samedi 3 septembre 2016

Les idées de la décroissance validées par un modèle scientifique

Source : Reporterre

Les sociétés fondées sur la croissance sont devenues incapables de répondre aux enjeux de l’époque. La décroissance peut-elle être une solution réaliste ? Oui, selon le modèle macroéconomique étudié par l’auteur de cette tribune en tant qu’ingénieur-chercheur à l’École des Mines.
François Briens est ingénieur de formation spécialisé en énergie, il est l’auteur d’une thèse de doctorat sur la modélisation prospective de scénarios de décroissance, réalisée à l’Ecole des Mines ParisTech.
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François Briens

A Budapest se déroule jusqu’au 3 septembre la 5e conférence internationale de la décroissance.

À chaque époque ses grands enjeux et ses défis, et la nôtre n’en manque pas. Depuis plusieurs années, la montée des inégalités, l’accroissement des tensions sociales, la hausse soutenue du chômage, ou encore la « crise » des dettes nationales, qu’intensifie l’instabilité du système financier et économique, remettent en question la viabilité de nos modèles socioéconomiques. Ceux-ci sont par ailleurs confrontés à une crise culturelle profonde : les bouleversements rapides qui ont marqué les sociétés occidentales au cours de la deuxième moitié du XXe siècle ont certes conduit à une amélioration du confort matériel d’une grande partie de leur population, mais se sont aussi traduits par une fragilisation des liens sociaux et une perte de repères, qui débouchent de nos jours sur une crise du sens, à laquelle la fuite en avant consumériste n’apporte guère de solution. Bien au contraire, les modes de vie « modernes » exercent sur l’environnement une pression croissante et insoutenable, dont les conséquences commencent déjà à se faire sentir. Semble encore s’ajouter à cela une crise de la démocratie représentative, que révèle, en France, la désaffection des urnes et l’expression croissante du mécontentement de la population vis-à-vis des politiques gestionnaires de la classe dirigeante. Autant de facettes de ce qui constitue aujourd’hui une crise multidimensionnelle et globale. Bref, pour user de l’euphémisme, la situation ne satisfait guère, et rares sont celles ou ceux qui défendraient le statu quo.
Mais face à la diversité des enjeux et à leur complexité, que faire ? D’une catégorie d’acteurs et d’actrices à l’autre, les propositions divergent. Si certain-e-s défendent encore l’idée d’une « croissance verte », d’autres, au contraire, partisan-e-s de la décroissance, proposent d’explorer des solutions aux problèmes environnementaux, socioéconomiques, culturels et politiques, en dehors du cadre de la croissance économique et de ses structures. Les idées portées par le mouvement qui s’en réclame s’inspirent de diverses sources et courants de pensée historiques, porteurs d’une longue tradition de critiques économiques, culturelles, physiques et écologiques de la croissance et du mode de développement des sociétés industrielles. Ses propositions sont multiples et variées. Elles reflètent des préoccupations de justice et de démocratie directe ou participative, et traduisent une forte sensibilité pour la question environnementale. Mais le mouvement de la décroissance, encore jeune, suscite méfiance et curiosité. L’originalité et la radicalité de ses propositions déclenchent souvent des réactions passionnées, peu propices à l’instauration d’un débat constructif.

Importance cruciale des facteurs culturels, comportementaux »

Nous avons donc souhaité, au travers d’une démarche scientifique, apporter quelques éclairages quant aux implications possibles de diverses propositions de la décroissance, afin de permettre au débat de prendre un peu de hauteur et de dépasser les idées reçues, qui conduisent souvent à des oppositions de principe stériles. Nous avons pour cela réalisé un exercice de prospective participatif [1]. En quelques mots, celui-ci consistait d’une part à recueillir, par une série d’entretiens individuels et collectifs réalisés auprès de personnes plus ou moins proches du mouvement de la décroissance, différentes visions détaillées et quantifiées de ce que pourraient être, selon elles et dans le cas de la France, des scénarios de décroissance, ou — plus largement — des scénarios de transitions souhaitables et soutenables. Les participant-e-s étaient ainsi invité-e-s à décrire leurs visions en matière d’évolution des institutions, des modes de vie et de consommation, et à s’exprimer sur une variété de thèmes, dont entre autres : l’alimentation, le logement, le transport, le travail, la santé, l’éducation, l’énergie, la consommation de produits manufacturés, etc.
Les scénarios recueillis ont ensuite été implémentés dans un modèle macroéconomique [2], afin de les simuler et d’estimer leurs conséquences possibles sur le long terme (d’aujourd’hui à 2060), en particulier en termes d’emploi, de finances publiques, ou d’impacts environnementaux (consommation d’énergie, émissions de polluants, production de déchets, etc.).
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La décroissance, une bifurcation salutaire ?
Que nous disent les résultats ? De manière générale, ils soulignent l’importance cruciale des facteurs culturels, comportementaux et non purement « techniques » (ex. : normes sociales, valeurs, organisation collective, modes de cohabitation, nature des consommations, localisation des productions…). Or ces facteurs culturels sont souvent négligés ou écartés dans les politiques publiques, au profit de « solutions » technologiques, qui conduisent souvent à transformer les problèmes — ou à les reporter à plus tard — plutôt qu’à les résoudre [3] (mais qui offrent certes de plus grandes opportunités de profit au secteur privé, et menacent moins de remettre en question les modes de vie, l’ordre social et les rapports de force). De ce point de vue, bon nombre des propositions portées par le mouvement de la décroissance se révèlent tout à fait pertinentes a priori et dignes d’intérêt : parmi les scénarios recueillis et modélisés, celui intégrant ces propositions de la manière la plus poussée et systémique atteint par exemple une division par 4 de l’empreinte énergétique, et par 5 de l’empreinte carbone entre 2010 et 2060, en dépit d’hypothèses très modestes concernant les « progrès » techniques. Le taux de chômage y est significativement réduit et les finances publiques sont redressées. Dans ce scénario, les hypothèses conduisant à ces résultats [4] impliquent toutefois une transformation progressive, mais profonde des mentalités, des pratiques, des institutions (notamment du rôle de l’État), et de l’organisation sociale dans son ensemble, une transformation dont l’ampleur ne doit pas être négligée ou minimisée : soyons clairs, ce que propose la décroissance est rien de moins qu’un véritable pari anthropologique, celui de notre capacité à inventer de nouveaux modes de vivre-ensemble et de faire société.

Ce réalisme dont Bernanos disait qu’il est la bonne conscience des salauds 

Bien sûr, la désirabilité de tels scénarios, des propositions qu’ils contiennent et de leurs conséquences envisageables est à débattre collectivement. C’est d’ailleurs aujourd’hui le cas pour certaines de ces propositions, qui se trouvent actuellement discutées au sein des Nuits debout (par exemple, la réduction du temps de travail ou encore la mise en place d’un revenu de base) ; puisse notre modeste contribution enrichir ces débats et y apporter quelques éléments de rigueur…
Dans tous les cas, à la lumière de notre recherche, rien ne justifie pour l’heure d’écarter ou de disqualifier les propositions portées par le mouvement de la décroissance. Les partisans de l’ordre existant s’y opposeront probablement au nom d’un quelconque manque de « réalisme » ; ce réalisme dont Bernanos disait qu’il est la bonne conscience des salauds… Or pour construire un nouveau projet de société aujourd’hui si nécessaire, il est au contraire essentiel et urgent d’élargir les perspectives, de rouvrir les futurs et de réhabiliter les possibles. Car enfin, pour reprendre la belle formule de Geneviève Decrop, « sans l’hypothèse qu’un autre monde est possible, il n’y a pas de politique, il n’y a que de la gestion administrative des hommes et des choses » [5].
- Consulter la thèse de François Briens : Modélisation prospective de scénarios de décroissance

vendredi 1 juillet 2016

Film : Ici, ailleurs... la terre qui nous nourrit

Dans le cadre de son partenariat Access to Land, Terre de Liens est co-producteur du film Ici, ailleurs... la terre qui nous nourrit, réalisé par Julio Molina Montenegro. Ce road-movie documentaire suit l’itinéraire de Gavin, jeune maraîcher bio anglais qui travaille dans une ferme du sud de l’Angleterre.
Confronté à la perte de ses terres agricoles, Gavin prend conscience de la difficulté de trouver des terres pour développer des projets d’agriculture de proximité comme le sien. Il part alors à la rencontre d’autres fermiers européens qui ont eux aussi lutté pour trouver des terres et les conserver dans la durée. Gavin découvre ainsi des organisations qui se mobilisent pour préserver les terres nourricières et faciliter l’installation d’une nouvelle génération d’agriculteurs.



 Introduction très concrète à la question de l’accès à la terre en Europe, Ici, ailleurs... la terre qui nous nourrit offre le panorama d’un mouvement en émergence qui voit fermiers, citoyens et organisations de la société civile s’unir pour préserver des terres pour une agriculture et une alimentation de proximité et de qualité.

Informations pratiques :
- Durée : 34 minutes
- Langue originale : Anglais
- Versions sous-titrées : Français - prochainement : Espagnol, Catalan, Italien, Roumain et Allemand
- Distribué sous licence Creative Commons Licence Attribution-Non Commercial-Share Alike 2.0
- Téléchargez la plaquette de présentation

Comment voir et partager le film ?
Regardez et partagez le film autant que vous le voulez !
- Regardez le film en ligne - en français (ci-dessus) ou en anglais. Plus de versions sous-titrées seront prochainement sur le site Access to Land
- Le film sera prochainement disponible en téléchargement, via le site Access to Land
- Partagez vos commentaires sur le film sur twitter : #landforourfood
- Partagez et likez sur Facebook

Documents joints

Plaquette "Ici, ailleurs... la terre qui nous nourrit" (1.2 Mo)

samedi 28 mai 2016

Alimentation et agriculture : nos sénateurs à l'heure des choix

Ils ont été "élus" pour faire des choix : lesquels ?
En démocratie, ça s'appelle la reddition : Le concept et le terme de la reddition des comptes (accountability) sont intimement liés à ceux de la responsabilité politique de celles et ceux qui exercent des fonctions d’autorité publique, en d’autres termes celles et ceux qui prennent des décisions contraignantes pour une collectivité donnée.
Source : http://www.participation-et-democratie.fr/es/dico/reddition-de-comptes



Ci-joint et ci-dessous 2 exemples concrets qui orientent notre modèle alimentaire et agricole et singulièrement notre avenir

Les sénaTUEURS d'abeilles ont encore frappé !
http://www.agirpourlenvironnement.org/communiques-presse/les-senatueurs-d-abeilles-ont-encore-frappe-neonicotinoides-loibiodiversit-3972

20% de bio en restauration collective: Les Sénateurs disent "non" !
http://www.agirpourlenvironnement.org/communiques-presse/20-de-bio-en-restauration-collective-les-senateurs-disent-non-3974


lundi 16 mai 2016

La ZAD en vrai et en puissance (d'agir)


Humains, champs, poireaux, farine, pain, fromage, solidarité, autonomie... un village


Fatou Diome parle pour l'Afrique





Lettre ouverte aux #NuitDebout depuis les quartiers d'Internet des Indignados.

Source : blog Médiapart



Très cher(e)s citoyen(ne)s des #NuitDebout,
Mon français est un peu rouillé, vous m'excuserez les fautes d'orthographe et les mots inventés, mais en voyant comment on essaye de vous manipuler et les inexactitudes que la presse raconte par rapport à notre expérience en Espagne, je me suis décidée à vous écrire.
Ce que vous faites nous arrive déformé par les médias, exactement comme cela nous arrivait pendant le 15M des Indignados et comme ça arrive à toute r-évolution.
Je vous écris pour vous faire parvenir des notes que j'ai recueilli  le long de mon expérience, dans l'espoir qu'elles puissent vous être utiles pour esquiver les pièges dans lesquels nous sommes tombés et que vous puissiez aller plus loin que nous :
- Tôt ou tard, il est inévitable qu’un bon nombre de vous arrive à la conclusion que nous devons conquérir les institutions, non pas dans le sens de nous y intégrer, sinon dans l'idée de pouvoir nous, les citoyen(ne)s, nous gouverner.
Nous ne pouvons pas nous gouverner réellement depuis les places et nous ne pouvons pas laisser dans les mains du système les structures et l'argent qui nous permettent de gérer nos vies (travail, logement…) et les ressources communes (écoles, hôpitaux, énergie, sécurité, infrastructures…).
Donc tôt ou tard, il faudra inévitablement parler de quel dispositif on organise pour conquérir les postes de contrôle et qui doit les gérer.
- Pour cela, je veux vous parler de ce que vous pouvez percevoir de notre expérience en Espagne. L'image que vous en avez est sûrement très contaminée par l'image omniprésente de Podemos. Très clairement Podemos ne doit être ni un but ni un exemple à suivre. Podemos ne représente pas la transformation du 15M espagnol, même si il s'en est nourri. Non seulement ce n'est pas un exemple à suivre, sinon que c'est le pire qui pouvait nous passer au 15M des Indignados.
C'est normal que ce ne soit pas un exemple : dans sa grande majorité, ses fondateurs n'étaient pas sur les places au moment où le 15M s’est déroulé et ils n'ont rien compris aux places.
IMAGE DE BIGDATA QUI MONTRE QUE PODEMOS N'ETAIT PAS LA IMAGE DE BIGDATA QUI MONTRE QUE PODEMOS N'ETAIT PAS LA
 
- La force des r-évolutions comme #NuitDebout ou le 15M des Indignados est :

(1) la décentralisation et la forme distribuée des prises des décisions et du leadership qui est selon nos compétences et non selon notre visibilité médiatique ; les nouvelles formes dépasseront les faiblesses de l'horizontalité assembléaire et se transformeront en réseaux ;
(2) notre capacité - bien supérieure aux institutions et aux partis politiques - de résoudre les problèmes concrets avec des solutions concrètes que viennent des expériences et capacités spécifiques de chacun(e) d’entre nous, et non pas des idéologies. C'est une collaboration égalitaire dans la différence, et non une fusion sous un même drapeau, une marque unificatrice. C'est la force de la fédération dans la diversité ;
(3) la responsabilité partagée : nous voulons des sociétés adultes qui n'ont plus besoin d'un papa que l'on suit fanatiquement quoi qu'il dise. Ou encore - et cela revient au même - un leader qui serait là pour que l'on représente son courant critique « interne » au système et qu’on le légitime "démocratiquement" par notre dissensus. Cela nous l’avons déjà, nous sommes déjà le courant critique d'un système qui ne marche pas.
Nous, les citoyen(ne)s, regroupé(e)s par groupes de capacités, intérêts et compétences, nous pouvons mener la gouvernance de notre vie commune.
Je résume:

- décentralisation
- fédération - non unification
- diversité - non uniformité
- responsabilité
Que certain(e)s veulent des structures comme Podemos n'a rien de nouveau : ils veulent coopter nos efforts collectifs pour gérer le pouvoir eux-mêmes et nous renvoyer à la maison.
La gauche dogmatique a toujours fait cela, ce n’est en rien nouveau. En Espagne le parti socialiste l'a fait après la dictature ; puis Izquierda Unida et maintenant ceux qui veulent envoyer à la maison les Indignados ce ne sont pas que les CRS, c'est aussi Podemos.
C'est une bonne chose d'abandonner les places pour aller ailleurs : dans les quartiers, dans les lieux de travail, sur internet, dans les tribunaux, en Europe, là où l’on doit être pour lutter (on ne peut pas rester éternellement sur les places). Mais c'est l'organisation de nos luttes qui ne peut « rentrer à la maison ». Dans ce sens, les Podemos peuvent faire plus de dégâts que les CRS.
Par contre ce que nous pouvons construire ce sont des réseaux de leadership par compétence (groupes/nœuds sur des sujets comme la justice au travail, le logement, l’éducation, l’économie…) dans lesquels un des nœuds se charge de la gestion des institutions. C'est la forme du non-parti, le contraire d'une structure qui veut tout embrasser.
Cela veut dire qu'un parti politique n'est qu'un nœud parmi les autres, pas plus important que les autres et surtout pas responsable des sujets dont il n'a pas d’attribution. Les "partis" ne doivent être que les employés de l’accès aux institutions des solutions que les groupes de compétences gèrent.
Ces formes en Espagne existent. La première et ma préférée  - car j'ai contribué à sa création :) - est le Parti X (http://partidoX.org). Mais dans un chemin similaire vous trouverez EnComu, qui gouverne Barcelone, la Marea en Galice; la CUP en Catalogne et bien d’autres.
Ce sont des formes qui proposent d’occuper les institutions au service d'une société active, organisée et mobilisée, qui ne perd pas ses identités et qui met en place directement ses solutions au sein d’une gouvernance.
Pas de fausse participation digitale (opium du peuple), mais une vraie participation des organisations citoyennes par voie de terre, de mer, dans les airs, et aussi, bien sûr, sur les réseaux. Le tout sans médiation du parti.
Les structures comme Podemos représentent exactement le contraire, mais elles surgissent plus facilement parce que le système les adore. Quand on le bouleverse radicalement, il a besoin de ces structures pour que tout retourne à sa place.
Podemos ne reconnait aucun groupe de la société civile qui n'ai pas accepté s'affilier. Il les efface du discours et s'approprie leur travail. Le résultat serait la même situation d'avant :
Un procès r-évolutionnaire qui retourne au système en forme de parti -> un parti qui fait semblant d’être un mouvement, mais qui est centralisé, uniforme et basé sur le manque d’esprit critique d'une large majorité passive et dépendante. Rien de nouveau.
Pour cela, je crois que la seule échelle possible des luttes des nouvelles r-évolutions est la combinaison égalitaire de groupes qui se chargent d'entrer dans les institutions - et qui ne s'occupent que de ça, avec des groupes de la société civile organisée autour des différentes solutions.
Malgré que Podemos essaye de tout étouffer à travers une présence médiatique constante et monolithique (Podemos est principalement un produit télé), le 15M continue en Espagne dans des villes comme Barcelone, La Coruña, Madrid et beaucoup d'autres, où plusieurs camarades que nous avons placé dans des institutions conquises permettent à la société civile de mettre en place des solutions aux problèmes collectifs à travers de groupes comme la PAH (Plateforme des affectés par l'hypothèque sur le sujet du logement) ou 15MpaRato (sur le sujet de la corruption).
L'effort est grand parce que Podemos et l'image que la presse en fait, empêche notre propre opinion publique de voir tout ce qui avance vraiment grâce au 15M. Nous avons de nouvelles politiques de logement, de transparence, de dette publique, on avance sur les thèmes de la santé, on a fait sauter des réseaux de corruption institutionnelle...
Mon désir est que vous ne laissiez pas un Podemos voler votre imaginaire et vos actions pour les enfermer à nouveau dans les corsages du leader magnifique et du peuple adolescent. C’est pour cette raison que je me suis permise de m’adresser à vous.
Force à toutes et à tous pour la lutte : on a pas fini et on y arrivera.
Simona Levi
@X_Net_
Lien en espagnol:
http://ctxt.es/es/20160511/Firmas/6012/15M-NuitDebout-Izquierda-Unida-Podemos-Espa%C3%B1a-Tribunas-y-Debates-Cincoa%C3%B1osdel15M.htm

dimanche 29 novembre 2015

COP 21 : simulacres et simulation ?

Source : Blog Yannick RUMPALA

Les résultats de la COP 21 susciteront forcément une multitude de commentaires. La grille d’analyse qui risque de s’avérer la plus pertinente pour cette nouvelle conférence est probablement celle qu’Ingolfur Blühdorn avait déjà posée à propos de la COP 15, autre grand rassemblement qui avait eu lieu à Copenhague en décembre 2009. Cet enseignant-chercheur de l’Université de Bath, en Angleterre, avait montré le paradoxe déjà présent dans la quinzième session de la Conférence des Parties.

D’un côté, il semble en effet y avoir une large reconnaissance de la nécessité, pour les sociétés de consommation des pays les plus riches, de changer radicalement leurs valeurs et leurs modes de vie si elles prétendent vraiment vouloir enrayer le changement climatique (ou plutôt pour en atténuer les effets, compte tenu de la tendance apparemment largement engagée).

D’un autre côté, les réticences sont massives, multiples et telles que finit par dominer l’incapacité à mettre en œuvre un tel changement. Ingolfur Blühdorn a cherché à expliquer cette impasse en s’appuyant sur les conceptualisations de Jean Baudrillard (sur le simulacre qui se fait passer ou qui est pris pour une vérité), et il montre ainsi que ce qui s’est construit est davantage une politique de « non-soutenabilité », où il s’agit, par des jeux d’affichage, de « soutenir l’insoutenable ». Autrement dit, de simuler, de faire paraître réel ce qui ne l’est pas : des engagements qui s’avèrent en contradiction avec les pratiques restant dominantes et avec des politiques gouvernementales qui reviendront rapidement aux classiques objectifs de croissance économique.

Et en plus, en contribuant à dépolitiser les enjeux environnementaux par leur technicisation, au profit donc d’une expertise qui peut les rendre moins accessible à une large appréhension par les populations (c’est également pour cela qu’Ingolfur Blühdorn préfère parler de « post-écologisme »).

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mercredi 4 novembre 2015

Face à GAIA : Bruno Latour

Source : Editions La Découverte




James Lovelock n’a pas eu de chance avec l’hypothèse Gaïa. En nommant par ce vieux mythe grec le système fragile et complexe par lequel les phénomènes vivants modifient la Terre, on a cru qu’il parlait d’un organisme unique, d’un thermostat géant, voire d’une Providence divine. Rien n’était plus éloigné de sa tentative. Gaïa n’est pas le Globe, n’est pas la Terre-Mère, n’est pas une déesse païenne, mais elle n’est pas non plus la Nature, telle qu’on l’imagine depuis le XVIIe siècle, cette Nature qui sert de pendant à la subjectivité humaine. La Nature constituait l’arrière-plan de nos actions.
Or, à cause des effets imprévus de l’histoire humaine, ce que nous regroupions sous le nom de Nature quitte l’arrière-plan et monte sur scène. L’air, les océans, les glaciers, le climat, les sols, tout ce que nous avons rendu instable, interagit avec nous. Nous sommes entrés dans la géohistoire. C’est l’époque de l’Anthropocène. Avec le risque d’une guerre de tous contre tous.
L’ancienne Nature disparaît et laisse la place à un être dont il est difficile de prévoir les manifestations. Cet être, loin d’être stable et rassurant, semble constitué d’un ensemble de boucles de rétroactions en perpétuel bouleversement. Gaïa est le nom qui lui convient le mieux.
En explorant les mille figures de Gaïa, on peut déplier tout ce que la notion de Nature avait confondu : une éthique, une politique, une étrange conception des sciences et, surtout, une économie et même une théologie.

Bruno Latour, philosophe et sociologue des sciences, est professeur à Sciences-Po Paris. Il a écrit de nombreux ouvrages et articles sur l’anthropologie du monde moderne. Son dernier livre, publié à La Découverte, Enquête sur les modes d'existence (2012) permet de situer l'analyse de la parole religieuse parmi les autres modes.



Bruno Latour et nos modes de vie par universcience-lemonde


lundi 2 novembre 2015

La glace à la fourme ou comment habiter autrement les centres bourgs

Source : Village Magazine
Ce documentaire a été réalisé dans le Parc Naturel régional du Livradois Forez, par le Collectif Etc, dans le cadre du programme "Habiter autrement les centres-bourgs" dont un des objectifs était d'imaginer des pistes de dynamisation des coeurs des villages.

Jacques, sobre et heureux


Source : kaizen

mardi 27 octobre 2015

Obsolescence programmée: le rapport oublié

Source : JDLE
Association HOP

Le gouvernement a tout simplement oublié de présenter les rapports, prévus par la loi Consommation, sur les possibilités d’extension de la durée de vie des produits et sur l’obsolescence programmée, relève ce 26 octobre l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP).


...
Un nouveau délit d’obsolescence programmée depuis cet été
En attendant une réponse de la part de la secrétaire d’État à la Consommation, à qui a été transmise cette question écrite, rappelons qu’un nouveau délit d’obsolescence programmée est entré en vigueur cet été, suite à la promulgation de la loi sur la croissance verte. Tout fabricant qui userait de techniques visant à « réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement » peut dorénavant être traduit devant la justice sur le fondement du nouvel article L.213-4-1 du Code de la consommation. La sanction encourue ? Une peine de deux ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende. L’addition peut même atteindre 5 % du chiffre d’affaires moyen annuel de l’entreprise épinglée, dès lors que les « avantages tirés du manquement » dépassent les 300 000 euros.
Ces dispositions ont toutefois laissé beaucoup d’observateurs dubitatifs, dans la mesure où il risque d’être très compliqué de prouver devant les tribunaux  – notamment via des expertises  – qu’un fabricant a sciemment raboté la durée de vie d’un de ses produits (smartphone, imprimante, tablette…). Peut-être qu’un rapport détaillé sur ce sujet qui prête à de nombreuses controverses aurait été utile aux débats parlementaires ?

mercredi 30 septembre 2015

"Nous avons besoin de spiritualité pour entrer dans l'anthropocène"

Source : JDLE



Professeur à l'université de Lausanne, Dominique Bourg nourrit peu d'espoir sur notre capacité à réduire la pression humaine sur la planète. Seule solution : se préparer à aborder un monde hostile, plus réduit, moins riche en ressource. La spiritualité peut nous y aider, estime le philosophe.
L'échéance de publication des contributions nationales à la lutte contre le changement climatique arrive à grand pas. Quelles premières conclusions tirez-vous de ces INDC ?
Tout d'abord que ces actions envisagées sont insuffisantes : nous ne sommes nullement sur une trajectoire de 2°, mais de 3° à la fin du siècle. En outre, le climat n’est pas le seul changement en cours. Nous entrons dans l'anthropocène, cette ère géologique caractérisée par un impact massif et destructeur des activités humaines sur le système Terre. Si la température est plus élevée de 3° à la fin du siècle, elle le sera, toujours par rapport à 1850, de 5°C au cours des dizaines de siècles suivants. Nous avons vu et verrons disparaître des ressources vitales, tels certains métaux, d'innombrables écosystèmes. Au cours de ces seules 40 dernières années, c'est la moitié des mammifères, des oiseaux et des poissons qui ont disparu. Cet effondrement touche aussi les insectes comme en témoignent nos pare-brise l’été. Concernant les ressources marines notamment le phénomène ne peut que se poursuivre avec les effets combinés de la surpêche, de l'acidification de l'océan, de la fin des mangroves et du réchauffement.

Ce paysage verra-t-il la fin de l'espèce humaine?
Je ne le pense pas. Le genre humain a de formidables capacités d'adaptation. Mais serons nous aussi nombreux ? Cela étant, nos descendants vivront sur une écoumène plus hostile, réduite, offrant moins de ressources naturelles.

Plus réduite?
Notre développement stérilise des régions entières, que ce soit les rivages de la mer d'Aral, la préfecture de Fukushima, le Golfe du Mexique ou l'oblast de Tchernobyl. A cela, il faut ajouter l'élévation du niveau de la mer qui se poursuivra des siècles durant, rognant toutes les régions littorales. Avec une élévation des températures de 3 à 5° l’habitabilité de la planète changerait très sensiblement. L’augmentation à venir du PIB et les projections démographiques jusqu’au milieu, voire la fin du siècle, n’annoncent aucune réduction de la pression humaine.

Les rapports du Giec, entre autres, montrent pourtant que nous avons la capacité, technologique, notamment, pour relever le défi du réchauffement...
Nous devons changer de paradigme, c'est une évidence. Mais c'est un leurre de penser que la technologie apporte la solution à tous nos maux environnementaux. Nous sommes loin, par exemple, de pouvoir produire l’actuelle production énergétique mondiale avec du solaire et de l’éolien seuls, et un réseau égal à celui des pays industriels. Nous pourrions notamment buter sur la disponibilité de certains métaux et le ratio énergie consommée pour produire et énergie produite reste encore relativement bas. Nous avons trop longtemps pensé que la technologie, conjuguée au marché, allait satisfaire tous les besoins attachés à la condition humaine.
Nous nous sommes lancés à corps perdu dans un consumérisme qui érode nos conditions biophysiques d’existence, sans nous rendre pour autant heureux. Nous savons désormais qu’augmentation du PIB et progression du sentiment de bien-être ne sont plus, au-delà d’un certain seuil, corrélés. Quant à la vague technologique numérique annoncée, elle ne va guère simplifier nos problèmes. Les progrès technologiques futurs pourraient être très destructeurs d’emplois.
Cette incapacité à penser de nouveaux idéaux d’accomplissement de notre humanité mène nos sociétés vers un désastre. Et cette erreur d'aiguillage est spirituelle.

Le spirituel n'a pas bonne presse, ces derniers temps...
Penser que l'au-delà est un hôtel de luxe peuplé de vierges, selon la pédagogie de Daech destinée à ses kamikazes, ce n'est pas de la spiritualité, c'est de l'infantilisme. De même, les évangélistes américains sont plus des commerçants que des guides spirituels. Ce sont les fruits d’une modernité finissante.
La dernière lettre encyclique du pape tend à nous ramener vers les fondamentaux naturels et spirituels
Laudato Si est un texte fort. C’est l'aboutissement d'une réflexion initiée par Paul VI et les papes qui l'ont suivis. C'était passé inaperçu à l'époque de son pontificat, mais Benoît XVI avait publié quelques paragraphes assez décoiffants sur la décroissance. Cela étant, la compréhension du problème, chez les Chrétiens, est assez récente. Et les résistances sont nombreuses.

Pour quelles raisons?
Si l'on prend l'exemple de l'église de France, nombre de ses fidèles sont des bourgeois installés de plain-pied dans la société. Pour eux, le discours du Pape François est difficile à encaisser.

Les protestants semblent avoir eu quelques longueurs d'avance sur les catholiques pour ce qui concerne la prise en compte de l'écologie...
Ils ont produit des textes sur l'environnement dès les années 1980. Mais ces auteurs étaient issus de minorités au sein d’églises en perte de vitesse. Les catholiques sont en retard, mais ils disposent, contrairement aux autres grandes religions monothéistes, d'une structure hiérarchisée, politique et administrative, qui peut faciliter la percolation des messages dans les différentes couches de la société.

Y-a-t-il d'autres sources d'inspiration que Laudato Si' pour le renouveau spirituel que vous appelez de vos voeux ?
Le soufisme est ouvert au monde et aux autres. Il y a sûrement des enseignements à tirer de cette branche mystique de l'Islam. Nous ne devons pas non plus négliger les religions animistes où la nature est au coeur de la pensée. L’Amérique latine ne s’en prive pas.

N'êtes-vous pas surpris qu'en pleine crise écologique, les grandes religions soient si absentes de ce débat?
Elles ne le sont pas. Mais le sujet est complexe et nous rapproche de l'apocalypse. On voit d'ailleurs certains télé-évangélistes évoquer le réchauffement climatique, soit pour dire que Dieu l'arrêtera, soit , au contraire, pour expliquer qu'il s'agit-là des premiers feux purificateurs d'un dieu courroucé. Pour autant, je ne serai pas surpris de voir apparaître au sein de l'église catholique un ordre régulier entièrement dédié à l'environnement ou à la nature. Nous aurons besoin de cet accompagnement spirituel pour affronter le monde de demain.

L'église a-t-elle les moyens de relever ce défi?
Les églises chrétiennes ont déjà accompagné de grands cataclysmes sociétaux, comme la chute de l'empire de Rome. Sans elles, nous ne serions pas ce que nous sommes. Mais je n’éprouve aucune nostalgie pour la chrétienté. Spiritualité se décline pour moi au pluriel, et ce pluralisme respectueux sera vital à l’avenir.

mercredi 10 juin 2015

Conclusion : sur l’accompagnement démocratique d’une sortie de la croissance

Source : Blog Yannick RUMPALA

Dernier billet de la série visant à essayer de penser une démocratie sans croissance. L’ensemble de la réflexion sera présenté au prochain congrès de l’Association Française de Science Politique (AFSP) dans la « Section Thématique 26 ».
Le texte complet est aussi disponible en un seul fichier pdf.

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Rencontre avec Rémy, ouvrier-robot et révolté

Source : Pièces et Main d'Oeuvre (PMO)


C’était une rencontre, le 2 mai dernier, lors d’un rassemblement à Grenoble, contre la construction du Center Parcs de Roybon, dans l’Isère. Un aparté en marge d’un débat sur « Chantage à l’emploi, croissance illimitée, informatisation globalisée… ». Au nom de « la convergence des luttes », les organisateurs avaient invité un ingénieur de chez Soitec, militant CGT et Front de gauche, à s’exprimer. A Grenoble, quel que soit le sujet - mais surtout s’il est question de défense de l’environnement et de critique du progrès techno-scientifique - il ne faut jamais longtemps avant que des technologistes progressistes ne viennent noyauter ; défendre leurs intérêts ; ceux de leurs entreprises et leur activité en général. (Cf. Le Laboratoire grenoblois) Leurs éléments de langage sont assez répétitifs.

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Il se trouve que peu après cette prise de bec avec les militants bio’lcheviques, un peu à l’écart du débat, nous avons rencontré un ouvrier, un vrai, lecteur de Pièces et Main d’œuvre et de littérature technocritique. Rémy s’est présenté à nous comme un « robot dans une usine de robots sous la tyrannie technologique ». Il en avait gros à dire sur sa condition de robot, sur le détail concret de l’usine à- peu-près automatisée, en 2015, sur l’enchaînement qui l’avait mené en usine – puis à renouer avec les livres- sur ses aspirations et ses appréhensions, sur sa famille et ses collègues robots . A coup sûr, il ne fondera pas de « section luddite » dans son usine. Il voudrait juste « s’en sortir », sans bien savoir comment.
Il dit ce que beaucoup taisent peut-être, se croyant trop isolés pour oser l’exprimer.
Voici notre échange.
(Pour ouvrir l’entretien, cliquer ci-dessous.)

Entretien avec Rémy
Version prête à circuler
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lundi 23 mars 2015

Les ZAD sont-elles une nouvelle forme de lutte ?

Source : MOC




Les ZAD sont-elles une nouvelle forme de lutte ?
Voici quelques traits saillants des « ZAD » et des « zadistes » que j’ai pu vivre et partager sur la ZAD de Sivens, dans le Tarn.

Les ZAD sont-elles une nouvelle forme de lutte ?
Au regard de l'histoire, proche ou lointaine, certainement pas.
Au présent, en France, certainement.

C'est différent d'un mouvement, car ces personnes ne rentrent pas chez elles le soir. Chez elles, c'est là. Leur travail, c'est là. Leur magasin, c'est là... la vie est au coeur de la lutte. Toute la vie. Toutes les dimensions de la vie, sans les séparer.
C'est différent d'une manifestation, car le temps long fait qu'une micro-société s'y construit, avec ses rôles sociaux, ses circuits économiques, ses circuits politiques, ses conflits.
C'est différent d'une occupation, car il y a cette possibilité d'y vivre à moyen terme, d'y emménager, c'est un lieu de vie possible, au delà de la lutte.
C'est différent d'une révolution, car on ne cherche pas à renverser le "pouvoir" d'en haut pour le prendre d'en haut. On fait descendre le pouvoir ici, pour montrer ses objectifs, son impuissance donc sa violence. Et Rémi a été tué.
C'est différent d'un programme politique parce qu'on y expérimente en vrai ce dont on parle, ici et maintenant. Le but premier n'est pas d'avoir raison ou d'imaginer le "bon système", mais de développer la puissance à la base, seule garante de la réalité démocratique.
C'est différent d'une grève, car on n'y défend pas son emploi, son travail, son revenu. On y défend les conditions même de la vie humaine.
Il n'y a pas de succès ou d'échec, car vivre ne connait ni succès ni échec. Ce qu'on y vit, quoi qu'il en soit, donne de la consistance à ce territoire, au monde que l'on combat, au monde auquel on aspire, à ce qu'on est, à la vie.

Comment lutter ? En abandonnant le mythe d'un monde sans lutte, sans conflit ?
Pourquoi les militants militent ? 
Pour faire progresser l'humanité ? Pour y arriver de leur vivant ? Pour dire "ça c'est fait" ? Pour rentrer ensuite à la maison ?
Qui milite parce qu'il faut ? Qui en a marre des rassemblements, des réunions, des débats, des avis contradictoires, des divergences ? Qui en a marre que ce à quoi il aspire n'arrive pas plus vite ? Qui pense que ce qui est, ne devrait pas être ? Qui pense que le monde devrait être totalement en harmonie et en paix ? 
Qui a de la joie à être là ? Qui a de la joie à être dans ce monde ?
Qui a de la joie à lutter ? Qui a de la joie à accepter ce qui est et à s'engager pour le faire être ce à quoi il aspire, sans illusion, en laissant une place aux aspirations des autres ?
Est-ce que nous luttons pour ne plus lutter ?
Est-ce que nous mangeons pour ne plus manger ensuite ? Est-ce que nous dormons pour ne plus dormir ensuite ? Est-ce que nous aimons pour ne plus aimer ensuite ?
La vie, c'est la lutte. La lutte, c'est un art de vivre.
C'est à dire la reconnaissance des conflits comme inhérents à la vie.
C'est à dire la reconnaissance fondamentale de l'autre, de l'altérité, la sienne, la mienne. 

Extrait d'un livre du livre A nos amis - Comité invisible
Le conflit est l'étoffe même de ce qui est. Reste à acquérir un art de le mener, qui est un art de vivre à même les situations, et suppose finesse et mobilité existentielle plutôt que volonté d'écraser ce qui n'est pas nous.

Comment lutter ? En équilibrant autrement notre rapport au monde ?
Si l'on convient avec Einstein que "La folie, c'est se comporter de la même manière et s'attendre à un résultat différent." Pourquoi, dans notre rapport au monde, répétons-nous symétriquement les mêmes traits que ceux qui fondent la modernité et dont nous dénonçons les effets : utilitarisme et quantitativisme, déterritoralisation, ingratitude.

Etre sensible au monde.
Le réchauffement climatique n'est pas seulement dans les rapports du GIEC. Il est surtout dans l'œil du jardinier.
Habiter le monde.
La crise ne se regarde pas depuis l'espace, comme des extraterrestres. Surplombants. Pouvons-nous descendre sur terre, écouter et nous connecter à la réalité d'autres personnes, AVANT de les "conscientiser", AVANT de les "sensibiliser".
Célébrer le monde.
Qui est émerveillé plus d'une fois par an par le soleil levant, l'éclatement des bourgeons, le souffle du vent...

Comment lutter ? En vivant, simplement ?
"Nous ne défendons pas la Nature. Nous SOMMES la Nature qui se défend."
Le verbe être.
"Je suis, je vis" : quelle puissance !
"Je me pose au milieu d'une vallée et je montre que le plus important est simplement de vivre et d'être" : quelle subversion ! 
"Je vis de bouts de ficelle et j'ai la banane !" : quel rappel salutaire !
"Je construis avec les autres, dans ET sans le système, des conditions de vie autonome" : quel contre pouvoir, quelle sécession !

Comment lutter ? Sur le terrain de la condition humaine ?
De même qu'il n'y a pas LA Justice, mais une suite de situations dans lesquelles on se bat pour elle, pour qu'elle soit, ici et maintenant.
De même en défendant ce petit bout de terre, en montrant qu'on veut juste y vivre, qu'on peut juste y vivre, on défend toute LA Terre.
Sur les ZAD, je ne m'oppose pas à CET aéroport, CE barrage. Je m'oppose au monde qui détruit les conditions de la vie, les conditions de la vie humaine, les conditions qui nous permettent d'exprimer notre humanité. 
Affirmer : "ce petit bout de terre est plus important que tout".
C'est défendre la condition humaine.

Comment lutter ? En apprenant à lutter ?
Ne pas toujours respecter la loi. Ne pas toujours obéir aux forces de l'ordre. Ne pas toujours respecter la propriété privée. Ne pas toujours respecter les machines. 
Rencontrer des gens divers, nouer des relations, tisser des réseaux, établir des moyens de communication efficaces et de proximité.
S'approvisionner, cueillir, se nourrir. Prendre soin.
Se protéger du froid, du chaud, du mouillé.
Construire, réparer, bricoler, fabriquer, se réapproprier les techniques.
Débattre. Accepter le point de vue de l'autre. Accepter les actions de l'autre, même sans y souscrire à 100%.

Comment lutter ? En ne se laissant pas produire, en ne se laissant pas agir ?
C'est qui un zadiste ? Et un non zadiste ? C'est qui un NoTAV ? Et un pas NoTAV ?
Par leur ancrage, le temps long et la diversité des actions et des personnes impliquées, ces luttes déjouent ceux qui cherchent à les enfermer dans une case et donc à les séparer de "la population". Elles ne se laissent pas produire en tant que sujet politique.

Comment lutter ? En s'attaquant aux flux.
Le pouvoir est logistique.
Le pouvoir est dans ce qui tisse l'organisation de nos vies de l'intérieur : infrastructures, réseaux, routes, lignes, flux.
Les luttes contre les grands ou petits projets nuisibles actent cette intuition.

Comment lutter ? En ne convergeant pas d'abord ?
Les ZAD sont "non convergentes à priori".
Elles mettent en mouvement plusieurs collectifs pour un petit bout de terre de rien du tout. Et encore d'autres collectifs autour, territoriaux, éphémères. Personne ne surplombe et ne dirige l'ensemble du sujet. Chaque groupe a la responsabilité de ce qu'il fait. Et ça n'empêche pas le but de converger, à posteriori, de fait.
Cette non convergence, c'est la vie.
La convergence, c'est le point de vue d'en haut, une seule tête ! Le point de vue d'en haut, c'est celui des commissaires. Les commissaires de POLIce ou les commissaires POLItiques.
Les zadistes sont malPOLIs.

Comment lutter ? En fondant des communes ?
Les ZAD sont des fondations politiques. 
Elles fondent des communes, des cités.
Et les débats qui vont avec.
Ce n'est pas simple. Mais cela soigne bien de l’impuissance généralisée.