mercredi 1 décembre 2021

Articuler nos luttes politiques et notre lien au sensible

Source : http://www.mycelium.cc/2021/05/05/les-luttes-politiques-et-notre-lien-au-sensible-peuvent-trouver-des-lieux-de-convergence/


Cet article est téléchargeable en PDF via le lien suivant

Rencontre avec Laura, membre de Terr’Eveille et chercheuse en sociologie de l’environnement, et Aurel, membre de FEROS et étudiant en études environnementales.

Propos recueillis par Julien Didier (Mycélium)

Laura et Aurel, merci de nous accorder cette interview qui chercher à explorer les ponts que l’on peut créer dans nos mouvements entre deux tendances qu’on peut souvent voir s’opposer : je veux parler d’un côté des approches dites “militantes”, tournées surtout vers une action extérieure, et d’un autre côté des approches plus sensibles, qui mettent en avant une transformation plus intérieure ou intime, comme stratégie de changement social et écologique.

Si ces deux tendances affichent un même attachement à des valeurs d’écologie et de justice sociale, leur rencontre est loin d’être toujours évidente et peut souvent aboutir à de l’incompréhension voire à des affrontements visant à déterminer quelle serait la meilleure stratégie à suivre.

Certains mouvements, dont Mycélium fait partie, ne croient pas à une telle opposition et voient la richesse qu’il y a à les croiser, les faire dialoguer et se répondre. Néanmoins, force est de constater que pratiquer une telle rencontre est loin d’être toujours aisé et soulève de nombreuses questions : comment pouvons-nous construire des espaces où on lutte contre ce qui nous détruit, tout en prenant soin de nous ? N’est-ce pas contre-productif  de se rendre sensible face à des systèmes qui profiteront de notre vulnérabilité ? Quels mouvements ont tenté ces alliances en pratique? C’est pour tenter d’y répondre ensemble que nous vous avons invité.e.s et je vous remercie déjà pour partager vos réflexions et pratiques avec nous !



samedi 20 novembre 2021

L'individualisme, une invention de l'Occident

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/lindividualisme-une-invention-de-loccident

"L'idée d'une conception relationnelle de la personne est de penser que la personne n'existe qu'à travers ses relations." Jérôme Baschet

La Grande Table convie Jérôme Baschet, historien médiéviste et maître de conférences à l’EHESS, qui signe "Corps et âmes : une histoire de la personne au Moyen Âge", chez Flammarion. 

 

Idée-lecture : Comment s’organiser ? Manuel pour l'action collective - Starhawk

Source : https://www.cambourakis.com/tout/sorcieres/comment-sorganiser/


Comment s’organiser ? Manuel pour l'action collective - Starhawk

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Géraldine Chognard
Préface de Isabelle Frémeaux, Jay Jordan

« Ce livre s’adresse à tou·te·s celleux qui pensent que nous pouvons mieux vivre et lutter sans le contrôle des autorités ou des experts ainsi qu’à celleux qui ne supportent plus de voir nos collectifs se déchirer et être paralysés par l’indécision. Nous avons tellement de choses à désapprendre – démanteler les modes de pouvoir hiérarchiques, le sexisme, le racisme, briser l’individualisme existentiel qui pollue nos esprits et nos corps. Nous devons apprendre les compétences qui permettront à nos groupes de travailler de manière fluide, efficace et régénérative. Il ne nous reste plus beaucoup de temps pour renverser la machine de mort pétro-patriarcale, coloniale et capitaliste. Ce manuel a dû attendre dix ans avant d’être traduit en français, espérons qu’il n’en faudra pas encore dix de plus pour que ces mots se traduisent en pratique. Si nous voulons éviter le pire de l’effondrement climatique, nous ne pouvons pas nous permettre de subir éternellement les effets de mauvais processus collectifs, ils sapent nos âmes et détruisent nos mouvements mais, comme tout, ils ne sont pas inévitables. Nous devons juste réapprendre à faire et à vivre ensemble ; ce livre est un fantastique guide à cet effet. On pourrait même l’appeler un guide de survie. »
Extrait de la préface d’Isabelle Frémeaux et Jay Jordan.

Date de parution : 3 novembre 2021

Idée-lecture : Écologies déviantes - Voyage en terres queers - Cy Lecerf Maulpoix

 Source : https://www.cambourakis.com/tout/sorcieres/ecologies-deviantes/

Écologies déviantes - Voyage en terres queers - Cy Lecerf Maulpoix 

Tout à la fois voyage, enquête, cheminement personnel, réflexion politique sur l’articulation des luttes contemporaines, ce livre de Cy Lecerf Maulpoix, journaliste engagé dans les luttes LGBTQI et pour la justice climatique, nous entraîne dans les jardins anglais de l’artiste Derek Jarman, de l’écrivain socialiste Edward Carpenter, du Bloomsbury Group, sur les traces des Radical Faeries de l’Arizona à San Francisco jusqu’aux zones de cruising des lisières des grandes villes.
Parce qu’il met au jour des généalogies oubliées, ce texte permet de reconnaître la dette de l’écologie politique à ces précurseurEUSEs déviantEs. À l’heure où chacunE est concernéE par les enjeux écologiques planétaires, ce livre nécessaire propose de nouvelles pistes militantes et trace une ligne de crête sur laquelle construire, à partir de perspectives minoritaires, un mouvement réellement inclusif.

Date de parution : 1er septembre 2021


Cy Lecerf Maulpoix

Cy Lecerf Maulpoix est engagé dans des collectifs d’action transpédégouines et de justice climatique depuis la COP21. Journaliste indépendant, il couvre les luttes sociales au travers d’entretiens, d’enquêtes et de reportages parus dans la presse généraliste et spécialisée. Il propose également des cours de yoga solidaire au sein du collectif We Are Yogis dont il est l’un des fondateurs. En tant qu’auteur et traducteur, il développe actuellement plusieurs projets théoriques et poétiques liés à l’écologie queer.

mercredi 17 novembre 2021

COP 26 : du sang et des larmes

 Source : https://reporterre.net/COP26-le-gachis-et-la-deception-d-un-accord-a-minima

Comme beaucoup le craignaient, l’accord adopté à l’issue de la COP26 de Glasgow est largement insuffisant pour limiter à 1,5 °C la hausse globale des températures. La bonne nouvelle, s’il fallait en trouver une, c’est que ce nouvel échec ne laisse plus grand monde indifférent. Même Alok Sharma, président de cette COP26, n’a pas

Comme beaucoup le craignaient, l’accord adopté à l’issue de la COP26 de Glasgow est largement insuffisant pour limiter à 1,5 °C la hausse globale des températures. La bonne nouvelle, s’il fallait en trouver une, c’est que ce nouvel échec ne laisse plus grand monde indifférent. Même Alok Sharma, président de cette COP26, n’a pas pu cacher sa déception, ni même sa tristesse.

Les 200 pays ayant participé à cette COP26 ont réussi à se mettre d’accord sur un texte. Seulement voilà, cet accord, tout le monde en convient, ne permettra pas de limiter le réchauffement climatique à 1,5°. Les demandes de financement des pays pauvres qui en subiront le plus les effets ont été écartées tandis que les promesses de sortie des énergies fossiles ont été affaiblies. Aussi, avant de clôturer la conférence, Alok Sharma n’a pas joué la satisfaction de façade. Au contraire, contenant ses larmes, il a avoué être « profondément désolé ».

« Les textes de décision reflètent le cynisme des pays riches. »

Lire l'article

 

Discours complet de Greta Thunberg à la conférence Youth4Climate Pre-COP26 | Débats de Doha


mardi 16 novembre 2021

Présentisme

 Source : Michel Lepesant - https://decroissances.ouvaton.org/


 

Le présentisme

Il y a quelques années, Jérôme Baschet nous proposait de Défaire la tyrannie du présent. Sous le nom de "présentisme", il signalait qu'aujourd'hui l'échelle courte du temps - ce qu'il appelle régime de temporalité - avait phagocyté l'échelle longue du temps de l'histoire - ce qu'il appelle régime d'historicité. Autrement dit, aujourd'hui, le présent n'est même plus orienté vers un avenir (celui du Progrès) qu'il est tourné vers lui-même : « Le régime de temporalité phagocyte le régime d’historicité ».
 
C'est ainsi que le présent est de plus en plus immédiat. Il est de plus en plus "instant" et de moins en moins "durée".

« L’avènement du présentisme peut alors être saisi comme le processus par lequel le régime de temporalité qui caractérisait de longue date la modernité renforce son emprise et, finalement, envahit le terrain laissé vacant par la ruine progressive du régime d’historicité… Pour caractériser un processus donné comme inéluctable, ce n’est plus la marche de l’histoire que l’on invoque, mais l’imperturbable avancée du temps horaire. Le temps mesuré et abstrait des horloges a bel et bien cannibalisé le temps historique ».
Jérôme Baschet, Défaire la tyrannie du présent, Temporalités émergentes et futurs inédits, page 170.
 
Autrement dit, alors que le régime moderne d’historicité faisait du présent un temps orienté par le progrès en direction du futur, le régime contemporain du présent produit un présent de plus en plus immédiat (avec de moins en moins de passé retenu et de futur projeté) et soumis à la rationalité de la « densification quantitative (hausse du rapport Q/T) ». C’est dire qu’aujourd’hui, ce n’est plus la fable du Progrès qui donne sens et direction à nos actions, c’est juste la rentabilité obtenue dans les délais les plus infinitésimaux.

Mais il est un autre domaine où cette emprise de l'immédiateté est encore plus pernicieuse : c'est malheureusement celui de la "transition".
Il faut commencer par rappeler cette évidence qu'une transition c'est un mouvement qui va d'un point de départ A à un point d'arrivée B. Il semble évident - ouf - qu'il ne peut pas y avoir de transition sans (prise de conscience du) point de départ. Mais le flou peut régner de l'autre côté, du côté du point B. Qui n'a pourtant même pas besoin d'être un "point" et qui peut être un "horizon", une "perspective", un "point de fuite".
 
Pour le dire plus clairement, une transition, pour être une transition doit être une sorte d'intermédiaire entre le dé-but et le but (le point de fuite) : et que, sans affirmation claire (fondée et désirable) d'une perspective, il n'y a plus en réalité qu'un intermédiaire tronqué, un intermédiaire qui, faute de perspective, se contente de prétendre faire "autrement"... immédiatement.
 
Et c'est dans cette immédiateté - faute de revendiquer haut et fort une perspective - que beaucoup de "transitions" s'étranglent elles-mêmes dans le nœud coulant de l'autrement.
 
Se pose alors la question des perspectives et donc du point de fuite : je prétends que ce point de fuite est la décroissance, car elle est aujourd'hui la seule proposition idéologique qui commence par revendiquer que toute proposition sérieuse doit organiser le retour démocratique dans le cadre de la soutenabilité écologique.
 
Dès qu'un intermédiaire est ainsi recadré, on peut/doit alors se poser les questions sérieuses : est-ce désirable ? Est-ce  faisable ? Est-ce acceptable ?

Michel Lepesant




vendredi 12 novembre 2021

À la COP26, les hommes monopolisent la parole

 Source : Reporterre

 À Glasgow, la voix des femmes a moins de place que celles des hommes : les délégations des États participants sont composées à 65 % d’hommes, contre 35 % de femmes. Pourtant, ces dernières sont davantage affectées par les conséquences du changement climatique.

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« Les hommes ont tendance à parler plus souvent et plus longtemps que les femmes » 

Dans le monde, 70 % des pauvres sont des femmes

vendredi 5 novembre 2021

Déclinaison n'est pas déclin

 Source : https://ladecroissance.xyz/

Et si une grande partie de la nébulosité à laquelle beaucoup associent la décroissance tenait à un excès de généralité ?
Certes une définition consensuelle semble enfin émerger, définition qui ne se contente pas d'appeler à stopper la croissance mais qui envisage bien un reflux démocratique de (la domination de) l'économie sur la vie sociale.
Ainsi, Timothée Parrique a raison de mettre en avant les 3 aspects de la décroissance : la décrue (économique), la décolonisation (idéologique) et l'utopie (politique).
La question est alors de retrouver ces 3 aspects non pas tant dans une critique générale que dans ce que nous pouvons appeler des "déclinaisons" de la décroissance, c'est-à-dire tout une série de façons, de manières, de décroître.
 
Ce terme de "déclinaison" n'est pas anodin car il est historiquement et intellectuellement déjà plein d'une tradition tout à fait honorable :
  • Quand le traducteur de Georgescu-Roegen, Jean Grinevald, choisit en 1979 le terme de "décroissance", c'est pour traduire le terme de "decline".
  • Étymologiquement, les termes de "déclin" et de "déclinaison" proviennent d'une racine indo-européenne *klei qui signifie "pencher" (et qui donne aussi "climat" ou "clinique").
  • Dans l'Épicurisme - dont la morale du présent fait d'Épicure un précurseur de la décroissance - la déclinaison (parenklisis, clinamen) est cette petite déviation qui permet aux éléments déterminés de s'entrechoquer. Et c'est Lucrèce qui dans le De natura rerum va jusqu'à faire de ce clinamen, de la déclinaison, la source de la liberté et de la volonté. Quand la décroissance est déclinaison, elle est volontaire.
  •  Et n'oublions pas de citer George Pérec : "Nous avons un mot pour la liberté, qui s'appelle le clinamen, qui est la variation que l'on fait subir à une contrainte... ". Et c'est ainsi que l'Oulipo ("la littérature sous contraintes"), qui a tant exploré les richesses de la liberté dans les autolimitations peut apparaître comme un précurseur de la décroissance : l'intelligence de la physique et la volonté de la pataphysique .
  • Grammaticalement, une déclinaison est une manière de rendre compte des cas.
 
Les déclinaisons de la décroissance sont donc des variations de la volonté, suivant les cas.
 
Peut alors commencer un inventaire de ces cas, de ces déclinaisons de la décroissance. En faisant d'emblée remarquer que pour chacune de ces déclinaisons existent déjà des associations qui s'y engagent et que l'un des objectifs de la MCD va être de les contacter, une à une, pour qu'elles viennent enrichir un commun idéologique.
 
En voici tout une liste, incomplète : atténuation, autolimitation, cessation, contre-exode, décolonisation, déconnexion, décrue, démantèlement, démarchandisations, démobilité, démondialisation, démétropolisation, désaccoutumance, désincitation, écoféminisation, moratoire, partage, plafonnement, ralentissement, rationnement, relocalisation, ré-enpaysannement, ré-ensauvagement, récession, réduction,réparation, sevrage, sobriété, sortie du nucléaire et de son monde...
.
Tout un programme de mises en situation concrète de la décroissance. En effet !
 
Bonnes lectures ci-bas.
 
La Maison commune de la décroissance

 

mardi 28 septembre 2021

Arbre de la résilience - Film "Une fois que tu sais"

Source : https://www.racinesderesilience.org/arbre-actions
Source : https://www.nourfilms.com/cinema-independant/une-fois-que-tu-sais/

Film "Une fois que tu sais"
Un film de Emmanuel Cappellin en collaboration avec Anne-Marie Sangla

 

Enième film ? Oui et non. Oui parce que vous savez ce qu'il dit, son contenu. Non parce qu'il le dit aussi avec un autre fil, celui de ce que ça nous fait de savoir/vivre avec/continuer. 🙃😲😰🥺😭😫😖😡🤔🤨🤪😜😋😉😌
En allant chercher ce que ça fait aux scientifiques, comment ielles vivent avec.
Et je crois que cet angle est utile.

Alors je vous le conseille, pour le film et aussi beaucoup pour ce doc de ouf! qu'ielles ont pondu :
ça en version A2 : https://www.racinesderesilience.org/arbre-actions
j'adooore (mon cerveau surtout!!!) 🤪

🤓

A faire tourner, organiser des séances... (je vais contacter la prod en leur disant que c'est mort avec le pass personne ne peut voir leur film, qu'il faut qu'ils soient ok qu'on le diffuse dans des petits lieux clando... comme ceux de la Foncière Antidote...


lundi 27 septembre 2021

Podcast : L'écoféminisme de Françoise d'Eaubonne

Source : https://podtail.com/podcast/floraisons/l-ecofeminisme-de-francoise-d-eaubonne/

L'écoféminisme de Françoise d'Eaubonne
 

Fiche de lecture de Françoise d’Eaubonne et l’écoféminisme, publié aux éditions du Passager clandestin en 2019.

Françoise d'Eaubonne est une théoricienne et activiste incontournable de la seconde moitié du XXème siècle. Elle s'engage contre un projet mortifère et écocidaire ainsi que contre l'oppression des femmes. Fille d'une rare femme scientifique dans les chaires universitaires, elle est très jeune sensibilisée à la difficile place des femmes dans la société publique. Son engagement commence avec la lecture de textes fondamentaux pour elle, comme la lecture du deuxième sexe de Simone de Beauvoir, et elle est scandalisée par l'hostilité que le livre suscite. Elle en fera même un livre pour le défendre contre ses détracteurs et approfondir certains points.

D'après ses propres dires, toutes les luttes ne font qu'une : elle défend donc un féminisme intersectionnel au croisement de l'écologie, des luttes sociales, du féminisme et de la cause homosexuelle. Elle est l'une des personnalités qui ont préparé et signé le manifeste des 343 paru le 5 avril 1971 dans le Nouvel Observateur. Féministe radicale c'est une forte personnalité qui appartient au féminisme du creux de la vague : trop jeune pour avoir connu le mouvement suffragiste du début du siècle et plus âgée que la plupart des militantes du mouvement de libération des femmes. Elle est donc une figure pour le moins hors normes dans le mouvement, c'est un électron libre qui participe à certaines actions, certaines revues, sans pour autant revendiquer une appartenance à un groupe plutôt qu'à un autre, rendant parfois son message peu lisible ou pour le moins inclassable. C'est grâce à l'effervescence et aux rencontres faites au MLF que Françoise d'Eaubonne initie un groupe de réflexion non mixte baptisé "écologie féminisme centre".

À la lecture des différents rapports scientifique paru dans les années 70 qui alertent sur la dégradation de l'environnement, elle s'engage dans la dénonciation du système capitaliste et dans le développement de la pensée écoféministe. C'est en 1974 que sort son ouvrage Le féminisme ou la mort, où elle expose les premiers jalons de sa théorie féministe. Elle écrit : « Dès lors que les hommes se sont emparés de la fécondité par la découverte du mécanisme de reproduction et de la fertilité des sols par l'agriculture les femmes et la terre ont été parallèlement exploitées ». Elle propose alors de muter totalement de société et contribue ainsi au mouvement décroissant et notamment à travers le concept de décroissance démographique.

Pour Caroline Goldblum, l'écoféminisme défendu par d'Eaubonne est un véritable projet de société dans lequel la lutte contre le capitalisme rejoint le féminisme et l'écologie. A la différence des féministes modernistes, d'Eaubonne ne considère par le travail salarié comme une libération pour les femmes. Il ne s'agit pas de pouvoir masculiniser les femmes, car elles seraient capitalistes et donc écocidaires. Elle écrit que « l'oppression plus subtile et plus massive que celle qui consiste à manipuler les désirs et les besoins de l'autre, à lui dicter jusque dans sa révolte le modèle de sa conduite, en lui inspirant les appétits qu'il doit tantôt occultés tantôt assouvir, en luttant pour y accéder mais qu'il ne distinguera jamais de ceux de son oppresseur. Quelle possession plus totale qui oblige l'opprimé à prendre l'oppresseur pour modèle et à reconduire ce qu'il veut renverser ». Selon elle il faut muter de société vers un projet de société écologiste et féministe. 

 



Sexisme et argent

 Source : https://www.slate.fr/audio/rends-largent/

Podcast - Rends l'argent - Titiou LECOQ

Vous avez sans doute déjà été en couple. Qui payait quoi? Est-ce qu'il y avait un maître ou une maîtresse de l'argent? Vous êtes-vous déjà installés à une table pour parler fric? Qui passe une soirée entière à faire des comptes pour savoir combien... 

 

L'argent, le dernier tabou des couples

Comment faites-vous les comptes? Tous les combien? Si vous êtes en couple, avez-vous un compte commun? Quelle est la répartition des dépenses? Qui s'occupe de l'administratif? Et des impôts comme la taxe d'habitation?

Comme beaucoup, vous ne vous êtes probablement jamais installés à une table pour parler fric. Qui passerait une soirée entière à faire des comptes pour savoir combien chacun versera? Car parler d'argent dans le couple, c'est délicat, voire tabou. Dans ce premier épisode de Rends l'argent, Titiou Lecoq va à la rencontre de couples pour poser les questions qui fâchent. Et enquêter sur la place des finances dans les histoires d'amour.

Pourquoi il faut mettre en place un impôt féministe

https://www.slate.fr/audio/rends-largent/pourquoi-il-faut-mettre-en-place-un-impot-feministe

Surprise: quand il s'agit d'impôts, un certain nombre de femmes se font arnaquer. Il y a un véritable enjeu à la fois féministe et de justice sociale, car le système actuel est profondément injuste: en France, on pratique ce qu'on appelle la conjugalisation des impôts –le fait que l'État oblige les couples mariés ou pacsés à faire une déclaration commune. Cette conjugalisation favorise les hommes, ou plutôt les plus gros revenus, donc en général les hommes.

Ils sont comme récompensés d'avoir une épouse qui gagne peu ou qui ne travaille pas à temps complet, puisque cela fait baisser leurs impôts. Et si en plus on factorise la répartition des tâches ménagères... Considérant le travail ménager comme un travail non rémunéré, non seulement la plupart des femmes effectuent un travail gratuit, mais en plus leurs maris en tirent un avantage fiscal. C'est comme si l'ensemble de la société payait pour décharger les hommes mariés.

Dans ce quatrième épisode de Rends l'argent, Titiou Lecoq va à la rencontre d'Héloïse Bolle, gestionnaire de fortune au sein de l'agence Oseille, de Christine Delphy, sociologue spécialiste des études féministes, et d'Arièle Bonte, journaliste, ancienne rédactrice en chef de la newsletter économique et féministe #5novembre16h47.


RFI - Les femmes et l’argent : une relation en or ?

https://savoirs.rfi.fr/fr/comprendre-enrichir/societe/les-femmes-et-largent-une-relation-en-or

Les femmes représentent à peu près 50 % de l'humanité mais ne détiennent qu'1 % des richesses mondiales. Un lien peut-il être fait entre cette différence frappante et un lien des femmes avec l'argent qui serait différent de celui de leurs homologues masculins ?

49'30" - Première diffusion le 25 mars 2015

invités :
- Marianne Rubinstein, économiste, maître de conférences à l'Université Denis Diderot Paris 7.
- Marie-Françoise Hans, romancière, essayiste  auteur de 33 histoires de femmes et d’argent, éditions L’âge d’homme.
- Patrick Avrane, psychanalyste, auteur de Petite psychanalyse de l’argent , Éditions PUF.



mardi 21 septembre 2021

Cette association veut réhabiliter les fermes pour créer des logements sociaux et paysans

Source : https://lareleveetlapeste.fr/cette-association-veut-rehabiliter-les-fermes-pour-creer-des-logements-sociaux-et-paysans


Pour acheter et réhabiliter des fermes sans en faire porter le poids financier aux habitants et paysans, l’association a fait le pari un peu fou de faire venir les bailleurs sociaux dans le monde rural pour refaire naître des fermes d’un nouveau genre.

 C’est n’est rien de moins qu’une petite révolution dans l’accès au logement social et foncier agricole que propose l’association ReNouveau Paysan. Sa stratégie : réhabiliter des fermes pour créer des logements sociaux accueillant paysans bien sûr, mais aussi d’autres familles pour créer des « communs alimentaires ». Après avoir lancé un premier projet dans le Béarn, la Ferme Mouliaa, l’association cherche maintenant à répliquer son projet au Pays Basque.
Redonner vie aux fermes pour favoriser l’installation agricole

Aujourd’hui, les fermes sont près de deux cents à disparaître chaque semaine en France. Départs à la retraite non renouvelés, suicides, mais aussi difficulté d’accès au foncier pour les aspirants paysans n’étant pas issus du monde agricole. En cause : l’agrandissement des fermes, poussées par les politiques publiques et notamment la PAC, et des investissements économiques importants qui nécessitent parfois l’engagement de toute une vie.

    « Depuis plusieurs décennies le monde paysan se délite en silence entraînant dans sa chute l’inexorable extinction de leur outil de vie et de travail. S’ils ne tombent pas en ruine, les bâtiments perdent quant à eux leur vocation agricole pour devenir des lieux d’habitations classiques ou, pire, des résidences secondaires dont on ouvrira les volets quelques jours par an, à la belle saison. Dans tous les cas, le microsystème cohérent que constituait la ferme n’est plus. » s’inquiète l’association ReNouveau Paysan

Ces problématiques, Linda Rieu et Lulu Lugan les connaissent bien à travers leur histoire personnelle, ils ont pour point commun d’avoir grandi dans une ferme basque. A force d’échanges, leur est alors venue une idée :

    « Créer des communs alimentaires sur les territoires en redonnant vie aux fermes qui en sont les pierres angulaires. »

Pour acheter et réhabiliter des fermes sans en faire porter le poids financier aux habitants et paysans, l’association a fait le pari un peu fou de faire venir les bailleurs sociaux dans le monde rural pour refaire naître des fermes d’un nouveau genre.

    « Le schéma agricole dominant n’est pas d’installer des paysans mais de faciliter l’agrandissement des fermes. Quand j’ai commencé à regarder la loi LAAF, le sentiment c’est que tout est à la fois possible et impossible dans la loi. Lorsque les bailleurs sociaux se sont posés la question d’être compétents à lier logement social et terres agricoles, nous avons donc mandaté deux maîtres de conférence de Pau qui ont étudié le droit pour savoir où situer notre démarche, et ils nous ont confirmé que c’est légalement faisable. » explique Lulu Lugan pour La Relève et La Peste

De nombreux projets paysans montés en collectif voient le jour actuellement. Mais la pression des difficultés économiques, couplé à l’urgence d’obtenir un modèle agricole rentable pour plusieurs personnes, fait souvent capoter la dynamique de groupe. La formule proposée par ReNouveau Paysan veut permettre à chacun.e de garder une certaine autonomie et une sérénité d’esprit.

Recréer du commun

A l’époque, plusieurs générations d’une même famille occupaient ces grandes surfaces. Aujourd’hui, l’association ReNouveau Paysan propose de transformer les fermes pour les diviser en plusieurs logements qui seront loués à des familles et aux paysans. Les familles civiles signeront un bail social classique tandis que les familles de paysans signeront un bail rural environnemental.

    « L’un des facteurs de suicide des paysans, c’est la solitude. On ne croit pas non plus au collectif à 100% car de nombreux projets paysans échouent en collectif. Il était donc très important que chacun ait son espace et son intimité, mais le fait d’avoir du lien choisi est quelque chose qui peut permettre la redynamisation des milieux ruraux. » explique Linda Rieu pour La Relève et La Peste

Dans cette nouvelle forme d’habitat partagé, chaque logement reste indépendant. Des espaces communs permettront de favoriser un environnement convivial et des dynamiques collectives. Comme pour les familles, le loyer des paysans ne sera pas basé sur leur performance et leur rendement agricole, mais fixé par le bailleur social.

    « Pour les paysans comme pour les familles, ce type de location est une vraie liberté et une sécurité. La location permet aux paysans de tester la pérennité de leur activité agricole sans s’endetter à vie. Redonner cette liberté est une vraie valeur ajoutée. » décrypte Lulu Lugan pour La Relève et La Peste

Évidemment, une telle démarche s’inscrit dans le respect de l’environnement. L’association souhaite qu’un inventaire écologique des lieux soit réalisé avant chaque rénovation, comme cela a été le cas en 2020 pour la Ferme Mouliaa, et les matériaux et techniques de construction seront choisis pour en faire des habitats innovants à basse consommation.

Dépasser les blocages

Dès le départ, la démarche de ReNouveau Paysan a été appuyée par la Région Nouvelle Aquitaine et le Conseil Départemental 64. En revanche, ils ont dû affronter plusieurs blocages émanant des organismes agricoles traditionnels et des bailleurs sociaux.

Les premiers avaient peur que cela entraîne une perte éventuelle des terres agricoles, « alors qu’il s’agit faire un remaillage d’un écosystème », et les seconds de sortir de leur champ de compétence traditionnel.

    « Surtout, la transversalité du projet a fait mettre différents acteurs des collectivités, qui n’ont pas l’habitude de se parler, autour d’une table ensemble. C’est la fin de la pensée par silo, les bailleurs sociaux et les collectivités n’ont pas du tout l’habitude de réfléchir comme ça mais c’est ce qu’on est censés faire ! Tout est lié ! Le fait de faire des zones de stockage de l’eau, on est en transversal avec l’agricole, le logement, la biodiversité : ce sont des passerelles auxquelles il faut habituer les gens. D’où l’importance de créer des convergences. » développe Lulu Lugan pour La Relève et La Peste

En avril 2019, Office 64 de l’Habitat, le plus important bailleur social public des Pyrénées-Atlantiques, a été convaincu par les arguments des deux comparses et décidé de s’engager dans l’aventure. Deux ans plus tard, il est devenu propriétaire de la ferme Mouliaa et de ses terres attenantes. C’est la première fois qu’un bailleur social lie un logement avec un espace professionnel agricole.

Située dans le village d’Espiute (64) qui compte aujourd’hui 100 habitants, la ferme Mouliaa se compose d’une maison et d’un hangar adjacent totalisant une surface plancher d’environ 640m2. Office 64 de l’Habitat va transformer les bâtiments existants en six logements sociaux à la location.

Deux d’entre eux sont destinés à des paysan.ne.s qui pourront cultiver les deux hectares de parcelles agricoles attenantes, immédiatement certifiables en BIO par leur qualité. Juridiquement, les paysans ont pour condition de cultiver les terres qui leur seront allouées.

Les quatre autres logements sont destinés à des familles avec des espaces allant du T2 au T4. Les familles pourront aussi, si elles le souhaitent, cultiver des petits jardins à disposition pour améliorer leur autonomie alimentaire.

    « La zone humide ou les chauve-souris recensées seront bien sûr prises en compte dans l’aménagement de la future ferme. En complément, des haies vont être plantées à l’hiver prochain et des mares créées pour favoriser un renforcement de la biodiversité. La gestion de l’eau sera également pensée au maximum de manière circulaire : récupération des eaux de pluie, infiltration dans les sols, etc. » détaille l’association

Linda et Lulu restent humbles dans leur démarche : pour eux, réhabiliter les fermes pour les transformer en logements sociaux et paysans est l’UNE des solutions ayant la capacité de répondre aux défis écologiques et sociaux du XXIème siècle.

Les familles seront sélectionnées par le bailleur social tandis que les paysans le seront par des partenaires agricoles qui vont évaluer la pertinence de leur projet, leur intégration dans le territoire et la non-mise en concurrence entre les deux paysans habitants. Un compagnonnage avec les chercheurs de Bordeaux Science Agro est également prévu pour évaluer la pérennité d’une microferme.

    « Nous ce qu’on essaie de faire, c’est de mettre en place des outils pour que les gens se les approprient. On aimerait créer un réseau de fermes comme ça sur l’ensemble du territoire français. La biodiversité, tout citoyen en a besoin, c’est donc à la collectivité de financer les projets qui la protègent mais l’engagement officiel de l’État au niveau national se fait encore attendre. » précise Lulu Lugan pour La Relève et La Peste

En effet, bien que le projet soit intégré depuis janvier 2020 dans le dispositif France Expérimentation, le Ministère du Logement n’a pas encore déclaré son positionnement officiel sur la possibilité pour un bailleur social de lier logements et terres agricoles.

L’association ReNouveau Paysan a donc lancé une pétition en ligne  afin de mobiliser les citoyens pour demander aux services de l’État de s’impliquer dans la démarche d’expérimentation du Bail Social Paysan.

Pour étendre leur initiative, ReNouveau Paysan recherche sur tout le Pays Basque des fermes à la vente ou à la transmission possédant a minima 2ha de terres environnantes. L’association va aussi se rapprocher d’agriculteurs bientôt à la retraite et toujours sans repreneur identifié. Pour l’association, la réhabilitation de leurs fermes peut leur permettre de disposer d’un logement en restant sur les lieux où ils ont toujours vécu tout en transmettant leur outil de travail.

De son côté, la ferme Mouliaa devrait être prête à accueillir ses habitants en 2023. Un beau projet à suivre de près.

 

mardi 31 août 2021

Synthèse et analyse du nouveau rapport du GIEC

Source : https://bonpote.com/synthese-et-analyse-du-nouveau-rapport-du-giec/

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Une infographie à propos des évènements extrêmes

 

Ou lire Le rapport du GIEC pour les parents et enseignants

Ou lire une synthèse du rapport en image



 

L’avenir du low-tech entravé par le dogme de la croissance

 Source : https://reporterre.net/L-avenir-du-low-tech-entrave-par-le-dogme-de-la-croissance

Les low-tech, qui constituent une orientation technologique indispensable, peinent à sortir de la marginalité. En cause, leur difficile compatibilité avec les principes de croissance et de rentabilité ainsi que l’emprise qu’ont les hautes technologies sur nos manières d’imaginer le futur.


 


Seul à bord de son catamaran aux allures de laboratoire, l’aventurier et ingénieur Corentin de Chatelperron montre à la caméra l’une de ses créations : une lampe solaire en forme de cube transparent, fabriquée à partir d’une bouteille d’eau, de planches de bois et de quelques composants électroniques recyclés. Dans le reste de sa vidéo, postée sur la chaîne YouTube du Low-tech Lab, le sympathique trentenaire à la chevelure brune et bouclée montre patiemment comment fabriquer cet objet à la fois « utile, durable et accessible à tous ». En un mot, « low-tech ».

Formé par antonymie avec le « high-tech », ce terme désigne des innovations sobres, agiles et résilientes, devant contribuer à l’émergence d’une société plus économe en ressources et en énergie. Sur Internet, les tutoriels pullulent : on y apprend comment construire des cuiseurs solaires, des éoliennes domestiques et des « frigos du désert » (qui permettent de conserver les aliments sans recours à l’électricité) grâce à des matériaux simples et à une bonne dose d’ingéniosité. Malgré les nombreux livres, hors-séries et documentaires consacrés ces dernières années au low-tech, force est pourtant de constater que la démarche demeure marginale.

« Si l’on faisait un sondage dans la rue pour savoir si les gens voudraient vivre dans une ville low-tech, ou pire, prendre un avion low-tech, je ne suis pas sûr qu’il y aurait beaucoup de réponses positives », estime Philippe Bihouix, ingénieur et auteur de L’Âge des low-tech — vers une civilisation techniquement soutenable. La démarche est selon lui restée « relativement confidentielle », et n’attire pour le moment qu’un public d’ores et déjà sensibilisé aux questions écologiques. En dépit des nuisances environnementales qu’ils génèrent, les balances, montres et distributeurs de croquettes connectés restent plus populaires sur les étals et dans les placards que les inventions low-tech.

Comment expliquer que ces alternatives pourtant prometteuses sur le plan écologique peinent tant à s’inscrire durablement dans notre paysage technique ? Pour Philippe Bihouix, le premier frein au développement de la low-tech est économique : « Consommer des ressources ou émettre des gaz à effet de serre reste moins cher que de mobiliser du travail humain, ce qui bloque l’émergence de beaucoup de solutions de réparation et de formes artisanales de travail. »

Des techniques qui ne vont pas dans le sens de la croissance et la rentabilité

Les principes de durabilité et de réparabilité de la technologie sobre entrent également en contradiction avec la volonté de croissance des entreprises, entravant l’adoption de ces inventions par le grand public. En 2019, le service innovations de Décathlon a entamé une collaboration avec le Low-tech Lab pour concevoir un réchaud low-tech. L’expérience a tourné court. « Le produit final ne ressemble pas forcément à ce que nous avions en tête au départ, confie Kévin Loeslé, responsable du développement de la communauté au Low-tech Lab. Dans de grandes entreprises comme celle-là, certains ont des idées et veulent faire des choses, mais d’autres veillent au grain sur la question de la rentabilité. » « Le travail fait ensemble relève plus de l’écoconception que de la démarche low-tech telle qu’on la mesure aujourd’hui, confirme Clément Chabot, cofondateur du Low-tech Lab. Aujourd’hui, ce produit est fait à l’autre bout du monde pour une utilisation de camping. Est-ce que ça va sauver le monde ? Je ne pense pas. » Décathlon n’a quant à lui pas répondu aux multiples sollicitations de Reporterre sur le sujet.

Philippe Bihouix évoque également des freins réglementaires, notamment dans le secteur de la construction. Pour ce qui est de la rénovation thermique, les aides financières accordées par l’État sont par exemple conditionnées au respect de normes par les fabricants, dont ne peuvent bénéficier certaines alternatives low-tech. « À partir du moment où le système est autoconstructible, que ce soit un poêle à bois ou un panneau solaire thermique, il n’entre pas dans les normes car il ne peut pas être testé par un organisme agréé à la fin, pour le moment en tout cas », dit Quentin Mateus, coordinateur des enquêtes du Low-tech Lab. Il précise que les niveaux de sécurité et de performance de ces équipements énergétiques peuvent pourtant être « aussi bons, voire meilleurs » que ceux produits par des industriels. L’ingénieur regrette que « trop peu d’argent public » soit investi dans des dispositifs d’éducation et de vulgarisation qui permettraient au grand public de « s’autonomiser » en matière d’économie d’énergie. « Les résultats seraient pourtant probablement plus intéressants », pense-t-il.

Pour Sandrine Roudaut, autrice de L’utopie, mode d’emploi et corédactrice d’une note de La Fabrique écologique sur l’innovation low-tech, les raisons de l’indifférence d’une large partie de la population à l’égard de ces alternatives sont à chercher du côté de notre imaginaire collectif. « Tous nos scénarios du futur sont confisqués par la high-tech, déplore-t-elle. Quand on parle de low-tech, on a l’impression qu’il s’agit d’un retour en arrière. L’idée de progrès est forcément associée à plus de numérique, plus de technologie, au lieu de repenser le scénario d’usage et le rendre plus frugal. »

En tant qu’éditrice aux éditions La mer salée, Sandrine Roudaut constate de près à quel point la high-tech exerce une emprise sur nos imaginaires. « Les fictions décrivant un monde dominé par la surveillance et la high-tech représentent la majorité des manuscrits que je reçois, raconte-t-elle. Si l’on ne montre pas autre chose, on définit que le futur, de toute façon, sera comme ça. »

Imaginer une société low-tech désirable

L’enjeu, selon elle, est donc de permettre au grand public de visualiser à quoi pourrait ressembler une société low-tech. « Une des raisons pour lesquelles la low-tech n’émerge pas, c’est que l’on ne la voit pas dans les récits ni dans les films. Tout le monde associe la fin de notre monde high-tech à un monde survivaliste dans lequel on va se taper sur la figure. Il faut montrer un monde différent. » Dans son roman Les Déliés, Sandrine Roudaut a ainsi décidé de faire la part belle à ces innovations. Y sont par exemple évoqués des modes de communication low-tech et le recours de médecins à des animaux pour dépister des maladies, une méthode dont l’efficacité a été prouvée, par exemple dans le cadre de détections de cancers de la prostate par une équipe de chercheurs italiens. « Par la fiction, on peut se rendre compte qu’un tel monde est possible et, surtout, désirable », estime la romancière.

La note de la Fabrique écologique à laquelle a contribué Sandrine Roudaut évoque d’autres pistes pour favoriser l’essor de cette démarche : ouverture de lieux de réparation citoyenne dans chaque commune, taxation des produits démesurément high-tech, création d’une instance habilitée à interdire les produits trop polluants, etc. Les auteurs défendent également la transformation de notre modèle fiscal. « Si un aspirateur tombe en panne, il est aujourd’hui aussi cher de le réparer — si tant est que ce soit possible — que d’en racheter un neuf, car le coût de la main d’œuvre est plus élevé que celui des ressources. L’idée serait de prélever les cotisations sociales [1] non sur le travail humain dans les salaires, mais sur la dépense d’énergie et de ressources des entreprises, explique Philippe Bihouix, également coauteur de cette note. Cela renchérirait le prix des biens et des services à forte empreinte environnementale, et baisserait celui de ceux qui dépendent du travail humain. » Selon l’ingénieur, cette nouvelle fiscalité pourrait « casser » la course à la productivité, et freiner le remplacement du travail humain par des machines ou des logiciels énergivores.

Former les ingénieurs à ces enjeux est tout aussi important. « Si l’on parvenait à débloquer suffisamment d’argent pour développer la low-tech, il faudrait pouvoir embaucher des gens formés à ces questions, analyse Kévin Loeslé, du Low-tech Lab. Aujourd’hui, il n’y en a pas, ou peu. Il s’agit principalement de gens reconvertis, qui font un pas de côté par rapport à leurs activités précédentes. » Pour le moment, la démarche reste absente des programmes de la grande majorité des formations d’ingénieurs. « Les écoles ne voient pas la low-tech au niveau industriel, observe Baptiste Eisele, étudiant à l’École nationale supérieure des Mines d’Albi-Carmaux et membre du collectif Pour un réveil écologique. Il y a un fossé entre ce que nous devons faire pour répondre à l’urgence écologique et ce que l’on nous enseigne. »

Quelques signaux encourageants montrent toutefois qu’une mutation pourrait s’amorcer : une formation dédiée, la Low-tech Skol, a récemment été créée à Guingamp. À l’Institut catholique d’arts et métiers de Lille, des étudiants ont fondé un atelier low-tech. Quelques écoles d’ingénieurs, comme l’INSA Lyon et l’Université de Technologie de Troyes, commencent à intégrer la low-tech à leurs offres de cours, sans que cela ait nécessairement un impact sur la qualité de la formation des étudiants. « On peut apprendre comment fonctionnent l’optique et la thermique grâce aux low-techs », s’enthousiasme Kévin Loeslé. Pour que cet engouement encore timide se poursuive, encore faudrait-il que les entreprises s’intéressent elles aussi à la démarche, tempère Philippe Bihouix : « Le travail d’une école est d’assurer l’employabilité des élèves. L’enseignement doit évoluer en même temps que la structure industrielle et technique de la société. »

Un modèle sociétal à repenser localement

Les collectivités locales ont elles aussi un rôle crucial à jouer, selon Clément Chabot : « Le territoire est le premier bénéficiaire de la low-tech, qui amène de la résilience ». Soutien aux associations et aux entreprises locales engagées dans la démarche, adoption d’innovations en technologie sobre au sein des bâtiments publics afin de permettre au grand public de les expérimenter, création d’espaces de pédagogie dans les mairies… Les possibilités sont nombreuses, et là encore, les choses semblent bouger doucement.

Quentin Mateus constate ainsi qu’un nombre croissant de collectivités locales s’intéressent à la low-tech. La région Bretagne, par exemple, forme ses agents à la démarche, et soutient financièrement des expérimentations à l’échelle du territoire. L’agglomération de Lorient a créé une subvention à destination des particuliers souhaitant se former à l’autoconstruction de capteurs solaires thermiques, tandis que des discussions sont en cours dans la ville de Bordeaux quant à l’installation, au cours des deux prochaines années, de toilettes sèches au sein de l’Hôtel de ville et dans d’autres bâtiments publics. En Île-de-France, l’Agence de la transition écologique (Ademe) a débloqué une enveloppe de 1 million d’euros en 2020-2021 pour financer des projets d’innovation sobre. La ville de Boulogne-Billancourt, enfin, soutient le Low-tech Lab local, qu’elle installera dans sa future Maison de la Planète. Ces projets restent pour le moment minoritaires. Pas de quoi décourager les chantres de la low-tech pour autant. « Les choses prennent du temps, il est important de l’accepter, insiste, optimiste, Clément Chabot. Tout notre modèle sociétal est à repenser. Cela ne se fait pas en claquant des doigts. »


lundi 30 août 2021

LSD, la série documentaire : Une terre qui parle (4 épisodes)

 Source : https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/la-terre-s-est-tue

Épisode 1 : La terre s’est tue

Dans le train, quand on regarde par la fenêtre, ce sont de vastes champs que l’on voit. Nous appelons cela « nature » et il arrive même que l’on trouve ça beau. Comment en est-on arrivé là ?


Épisodes suivants

  • Les réserves de vie sauvage du Vercors, voyage dans des sanctuaires vivants
  • Quand un territoire devient parc national
  • Une terre qui parle 
 

jeudi 19 août 2021

À visage découvert, un employé dénonce l’horreur subie par les cochons d’un élevage de l’Yonne

 

Source : https://lareleveetlapeste.fr/a-visage-decouvert-un-employe-denonce-lhorreur-subie-par-les-cochons-dun-elevage-de-lyonne

Source : L214

 
Au bout de deux ans de travail, profondément choqué par la maltraitance animale, en dépression, il a porté plainte contre l’élevage. Décidé à rendre publiques les images qu’il a filmées, sa demande est nette : la fermeture complète de la porcherie.

 L214 dévoile aujourd’hui une nouvelle enquête concernant un élevage de cochons de l’Yonne. Un employé de l’élevage, qui a travaillé plus de deux ans dans la porcherie, dénonce les sévices graves et les maltraitances commis sur les animaux. Fait rare, il s’exprime à visage découvert. On peut notamment voir sur les images, prises avec son téléphone portable, des truies recevoir de multiples coups de tournevis pour les faire avancer plus vite. Tuméfiées sur tout le corps, des truies agonisent sur le sol en béton de l’élevage. Des jeunes truies ont les dents coupées à la tenaille. Les images montrent également la coupe des queues à vif et le claquage des porcelets.
Des sévices graves et de nombreuses infractions

Cette porcherie, la SCEA des Tremblats II, se trouve dans l’Yonne, sur la commune d’Annay-sur-Serein (près d’Auxerre). C’est un élevage intensif où sont détenues 1 800 truies, le triple de la moyenne française. Elle appartient au groupe Provent-SDPR, implanté en Savoie, qui exploite directement ou indirectement (intégration) une centaine de sites d’élevages de porc, dont 3 maternités de truies

Sur les images, on peut également voir la zone d’équarrissage où sont stockés les cochons morts, de tout âge. Certains cadavres sont littéralement dévorés par les asticots. Une des bennes, d’où émergent des ossements, en est remplie.

La vidéo dévoile aussi une méthode particulièrement cruelle, pratiquée dans les élevages porcins : le claquage des porcelets. Ceux qui sont jugés les moins rentables sont assommés violemment tout juste après leur naissance. Cette opération est censée les tuer rapidement, ce qui est loin d’être toujours le cas.

En plus des sévices graves, de nombreuses infractions à la réglementation ont été identifiées dans l’élevage :

    La coupe des queues des porcelets (caudectomie) est systématique (interdit dans l’arrêté du 16 janvier 2003 – annexe I, chap 1er. 8) ;
    Dans la verraterie (salle où sont encagées les truies en début et en fin de gestation), les truies n’ont pas d’accès à l’eau (exigence de l’arrêté du 16 janvier 2003 – annexe I, chap 1er. 7) ;
    Quand les truies sont en groupe, les densités d’élevage sont trop fortes (densité réglementée dans l’arrêté du 16 janvier 2003 – article 3) ;
    Les truies n’ont pas accès à des matériaux manipulables (exigence de l’arrêté du 16 janvier 2003 – annexe I) ;
    Les truies blessées ne sont pas soignées (exigence du code rural – Chapitre VI, article 226.6) ;
    Les dents des cochettes (jeunes truies de plusieurs mois) sont coupées à la tenaille (interdit dans l’arrêté du 16 janvier 2003 – annexe I, chap 1er. 8) ;
    L’aiguillon électrique est utilisé abusivement (réglementé par le règlement européen du 24 septembre 2009  – annexe III, point 1.9).

Une alerte restée sans réponse

Le lanceur d’alerte a souhaité parler des maltraitances avec son responsable. Sans réponse de sa part, il a dénoncé les faits au directeur de l’établissement. Ses signalements sont restés sans suite.

Au bout de deux ans de travail, profondément choqué par la maltraitance animale, en dépression, il a porté plainte contre l’élevage. Décidé à rendre publiques les images qu’il a filmées, sa demande est sans appel :

« Ce que je voudrais, c’est que le responsable ne travaille plus dans ce domaine là, et qu’il ferme la porcherie complètement parce que ça continuera tout le temps. »

Le lanceur d’alerte assure ne jamais avoir vu de contrôle des services vétérinaires dans l’élevage. L214 porte plainte pour sévices graves auprès du procureur d’Auxerre. Sébastien Arsac, directeur des enquêtes et porte-parole de L214, affirme :

« Nous saluons le courage de cet employé qui a décidé de rendre publics les sévices graves commis sur les animaux à la porcherie des Tremblats, dans l’Yonne. Les truies et les porcelets de cet élevage vivent déjà une vie misérable, comme dans la majorité des élevages de cochons (95 % des élevages de cochons sont de type intensif), ils sont en plus violemment maltraités sans réaction de la direction. Exigeons des sanctions pour cet élevage et une interdiction du claquage des porcelets ainsi que la coupe à vif de leur queue. »

Via une pétition en ligne, l’association demande une inspection immédiate de l’élevage, sa mise aux normes et que des sanctions soient prises. La castration à vif des porcelets sera bannie le 1er janvier 2022.

L214 demande au gouvernement que la coupe des queues à vif, source d’extrême souffrance pour les animaux, soit également interdite et que soit aussi proscrit le claquage des porcelets.



jeudi 29 juillet 2021

Reprise de terres : présentation en podcast

 Source : https://www.terrestres.org/2021/07/29/podcast-reprise-de-terres-presentation/

En partenariat avec Radio Zinzine, Nick tend son micro à Manon, Christophe, Ellen, Virginie, Camille, Clément pour présenter la dynamique Reprise de terres, réseau d’enquêtes et de réflexions autour de trois axes : l’avenir du foncier agricole dans le contexte de la départ en retraite de la moitié des agriculteur.rices dans les prochains 10 ans; les conflits entre usages et protection de la nature; l’accès aux terres en ville, par la création, le maintien et la protection des jardins urbains… 

Ecouter le podcast

samedi 10 juillet 2021

La France dépasse 6 des 9 limites planétaires, ces processus qui conditionnent l’équilibre du système-Terre

Source : https://lareleveetlapeste.fr/la-france-depasse-6-des-9-limites-planetaires-ces-processus-qui-conditionnent-lequilibre-du-systeme-terre/

Il ne fait pas bon parler de limitations en ces temps où nos libertés, même les plus essentielles, sont mises à rude épreuve : et pourtant, le cadre des limites planétaires n’a jamais été aussi pertinent pour comprendre comment nos activités mettent en péril la stabilité des écosystèmes… et risquent de plonger nos sociétés dans des bouleversements en chaîne, irréversibles. Dont le Covid-19 est le signal faible ? Plongée dans un voyage au cœur des processus qui conditionnent l’équilibre du système-Terre. Un article d’Anne-Louise Nègre.

Lire l'article


 

vendredi 9 juillet 2021

Les relations entre science et politique dans le régime climatique : à la recherche d’un nouveau modèle d’expertise ?

 Source : https://www.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2015-Supp.%203-page-6.htm

 La façon dont un problème public est décrit et appréhendé – son « cadrage » – conditionne en effet les solutions imaginées et proposées

 


Introduction

Depuis son émergence sur la scène politique mondiale, le changement climatique anthropogénique a été principalement appréhendé comme un problème de pollution globale, dont la solution allait passer par la réduction des émissions des gaz à effet de serre, selon un calendrier et des objectifs assignés aux États dans un traité négocié sous l’égide des Nations unies. Dans cette conception du problème, la science du climat et le fonctionnement de l’expertise jouent un rôle crucial.

Ce cadrage est aujourd’hui ébranlé par l’impasse des négociations internationales : il est devenu clair que le consensus scientifique ne suffit pas à engendrer des mesures politiques significatives. Voit-on alors se dessiner un nouveau rôle pour les sciences du climat ? À l’heure où se profile la COP 21 de Paris et tandis que se discute la nécessité ou pas de changer de paradigme dans la négociation, cet article se concentre sur les rapports entre science et politique dans le régime climatique. La vision longtemps hégémonique de cette question, sa mise en œuvre et ses effets sont retracés dans la première partie.

Dans la seconde partie, nous évoquons la gouvernance [1]
[1]Nous reprenons ici le terme de gouvernance, avec réticence…
climatique, son impuissance fondamentale à se saisir du problème, et les répercussions de cet échec sur l’expertise scientifique et ses verdicts. Dans la troisième partie, nous offrons un aperçu des études critiques et des propositions de modifications du cadrage et du rôle des sciences qui se sont multipliées dans le contexte de l’après Copenhague, en réfléchissant aux perspectives et tendances qui se dessinent à propos des modèles d’expertise.

Lire l'article complet

Conclusion

Enfin, une chose nous semble devoir s’imposer : plutôt que rechercher un consensus fondé sur la seule science et son hégémonie, il faut admettre et encourager le débat politique et social sur les divers enjeux du changement climatique et les valeurs éthiques qui y sont associées.


dimanche 27 juin 2021

L'iceberg des économies capitalistes et patriarcales

Source : livre "Nous ne sommes pas seuls"

Lire des mécanismes communs au patriarcat et au capitalisme, le second semblant bien découler du premier si l'on regarde le régime relationnel à l’œuvre :

  1. invisibilisation
  2. appropriation
  3. exploitation 

Ah et bien voilà une image qui montre tout cela très bien !

Capitalisme < classisme < sexisme < colonialisme < naturalisme
traduire par  

  • exploitation du capital (faire du profit grâce à l'argent des autres) 
  • < exploitation du travail (faire du profit avec le travail des autres et sur les inégalités sociales) 
  • < exploitation des femmes (faire du profit "ménager, sexuel, reproductif, émotionnel, relationnel, de parole..." avec les femmes et sur les inégalités de genre) 
  • <  exploitation des autres pays/cultures (faire du profit avec les ressources et le travail des autres et sur les inégalités historiques de puissance politique et économique)
  • < exploitation du vivant (faire du profit avec la vie des autres qu'humains et sur les inégalités biologiques)