l’epistrophein, le mouvement de retour. C’est un arrachement qui ressource, qui te met en phase avec toi-même. Cette rupture est essentielle à la prise de conscience écologique, et permet d’atteindre une cohérence, un socle véritable.

On vient tous à l’écologie par des voies différentes, et c’est ce qui est beau, mais ensuite c’est ensemble que nous nous demandons : vers où allons-nous ? Cependant, le retournement ne se fait pas du jour au lendemain. Nous avons besoin de haltes, de « stations », comme dit l’Islam. L’unité se gagne progressivement. C’est en cela que ce chemin s’oppose au fascisme écologique, ou à l’intégrisme religieux. Toujours, prendre l’autre là où il en est.

Quelques mots pour finir… ?

Dans le taoïsme, on trouve une métaphore très parlante : l’image de la cruche. La cruche sert à remplir et à verser. Alors ce qui compte, ce n’est pas la forme, le contenant. L’important, c’est la qualité du vide qui permet de contenir. On est traversé par la vie, mais comment fait-on le vide, pour pouvoir accueillir à nouveau le monde, devenir le « miroir de l’univers » ? C’est là qu’on peut vraiment parler « d’écologie corporelle », c’est là peut-être aussi que se joue en partie le lien entre écologie et spiritualité :

« Connais le masculin, adhère au féminin, sois le Ravin du monde
Quiconque est le Ravin du monde, la vertu constante ne le quitte pas
Il retourne à l’état d’enfance »
Lao Tseu, Tao Tö King, XXVIII)

- Propos recueillis par Juliette Kempf
Pour aller plus loin…

- Arne Naess (avec David Rotenberg), Vers l’écologie profonde (Wildproject, 2009)
- Eric Julien, Les Indiens Kogis : la mémoire des possibles (Actes Sud, 2007)
- Thich Nhat Hanh, Ce monde est tout ce que nous avons (Le Courrier du livre, 2010)
- Maurice Merleau-Ponty, Le Visible et l’invisible (Gallimard, 1979)
- Jean Bastaire, Pour un Christ vert (Salvador, 2007)
- Michel Hubaut, Chemins d’intériorité avec saint François (Editions franciscaines, 2012).

samedi 20 avril 2019

Quand habiter est inséparable de lutter

Source : Reporterre


« Habiter en lutte », du Collectif comm’un, réunit de nombreux récits, photographies, croquis et cartes inédites pour raconter l’évolution du territoire de la Zad de Notre-Dame-des-Landes, qui n’a pas fini de soulever les passions.
      Présentation du livre par Christophe Goby, journaliste à CQFD
On se rappellera longtemps que la lutte a débordé autour de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes lors de l’opération César, en octobre 2012. A partir de cette démonstration policière de démolition, une épopée de résistance s’est écrite dans la boue et les champs. D’abord par la lutte de jour comme de nuit, des zadistes et des paysans unis contre l’intervention et la destruction des lieux de vie, puis par le formidable élan de centaines de comités, ont construit des cabanes sur la Zad. 40.000 personnes sont venus les monter en novembre 2012 créant un nouvel imaginaire. La Zad est devenue le centre de la contestation politique, sociale et écologique en France. Le chant des bâtons en octobre 2016 a confirmé ce statut précaire.

Cet ouvrage revient sur les 40 années de la lutte dans le plus grand squat à ciel ouvert d’Europe qu’est devenu le bocage. Devenu le centre de ralliement de tous les contestataires du monde, il renvoie aux territoires zapatistes libérés. Il ne fait pas l’impasse sur les difficultés à vivre, habiter et lutter ensemble : construire pour mieux se défendre, même si le printemps des embrouilles a laissé des traces. Ce solide ouvrage comprend des cartes éclairantes et des photos. Sa chronologie révèle les temps forts sur ces terres où aucun aéroport ne se fera. Son fil rouge rappelle qu’ici on habite en luttant et inversement.

Habiter en lutte. Zad de Notre-Dame-des-Landes. Quarante ans de résistance, de auteur, éditions Le Passager clandestin, mars 2019, 256 p., 20 €

mercredi 10 avril 2019

Effondrements et renaissances, ressentir, savoir, imaginer

https://blogs.letemps.ch/…/…/au-dela-du-grand-chambardement/?

Débat musical – « Effondrements et renaissances, ressentir, savoir, imaginer», c’était le thème d’un débat musical mardi 19 mars 2019 au Théâtre Vidy-Lausanne. Une initiative de la fondation Zoein avec Zhang Zhang, premier violon de l’Orchestre philharmonique de Monte Carlo et le guitariste Leopoldo Giannola, pour accompagner les réflexions du philosophe Dominique Bourg et du chercheur Pablo Servigne. Florilège d’émotion et de lucidité.


Extraits

Pablo Servigne, lui, nous invite à partager ce «sentiment océanique» vécu par l’écrivain Romain Rolland, qu’il a lui-même éprouvé, ce «quelque chose de fondamentalement bienveillant, de rassurant dans le fait de ne pas se sentir seul».
[...]
L’orateur nous invite à ne surtout pas mettre l’angoisse sous le tapis mais à l’accueillir. «Servez-lui une petite tisane et dites -lui: bon, on va passer un bon moment ensemble». C’est l’envers du déni.
[...]
si un bulldozer venait détruire ma maison avec mes enfants à l’intérieur je ne sais pas ce que je ferais».

«Cette histoire d’Orang-outan, poursuit Dominique Bourg, montre bien que les sentiments sont parfois plus forts que tout, et dépassent les frontières entre les espèces».
[...]
Autant d’événements qui ébranlent aussi bien notre raison que notre cœur. «En fait, et cela n’est jamais arrivé, la frontière qui séparait connaissance et émotion n’est plus possible».
[...]
«Accepter, dit Pablo Servigne, ce n’est pas un acte passif. C’est au contraire un renouveau, et paradoxalement un élan de vie à l’approche de la mort!»
[...]
«Nous prenons conscience qu’il est impossible de développer notre humanité sans les Orang-outan, les arbres, les rivières, les nuages, le soleil».
[...]
«Prendre soin» de l’autre. L’expression revient à maintes reprises dans la bouche de Pablo Servigne. Cette prise de soin vaut également pour l’humanité toute entière.
[...]
«Regardez ce violon, s’émerveille ensuite Zhang Zhang, il est très beau. Il a été fabriqué à Turin il y a 130 ans. Au tout début, c’était une graine devenue un arbre qui a poussé grâce au soleil et à l’eau. Puis, une fois cet arbre coupé, un luthier en a fait un violon qui va durer des centaines d’années. Si l’homme peut créer des armes de destruction massive, il peut aussi faire chanter les arbres».

RAPPORT DE L'ONU sur la biodiversité

https://lesjours.fr/obsessions/collapsologie-effondrement/ep64-ipbes/

RAPPORT DE L'ONU sur la biodiversité






« Trois ans de travail », « 150 experts venus de 50 pays », « un budget de plus de 2,4 millions de dollars »…
Woh woh woh ! Quand la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) annonce la sortie de son prochain rapport, c’est Hollywood
Il faut dire que le pavé – 8 000 pages, 15 000 références – qui sera présenté le 6 mai à Paris est censé faire passer l’organisme dans une nouvelle ère : celle où on le reconnaît comme l’équivalent du Giec pour tout ce qui touche au vivant
« Nous sommes à un carrefour, assure Robert Watson. La dégradation et la destruction de la nature, passées et présentes, minent la capacité des humains de cette génération comme des générations futures à vivre correctement »