Ce n'est pas tant que c'est "choc", c'est plutôt que c'est hyper intéressant, clair, que ça donne des clés, du discernement sur des questions complexes et des idées stratégiques...
Il n’est pas de révolution possible sans remettre en question la personnalité des individus, construite par des systèmes oppressifs : capitalistes, patriarcaux, racistes, validistes… Au sein du mouvement kurde, le tekmil est un outil qui permet, à travers la pratique de la critique/autocritique, de s’engager dans une démarche permettant de mettre en accord personnalité et idées. Ce texte a été rédigé par des volontaires engagé.es au Rojava dans le groupe Tekoşîna Anarşîst (Lutte anarchiste). Il propose un point de vue particulier sur le tekmil, qui permet d’en découvrir les principes, mais n’a pas vocation à être généralisé. Le mouvement kurde, qui a théorisé et pratiqué le tekmil, insiste sur la nécessité d’une formation pratique à celui-ci. Le tekmil ne peut être un simple outil sans connexion à une éthique militante, et à un système de valeurs bien définies.
Qu’est-ce que c’est ?
Le tekmil est un instrument de réflexion collective. Les racines historiques de ce que nous connaissons sous le nom de tekmil remontent aux traditions communistes autoritaires, telles que le stalinisme. Toutefois, Mao a été le premier, parmi ces traditions, à accorder autant d’importance aux méthodes de critique et d’autocritique. En résumé, nous pouvons affirmer que la critique et l’autocritique ont été précieuses pour les mouvements révolutionnaires en général, et n’ont jamais été étrangères aux mouvements révolutionnaires non autoritaires en général. Dans le contexte du Rojava, tekmil peut être traduit par » rapport » – en outre, on peut retracer le développement et la transformation de ce sens en fonction de la situation. Néanmoins, il est utile de garder à l’esprit la traduction littérale – l’humilité et la brièveté sont valorisées dans le tekmil. Il contient de nombreux codes culturels, mécanismes et présupposés idéologiques, et il nécessite une compréhension et une base philosophique et idéologique solide.
Cet article transmet une expérience spécifique de l’organisation anarchiste au Rojava et ne représente pas nécessairement ou ne s’étend pas à toutes les autres pratiques du tekmil dans toutes les structures révolutionnaires au Kurdistan et au-delà. Nous ne voulons pas donner l’impression que nous sommes « porteurs des connaissances les plus exactes sur le tekmil » et que nous voulons « vous dire comment ça marche vraiment ». Au contraire, notre position et notre expérience viennent de et avec humilité, et nous aimerions partager ce que nous avons appris à travers nos interactions avec le mouvement révolutionnaire dans le nord-est de la Syrie. Il faut comprendre que ce texte est écrit à travers le prisme de l’organisation anarchiste internationaliste au Rojava – nous ne prétendons pas avoir le point de vue le plus objectif, et notre position comporte aussi ses propres limites. Nos expériences peuvent différer de celles d’autres internationalistes qui ont appris à connaître le tekmil dans ce contexte, ainsi que du vécu de celles et ceux pour qui le Kurdistan, les langues et la culture locales sont natives. Ce que nous pouvons et voulons, c’est partager nos propres expériences et perspectives sur le tekmil.
Dans les structures révolutionnaires du Kurdistan, le tekmil est utilisé comme un outil de réflexion et d’analyse collective. Le tekmil évalue la socialisation dans nos sociétés, l’influence de la mentalité capitaliste et patriarcale sur nos personnalités, et traite de nos actions, de nos approches les uns envers les autres dans le format de la camaraderie et de la vie collective, et des idées que nous voulons mettre en pratique. L’une des principales parties du tekmil est la critique. Dans la plupart des communautés d’où nous venons, la critique est souvent perçue comme une attaque ou une déclaration négative. La philosophie du tekmil considère la critique comme un cadeau que les camarades s’offrent mutuellement avec les meilleures intentions du monde. Dans un telle perspective, la critique est ce qui nous permet de grandir en tant qu’individus, de travailler sur nos défauts – même si la critique peut être très difficile à écouter et à accepter. La critique peut également être difficile à exprimer. La mission du tekmil est de nous rapprocher de la réalisation de nos idées en nous-mêmes et autour de nous, et de nous éloigner de la mentalité du capitalisme et du patriarcat. Au lieu de cette dernière, le tekmil aide à développer la mentalité des personnes qui luttent pour la libération, et qui aspirent à être des révolutionnaires. Cela signifie changer l’état d’esprit et la personnalité en fonction des idées pour lesquelles nous nous battons.
Une brève histoire du tekmil
Pour comprendre comment le tekmil a évolué vers sa forme actuelle, nous devons nous pencher sur son histoire dans le contexte du Parti des travailleurs du Kurdistan. Pourquoi parlons-nous du PKK sur ce sujet ? Nous sommes des anarchistes, et le parti n’est pas la méthode d’organisation de notre mouvement. Cependant, cela n’enlève rien au fait qu’il y a des leçons à tirer de l’histoire du PKK pour nous aussi. La même chose peut être dite de tout mouvement révolutionnaire en général. De plus, le PKK n’est pas un parti dans le sens d’une participation au cadre organisationnel de l’État, mais il peut être considéré comme une forme d’organisation d’une lutte anti-étatique et anti-coloniale. Le PKK ne vise pas à être élu, il n’essaie pas non plus de changer le système de l’intérieur.
Le développement du tekmil en tant que tel, sous la forme que nous observons en tant qu’anarchistes internationalistes au Rojava, est inséparablement lié à l’histoire du développement du PKK. Par conséquent, pour mieux comprendre le tekmil, il est utile de se pencher également sur cette partie de l’histoire, aussi contradictoire qu’elle puisse nous paraître. Souvent, c’est des contradictions que nous pouvons tirer les leçons les plus précieuses. D’autres cultures ou mouvements ne sont pas étrangers à la réflexion collective. Elle a été utilisée de diverses manières dans le monde, par exemple, la « révision de vie » dans les organisations catholiques de Catalogne, après la guerre civile espagnole. Ou encore le « bâton de parole » des peuples autochtones dans les terres colonisées des Amériques. Les processus de réflexion collective sont inhérents à la plupart des communautés, sous une forme ou une autre. une forme ou une autre. On peut attribuer au tekmil dont nous discutons maintenant 4 étapes de développement, liées de manière similaire aux 4 étapes de développement du PKK.
Comment le tekmil s’est-il développé au sein du PKK ?
1973-1983 : La forme du tekmil n’est pas claire. Des réunions étaient organisées. C’était une période de développement de normes et de systèmes organisationnels.
1983-1993 : Le début du conflit armé avec la Turquie, jusqu’au cessez-le-feu. La base du tekmil existe, mais les besoins militaires l’emportent sur le travail analytique et idéologique nécessaire. Une mentalité patriarcale progresse.
1993 : La première trêve entre le PKK et la Turquie intervient. La guerre a eu un effet toxique sur les structures organisationnelles. Le PKK se concentre sur le développement de l’analyse organisationnelle et politique. Des structures autonomes pour les femmes se développent progressivement. Les hommes avaient une grande influence, la lutte telle qu’ils la concevaient était souvent réduite à la libération nationale et à une ligne marxiste-léniniste dure. Les femmes de l’organisation critiquaient l’approche patriarcale et la pensée militaire, et insistaient sur le développement de l’analyse de la personnalité et du progrès. De cette période, nous pouvons citer quelque chose qui a été le résultat idéologique du débat et du travail organisationnel et qui est devenu la célèbre citation, provenant du 5ème Congrès du PKK en 1995 : « 5% de notre lutte est contre notre ennemi, 95% est contre nous-mêmes. » Le tournant a également été la critique ferme du marxisme-léninisme.
1993-2002 : En 2002, le PKK change officiellement de paradigme idéologique, passant au confédéralisme démocratique. L’approche intro-organisationnelle commence à inclure non seulement une analyse de la personnalité, mais aussi la manière dont cette analyse est réalisée. Les structures autonomes de femmes déjà en place à cette époque s’éloignent du positivisme pour se concentrer sur la morale et l’éthique. La construction du concept de personnalité révolutionnaire tel que nous le connaissons aujourd’hui commence à cette époque – et cela a influencé la philosophie du tekmil.
Le tekmil en pratique
Il est important de comprendre les codes culturels du tekmil et sa structure. En les connaissant, vous pourrez vous faire une idée générale de ce à quoi ressemble le tekmil. La plupart des points ci-dessous sont communs à tout tekmil, mais il existe des différences.
Ainsi, nous pouvons lister les points suivants :
– Les participants.es sont assis en cercle égalitaire ou sous une autre forme qui ne suggère pas de hiérarchie.
– La culture tekmil suppose également que les participants ne mangent pas, ne boivent pas (uniquement lorsque c’est nécessaire), ne fument pas, ne parlent pas entre eux, ne s’amusent pas et ne s’assoient pas de manière décontractée.
– Chacun est censé s’asseoir ou se tenir debout à un niveau égal, de manière « respectueuse ». Imaginez comment vous vous assiériez ou vous mettriez debout si vous vouliez montrer du respect à vos camarades par votre position même, par votre corps.
– L’espace entre les personnes dans le tekmil est généralement propre, sans désordre, qu’il s’agisse d’une table ou d’un tapis, peu importe. Il est ouvert à la réflexion et à la participation.
– Des vêtements propres et une apparence généralement soignée sont les bienvenus dans le tekmil, et les chapeaux sont retirés. L’essence de cet élément culturel est l’idée que l’état intérieur d’une personne ainsi que ses idées, ses intentions et ses attitudes envers les autres se reflètent dans son apparence extérieure, et vice versa.
Quelle est la séquence des interactions durant le tekmil ?
– Le tekmil est lancé par le modérateur. Il permet aux participants qui le souhaitent de parler dans l’ordre et note brièvement l’essentiel de ce qui est dit dans le tekmil.
– Tous les participants doivent avoir un cahier ou quelque chose pour prendre des notes. Le tekmil implique un processus de réflexion et de préparation, c’est pourquoi les éléments du tekmil ne sont pas notés 10 minutes avant le tekmil, mais continuellement lorsque la réflexion ou la pensée s’impose. Une façon importante de se préparer au tekmil peut être de réserver un moment spécial pour cela, un jour ou plus avant le tekmil.
– Les participants peuvent lever la main pour s’exprimer. Avec la permission de l’animateur, on peut commencer à exposer ses arguments. Vous ne pouvez parler qu’une seule fois des points d’autocritique et de critique, et une seule fois des suggestions.
– Après que l’autocritique et la critique ont été exprimées par tous ceux qui voulaient s’exprimer, vous pouvez rassembler les suggestions dans une liste, puis les discuter une par une.
– À la fin de la discussion, le modérateur résume le tekmil. Le but est de passer en revue les thèmes de la critique et de l’autocritique, et de leur donner une forme commune, de les présenter dans une vue d’ensemble. L’animateur peut donner un point de vue sur ce qu’il voit et essayer de faire ressortir ce à quoi il faut penser, réfléchir et travailler.
– Il est également possible de passer en revue les décisions prises à propos des propositions, de rappeler les tâches entreprises et les décisions collectives.
Donc, la structure du tekmil en bref :
Autocritique.
Critique
Suggestions
Évaluation
Conseils pour le tekmil
Ces conseils sont le fruit de l’expérience accumulée en matière de tekmil, et soulignent ses caractéristiques ainsi que l’importance de ses principes de base.
– S’il existe une structure ou un groupe autonome non masculin, il doit avoir son propre tekmil séparé. S’assurer qu’une telle structure a du temps à consacrer à son tekmil autonome (plutôt que de l’organiser comme un surcroît de travail) est la tâche de l’ensemble du groupe ou de l’organisation, et pas seulement de sa partie autonome. Le tekmil autonome sans les hommes n’est pas une activité supplémentaire, facultative, mais un tekmil tout aussi important. Pourquoi est-elle importante ? Parce que dans un espace mixte, nous pouvons observer une dynamique différente qui est souvent dominée par un comportement patriarcal. Un tekmil autonome sans hommes peut ouvrir des portes qui ne seraient pas autrement accessibles aux participants non masculins du tekmil, et leur permettre de créer leur propre solidarité et esprit dans la lutte pour changer la mentalité patriarcale. Ceci, à son tour, peut apporter des approches, des réflexions et des solutions plus progressistes à l’ensemble du collectif. Il peut également créer un espace pour l’analyse, la discussion ou la critique de quelque chose qui, pour quelque raison que ce soit, est mieux discuté dans un espace sans hommes – ou il peut servir tout autre objectif ou signification que la structure autonome détermine pour elle-même.
L’objectif principal du tekmil autonome est de permettre aux camarades non-homme cis-genre de faire des critiques et des analyses plus profondes dans un cadre où ces critiques ne peuvent pas être utilisées par des camarades hommes cis-genre pour diviser ces camarades. Cela permet un espace pour que les critiques dirigées vers les camarades hommes soient apportées par la structure autonome plutôt que par un individu non-homme ci-genre. Cela empêche l’exploitation du conflit par les camarades hommes, car un seul individu ne peut être désigné comme porteur de la critique. Cela donne donc plus de pouvoir aux camarades non-hommes cis-genres et plus de force au moment de la critique.
« L’objectif principal du tekmil autonome est de permettre aux camarades non-homme cis-genre de faire des critiques et des analyses plus profondes dans un cadre où ces critiques ne peuvent pas être utilisées par des camarades hommes cis-genre pour diviser ces camarades. »
– Le tekmil peut avoir une forme plus courte, destinée aux situations dans lesquelles la cohérence, la brièveté et la clarté sont nécessaires. Dans le contexte du Rojava, on peut parler de » tekmil militaire » – par exemple, un tel tekmil est utilisé au front, après ou avant les opérations de combat. Le tekmil militaire a la même apparence, mais il est tenu en position debout, en cercle, et se caractérise par sa rapidité, sa brièveté – liées à la nature de l’environnement (la ligne de front). Cependant, la forme courte de la critique ne doit pas être confondue avec un manque de camaraderie, ou d’amour pour les camarades, qui sont les fondements de toute critique, quelle que soit la situation. Dans le contexte d’autres pays et de situations moins dangereuses, le tekmil court peut être appliqué dans des situations d’actions et d’activités différentes qui nécessitent un travail d’équipe cohérent et impliquent un certain degré de risque et la nécessité d’un bref processus de critique et de réflexion sur place.
– Essayez de surmonter votre ego. La critique est un cadeau.
– Empathie, amour et respect. Donnez et recevez, pensez aux sentiments des autres.
– Un environnement respectueux et sérieux fait partie intégrante du tekmil. Une telle atmosphère se caractérise notamment par l’absence de blagues, de cigarettes, de nourriture et de boisson.
– Parlez sans ambiguïté, de manière compacte et claire. Le plus souvent, il n’y a pas de besoin absolu de détails dans la critique. L’explication excessive des choses et des situations et l’approfondissement de la critique ne sont pas la même chose.
– Méfiez-vous d’un langage fort ou des déclarations telles que « c’est évident », « tout le monde le sait/le sent/le pense/le fait », « fou », « dégoûtant », etc. Réfléchissez à la manière dont notre façon de nous exprimer contribue à créer des liens et à favoriser la compréhension, ou à créer une séparation entre les camarades. La critique et l’autocritique doivent aider à progresser et à se développer, et non à rabaisser les gens.
– Lorsque nous formulons des critiques, il est bon non seulement de souligner les lacunes de l’approche de nos camarades, mais aussi de leur offrir une perspective et des moyens de surmonter ces lacunes. Cela nous aide également à considérer la personne que nous critiquons de manière subjective, de son point de vue, et à nous concentrer sur la manière dont nous pouvons tous travailler pour améliorer notre militantisme.
– La critique doit être formulée à la 3e personne par rapport aux autres. Il est utile de voir la critique et son sujet comme un sujet d’analyse exposé ouvertement devant tout le monde dans le tekmil. La critique à la troisième personne aide la personne critiquée à penser à elle-même de manière dépersonnalisée, à accepter plus facilement la critique et à la considérer de manière plus objective. Au contraire, la 2e personne est associée à une approche plus personnelle, donnant l’impression de s’adresser non pas au collectif mais à l’individu.
– Le tekmil en tant que processus n’est pas guidé par l’émotion. La philosophie du tekmil suggère que l’émotion ne peut être la base de la critique. Néanmoins, l’émotion est très importante et ne peut être exclue de ce que nous faisons. Les émotions font partie de nous, de la dynamique collective et des relations. Mais la façon dont nous gérons les émotions, la façon dont nous les exprimons, l’impact que nous avons les uns sur les autres dans le champ émotionnel, le sens que nous leur donnons et l’impact qu’elles ont sur ce que nous faisons est un sujet de réflexion. Bien que les émotions soient toujours avec nous et en nous, ce que nous mettons dans le tekmil devrait toujours être basé uniquement sur des idées, des valeurs, des principes, l’analyse et la réflexion. D’autre part, donner un sens aux émotions et en prendre soin est un travail nécessaire et permanent de l’ensemble du collectif, de chacun d’entre nous. Premièrement, nous devons travailler sur la manière dont nous partageons (ou non) les émotions, dont nous assumons (ou non) la responsabilité de nos propres émotions et de celles des autres, dont nous nous soutenons (ou non) les uns les autres, et sur les schémas de genre, de classe ou de race de ces dynamiques. Deuxièmement, nous pouvons créer et cultiver des espaces et des moments dédiés à la prise en charge collective des émotions, dans le prolongement de la suggestion précédente.
– Dans vos critiques, nommez les personnes et les choses de manière précise.
– Le tekmil nécessite une préparation et une réflexion approfondie au préalable. Cette préparation peut se traduire par la mise par écrit de vos pensées. Le manque de préparation entraîne une perte de concentration dans le tekmil, la répétition et l’oubli de la critique.
– Ne répondez pas aux critiques. Non seulement verbalement, mais il est également important de surveiller l’expression de votre corps et vos gestes. Il y a des moments où les personnes qui donnent ou reçoivent des critiques sont dans une position vulnérable. Des gestes comme rouler les yeux, soupirer, être impatient, ricaner, etc. peuvent avoir un effet négatif sur la personne qui donne ou reçoit la critique, ainsi que sur les émotions des personnes concernées.
– Ne répétez pas une critique qui a déjà été formulée.
– N’ayez pas peur du silence.
– En s’appuyant sur le fait que tekmil est un lieu formel réservé à la critique, il peut devenir difficile de donner et de recevoir des critiques… en dehors du tekmil. Le tekmil privilégie des qualités telles que l’humilité et la capacité d’écouter, de donner et de recevoir, ces qualités ne doivent pas se limiter au tekmil. Par conséquent, les critiques exprimées en dehors du cadre formel du tekmil doivent être acceptées de la même manière, dans un esprit de camaraderie – en écoutant attentivement. Dans le même temps, les critiques doivent également être formulées en dehors du tekmil lorsque cela est possible. Ne réservez pas tout ce que vous avez à dire pour ce seul moment. Le tekmil est aussi une espace ouvert pour permettre d’exprimer des critiques qui semblent difficiles à formuler dans la vie de tous les jours, mais ne prenez pas l’habitude de n’utiliser le tekmil que lorsque vous voulez faire un retour à quelqu’un et de rester fermé dans le cas contraire. Par exemple, cela peut devenir une dynamique malsaine, si les camarades accumulent les critiques qu’ils ont jusqu’au jour où il y a le tekmil et ne travaillent pas à développer cette compétence dans la vie de tous les jours. Néanmoins, pensez à vous exprimer correctement, de manière sérieuse et valorisante, et si cela ne vous semble pas possible sans la structure du tekmil, faites-le plutôt à ce moment-là.
– Dans la critique qui vous est faite, recherchez ne serait-ce que 1% d’auto-réflexion et de réflexion par rapport à 99% de contre-arguments. Même si la critique était basée sur des hypothèses fausses, ou sur ce que vous pensez être une vision déformée des événements, elle est basée sur une vision de la réalité et des événements de vos camarades. Avant de commencer à clarifier la situation, vous devriez au moins réfléchir à ce qui a conduit à cette critique, et respecter le fait qu’un camarade essaie de vous faire le cadeau de la critique avec les meilleures intentions – et croire en ces intentions, et non dans l’idée qu’ils veulent vous attaquer avec des mots. Réfléchissez à l’origine de tous les contre-arguments que vous pouvez trouver – peut-être l’ego blessé ? Donner une critique à quelqu’un peut être très difficile. Réfléchissez à quel point vous vous rendez disponible ou accessible à la critique. Appréciez la contribution et les efforts du camarade. Si ce qui est dit nécessite encore des éclaircissements, attendez le lendemain ou plus tard et discutez-en avec la personne qui vous a critiqué – non pas pour « rétablir la vérité » – mais d’abord pour mieux comprendre pourquoi le/la camarade a perçu quelque chose de cette façon, et pour mieux comprendre l’essence de la critique elle-même.
– S’accorder du temps pour la réflexion est une bonne chose. Réfléchissez à la manière et au moment de présenter votre critique. Il ne s’agit pas forcément de l’approche libérale qui consiste à retarder et à remettre à plus tard le processus de critique parce qu’il est difficile à formuler. Lorsqu’il s’agit de choisir le bon moment pour émettre une critique, vous devez évaluer comment la critique s’inscrit dans la situation générale autour de vous et du groupe, quelle est l’ambiance. Il ne s’agit pas de formuler la critique sous la forme la plus simple possible, mais plutôt de déterminer s’il y a encore du travail à faire avant et après la critique. Cette approche vise à rendre la critique non pas la plus facile, mais aussi efficace et utile que possible.
– Ne vous excusez pas pour vos lacunes. Travaillez dessus. Cependant, ne passez pas à côté du moment où des excuses sont encore nécessaires – sans pour autant renoncer à travailler sur vos défauts parce que des excuses ont été présentées.
– Toute critique comporte sa part d’autocritique, et vice versa. La vie collective et le travail en commun impliquent que nous sommes responsables les uns des autres et que nous créons notre réalité ensemble. Nous n’existons pas complètement séparés et isolés les uns des autres. Par conséquent, l’origine de chaque erreur, de chaque défaut, peut être vue et analysée en relation avec tous les autres camarades. Par exemple, lorsque vous écoutez une critique adressée à quelqu’un dans le collectif, pensez – pourquoi n’avez-vous pas soutenu ce camarade pour qu’il trouve une solution à tel ou tel problème, pour qu’il trouve un point de vue différent, pour qu’il change son comportement, pour qu’il se développe d’une certaine manière ? De cette manière, tout le monde peut trouver quelque chose à réfléchir pour lui-même dans toute critique ou autocritique exprimée dans le tekmil.
– En plus de ce dernier point, les critiques que vous entendez dans un tekmil donné à quelqu’un d’autre, vous pouvez également les appliquer à vous-même et réaliser quelque chose en vous. Il peut donc être utile d’écouter chaque critique attentivement et avec un esprit réfléchi, même si elle ne s’adresse pas à vous. Souvent, ce qui a été montré en exemple à un autre camarade est quelque chose que chacun peut travailler en lui-même. C’est parce que la dynamique dans laquelle nous agissons est souvent informée par le système oppressif dans lequel nous avons tous appris à agir.
– Des variations structurelles sont possibles avec une section « Mise à jour ». C’est au choix du collectif pratiquant le tekmil.
Pour résumer, on peut définir les tâches suivantes du tekmil :
Un processus de construction de la camaraderie et la promotion de relations plus fortes à travers l’autocritique et la critique.
Coordination.
Développement de sa propre personnalité et recherche de cet épanouissement dans le collectif.
Briser la hiérarchie.
Combattre la mentalité oppressive.
Résoudre les conflits et surmonter l’ego, comprendre l’influence de l’individu sur le collectif et vice versa.
Limiter les conversations non constructives.
Trouver un développement collectif.
Mener des analyses sur une base partagée.
Partager les points de vue sur les situations.
Créer des personnes capables de vivre dans une société meilleure. Nos approches actuelles sont associées à des systèmes d’oppression tels que le capitalisme, le racisme et le patriarcat.
Les fondements du tekmil
Il est important de mentionner et de souligner les valeurs qui fondent la méthode du tekmil, si l’on veut que sa pratique ait un sens. La pratique du tekmil peut être superficielle et ponctuelle – les gens émettent des critiques et des autocritiques juste pour le plaisir de s’en sortir, ou profitent de l’occasion pour attaquer et rabaisser les autres. Si nous critiquons, c’est par souci de l’autre et de nous-mêmes, pour prendre nos responsabilités et nous entraider.
Ces valeurs sont les suivantes :
Compréhension commune et acceptation de la méthode
Camaraderie et respect mutuel
Humilité et l’amour de l’apprentissage et de l’amélioration de soi.
Une tâche particulière du tekmil est le développement d’une personnalité militante. Ce concept implique :
Des valeurs collectives
La camaraderie et l’amour comme base des relations.
La vie collective au lieu de l’individualisme. L’équilibre entre le collectif et l’individuel
L’engagement. Autodiscipline et responsabilité, surmonter les défis et faire de son mieux pour soi-même et pour le collectif.
Recherche de solutions plutôt que de problèmes. Avoir l’état d’esprit qu’il est possible de gagner. Si on ne peut pas percevoir une victoire, on ne peut pas gagner.
L’humilité, l’écoute et la patience sont des qualités militantes.
Pour pouvoir utiliser les outils du tekmil, nous avons besoin de normes et d’accords collectifs. Si nous ne comprenons pas les bases, nous ne comprenons pas la critique. Sans cela, nous émettons des critiques à partir d’une position subjective.
Terminons par une citation d’une déclaration d’A. Öcalan, que les structures révolutionnaires au Kurdistan utilisent pour expliquer les principes et la culture du tekmil.
« Nous analysons non pas le moment mais l’Histoire ; non pas l’individu mais la société ».
Les rapports du GIEC se succèdent mais rien n’y fait : le consensus sur le seuil maximal d’un réchauffement planétaire global de +1,5° à ne pas dépasser n’est pas suivi de la réaction espérée. La catastrophe climatique s’annonce. Pour l’avocat Sébastien Mabile, c’est par le droit qu’il faut s’emparer du sujet pour réfléchir à la meilleure manière de répartir un stock maximum de gaz à effet de serre à émettre jusqu’à atteindre la neutralité carbone. Les 10% des plus riches étant aujourd’hui responsables de plus de la moitié des émissions, il en appelle à une nouvelle lutte des classes… climatique.
Avocat au barreau de Paris depuis vingt-cinq ans, Sébastien Mabile s'est imposé comme une figure incontournable du droit pénal de l'environnement. Son engagement dans des procès emblématiques - contre TotalEnergies pour le respect de l'Accord de Paris, le groupe Casino pour son implication dans la déforestation amazonienne ou encore Danone pour son usage abusif du plastique - témoigne d’un combat acharné et militant.
Dans son nouvel ouvrage "Justice Climatique, pour une nouvelle lutte des classes" publié chez Actes Sud, il pointe du doigt la responsabilité particulière des ultra-riches dans la crise climatique. Son constat est sans appel et malheureusement connu de tous : le réchauffement de la planète, causé par les émissions de gaz à effet de serre, s'accélère inexorablement. Si l'accord de Paris sur le climat de 2015 visait à limiter la hausse des températures à 1,5°C d'ici la fin du siècle, cet objectif semble désormais hors d'atteinte, les États échouant à concrétiser leurs engagements.
L'année 2023 a parfaitement illustré cette spirale affolante : alors que les catastrophes climatiques se multipliaient, la consommation de gaz et de pétrole atteignait des sommets historiques. La catastrophe climatique semble désormais quasi-inéluctable, avec son lot de conséquences tragiques : élévation du niveau des océans, vastes territoires inhabitables sur tous les continents, extinction massive des espèces... Pourtant, de nouveaux projets d'extraction d’hydrocarbures se développent, le trafic aérien continue sa progression effrénée et l’intelligence artificielle multiplie drastiquement les besoins en énergie, tout ceci accélérant la crise climatique alors qu’il s’agit de la freiner. Face à cette situation critique, l'action politique semble avoir abdiqué.
Le budget carbone de l’humanité
Pour proposer de nouvelles solutions, Sébastien Mabile évoque le principe d’un “budget carbone” restant à l’humanité, qu’il définit comme une estimation théorique des émissions mondiales nettes cumulées de CO², “depuis une date donnée jusqu'au moment où ces émissions deviennent égales à zéro, qui permettraient, avec une certaine probabilité de limiter le réchauffement planétaire à un niveau déterminé”. Le GIEC estime ce budget carbone à 580 milliards de tonnes en équivalent CO² pour ne pas dépasser les +1,5°. Un chiffre qui, au rythme actuel, devrait être atteint dès 2028 alors que la neutralité carbone est visée à l’horizon 2050 selon l’accord de Paris.
Face à l'urgence climatique, la solution s'impose d'elle-même : réduire drastiquement les émissions globales, maintenant. L'ouvrage de Mabile aborde alors une question cruciale : comment répartir équitablement cet effort de réduction ? Le défi est complexe, ce que l’on peut constater à l'échelle individuelle : même en adoptant un mode de vie vertueux - sans voiture ni avion, avec une consommation limitée de viande - nous dépassons encore les seuils recommandés. Selon le cabinet Carbone 4 de Jean-Marc Jancovici, cité par Mabile, les efforts individuels ne permettent en effet de réduire notre empreinte carbone que de 25 à 45%, le reste étant déterminé par l’environnement sociotechnique et politique.
Par ailleurs, 10% de la population mondiale, détenant 52% des richesses, est responsable de plus de la moitié des émissions produites entre 1990 et 2015 ! Plus frappant encore, le 1% des plus fortunés génère à lui seul 15 à 17% des émissions, avec une empreinte moyenne de cent tonnes de CO² par an et par personne - l'équivalent des émissions de 3,8 milliards des individus les plus pauvres. Une élite de super-milliardaires épuise ainsi le budget carbone de l'humanité sans contrainte ni contrôle, tandis que les populations les plus démunies, souvent à l'autre bout du monde, subissent déjà les conséquences dévastatrices du dérèglement climatique.
Face à ce constat, Mabile plaide pour une réglementation du “budget carbone” considéré comme bien commun, impliquant une régulation du droit d’émettre des gaz à effets de serre. Au-delà des symboles évidents comme les yachts de luxe et les jets privés, il préconise l'instauration d'une véritable justice climatique mondiale.
La “Guerre climatique”
Pour Mabile, la justice climatique doit s'appuyer sur un nouvel arsenal juridique solide, légitimé par le droit à vivre des générations futures. Cette nouvelle approche permettrait d'engager la responsabilité des principaux émetteurs de gaz à effet de serre : compagnies pétrolières, institutions bancaires et États.
Notre système dans son ensemble doit être repensé. La réalité actuelle révèle un système aujourd’hui non seulement profondément inégalitaire mais carrément contraire aux principes énoncés. Par exemple, tandis que le citoyen ordinaire est lourdement taxé sur son carburant, les propriétaires de jets privés bénéficient d'une exemption de taxes sur leur kérosène. De la même manière, les usagers du rail s'acquittent de droits de péages kilométriques qui rendent le train coûteux tandis que le transport aérien prospère grâce à de généreuses subventions publiques. Les propriétaires de yachts de luxe, quant à eux, disposent de multiples échappatoires pour contourner leurs obligations fiscales.
En ciblant prioritairement les 10% les plus fortunés responsables de la moitié des émissions mondiales, la justice climatique créerait par ailleurs les conditions d'une acceptation sociale des efforts demandés au reste de la population : la mobilisation des gilets jaunes a démontré qu’il n’y aura pas d’acceptabilité de mesures en faveur du climat sans répartition juste. Il faut donc selon Mabile “empêcher les riches”, en limitant les émissions de chacun en fonction de son niveau de richesse. Un travail qui semble a priori complexe, mais a déjà été modélisé par plusieurs groupes de chercheurs dans le monde, avec divers scénarios.
Remettre en cause les dogmes
Comme le souligne Mabile, le principe de justice climatique n'est pas nouveau dans les relations internationales puisque les accords majeurs sur le climat - le protocole de Kyoto et l'accord de Paris notamment - reconnaissent déjà la responsabilité accrue des pays occidentaux dans la réduction des émissions, comparée à celle des pays en développement, et leur donne en conséquence des obligations plus importantes. Etrangement, cette logique n'a jamais été transposée à l'échelle individuelle.
Pour l'auteur, il faudra pour avancer remettre en question deux dogmes contemporains : le mythe de la croissance infinie et la sacralisation absolue des libertés individuelles, notamment celles de l’entrepreneur. Ces "totems", comme il les nomme, ne peuvent plus servir d'arguments pour bloquer l'action climatique. Mabile rappelle que sur de multiples sujets nos démocraties imposent déjà des limites aux libertés individuelles : la santé publique justifie par exemple la lutte contre le tabagisme, de même que la sécurité routière légitime les limitations de vitesse imposées aux conducteurs. Rien n’interdit donc au nom des droits fondamentaux des générations futures de limiter les émissions de chacun selon ses moyens.
La thèse de Mabile se démarque des discours habituels culpabilisant l'humanité dans son ensemble. La responsabilité dans l’action incombe selon lui clairement à une élite privilégiée qu'il décrit comme prisonnière d'une "vision narcissique de la liberté” dénuée de conscience et oublieuse de ses responsabilités. Cette même élite, consciente qu'elle seule disposera des moyens de s'adapter aux bouleversements climatiques à venir, perpétue un système profondément inégalitaire qu’il invite à combattre. L'auteur appelle ainsi à une nouvelle forme de lutte des classes, dont l'enjeu n'est autre que la survie de notre espèce.
Justice Climatique. Pour une nouvelle lutte des classes, Sébastien Mabile (Actes Sud, 176 pages,15 €)
Les classes sociales face à l'écologie avec Cédric Durand et Clément Sénéchal
Comment expliquer que l’écologie échoue encore à se définir comme une véritable force politique et une cause sociale ? Analyser les rapports de classes pourrait-il nous aider à comprendre ce qui retarde la bifurcation écologique ? Une politique de planification écologique qui ne pourra se faire sans les classes populaires. Les calottes glaciaires fondent. Les catastrophes liées aux conditions climatiques se font plus fréquentes et plus intenses. Les écosystèmes sont menacés et les réfugiés climatiques déjà une réalité. Les climatologues sont formels : la Terre se réchauffe à un rythme soutenu, et l’humanité ne pourra en éviter les conséquences tant les objectifs pour limiter ce réchauffement sont déjà dépassés. Si une large part de la population est convaincue de la nécessité d’une transition écologique, force est de constater que l’écologie échoue pourtant à fédérer. Souvent décriée, elle est source de tous les maux à en croire les populistes. « Pourquoi l’écologie perd toujours ? » s'interroge 𝐂𝐥𝐞́𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐒𝐞́𝐧𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐥 dans son livre à paraître, après dix années passées chez @greenpeacefr. Pourquoi certaines personnes parmi les plus précaires – celles et ceux qui sont touchés de plein fouet par les conséquences du dérèglement climatique, tournent-elles le dos à l’écologie ? Dans le même temps, les capitalistes verdissent leurs discours pour plaire à la bourgeoisie, n’ayant rien à gagner d’un bouleversement du système. Et si les rapports de classes pouvaient nous aider à comprendre ce qui retarde la bifurcation écologique ? Un virage à 180° dans les modes de production est pourtant nécessaire, virage que le marché, seul, ne prendra pas. Une telle transition requiert une politique de planification écologique ambitieuse, c’est ce que propose l’économiste 𝐂𝐞́𝐝𝐫𝐢𝐜 𝐃𝐮𝐫𝐚𝐧𝐝 dans 𝐶𝑜𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑏𝑖𝑓𝑢𝑟𝑞𝑢𝑒𝑟, ouvrage qu’il co-signe avec 𝐑𝐚𝐳𝐦𝐢𝐠 𝐊𝐞𝐮𝐜𝐡𝐞𝐲𝐚𝐧. Un changement de paradigme qui ne se fera pas, rappelle-t-il, sans les classes populaires. Une rencontre programmée par 𝐎𝐥𝐢𝐯𝐢𝐞𝐫 𝐌𝐚𝐫𝐭𝐢𝐧𝐚𝐮𝐝 et modérée par 𝐉𝐮𝐥𝐢𝐞 𝐆𝐚𝐜𝐨𝐧, journaliste.
Ça me détend tellement que des scientifiques disent à la fois les faits scientifiques et partagent leurs émotions... empathie empathie empathie...
00:00 : Introduction 02:34 : Que racontent les inondations en Espagne ? 06:27 : Le sentiment d’impuissance et la colère des scientifiques 12:56 : Comment le dérèglement climatique intensifie les orages 16:56 : Des inondations aggravées par une urbanisation brutale 24:48 : Les conséquences du climatoscepticisme au pouvoir / l’impréparation 29:05 : « Les valeurs du RN sont incompatibles avec la transition » L’extrême droite et l’écologie 42:05 : Le traumatisme des victimes de catastrophes climatiques 44:32 : S’adapter à une France à +4°C ? 51:13 : Comment s’adapter ? Nous avons les solutions 55:35 : Conclusion
De Paloma Moritz avec Christophe Cassou, climatologue et Magali Reghezza, géographe.
Dans cet épisode, on va explorer comment l’humanité a complètement bouleversé son environnement au cours des 12 000 dernières années, et comment ces changements nous ont impactés en retour.
Nous allons étudier comment les sociétés humaines des Amériques, de l’Europe et de la Chine se sont transformées durant 4 grandes périodes de l’histoire :
Le Néolithique, l'âge des empires, la modernité , et la grande accélération.
Quels sont les éléments clés qui ont fait basculer nos sociétés, des fois jusqu’à leurs effondrements ? Qu’est-ce que le passé nous apprend pour faire face aux crises actuelles et futures ?
Laurent Testot est journaliste scientifique et spécialiste d’histoire globale
Au nom de la transition vers les énergies vertes, les pays les plus riches ont accentué leur course aux métaux critiques. Cette croissance des besoins amplifie l'extractivisme dans le Sud Global. A rebours de cette orientation mortifère, ce court manifeste appelle à une transition énergétique écosociale.
Si l’on prend en compte les placements financiers des 10 %
les plus riches, leur empreinte carbone est deux fois plus élevée que
les chiffres jusque-là avancés, selon une étude économique.
Symbole de la société capitaliste de classes, la location immobilière permet à une minorité d’individus de s’enrichir en exploitant le travail de millions de citoyens. À l’heure où le logement représente une part de plus en plus conséquente du portefeuille des foyers, la question du droit à la propriété et la limitation des locations se pose très sérieusement.
Et si les un peu riches, les riches, les très riches et les super riches ne faisaient pas partie de la même classe ?
Appréhender la différence
Pour compter jusqu'à 100 000, il faut un peu plus de 12 heures... Pour compter jusqu'à 1 million, il faut 11 jours... Pour compter jusqu'à 1 milliard, il faut 31 ans.
La seconde édition du Rapport sur les riches en France
dresse un portrait social des privilégiés, à travers les données les
plus récentes sur les revenus et sur le patrimoine. Elle présente aussi
deux éclairages inédits sur le rôle de l’héritage d’une part, et sur les
conditions de vie des riches d’autre part.
En milieu rural, les classes populaires ne se disent pas forcément « écolos », dit la sociologue Fanny Hugues. Mais leurs pratiques de « débrouille » le sont : potager, réparation, autorénovation des maisons...
Il existe déjà des modes de vie très sobres. C’est ce que montrent les travaux de Fanny Hugues, doctorante au Centre d’étude des mouvements sociaux. Elle finalise une thèse provisoirement intitulée « Vivre de peu en zone rurale : récupérer, réparer, autoproduire »,
fondée sur l’observation de la vie quotidienne d’une quarantaine
d’habitants des zones rurales. Des personnes qui ne se retrouvent pas
dans le discours écologique alors que leurs pratiques le sont
profondément, explique la sociologue à Reporterre.
Reporterre — Vous étudiez ce que vous appelez la « débrouille » de certains habitants de zones rurales. Que recouvre-t-elle ?
Fanny Hugues — J’ai choisi le terme de « débrouille » pour qualifier ces modes de vie car c’est celui que les gens utilisaient et qui résume l’idée que l’on « fait avec ce que l’on a ».
Une partie des gens que j’ai suivis trouvent qu’ils ont assez d’argent
pour bien vivre. Chez eux, le travail rémunéré est organisé autour du
travail de subsistance et non l’inverse. Ils travaillent pour gagner
juste ce dont ils ont besoin comme argent. La plupart ont aussi un
capital immobilier. Et surtout, ils ont plein d’autres ressources non
monétaires qui invalident le fait qu’ils vivent « de peu » :
un accès à la nature, des échanges entre voisins, des amis, de la
famille, des savoir-faire, de la récupération à foison, etc.
Il existe plusieurs manières de se débrouiller en milieu rural. Elles
combinent plusieurs pratiques comme la mise en place d’un potager voire
d’une basse-cour, la production de son propre bois de chauffe, la
réparation, l’autoconstruction ou l’autorénovation de sa maison — le
tout avec l’aide des compétences de ses proches. Le recours aux « bonnes affaires » (promos, occasion, discount) en fait aussi partie.
Comment les personnes que vous avez rencontrées s’organisent-elles pour se déplacer ? Adopter un mode de transport écologique en milieu rural est compliqué.
Elles ont des voitures qui ont en moyenne quinze ans, achetées
d’occasion, ou qu’on leur a donné. Elles les réparent avec les moyens du
bord, ou vont chez des mécanos qu’elles connaissent bien. Mais en fait
ces gens roulent peu, parce que ça coûte cher de rouler. Ils groupent
les déplacements, les organisent, ils ne vont jamais exprès à un endroit
en voiture, ne se déplacent pas juste pour acheter une baguette de
pain.
« Ces gens roulent peu, parce que ça coûte cher de rouler »
Ils prennent peu les transports en commun parce qu’il y en a très peu
— seulement un bus le matin et un le soir. Certains font du vélo mais
il faut être en bonne condition physique et savoir effectuer les
réparations nécessaires. Donc ils utilisent surtout la voiture, tout en
ayant des pratiques extrêmement sobres en termes de transport.
Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à cette population ?
Déjà, j’ai été socialisée à une partie de ces pratiques. Ensuite,
j’avais déjà fait mon master sur une communauté Emmaüs, puis sur la vie
quotidienne d’une cueilleuse de plantes médicinales. J’ai voulu mener ce
travail à plus grande échelle. En 2018, les Gilets jaunes ont participé
à rendre visibles des pratiques de récupération et d’échanges
auparavant invisibles pour les institutions ou pour des gens qui ne
s’intéressent pas à la vie des classes populaires rurales. J’ai donc
décidé de m’intéresser, non pas aux Gilets jaunes – il y en a seulement
quelques-uns dans mon échantillon —, mais à comment on peut vivre avec
peu d’argent à la campagne, et considérer qu’on s’en sort plutôt bien.
Parmi les personnes sur lesquelles j’ai centré mon étude, il y a
plusieurs groupes – on appelle cela des fractions de classe en
sociologie. Je distingue les retraités agricoles et les femmes
précarisées, qui ne politisent pas leur mode de vie. Et dans les gens
qui le politisent, il y a des personnes qui appartiennent au pôle
culturel des classes populaires, et des petites classes moyennes.
En quoi le discours écologiste, porté par les politiques, les
médias ou les associations, peut-être perçu comme dominant par les
personnes que vous étudiez ?
Ce que j’appelle – comme d’autres sociologues — l’écologie dominante,
c’est principalement le discours qui incite à être écocitoyen et à
faire des écogestes, comme couper l’eau quand on se brosse les dents ou
éteindre la lumière derrière soi. Cela revient à ramener l’écologie à
l’espace domestique, à l’échelle individuelle et cela passe sous silence
la responsabilité des décideurs publics et des entités économiques. En
plus, les pratiques mises en avant sont surtout urbaines. Par exemple,
avoir des toilettes sèches ou récupérer l’eau de pluie ne font pas
partie de ces écogestes le plus souvent mis en avant. Les personnes que
j’étudie dans le cadre de ma thèse sont, pour la plupart, imperméables à
ce discours, voire le mettent explicitement à distance.
Quel est leur rapport à l’écologie ?
Aucune des personnes que j’ai suivies n’a revendiqué le fait d’être
écolo. Parce que leurs pratiques sont héritées de l’enfance,
intériorisées. Elles me disaient « bah non, je ne suis pas écolo », « c’est du bon sens », « c’est logique », « c’est naturel »,
etc. La plupart de ces personnes ont grandi dans des milieux populaires
où on faisait attention à récupérer, faire durer les choses. Puis ces
pratiques ont perduré parce que ces gens ont toujours des conditions
matérielles d’existence assez restreintes. Donc pour eux, ça va de soi.
Il y a un autre mot qui est beaucoup revenu dans leurs discours, c’est le « respect ».
Si on veut que la nature nous donne, il faut la respecter, ne pas la
polluer. Par exemple, pour les retraités agricoles, ne pas mettre de
produits chimiques dans leur potager en fait partie. Il y a un sens
pratique et un sens moral qui incite à faire durer et à prendre soin de
la nature.
Pour eux, les décideurs politiques — perçus comme des gens qui vivent en ville et font partie des classes supérieures — « ne comprennent pas ce qu’on fait ». Les personnes politisées que j’ai suivies parlent d’une écologie « hors sol », présente uniquement dans les discours, alors qu’eux font de l’écologie pratique.
Pourquoi ces personnes au mode de vie sobre et proche de la nature ne se disent pas écolos ?
Pour le groupe de personnes qui ont un discours politisé, le niveau
d’exigence pratique n’est pas atteint. Ils vont rappeler qu’ils ont une
voiture, diesel ou essence, qu’ils vont encore au supermarché, etc. Pour
eux, pour être écolo, il faut vraiment être un décroissant extrême.
Et puis le discours qui consiste à dire « il faut mettre des panneaux photovoltaïques, acheter tel équipement performant »
ne peut pas s’adresser à des gens qui n’ont pas les moyens, et qui en
plus ont un sens pratique, moral, qui les incite à faire durer les
objets et à récupérer.
Ils ont aussi conscience que les classes supérieures se distinguent avec leurs pratiques écologiques. Ils disent : « Ils vont acheter bio ou un pull en mérinos, mais moi je vais chez Emmaüs et ça va très bien ! »
Pour eux, l’étiquette écologique ne correspond pas à une véritable
écologie pratique. Donc quand d’autres personnes se définissent comme
écolos, ils n’y voient qu’un engagement de façade.
« Pour les retraités agricoles, l’écologie est devenue une “mode” »
Enfin, pour les retraités agricoles, l’écologie est devenue une « mode » alors qu’ils estiment que leurs pratiques économes sont héritées de plusieurs générations. Ils considèrent avoir « inventé le bio avant le bio » ou encore « la permaculture avant la permaculture »,
avant qu’un label et des stages viennent institutionnaliser certaines
de leurs pratiques. Alors pourquoi apposer une nouvelle étiquette sur
des pratiques que l’on faisait déjà avant ?
Ceux qui portent le discours écologique perçoivent-ils cette sobriété déjà à l’œuvre ?
Le discours écologique dominant laisse souvent penser que les classes
populaires, qu’elles soient rurales ou urbaines, se désintéresseraient
de l’écologie parce qu’elles ne s’en revendiquent pas de manière
explicite. En fait, ce que je montre, c’est qu’il n’y a absolument
aucune indifférence vis-à-vis des questions environnementales. Il y a
juste une reformulation. En d’autres termes et en d’autres pratiques.
Il y a quelque chose qui me gêne beaucoup chez ceux qui portent le
discours écologiste : ils donnent l’impression que les modes de vie
sobres que l’on veut faire advenir n’existent pas encore, qu’on va les
inventer. Mais en fait ils existent déjà et depuis très longtemps ! Mon travail consiste à les visibiliser.
Le mode de vie des personnes que vous avez étudiées est-il majoritaire dans les territoires ruraux où elles vivent ? Ou sont-elles marginales ?
Cela dépend des territoires et des personnes dont il est question. Ce
qui est certain, c’est qu’aucune de ces personnes n’est dominante au
niveau social, politique ou économique sur son territoire. Ce sont des
personnes qui vivent de manière très discrète, et qui s’entraident avec
des personnes qui sont socialement proches. Elles ne se sentent pas
marginalisées car leurs sociabilités sont tournées vers des personnes
qui adoptent des modes de vie similaires.
Néanmoins, certaines craignent que leurs modes de vie soient
fragilisées par l’exode urbain, ou par l’arrivée dans leur voisinage de
classes moyennes-supérieures urbaines au mode de vie consumériste.
Celles-ci ne viennent pas se présenter à elles et elles ne peuvent donc
pas développer ensemble des pratiques d’entraide.
Puisque le discours des dirigeants ne leur parlent pas, pour qui votent ces personnes ?
Pour ceux qui sont politisés et ont plus de capital culturel, s’il
fallait les affilier à un bord politique, ce serait La France insoumise.
Elle est vue comme plus sociale et populaire que les Verts, qui eux,
sont vus comme moins radicaux, sans dimension sociale, et plus proches
des élites. Ainsi, j’ai des enquêtés qui ont participé à la zad de
Sivens [en lutte contre un énorme dans le Tarn] et avaient dans l’idée
que les Verts étaient du côté des décideurs, et de la destruction.
Du côté des femmes précarisées ou des retraités agricoles, certains
votent Rassemblement national. Il n’y a pas de discours raciste, mais
plus l’idée qu’il faut préserver ses acquis, et que le RN
est le parti qui va les y aider. Après, il y a aussi des girouettes,
comme une femme qui a voté Mélenchon au premier tour, puis Le Pen au
deuxième face à Macron.
«
Cet ouvrage montre que le principal ressort de la mise au travail des
domestiques est ce que j’appelle l’exploitation dorée. Le terme
désigne la logique de surenchère qui consiste à acheter, au prix
fort, l’investissement au travail illimité des domestiques » écrit la
jeune sociologue Alizée Delpierre dans la préface de son ouvrage paru à
la Découverte « Servir les riches » avant d’expliquer : « Les
mécanismes d’exploitation que les riches mettent en œuvre reposent sur
une contradiction : alors qu’elles offrent des possibilités d’ascension
sociale, parfois fulgurantes, aux domestiques, les grandes fortunes
maintiennent coûte que coûte l’ordre social, ainsi que les
hiérarchies de genre et de race qui structurent plus largement la
société. Ce que les riches font au cœur de leur domicile est le reflet
d’un système libéral et capitaliste contemporain qui assoit les
inégalités sociales, raciales et sexuées sous couvert d’une réussite
et d’une liberté individuelles illusoires. S’ils sont prêts à
investir autant sur les plans financier, matériel et émotionnel dans
la domesticité, c’est qu’elle est l’un des fondements de la
reproduction d’un système où les riches sont presque toujours assurés
de figurer parmi les grands « gagnants ».
Le
cadre est posé. Dans la lignée des travaux de Pierre Bourdieu, Alizée
Delpierre a vécu pendant cinq année dans le monde très fermé des
domestiques et de leurs patrons, des aristocrates plus ou moins fortunés
et des nouveaux riches cherchant à les imiter.
«
La première famille que j’ai servie est celle de Catherine, la fille
de Geneviève, qui m’a appelée deux jours après l’entretien sur lequel
s’est ouvert ce livre pour me confirmer mon embauche. J’ai travaillé
pour elle à Paris pendant un an, avec cinq domestiques, quelques heures
tous les soirs, après les sorties d’école des enfants. J’ai
également suivi mes employeurs dans leur villa en Chine pour deux mois
d’été où je travaillais à temps plein, avec six autres domestiques
qui y résident, un peu comme une jeune fille au pair. Plus tard, j’ai
travaillé pour une autre famille, celle de Margaret, Philippe et leurs
quatre enfants, durant quatre mois, plusieurs heures par jour et pendant
quelques week‐ends, avec deux domestiques. J’étais chargée des
devoirs des enfants, d’une partie de leurs lessives, de les accompagner
dans leurs sorties, et du dîner familial. »
Ainsi domestique et sociologue, la jeune femme livre un témoignage
inédit et décapant sur cet asservissement moderne qu’est la domesticité.
Salaires à la louche, paiement au black, présence sur place H24, en
contrepartie du service, les grandes fortunes entretiennent leurs
domestiques par le prêt d’un logement et la prise en charge de divers
frais. Les avantages en argent et en nature peuvent être considérables
: 8 000 euros mensuels pour certains privilégiés, primes pour d’autres,
sacs Chanel et chaussures Louboutin, montres de luxe, consultations
médicales chez les plus grands spécialistes, frais de scolarité dans
une école privée pour les enfants... Mais l’envers de la médaille peut
être aussi traumatisant : excentricité du maitre ou de la maitresse
allant jusqu’à faire porter une couche culotte à son personnel, charge
mentale très lourde, menace permanente de licenciement, racisme avéré...
Avec cet entretien long et passionnant, nous pénétrons un monde aux
portes généralement fermées à double tour. Nous découvrons surtout d’une
manière très concrète cette « violence des riches » révélée par Monique
et Michel Pinçon Charlot.
«
Servir les riches », au-delà de la sociologie, est un livre politiques
sur l’extrême richesse qui décrit aussi une souffrance, celle des
pauvres. Celle de d’être dépossédé de son existence même pour que son
maitre et patron puisse rentrer du bureau, de la salle de sport, du spa
ou d’une cérémonie et se lover dans un sofa, plonger dans son bain
chaud ou s’enrouler dans sa couette en jouissant de la quiétude d’une
maison toujours propre, rangée, parfumée, d’un frigo plein et
d’enfants profondément endormis.
Ce
zoom arrière et le regard distancié mais chaleureux d’Alizée Delpierre
sont plus efficaces pour nous mettre en colère et nous dégouter de
l’hyper libéralisme que n’importe quel discours de Jean Luc Mélenchon.
Le
don semble se référer à une prestation volontaire, libre, gratuite et
désintéressée. Or, malgré les apparences, les analyses du sociologue
montrent que les échanges sous forme de don sont en réalité
obligatoirement faits et rendus, contraints et intéressés.
Le potlatch repose sur trois obligations qui constituent son essence : celle de donner, de recevoir et enfin de rendre.
«
Il a fallu la victoire du rationalisme et du mercantilisme pour que
soient mises en vigueur, et élevées à la hauteur de principes, les
notions de profit et d’individu».
Relation fusionnelle entre personnes et objets
Contrairement aux sociétés qui nous ont précédées, les
sociétés modernes distinguent nettement droits personnels et droits
réels, de même que les personnes et les choses, ainsi que l’obligation
ou la prestation non gratuite et le don.
Sa définition de la relation personnes-objets des sociétés antérieures
« il y a mélange de liens spirituels entre les choses qui sont à
quelque degré de l’âme et les individus et les groupes qui se traitent à
quelque degré comme des choses ».
La morale du don toujours en vigueur
«
une partie considérable de notre morale et de notre vie elle-même
stationne toujours dans cette même atmosphère du don, de l’obligation et
de la liberté mêlés. »
Nous accordons par ailleurs toujours une
attache sentimentale aux objets malgré la morale marchande qui domine
nos comportements.
Le neveu d’Émile Durkheim voit ainsi dans
nos sociétés se mettre en place plusieurs principes socialistes de
résistance à la froideur absolue des échanges entre individus, telle que
la législation de l’assurance sociale
Retour à la morale des autres sociétés
En
effet, le partage du travail dans la société du don a un sens
profondément social, contrairement au néolibéralisme qui isole
l’individu et le dissocie de son travail qui sert de profits à autrui.
Or l’économie de l’échange et du don n’entre pas dans les cadres
économiques de l’utilitarisme.
Autrefois, le don entrait dans le cadre d’une notion hybride selon
l’anthropologue, à l’intersection entre des prestations libres,
gratuites et des échanges intéressés, utiles.
la morale moderne et
utilitariste centrée sur l’individu et le profit, est profondément
inégalitaire et surtout socialement regrettable pour les êtres humains.
Lors d’un débat mouvant, des personnes issues des mondes de la paysannerie, du militantisme et de la recherche s’interrogent sur les avantages et les inconvénients d’une série de formules pour désigner, au sein de collectifs de lutte plus larges, des terres qui seraient retirées de tout rapport productif et largement soustraites à l’emprise humaine.
Marine Fauché · Virginie Maris · Clara Poirier 10 février 2022 Temps de lecture : 18 minutes