Source : https://www.youtube.com/watch?v=N3umIwaeRE8
Source : https://meteofrance.com/presse/bilan-climatique-de-lete-2026-juin-juillet-aout
Avec une température moyenne de 24°C
entre juin et août, l’été 2026 pulvérise le précédent record établi en
2003, qui plafonnait à 23,1°C. Selon le bilan de Météo-France,
l’anomalie mesurée cette année atteint +3,6°C par rapport à la normale saisonnière, contre +2,7°C en 2003 et +2,3°C en 2022.
Mais
c’est en resituant ces données par rapport à l’ère préindustrielle que
le vertige devient palpable : l’écart grimpe alors à +5°C, dont 2,4°C directement imputables au changement climatique d’origine humaine.

Source : https://meteofrance.com/presse/bilan-climatique-de-lete-2026-juin-juillet-aout
L’été 2026 devient l’été le plus chaud depuis 1900 avec une température moyenne sur 24h de 24,0 °C (+3,6 °C), devant les étés 2003 (+2,7 °C) et 2022 (+2,3 °C). Les températures maximales de l’été 2026 ont souvent atteint des valeurs inédites et affichent, en moyenne sur la saison, une anomalie de 4,8 °C (+3,3 °C en 2003).

Source : https://reporterre.net/Apres-cet-ete-de-chaos-la-colere-ne-doit-pas-retomber
Les pires heures de l’été 2026 semblent derrière nous. Mais alors que les canicules, sécheresses et incendies s’éloignent, il ne faut oublier ni ces manifestations du changement climatique, ni leurs responsables, prévient la directrice de la rédaction de Reporterre dans cet éditorial.
Les températures ont baissé, la pluie est revenue, les flammes des incendies se sont calmées. Sur les chaînes d’information, les panaches de fumée, les sols craquelés, les hôpitaux bondés ont rendu l’antenne. La menace d’une énième canicule généralisée s’éloigne à mesure que la rentrée des classes approche. À l’heure où s’égrainent les bilans chiffrés d’un été de chaos — au moins 7 500 morts en excès liés aux canicules en France, plus de 300 morts par noyade, 25 000 sinistres causés par les incendies, qui ont généré 500 millions d’euros de dégâts —, un retour à la normale s’esquisse.
Il n’en est rien. Ce que nous venons de vivre n’est pas une parenthèse désagréable. Les personnes mortes dans des HLM sans volets, les nourrissons hospitalisés pour déshydratation, les animaux pris au piège par les flammes, les poissons morts par milliers dans les cours d’eau à sec, les arbres calcinés ou jaunis par la sécheresse et les récoltes perdues ne sont pas des faits divers.
Cet été, l’Europe n’a pas eu le luxe du déni. Elle a vécu dans sa chair les manifestations du péril climatique qui touchent une grande partie du monde et auxquelles le Népal fait face, de manière encore plus dramatique, aujourd’hui. Après l’été brûlant, place désormais aux tornades, orages, crues et glissements de terrain.
Cet été, alors que l’évidence était sous nos yeux, les tentatives de diversion, souvent grossières, se sont multipliées. La chasse aux pyromanes, le refrain sur la climatisation, les attaques contre les écologistes : ces faux débats ont saturé l’espace médiatique. Outils d’une stratégie bien huilée de maintien du statu quo, ils sont une insulte à la gravité de ce que nous vivons. Le sujet n’est pas là. Il n’est pas non plus de savoir « comment gérer notre écoanxiété » ainsi que nous y a invités, en plein mois de juillet alors que tout brûlait, une campagne de communication du gouvernement.
Cet été, bien sûr, nous avons eu peur. Pour nous, pour nos proches, pour la suite... Mais cette peur n’est pas une faiblesse individuelle, une difficulté à gérer nos émotions. C’est une alerte, un réflexe de survie qu’il serait dangereux de mettre en sourdine sitôt les pelouses reverdies. Cette peur est politique, puisque la canicule, les incendies et la sécheresse le sont.
Lire aussi : Des étés toujours plus chauds : visualisez l’explosion des températures depuis 40 ans
Dans un pays où les services publics s’étiolent après des années d’attaques, les périls climatiques affectent les plus vulnérables et exacerbent les inégalités. L’enjeu n’est donc pas de sauver sa peau, de s’équiper, de s’adapter, puis de passer à autre chose en attendant l’été suivant. On peut toujours acheter des ventilateurs, climatiser, déménager : nous gagnerons quelques années, quelques degrés.
Mais nous devons nous rendre à l’évidence : face au chaos climatique, il n’y a pas de refuge. Ni en Bretagne, ni ailleurs. Quand les températures s’envolent, l’énergie nucléaire devient impilotable, les trains s’arrêtent et les transformateurs explosent. Rappelant, s’il le fallait, notre vulnérabilité : on ne s’adaptera pas dans un monde à +4 °C.
« L’autocongratulation d’Emmanuel Macron ne trompe personne »
Le moment est donc venu de tout repenser. De désigner les coupables, de les empêcher de poursuivre leur business as usual et de les faire payer. De rappeler qu’atténuer l’ampleur du désastre est toujours possible. Que cet enchaînement de canicules débuté en mai, que ces centaines de milliers de personnes déplacées par l’incendie en Gironde, que cette sécheresse dont l’agriculture pourrait ne pas se relever... sont le fruit de décennies de politiques climaticides.
L’autocongratulation d’Emmanuel Macron, satisfait d’avoir mené « un très gros travail » en matière de lutte contre le changement climatique, ne trompe personne. Pas plus que le ton goguenard d’un Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, qui ne se sent « aucune responsabilité », se félicite « d’apporter des solutions » et, dans sa grande bonté, offre le carburant aux pompiers.
Rien de tout cela ne nous fait oublier que TotalEnergies, comme ExxonMobil avant lui, a mené un intense lobbying depuis plus d’un demi-siècle pour maintenir et décupler les activités à l’origine de ce que nous avons vécu cet été. Ce sont ces décennies de propagande et de fabrique du doute qui leur permettent, aujourd’hui encore, d’afficher des profits hors normes. Car le lien entre combustion des énergies fossiles et réchauffement climatique est connu depuis près d’un siècle. Les effets dévastateurs de nos économies capitalistes ne sont plus à prouver. Et pourtant, on s’acharne à construire des autoroutes et l’on annonce bétonner des terres agricoles pour de nouveaux parcs d’attractions.
Qu’attendons-nous pour faire cesser ces destructions ? À Reporterre, nous savons que les luttes peuvent être victorieuses, que des alternatives existent, qu’agir collectivement permet de tromper la peur et le découragement, et que des grains de sable, pourvu qu’ils soient nombreux, peuvent enrayer la terrible machine capitaliste.
Alors, tandis que dirigeants et capitaines d’industrie s’enfonceront dans le déni pour maintenir un ordre social qui les préserve des ravages qu’ils ont eux-mêmes créés, des centaines de milliers de personnes pourraient bien rivaliser d’imagination pour ne plus les laisser nous nuire en toute impunité.
Depuis fin mai, le manque d’eau et les canicules à répétition ont profondément bouleversé l’ensemble de l’agriculture française, avec des impacts différents selon les filières et les régions.
Vert a compilé les chiffres remontés par les filières et les services de l’État pour dresser le panorama de cet été désastreux.
Source : https://reporterre.net/L-ete-2026-sera-t-il-celui-de-la-bascule
[...]
«
J’aimerais que cette idée demeure : la communauté scientifique n’a pas
exagéré. Cela invite à regarder sérieusement ce qu’elle prévoit pour
cinq, dix ou quinze ans, et qui n’est pas réjouissant. »
Le
climat n’a pas soudainement franchi une frontière lors de cet été 2026
caniculaire en France, il se transforme depuis des décennies, et « chacune d’elles est désormais plus chaude que la précédente »,
rappelle le climatologue. Socialement et politiquement, en revanche, la
possibilité d’une bascule reste présente. Si, enfin, le changement
climatique cessait d’être une politique sectorielle pour devenir la
contrainte à partir de laquelle toutes les autres politiques seraient
pensées. Sinon, 2026 rejoindra la collection de nos étés « historiques ». Jusqu’au prochain.
Source : reporterre.net/Points-de-bascule-climatiques-la-planete-au-bord-d-un-gouffre-imprevisible
L’humanité a trop déstabilisé le climat, au point de l’avoir rapproché de « points de bascule » au potentiel cataclysmique, alertent 160 scientifiques dans un nouveau rapport.
Le monde vient d’entrer « dans une nouvelle réalité ». Celle où de nombreuses composantes du système climatique menacent de basculer à tout moment vers un nouvel état qui ferait encourir « des risques catastrophiques à des milliards de personnes ». Telle est l’alerte solennelle lancée par 160 scientifiques de 23 pays, dans le rapport Global Tipping Points, publié le 13 octobre et coordonné par Timothy Lenton, professeur à l’université d’Exeter en Angleterre.
Ces chercheurs figurent parmi les plus grands spécialistes au monde dans l’étude de ce que l’on appelle les points de bascule climatiques. Le terme désigne le seuil critique au-delà duquel un élément clé du climat terrestre (calottes polaires, courants océaniques, forêts tropicales, etc.) peut basculer dans un nouvel état, de manière souvent irréversible.
Le système peut relativement bien résister à un certain degré de déstabilisation (le réchauffement global, la déforestation, etc.), jusqu’à ce qu’un petit changement de trop le fasse basculer. Le point de bascule est en quelque sorte la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Or, le seuil de 1,5 °C de réchauffement planétaire pourrait bien s’avérer être cette goutte de trop. Nous avons pour la première fois franchi cette température fatidique sur l’année 2024, de manière temporaire. Et nous devrions, selon toute probabilité, la franchir définitivement d’ici quelques années, alertent les chercheurs. Avec le risque d’effets en cascade à travers la planète. Nous entrons ainsi dans l’ère des points de bascule.
On peut expliquer les points de bascule avec l’image d’une bille roulant sur un terrain accidenté. L’altitude de la bille symbolise l’état d’un système : il reste relativement stable même en s’approchant d’un trou. Mais si la bille fait le mouvement de trop, elle franchit le point de bascule, ce qui enclenche sa chute inéluctable dans le trou, d’où il sera bien plus difficile de sortir que d’entrer… (© Reporterre / Antoine Levesque. D’après Steffen et al. 2018)
Deux ans après leur premier rapport, les membres de l’initiative Global Tipping Points soulignent à quel point la situation s’est déjà dégradée. Première mauvaise nouvelle : les points de bascule concernant la biosphère « se rapprochent plus vite qu’on ne le pensait », dit le rapport.
Ainsi des récifs coralliens tropicaux. À l’instar de la Grande Barrière de corail, ils ont connu en 2024-2025 leur pire épisode de blanchissement, provoqué par les chaleurs extrêmes de l’océan. Bien que les situations diffèrent selon les régions du globe, les chercheurs estiment que leur point de bascule moyen se situerait autour de 1,2 °C de réchauffement global. Autrement dit, nous aurions déjà franchi ce premier point de bascule.
La situation n’est guère plus enviable pour la forêt amazonienne. Soumise aux nombreux stress provoqués par le réchauffement, dont d’intenses sécheresses, elle doit aussi affronter les ravages de la déforestation. Si trop d’arbres disparaissent, cette forêt tropicale qui a la caractéristique merveilleuse de produire en partie sa propre pluie pourrait entrer dans un cercle vicieux : produire de moins en moins de précipitations et, n’ayant plus assez d’humidité pour survivre, se transformer en savane.
Ce point de bascule serait là aussi plus proche que précédemment estimé, se situant en dessous des 2 °C de réchauffement, selon les auteurs du rapport. Des travaux cités par les chercheurs avancent l’hypothèse qu’une perte de 20 % de la surface actuelle de la forêt amazonienne, combinée à un réchauffement global compris entre 1,5 et 2 °C, pourrait faire franchir un point de bascule aux deux tiers de l’Amazonie.
Les incertitudes sont toutefois importantes. Les scientifiques estiment que le risque de « savanisation » est crédible avec un haut degré de confiance pour certaines zones de l’Amazonie à l’échelle locale, mais avec une confiance seulement faible à l’échelle du continent.
La situation est aussi particulièrement critique pour les glaces du globe. Notamment pour les calottes polaires. La calotte glaciaire de l’Antarctique de l’ouest et celle du Groenland sont les deux systèmes glaciaires dont la vulnérabilité est la plus certaine : leur effondrement, une fois enclenché, se poursuivrait sur plusieurs décennies à plusieurs siècles, voire des millénaires, entraînant plusieurs mètres de montée du niveau des mers. Or, ce point de bascule pourrait avoir déjà été déclenché. Il menace de l’être depuis que nous avons franchi la barre de 1 °C de réchauffement.
Les courants océaniques, comme l’Amoc et la gyre subpolaire, sont eux aussi menacés de franchir des points de bascule dès le niveau actuel de réchauffement, bien que la compréhension et l’évolution de ces systèmes soient entourés d’incertitudes importantes, notent les chercheurs.
L’autre point saillant et particulièrement inquiétant du rapport, c’est l’interconnexion qu’il documente entre la plupart des 20 points de bascule qui ont été évalués. Lorsqu’un élément franchit un point de bascule, il est souvent susceptible d’avoir des effets, la plupart du temps déstabilisateurs, sur d’autres composantes du système climatique, menaçant de leur faire à leur tour franchir un point de bascule.
L’Amoc est le meilleur exemple de ces multiples effets en cascade possibles. L’affaiblissement de ce courant atlantique, au rôle crucial dans les échanges de chaleur entre l’océan et l’atmosphère, pourrait par exemple aggraver la déstabilisation des glaces de l’Antarctique de l’ouest. Ou encore déstabiliser le phénomène El Nino dans le Pacifique, qui à son tour affaiblirait encore davantage la forêt amazonienne.
Ce schéma, simplifié par rapport à l’original, montre une partie des 20 points de bascule évalués par les chercheurs. Dans un cercle vicieux, le déclenchement de certains d’entre eux peut venir en déstabiliser d’autres ou, plus rarement, contribuer à les stabiliser. La majorité de ces points de bascule aurait, en outre, un effet aggravant sur le réchauffement global, alimentant encore la réaction en cascade. (© Reporterre / Antoine Levesque. Source : Rapport Global Tipping Points 2025.)
Les effets en cascade ne s’arrêtent pas aux systèmes climatiques : les catastrophes climatiques provoquées menaceraient de faire courir des risques majeurs à des éléments clés de la stabilité de nos sociétés, « comme la sécurité alimentaire, les infrastructures énergétiques, la stabilité économique et la cohésion sociale, affectant des milliards de personne à travers le monde », écrivent les auteurs.
« Les dégâts causés par les points de bascule seront très différents des dégâts classiques du changement climatique. Nous ne sommes pas prêts pour ça ! Nos décideurs ne comprennent pas ce que signifient les points de bascule », appuie Manjana Milkoreit, chercheuse à l’université d’Oslo et co-autrice du rapport.
Ce concept de points de bascule est d’autant plus difficile à faire émerger à l’agenda politique que la survenue de ces phénomènes reste entourée de beaucoup plus d’incertitudes que d’autres catastrophes climatiques à venir.
Au sein même de la communauté scientifique, tout le monde n’est pas d’accord sur l’opportunité de communiquer trop fortement sur ces points de bascule. Certains craignent que ces mécanismes complexes et encore mal compris ne détournent l’attention. Alors même que les efforts d’adaptation aux effets beaucoup plus directs et étayés du changement climatique, comme l’intensification des sécheresses, des tempêtes, des inondations et autres, sont déjà largement insuffisants.
« Les points de bascule sont un sujet extrêmement important, mais on n’est pas sûr de savoir où sont les seuils. Il y a des estimations sur la bascule de l’Amazonie, mais ça peut advenir à 1,5 °C comme à 3 °C, on n’a pas de certitude », dit Freddy Bouchet, directeur du Laboratoire de météorologie dynamique et l’un des coordinateurs de ClimTip, l’un des deux grands projets européens sur les points de bascule.
« C’est une question de gestion des risques : est-ce qu’il faut s’adapter en urgence aux risques davantage certains, présentés dans les rapports du Giec, ou bien anticiper les risques potentiellement encore bien plus graves mais plus incertains ? Personnellement, je pense qu’il faut tout faire à la fois », ajoute-t-il.
C’est bien l’avis des auteurs de rapport Global Tipping Points, qui rappellent une caractéristique essentielle de ces phénomènes irréversibles : une fois franchis, il sera trop tard pour agir.
La bonne nouvelle (il y en a), c’est qu’en termes d’atténuation, il n’y a pas à choisir. Que l’on cible les points de bascule ou les effets plus classiques du changement climatique, les changements structurels et radicaux auxquels appellent les climatologues restent les mêmes, pour réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, atteindre la neutralité carbone en 2050 et tout faire pour limiter au maximum le réchauffement global.
L’autre avantage du concept de points de bascule, c’est qu’il peut aussi être appelé à la rescousse pour entretenir l’espoir et mobiliser la société. Le rapport évoque ainsi les possibilités de franchir des « points de bascule positifs ». Transports en commun, agriculture et alimentation durables, écosystèmes... Ceux-ci sont également nombreux.
À l’image de la baisse fulgurante récente du coût des panneaux photovoltaïques, le développement de solutions ne suit pas une trajectoire linéaire. Mieux : un petit effort supplémentaire pourrait parfois suffire à entraîner le basculement technologique ou sociétal qui paraissait, l’instant d’avant, n’être qu’une utopie lointaine.
Pour appréhender l’ampleur de la destruction du climat, le chercheur Gaspard Lemaire plaide pour l’utilisation du concept d’« atrocité climatique ». Un terme qui permettrait de mieux pointer les responsabilités des États.
Les gaz à effet de serre émis par notre civilisation ne provoquent pas un simple changement climatique, mais une destruction massive et mortelle des écosystèmes et des sociétés. Une telle violence relève de l’atrocité de masse : c’est la réflexion que mène le chercheur Gaspard Lemaire dans un article récemment publié dans la revue Earth System Governance.
Doctorant en sciences politiques au sein de la Chaire Earth et enseignant en droit de l’environnement à Sciences Po, il prépare sa thèse sur ce qu’il nomme le « paradigme de l’atrocité climatique ». Il explique à Reporterre pourquoi et comment la popularisation de ce terme pourrait aider à lutter contre les destructions climatiques qui ne font que s’aggraver.
Reporterre — Pourquoi est-ce si difficile de trouver les bons termes pour parler de ce que l’on nomme communément « changement climatique » ?
Gaspard Lemaire — La transformation du climat tue déjà des millions de personnes aujourd’hui. Plus de 3 milliards d’humains sont vulnérables et, d’après le Giec, on pourrait compter plus de 9 millions de morts supplémentaires par an en fin de siècle dans un scénario d’émissions élevées de gaz à effet de serre.
Il s’agit d’une violence extrême. Celle-ci n’est pas exprimée par les termes descriptifs « changement climatique » ou « réchauffement climatique ». Parler « d’inaction climatique » cache également le fait que nos émissions sont le résultat de politiques très concrètes, pas juste d’inactions.
Les mots « urgence » ou « crise » soulignent, quant à eux, le besoin d’agir vite mais font croire à un problème temporaire alors que les transformations climatiques en cours vont s’étaler sur des siècles, voire des millénaires. L’expression « catastrophe climatique » est aussi très ambigüe. Elle renvoie à des évènements ponctuels, comme une inondation. Mais elle ne correspond pas à la destruction globale en cours.
Certains concepts ont tout de même déjà émergé pour tenter de nommer les destructions écologistes, comme le crime d’écocide, reconnu dans le droit européen.
Oui mais l’écocide se concentre sur la destruction d’écosystèmes. Les destructions climatiques vont certes conduire à la disparition de nombreux écosystèmes mais elles vont beaucoup plus loin. Lorsqu’un pont s’effondre à cause d’un ouragan, ce n’est pas un écocide. La destruction du climat est globale, irréversible et structurelle. On n’a pas de mot pour exprimer une telle violence.
En quoi le changement climatique se rapproche-t-il, selon vous, de ce que l’on appelle les « atrocités de masse » ?
Cette expression n’a pas d’existence juridique mais elle est utilisée dans les institutions internationales et dans la communauté académique pour parler des crimes les plus graves définis par le Statut de Rome, que sont le crime contre l’humanité, le génocide, le crime de guerre, le crime d’agression. La notion d’atrocité s’est ensuite élargie à d’autres notions comme celle de nettoyage ethnique.
Des chercheurs ont réfléchi aux traits communs à toutes ces atrocités. Pour le politologue Scott Straus, il y a atrocité lorsqu’il y a une violence à grande échelle, infligée de manière systématique et en connaissance de cause à des populations civiles. Il est frappant de voir à quel point la violence climatique répond à cette définition.
Cette violence climatique ne rentre pourtant dans aucune des atrocités de masse préexistantes : ce n’est pas un génocide, car il n’y a pas de but exterminateur ; un crime contre l’humanité nécessite une attaque délibérée contre un groupe humain et un crime de guerre nécessite une guerre…
Nous sommes donc face à un « crime sans nom », pour reprendre l’expression de Churchill à propos des crimes commis par les nazis contre les Juifs. C’est pour combler ce vide, après la Shoah, que le terme de « génocide », inventé par le juriste Raphael Lemkin, entre dans le droit international en 1948. Aujourd’hui, nous avons besoin d’un nouveau terme pour qualifier cette violence climatique inédite.
Vous plaidez pour l’utilisation du terme « atrocité climatique ».
Je propose cette expression pour renvoyer à l’ensemble des actions qui contribuent d’une manière significative à la déstabilisation du climat terrestre et qui mettent en péril les fondements de la vie humaine et fragilisent les conditions d’existence des espèces.
Cette atrocité climatique possède quatre traits remarquables.
Avec ces quatre niveaux, spatial, temporel, diversité des destructions et universalité des victimes, on change d’échelle. On pourrait parler d’atrocité totale.
L’accusation de crime d’atrocité climatique pourrait être portée contre la quasi-totalité des dirigeants politiques et économiques du monde. N’est-il pas vain, dans ce contexte, d’espérer voir un tel concept juridique entrer en vigueur ?
Notons d’abord que l’on dispose déjà d’outils pour identifier les responsables d’atrocité climatique. Le concept de budget carbone, par exemple, a fait l’objet de réflexions et négociations pour attribuer une quantité d’émissions de carbone à chaque État en essayant de prendre en compte les notions d’équité et de justice climatique. Les principaux responsables d’atrocité climatique seraient quoi qu’il en soit les États et les principales entreprises émettrices, notamment les entreprises fossiles et les banques qui les financent.
Il y aurait sans doute des débats importants à mener, notamment pour prendre en compte les émissions importées, et les émissions d’avant 1990, ainsi que le consensus sur le changement climatique, puisque le concept d’atrocité suppose d’infliger une violence en connaissance de cause.
La Cour internationale de justice, dans un avis consultatif, a récemment confirmé la responsabilité juridique des États pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Tous les outils nécessaires sont donc quasi prêts.
Cela risque néanmoins de ne pas passer d’un point de vue géopolitique. Lorsque le terme de génocide a été mis en place, il l’a été sous l’égide des États-Unis pour jeter l’opprobre sur les nazis, ce qui arrangeait les vainqueurs de la guerre. Ce qui n’enlève rien au travail remarquable de Lemkin qui a inventé ce terme. Mais aujourd’hui, les principaux émetteurs de gaz à effet de serre sont les principales puissances du monde. Vous avez raison de souligner qu’ils n’ont aucun intérêt à se désigner eux-mêmes comme responsables d’une atrocité…
Quelles pourraient alors être les vertus de la popularisation de ce concept ?
Au-delà de son effectivité juridique, je vois quatre fonctions intéressantes à ce concept. Une fonction éthique : entendre qu’il y a une atrocité en cours, ce n’est pas du tout pareil que de simplement dire que le climat change. Il y a une responsabilité individuelle à savoir ce que l’on fait de cette information, en tant que citoyens d’États aux émissions élevées. Chacun agira avec sa conscience.
Il y a ensuite un intérêt politique. Pour tous les acteurs et groupes déjà en lutte sur cette question, ce terme peut être une arme rhétorique supplémentaire. Pour mieux expliquer et légitimer les efforts et les actions menées. Et pour les élus, il y a aussi une possibilité d’institutionnaliser leur engagement en reconnaissant l’atrocité climatique en cours, de même que certaines municipalités ont voté l’état d’urgence climatique pour orienter leurs politiques.
C’est ensuite un concept utile pour la recherche. Il existe tout un champ académique transdisciplinaire autour des atrocity studies, les études sur ces atrocités. Un grand nombre de penseurs cherche à comprendre les dynamiques sociales qui rendent possibles ces atrocités de masse. La violence, en cas d’atrocité, est toujours légitimée institutionnellement, contrairement aux violences ordinaires, et suppose soit l’adhésion soit l’indifférence de la majorité de la population.
Appliqué à la violence climatique, on voit comment le productivisme et l’extractivisme sont légitimés et présentés comme inéluctables, pour occulter la violence climatique engendrée ou mettre à distance les victimes, souvent dans des pays lointains. La dissolution de la responsabilité, le conformisme, le déni… Mieux expliquer tout cela permet de mieux lutter.
Enfin, l’atrocité climatique peut aussi avoir un débouché diplomatique. Un certain nombre de pays parmi les plus vulnérables pourrait s’emparer de ce terme pour rendre compte des risques et des souffrances déjà effectives subies par leurs populations.
Comme le terme de génocide, celui d’atrocité climatique a le mérite de désigner à la fois les États coupables et les populations qui en sont les victimes. En l’état, ce terme semble impossible à faire adopter. Mais plus les violences climatiques vont s’intensifier, plus le terme semblera évident.
Source : https://www.youtube.com/watch?v=NiXX9gIg6_8
Ce n'est pas tant que c'est "choc", c'est plutôt que c'est hyper intéressant, clair, que ça donne des clés, du discernement sur des questions complexes et des idées stratégiques...
Un article critique du 2nd livre : blogs.mediapart.fr/khaled-satour/blog/190223/beaufs-et-barbares-gramsci-meritait-il-d-etre-reveille-pour-si-peu-de-chose
Source : https://www.l214.com/stop-elevage-intensif/fnsea
L214 a enquêté sur le plus grand syndicat agricole français, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), qui prône une agriculture productiviste et intensive.
À l’aide d’images d’archives, d’interviews d’éleveurs et de synthèses graphiques, les épisodes explorent de multiples facettes de ce syndicat faiseur de ministres. Il met en lumière sa restructuration de l’agriculture, ses conflits d’intérêts, mais aussi les conséquences désastreuses de son action pour les éleveurs, l’environnement et les animaux.
Source : https://www.youtube.com/watch?v=1W8gM2KqLU4
Source : https://www.youtube.com/watch?v=fqioyjOkf1c
Ça me détend tellement que des scientifiques disent à la fois les faits scientifiques et partagent leurs émotions... empathie empathie empathie...
00:00 : Introduction 02:34 : Que racontent les inondations en Espagne ? 06:27 : Le sentiment d’impuissance et la colère des scientifiques 12:56 : Comment le dérèglement climatique intensifie les orages 16:56 : Des inondations aggravées par une urbanisation brutale 24:48 : Les conséquences du climatoscepticisme au pouvoir / l’impréparation 29:05 : « Les valeurs du RN sont incompatibles avec la transition » L’extrême droite et l’écologie 42:05 : Le traumatisme des victimes de catastrophes climatiques 44:32 : S’adapter à une France à +4°C ? 51:13 : Comment s’adapter ? Nous avons les solutions 55:35 : Conclusion
De Paloma Moritz avec Christophe Cassou, climatologue et Magali Reghezza, géographe.
Source : https://partieprenante.com/transition-ecologique-pourquoi-on-ny-arrive-pas/
La suite en plus développé : https://www.atelier-territoires.logement.gouv.fr/IMG/pdf/attitudes_transition_extrait-bouger-les-lignes_vf_pdf_1_.pdf.pdf
Extraits :
L’inefficacité des démarches stratégiques sur les politiques de transition découle de leur dépolitisation.
[...]
La question n’est pas uniquement d’estimer combien ça coûte, mais surtout de savoir qui va payer. Doit-on faire financer l’amélioration de la qualité de l’air par les ménages (souvent précaires) qui roulent en diésel ? La lutte contre l’artificialisation des sols va-t-elle se faire aux dépens de la retraite des agriculteurs (qui comptent sur la plus-value foncière de l’extension urbaine pour financer leurs vieux jours) ? La transition écologique est aussi et avant tout un sujet d’allocation de la ressource, et de sa redistribution.
Alors que tout le monde s’accorde à dire que la transition écologique doit aussi être sociale, la question redistributive reste un angle mort des politiques mises en œuvre. Les choses commencent doucement à bouger au niveau national, comme en témoigne le rapport Mahfouz/Pisani-Ferry. Au niveau local, on en est encore loin. Quand est-ce qu’on parlera fiscalité locale dans les plans climat ?
Que faire une fois ces constats posés pour éviter de sombrer un peu plus dans l’écoanxiété ? No sé. Mais à ce stade, on se dit que notre planche de salut viendra plus de la lucidité du doute que de la recherche de solutions. Pris dans l’agitation permanente face à l’urgence climatique, nous éprouvons le besoin de prendre du recul sur l’impuissance des collectivités et de l’Etat à amplifier la transition. D’ouvrir l’espace du doute de manière plus collective pour développer nos capacités d’auto-défense contre le greenwashing de l’action publique.
Source : https://www.youtube.com/watch?v=XNtucQbEEls
En 2023, l’année la plus chaude jamais enregistrée, la quantité de carbone absorbée par les terres s’est temporairement effondrée, selon les conclusions préliminaires d’une équipe internationale de chercheurs rapportées par The Guardian, le 14 octobre.
Cette année-là, à cause des sécheresses et des incendies, les forêts, les plantes et les sols n’ont pratiquement pas absorbé de carbone. En fondant plus vite que prévu, les glaciers du Groenland et les calottes glaciaires de l’Arctique ont perturbé le courant océanique Gulf Stream et les mouvements naturels du zooplancton, ralentissant de ce fait la vitesse à laquelle les océans absorbent le carbone.
L’effondrement des puits de carbone en 2023 pourrait être temporaire. Mais l’enjeu est de taille : ces écosystèmes — vastes forêts, prairies, tourbières et océans — sont indispensables pour absorber une partie des 37,4 milliards de tonnes de carbone émises dans le monde en 2023, un volume record. En outre, la possibilité d’un effondrement rapide n’a pas été prise en compte dans la plupart des modèles climatiques ; si ce phénomène perdure, il soulève la perspective d’un réchauffement rapide de la planète, au-delà des prévisions de ces modèles.
Source : https://arxiv.org/html/2406.11738v1?s=09
On craint de plus en plus que la circulation méridionale de retournement de l’Atlantique (AMOC) ne s’effondre au cours de ce siècle, avec un impact sociétal perturbateur sur de grandes parties du monde.
Les estimations préliminaires de la probabilité d’un tel effondrement de l’AMOC étaient jusqu’à présent basées sur des modèles conceptuels et des analyses statistiques de données indirectes. Nous fournissons ici des estimations basées sur l’observation de ces probabilités à partir de données de réanalyse. Nous identifions d’abord les régions d’observation optimales d’un effondrement de l’AMOC à partir d’une récente simulation d’un modèle climatique mondial. Les données de salinité près de la limite sud de l'Atlantique s'avèrent optimales pour fournir des estimations du moment de l'effondrement de l'AMOC dans ce modèle. Sur la base des produits de réanalyse, nous déterminons ensuite les fonctions de densité de probabilité du temps d'effondrement de l'AMOC. Le temps d'effondrement est estimé entre 2037 et 2064 (IC 10-90 %) avec une moyenne de 2050 et la probabilité d'un effondrement de l'AMOC avant 2050 est estimée à .
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Notre travail conduit donc à deux conclusions majeures.
Plusieurs initiatives de mise en récit pour de nouveaux imaginaires...
Source : https://reporterre.net/Les-fictions-de-Reporterre-249
Reporterre vous propose chaque premier samedi du mois une nouvelle de science-fiction inédite. Nous avons donné carte blanche à des autrices et auteurs pour écrire des textes qui nous transportent vers des futurs écologiques désirables.
Source : https://lafrancea2degres.fr/
Les impacts du changement climatique sont déjà visibles en France et dans le monde, et continueront de s’accroître. Pour pouvoir s’y préparer, il est essentiel de mieux se représenter ces conséquences.
À travers ces courtes histoires thématiques, mêlant ressources scientifiques et fiction, projetez-vous dans les chamboulements de la vie quotidienne induits par un réchauffement climatique à +2°C.
ÇA SENT LE SAPIN
LES LARMES SÈCHES
Dans sa coopérative agricole, comment Tino pourra continuer de nourrir le monde sans eau ?
LE CALME APRÈS LA TEMPÊTE
Récit de Salma, médecin au cœur des urgences. Chaleur, pandémies… Faire face.
DANSE AVEC LES VAGUES
Anapa et Poe accueillent leur cousin Soan en Polynésie pour un vaste programme de relocalisation.
LE STREAMER ET LE PAPILLON
ROULE QUI PEUT
Source : https://theshiftproject.org/resilience-des-territoires/
https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2022/10/TSP_SRT_Cahiers_CAMPAGNES_WEB.pdf
Replay et support PPT de la présentation