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lundi 29 juillet 2024

FLECHA SELVAGEM

Source : https://www.youtube.com/playlist?list=PLYysvnBmz4S32JaJupR9X815Kp5OkK3YE

La flèche sauvage est un film qui projette le SAUVAGE dans le langage audiovisuel, un rêve qu'AILTON KRENAK avait pour reporter la fin du monde.  

C'est un audiovisuel qui n'a pas généré de nouvelles images. Une expérience fruit des temps que nous traversons, dans laquelle nous devons apprendre à gérer le plus possible et, malgré cela, continuer à rechercher la beauté.  

La flèche ouvre la voie à de nouvelles questions, c'est une manière de propager les contenus dont nous parlons dans SAUVAGE. Ils s’adressent au grand public et sont également une invitation aux écoles, universités, points culturels et projets d’éducation communautaire à accéder à des récits plus pluriversifs.  

Ils sont disponibles sur notre chaîne YouTube sous-titrés en anglais et en français et sont accompagnés de CARNETS SAUVAGES à lire et télécharger gratuitement avec des informations complémentaires, des propositions d'activités et des activations. 

Chaque flèche est composée d'un récit dans la voix d'AILTON KRENAK avec un scénario écrit par ANNA DANTES.  

Une myriade irradiante d’images « composées » à partir de diverses archives indigènes, artistiques et scientifiques, ainsi que d’animations et de musiques originales.

Série en sept épisodes.










samedi 20 novembre 2021

L'individualisme, une invention de l'Occident

"L'idée d'une conception relationnelle de la personne est de penser que la personne n'existe qu'à travers ses relations."
Jérôme Baschet 

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/conversation-avec-jerome-baschet

 La Fabrique de l'Histoire par Emmanuel Laurentin


 

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/lindividualisme-une-invention-de-loccident

La Grande Table convie Jérôme Baschet, historien médiéviste et maître de conférences à l’EHESS, qui signe "Corps et âmes : une histoire de la personne au Moyen Âge", chez Flammarion. 

 

dimanche 25 avril 2021

Idée-lecture : Les nouvelles figures de l'agir - Penser et s'engager depuis le vivant - Miguel BENASAYAG, Bastien CANY

 Source : https://www.editionsladecouverte.fr/les_nouvelles_figures_de_l_agir-9782348042164

Les nouvelles figures de l'agir - Penser et s'engager depuis le vivant - Miguel BENASAYAG, Bastien CANY

 Le monde est devenu complexe. Ce constat, mille fois énoncé sur le ton de l’évidence, est à ce point partagé que plus personne ne le questionne. Mais en quoi les arbres, les villes, les écosystèmes comme l’ensemble des êtres et des choses qui nous entourent, y compris nous-mêmes, se seraient transformés sous la figure de la complexité ? Pour les auteurs, cette complexité ne relève ni d’un récit ni d’une théorie, mais d’une transformation concrète de nos territoires. Plus qu’une grille de lecture, le devenir complexe du monde désigne de profonds changements matériels dans l’étoffe même de la réalité. Comment se manifeste ce caractère matériel ? Quels défis lance-t-il à l’agir ? Alors qu’émergent partout de nouvelles formes de résistance face la destruction du vivant, c’est à ces questions qu’entend répondre ce livre, pour battre en brèche le sentiment d’impuissance qui menace à tout moment de nous rattraper.

Plutôt que d’appeler au retour de la figure de l’agir cartésien qui se prétend maître et possesseur de la nature, les auteurs proposent de revisiter la phénoménologie en déplaçant le rôle central qu’elle accorde à la conscience vers les corps. Un pas de côté qui se veut également une proposition pour une nouvelle éthique de l’acte, où la question est moins de savoir comment agir que de comprendre quelles seront les nouvelles figures de l’agir.

Un essai engagé et stimulant, explorant les possibilités de renouer avec un agir puissant dans un monde où les phénomènes comme les effets de nos actes sont marqués du sceau de l’incertitude. 


 


Idée-lecture : Comment la terre s'est tue - Pour une écologie des sens - David ABRAM

 

 source : https://www.editionsladecouverte.fr/comment_la_terre_s_est_tue-9782348068249

Comment la terre s'est tue - Pour une écologie des sens - David ABRAM

 Comment se fait-il que les arbres ne nous parlent plus ? Que le soleil et la lune se bornent à décrire en aveugle un arc à travers le ciel ? Et que les voix de la forêt ne nous enseignent plus rien ? À de telles questions répondent souvent des récits qui font de nous, « enfants de la raison », ceux qui ont su prendre conscience que les humains étaient seuls au sein d’un monde vide et silencieux.
Les peuples de tradition orale savent qu’il n’en est rien et l’enquête passionnante de David Abram leur donne raison. Plutôt qu’une prise de conscience, ce qui nous est arrivé est une brutale mutation écologique, qui a interrompu la symbiose entre nos sens et le monde.

Toutefois, ce n’est pas l’ancien pouvoir d’animation des choses qui s’est tari. Ne sommes-nous pas témoins de scènes étranges ? N’avons-nous pas des visions ? Ne faisons-nous pas l’expérience d’autres vies… lorsque nous lisons ? Et si la magie vivifiante de nos sens avait été capturée par les mots écrits ? Les mots de David Abram possèdent cette magie, et surtout, ils réactivent l’expérience d’un monde au présent. Ce monde alentour qui, en sourdine, continue à nourrir nos manières de penser et de parler, de sentir et de vivre.

Parce que la terre parle… 




mardi 9 mars 2021

Complexité : le phénomène de l'émergence

 

Source : https://christine-koehler.fr/conseil_organisation_pratique-de-lemergence/<

Bon en enlevant tout le sabir managérial pour simplement penser "collectif", l'article est éclairant...

 


Pourquoi s’intéresser à la Pratique de l’Émergence ?

par Christine Koehler et Christopher Schoch, conseils en stratégie et organisation


La pratique de l’émergence donne à l’entreprise une capacité permanente à se renouveler. Développé aux USA pour étudier les systèmes humains complexes, on lui doit le succès formidable de la Silicon Valley et des entreprises qui fonctionnent en système ouvert.

Que l’on soit agent, responsable, ou accompagnateur de changement en entreprise, l’émergence doit nous intéresser en premier chef. Car elle nous donne un moyen pour intégrer le changement de façon  organique. Nous employons volontiers un terme issu de la biologie, car l’émergence ne peut fonctionner qu’à partir d’un nouveau paradigme fondé sur une conception  de l’entreprise en tant que système humain, donc vivant.

La Théorie de l’Émergence

C’est aux USA, depuis les années cinquante, que l’Institut Santa Fé a développé  la théorie de l’émergence. Cette théorie décrit le phénomène de transformation issu des  interactions, sous certaines conditions, entre systèmes simples, ou agents indépendants. Ces interactions font apparaître des configurations nouvelles et complexes, difficiles à anticiper par l’analyse des  systèmes pris individuellement. Ainsi, une structure est dite émergente si elle apparaît brutalement et est issue d’une dynamique : ses propriétés n’existaient pas préalablement dans les éléments qui l’ont composée.

Le phénomène de l’émergence a été observé dans les domaines physiques, biologiques, écologiques  puis socio-économiques. On parle d’émergence de la vie, d’émergence de la matière, d’émergence de telle civilisation. Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont analysés grâce à l’émergence.

La Silicon Valley : Une Culture de l’Émergence.

Un exemple classique de l’émergence n’est autre que la Silicon Valley. Comment expliquer qu’une région aussi circonscrite, qui abrite aujourd’hui deux millions d’habitants et plus de six mille entreprises, soit à l’origine de milliers de brevets qui ont changé le cours du monde ? C’est là où, à partir des années soixante-dix, dans les cafés du célèbre Sand Hill Road, des chercheurs, des entrepreneurs  et des financiers, venant des quatre coins du monde, échangeaient librement leurs projets et passions. De ces échanges ont émergé les entreprises et  les innovations qui constituent encore le foyer créatif le plus puissant du monde.

À leur tour ces entreprises ont  pratiqué l’émergence en favorisant la libre circulation des informations et des agents. C’est ainsi qu’elles ont été capable d’anticiper et susciter de nouvelles générations de technologie  et de garder une longueur d’avance sur leurs marchés. Ces entreprises ainsi non seulement pratiquaient l’émergence, mais elles en avaient fait un élément dynamique de leur culture organisationnelle.

L’Émergence et l’approche Collaborative

En plus de son intérêt scientifique, la théorie de l’émergence aide à comprendre la dynamique des approches collaboratives comme le Forum Ouvert, World Café, Future Search etc. Cette dynamique fait qu’un groupe important d’acteurs peut travailler utilement aussi bien de façon synchrone qu’asynchrone, sur un thème ou problème complexe, avec un minimum d’intervention et de structure. Plus important, elle explique  comment ce genre de travail produit l’émergence d’énergie et d’idées transformatrices.

Trois niveaux de Transformation

Mais il existe des conditions pour qu’elle se manifeste : la densification  des interactions entre les parties prenantes d’un système ; la présence d’un haut niveau de diversité ; le partage d’une  enveloppe culturelle commune et l’existence d’une infrastructure capable de traiter la circulation d’un  grand nombre d’informations. C’est alors que peuvent s’opérer des transformations à trois niveaux : la capacité d’innover de l’entreprise ; la compréhension de l’émergence ; la compétence des agents à fonctionner en système ouvert.

L’émergence d’idées et de nouvelles formes de travail deviennent possible dès le moment où  un nombre suffisant d’acteurs ou de parties prenantes d’un système interagissent en même temps. Ils doivent être motivés par un objectif ou un objet de recherche ambitieux et complexe, qui ne peut être atteint que par la mobilisation de l’intelligence collective. Ceci implique la contribution de chaque agent d’un même système écologique. Cette intelligence émerge au fur et à mesure que les connections et interactions se démultiplient et que fonctionne le retour d’information des individus envers l’ensemble.

C’est alors que, au delà de telle ou telle idée ou initiative innovante,  l’on peut observer trois niveaux de transformation :1)  Une   prise de conscience collective actualisée des capacités du système à créer de la valeur par la concertation et l’innovation.. 2)  Une compréhension approfondie des conditions culturelles nécessaires pour atteindre ce niveau de création de valeur. 3) L’intégration de nouveaux comportements individuels dans une logique communautaire (communauté de pratique).

Conditions de l’Émergence

C’est en rassemblant un ensemble significatifs d’agents représentatifs de la diversité de son système écologique que l’entreprise rempli la première condition de l’émergence Ensuite les participants  doivent adhérer à des  principes et croyances qui forment une enveloppe culturelle commune. Cette enveloppe comprendra au minimum les  principes de transparence, d’authenticité et d’interdépendance.

L’aspect dynamique de l’émergence est caractérisé par une densification des interactions entre agents et est rendu possible par une infrastructure capable de gérer un grand nombre d’échanges. Pour que ces échanges laissent des traces, il est utile de constituer une sorte de banque  de données évolutive disponible pour tous. La dernière condition concerne le “feed back”- ou fonction de retour d’information. Il doit être possible pour n’importe quel agent d’envoyer à la communauté des observations sur ce qu’il vit. En ce sens, chacun informe l’ensemble du système. Autrement dit il n’y a pas de distinction entre ce qui émerge du centre et ce qui émerge de la périphérie. Durant la phase d’émergence c’est comme si  le centre se déplaçait  vers les marges.

La Fin du  Paradigme Mécaniste

Jusque là les approches au changement étaient basés sur un  paradigme plutôt mécaniste – l’entreprise en tant que machine. On attendait une crise pour imposer des changements nécessaires que ce soit par rapport à la stratégie, la structure, ou la culture. Si la « boite » tournait bien, il fallait surtout ne toucher à rien. On comprend facilement que, dans ces circonstances, peu d’efforts de changement réussissent. Rendu nécessaire, le changement  était associé à un échec de direction ou à une erreur stratégique. Dans le langage de l’entreprise parler de changement, ou d’autres euphémismes comme restructuration, reconfiguration,  équivalait pour les salariés à amputation, intervention, et insécurité.

La situation en 2012

L’émergence répond aux exigences de changement qui s’exerce aujourd’hui sur l’entreprise sous de multiples formes. A l’opposé des méthodes traditionnelles et mécanistes, elle permet au changement de naître de façon organique. Elle  favorise aussi les approches  collaboratives et elle développe l’intelligence collective- ce qui n’est pas pour déplaire aux générations Y.

Comment alors aborder la notion de changement en 2012 alors que les mutations de l’environnement ne cessent de s’accroitre et s’accélérer ? Les marchés deviennent plus compétitifs, plus volatiles et plus interdépendants ; les sources de capitaux se dispersent, le recrutement dans les secteurs de pointe se mondialise. Les innovations technologiques modifient tous les six mois les façons de travailler. Dans ce  contexte, l’entreprise qui fonctionne en système fermé, avec des services cloisonnés et un partage limité du pouvoir et des connaissances  est condamnée à moyen sinon à court terme.

Intégrer ses clients et partenaires dans les processus d’innovation et de marketing, avoir des frontières assez perméables pour se laisser influencer par la diversité de l’environnement, y compris les jeunes et les « minorités » et mettre en place des infrastructures qui permettent la libre circulation des informations générés par des réseaux de contributeurs « responsables » représente une mutation démocratique, mais aussi répond à un impératif économique.L’émergence permet ainsi à l’entreprise de mieux s’adapter à l’environnement en devenant la source privilégiée du changement de sa culture organisationnelle.

 

dimanche 6 septembre 2020

Idée lecture : Entropia, Samuel Alexander

 Source : Causette

Editeur : https://libre-solidaire.fr/Entropia


Dans les années 2030, la civilisation industrielle s’effondre ; une communauté insulaire du Pacifique Sud se retrouve alors définitivement isolée du reste du monde. Sans autre choix que de construire une économie autarcique avec des sources d’énergie très limitées, cette communauté se lance dans la création d’un mode de vie plus simple qui pourra s’épanouir jusque dans un lointain avenir. Avant tout déterminés à transcender les valeurs matérialistes de l’Ancien Monde, ses membres s’engagent à mener une existence de simplicité matérielle, convaincus que c’est la voie la plus sûre vers la véritable liberté, la paix et la prospérité durable. Soixante-dix ans plus tard, en l’an 2099, un habitant de l’île décrira les résultats de cette remarquable expérience de vie qu’est Entropia, avec son économie « désindustrielle », ses institutions politiques aux antipodes de la démocratie représentative, l’omniprésence de l’art dans cette société de la simplicité.

L'auteur

Samuel Alexander est enseignant et chercheur à l’université de Melbourne où il donne des cours sur les problèmes environnementaux. Il est codirecteur du Simplicity Institute et intervient au Melbourne Sustainable Society Institute. Il est spécialisé dans l’économie de la décroissance, la consommation durable, les implications sociales dues aux changements climatiques et au pic pétrolier et les stratégies de transition. Il a écrit de nombreux ouvrages et articles en anglais sur ces différents sujets.

Critiques de l’édition originale en anglais…

« Entropia est un travail magistral de l’imagination qui prévoit un monde au-delà de la croissance et du consumérisme. Ceci n’est pas un rêve d’évasion, mais plutôt un rappel pratique et inspirant de ce que nous les humains sommes capables de faire, un appel à l’action. C’est un manifeste littéraire qui inspirera, défiera et donnera l’espoir. »
 
Paul Gilding, The Great Disruption
 
« En se tournant vers le futur, ce livre visionnaire décrit l’apparition d’une culture et d’une
économie basées sur la suffisance matérielle. De cette manière il nous donne l’une des descriptions les plus poussées de la vie écoresponsable. Débordant de perspicacité, admirablement bien écrit, Entropia dévoile les enjeux radicaux qu’entraîne l’abandon des énergies fossiles. Ce livre s’impose comme la véritable définition du mot “durable”. »
 
Richard Heinberg, The End of Growth
 
« D’ordinaire les romans utopiques décrivent un monde d’abondance matérielle, dans lequel la technologie a réduit le travail à un minimum et où tout le monde est riche. Samuel Alexander, dans la lignée d’Henry Thoreau et de William Morris, au contraire a écrit “une utopie de suffisance”, dans laquelle une communauté de fermiers bohèmes rebâtit sa société après l’écroulement de la civilisation. Entropia est à la fois troublant et inspirant, nous donnant la perspective d’un monde beaucoup plus sain et plus satisfaisant. »
 
Ted Trainer, Transition to a Sustainable and Just World

« Une des tentatives les plus fascinantes jusqu’à présent pour imaginer un avenir viable bien loin de notre civilisation tombante et décadente. Entropia, de Samuel Alexander, emprunte le style de la littérature utopique pour présenter des visions alternatives de la politique, de la société et de la spiritualité après l’âge industriel. »

John Michael Greer, The Ecotechnic Future



vendredi 31 juillet 2020

Humanicide

 
Dans « Humanicide ou la fin d’un règne », Bill McKibben montre que si les changements climatiques réduisent l’espace où notre civilisation peut exister, les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle et la robotique menacent de faire disparaître la diversité humaine.
 

  • Présentation du livre par son éditeur :
Dans son précédent livre La Nature assassinée, Bill McKibben avait été l’un des premiers à alerter sur les changements climatiques.
Trente ans après, le chercheur fait un bilan de la situation et montre que le danger est plus vaste. Dans une première partie (« Un jeu planétaire »), il fait un état des lieux de l’état de la planète et des menaces auxquelles nous sommes confrontés. Chaque thèse se fonde sur des rapports scientifiques et est illustrée de nombreux exemples (la mort des forêts avec les cèdres du Liban agonisant, le drame des énergies fossiles et son combat contre l’oléoduc et l’exploitation des sables bitumeux au Canada, les sécheresses qui réduisent à néant l’économie des pays déjà pauvres comme Porto Rico, etc).
Dans une seconde partie (« Folie technologique »), McKibben s’intéresse, après les menaces environnementales, à celles liées aux progrès techniques. Il s’attache à démontrer que si les changements climatiques réduisent l’espace où notre civilisation peut exister, les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle et la robotique menacent de faire disparaître la diversité humaine.
Cependant loin d’être défaitiste, en s’appuyant sur son expérience au sein de 350.org, l’auteur offre dans une dernière partie (« Une dernière chance ») des pistes pour sauver non seulement notre planète mais aussi la vie humaine.
  • Humanicide ou la fin d’un règne. Quand l’avenir de l’homme a-t-il basculé ? Bill McKibben, Massot éditions, 336 p., 22.90 euros.

mardi 4 février 2020

Pour restituer l’importance du vivant, il faut mener une bataille culturelle

Imaginez cette fable : une espèce fait sécession. Elle déclare que les dix millions d’autres espèces de la Terre, ses parentes, sont de la «nature». À savoir : non pas des êtres mais des choses, non pas des acteurs mais le décor, des ressources à portée de main. Une espèce d’un côté, dix millions de l’autre, et pourtant une seule famille, un seul monde.
Cette fiction est notre héritage. Sa violence a contribué aux bouleversements écologiques. C’est pourquoi nous avons une bataille culturelle à mener quant à l’importance à restituer au vivant. Ce livre entend y jeter ses forces. En partant pister les animaux sur le terrain, et les idées que nous nous faisons d’eux dans la forêt des savoirs. Peut-on apprendre à se sentir vivants, à s’aimer comme vivants? Comment imaginer une politique des interdépendances, qui allie la cohabitation avec des altérités, à la lutte contre ce qui détruit le tissu du vivant? Il s’agit de refaire connaissance : approcher les habitants de la Terre, humains compris, comme dix millions de manières d’être vivant.
  • Baptiste Morizot est écrivain et maître de conférences en philosophie à l’université d’Aix-Marseille. Il est l’auteur des Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant (Wildproject, 2016) et, chez Actes Sud, de Sur la piste animale.
  • Manières d’être vivant — Enquêtes sur la vie à travers nous, de Baptiste Morizot, postface d’Alain Damasio,
    éditions Actes Sud, février 2020, 336 p., 22 euros.

dimanche 5 janvier 2020

Encore Descola

Source : https://blogs.mediapart.fr/edition/les-debats-du-mucem/article/240517/penser-la-nature-l-heure-de-l-anthropocene

Si les humains sont devenus une force naturelle capable de déstabiliser le système Terre, ne doit-on pas mettre en question le « grand partage » entre nature et culture qui structure la pensée des modernes ? L’anthropologue Philippe Descola révèle qu’il existe des sociétés où les hommes savent composer autrement des mondes avec ce qui n’est pas eux : les animaux, les plantes, les choses, les montagnes et les vallées, le ciel et la terre... Et nous invite à nous aventurer « par-delà nature et culture ».

vendredi 3 janvier 2020

Par delà Nature et Culture

Philippe DESCOLA – Par delà Nature et Culture

Synthèse

Schèmes = outils de filtrage / compréhension de l'expérience, outils intégrateurs de l'expérience.
= sources et produits d'une cosmologie, d'une structure de cadrage d'un rapport à soi et au monde.
4 schèmes primaires d'identification = 4 ontologies = «  qu'est-ce que je considère comme moi ou différent de moi » = comment j'articule mon expérience entre familiarité et altérite = le moyen général par lequel on établit des différences et des ressemblances entre soi et les autres.
  • Intériorité recouvre une gamme de propriétés tournant autour de la notion d'esprit, d'âme, de conscience, d'intentionnalité, de subjectivité, de capacité à avoir des affects, à signifier et à rêver, bref la croyance universelle qu'il existe des caractéristiques internes à l'être.
  • Physicalité concerne quant à elle la forme extérieure, la substance, les processus physiologiques, perceptifs et sensori-moteurs, le tempérament ou la façon d'agir dans le monde et concerne aussi l'influence des humeurs corporelles, des régimes alimentaires, des traits anatomiques ou des modes de reproduction.

x schèmes secondaires de relation = le don, l'échange, la prédation, la protection, la transmission, la production.

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http://www.oncleshu.be/post/DescolaEthnopsy : les ontologies de Descola

[…]
Poursuivant cette réflexion sur la Nature initiée avec les Achuar, il va ensuite écrire un vaste ouvrage de théorie anthropologique, « Par delà Nature et Culture » (2005) où il va tenter d'identifier ce qu'il appelle des grands schèmes organisateurs de l'expérience. […] L'ouvrage est ainsi fondé sur le pari abondamment argumenté qu'il existerait quelques schèmes fondamentaux organisant l'expérience humaine. Il identifie des schèmes primaires tournant autour de la question de l'identification (qu'est-ce que je considère comme moi ou différent de moi) et les appellent des ontologies. Il en détecte 4 (Animisme, Naturalisme, Totémisme et Analogisme) puis évoque pour les compléter des schèmes secondaires dits également « schèmes de relation » tournant notamment autour de questions forts débattues en anthropologie comme le don ou de l'échange, auxquels il ajoute les schèmes complémentaires de la prédation, la protection, la transmission et de la production.
[…]
Toutes des raisons pour lesquelles D se pose la question de savoir s'il y a une place pour ce que nous appelons la Nature dans une cosmologie qui confère aux animaux et aux plantes la plupart des attributs de l'Humanité. La Nature n'est en tout cas pas ici une instance détachée, objet de l'étude des phénomènes naturels, mais le sujet d'un rapport social.
[…]
D nous invite ici à voir que même si les inventions fonctionnent, elles représentent ensemble une politique, un projet spécifique qui ne va pas de soi, qui nous est propre. L'Objectivité que ces procédures ont construites est un rapport au monde particulier. Un rapport qui tend à faire du monde une machine. La coupure entre l'Homme et ce que nous appelons Nature devient par exemple particulièrement totale avec Descartes pour qui même le corps n'est que le fruit de mécanismes et où l'âme seule est régie selon l'intention divine : JE PENSE DONC JE SUIS.

Selon D, le point culminant de cette approche est atteint quand Nature et Culture se sont retranchées dans leurs domaines d'objets distincts […] c'est avec cette grille de lecture et ces lunettes que vont désormais être étudiés les autres peuples. On croit d'abord que les différences de représentations peuvent être réduites à des phénomènes que les êtres humains n'ont pas su bien s'expliquer autrement. […] D met ainsi en évidence que le surnaturel est une invention du NATURALISME. C'est-à-dire une tendance qui nous fait trier des connaissances estimées légitimes et illégitimes selon que nous les jugerons comme des résidus symboliques ou des « superstitions » ou comme des faits démontrables par les procédures que la science occidentale à mise en place.
[…]
Pourtant, quand un chasseur Achuar chante un « anent » à l'intention du gibier, il ne bascule pas soudain du rationnel à l'irrationnel, d'un savoir technique efficace à la chimère. Toutes ses attitudes participent ensemble au tissu de relations qu'il établit avec son environnement et jouent chacune un rôle dans la configuration des comportements. L'incantation magique n'est pas fonctionnelle parce qu'elle est efficace (en terme de prédation), elle l'est (aussi) en ce qu'elle contribue à caractériser (ici via la manière d'entretenir des relations de personne à personne avec le gibier). Elle est l'une des occasions d'incarner leur manière de se représenter les relations au monde. Un système qui fait ses preuves empiriquement au quotidien

Une manière différente des naturalistes que nous sommes qui produit par exemple une utilisation parcimonieuse et équilibrée de l'environnement dont nous sommes si difficilement capable. Nous qui avons construis un monde qui ne voit plus désormais dans le monde "naturel" que des ressources à exploiter. Nous qui essayions de reconstruire un lien pour nous réinscrire dans des écosystèmes dont nous nous sommes nous-même exclu physiquement et, comme les animistes nous le donnent à penser, également relationnellement.

Il ne faudrait donc pas plus voir des superstitions dans les comportements Achuar tournant autour de la considération des animaux/personnes que dans celui d'une organisation internationale qui interdirait la capture des dauphins et pas celle des harengs sous prétexte qu'au nom de ses valeurs elle décrète l'une "protégée" et l'autre pas. Dans les deux cas, des choix de sociétés sont orientés par des représentations et des valeurs qui ne vont pas de soi
[…]
pour les êtres humains, le sens d'une action n'est pas totalement dicté par ses aspects factuels. La chasse par exemple, est perçue comme une danse de séduction pour les Desana (p.473), l'animal est attrapé quand il est séduit et cette prise au maître du gibier sera compensée en rêve quand le chasseur copulera sous forme animale avec une des filles du maître du gibier. Pour les Campa (p.482), la chasse est un don, le gibier répond à une prière et cède son enveloppe charnelle (sans perdre son âme), il n'est donc point nécessaire d'une telle compensation.
[…]
Le choix volontairement vague d'intériorité recouvre une gamme de propriétés tournant autour de la notion d'esprit, d'âme, de conscience, d'intentionnalité, de subjectivité, de capacité à avoir des affects, à signifier et à rêver, bref la croyance universelle qu'il existe des caractéristiques internes à l'être.
La physicalité concerne quant à elle la forme extérieure, la substance, les processus physiologiques, perceptifs et sensori-moteurs, le tempérament ou la façon d'agir dans le monde et concerne aussi l'influence des humeurs corporelles, des régimes alimentaires, des traits anatomiques ou des modes de reproduction.
Leur rapport est parfois étroit et interdépendant ou au contraire relativement distinct, mais c'est précisément le propos d'étudier les différentes modalités d'ontologies, soit les rapports pouvant exister entre ces deux entités et les rapports qu'elles induisent avec les autres et le monde.
[…]
L'analogisme
[…] le monde serait DIVERS EN SON ESSENCE, complexe et varié. […]
Ces civilisations et groupes vont pourtant avoir besoin - dans un monde menacé sans cesse par l'anomie - de tenter de nouer des liens entre les existants. Et c'est dans ses méthodes qu'on trouvera le point commun qui les relient et le choix de D pour le nom d'ANALOGISME.
On est en effet dans des mondes où l'on va installer toute une série de rapports entre le MACROCOSME ET LE MICROCOSME (notamment grâce à des analogies faite de MÉTAPHORES, de MISES EN ABÎME, de SYMÉTRIES, D'ENGLOBEMENTS ou de DÉDOUBLEMENTS (ce qui explique pourquoi on y retrouve tant de « JUMEAUX »). Les relations y sont articulées dans des JEUX DE RÉPULSION ET D'ATTRACTION.
[…] Ces chaines signifiantes tissent ainsi entre elles une dense toile qui répond au constat initial désespérant que « rien ne va de soi », qu'au fond, grâce à toute une série de procédures « TOUT EST DANS TOUT ». Cet univers définit ainsi les choses par des POSITIONS RÉCIPROQUES. L'un existe par rapport à l'autre, et CHAQUE ÉLÉMENT N'ACQUIERT DE SENS ET DE FONCTION QUE PAR RAPPORT AU TOUT.
L'épistémologie de tels univers synthétise et théorise dans des ouvrages comme le YI KING (qui articule 5 éléments à huit trigrammes fondamentaux) un SYSTÈME DE CORRESPONDANCES entre des organes, des directions, des saisons, des émotions et des éléments de paysages pour arriver aux 64 états possibles de quelque chose, à savoir aussi bien l'état d'une personne, que d'une guerre, d'une transaction commerciale, d'un problème familial, politique ou même agricole. Telle l'astrologie ou la numérologie, ces SCIENCES DU « GRAND TOUT » permettront à ces peuples [de penser] […]
Une autre manière de relier tout en considérant des légions de différences consiste à produire des HIÉRARCHIES faites d'ÉCHELLES, d'ÉTAGES et de NIVEAUX
[…]
Pour citer les exemples les plus vertigineux de conception de la personne faite de multiples composants en partant des plus simples on croit voir un RÉSIDU D'ANALOGISME dans la PSYCHANALYSE qui compose l'intériorité de trois instances (MOI, ÇA ET SURMOI), mais elle n'est pas aussi complexe que la représentation des BAMBARA pour qui « maa » la personne doit composer avec « maaya » (LES PERSONNES DE LA PERSONNE). Etat de fait qui date de la genèse, lorsque le démiurge ayant créé les êtres, vu qu'aucun n'était apte à devenir son interlocuteur, et préleva alors une partie de tous les existants pour les mélanger afin de FAIRE UN ÊTRE HYBRIDE : L'HOMME. Perspective pas tout à fait étrangère aux Hommes des trois religions révélées qui seraient fait à l'image de Dieu.

Le foisonnement intérieur atteint enfin probablement son paroxysme, chez les DOGONS où la diversification des composants pour ne parler que de leur intériorité, attribue huit âmes à chaque être, (...) des âmes intelligentes, des âmes de sexe, de corps, deux couples d'âmes jumelles de sexe opposé. Chaque enfant recevant un ensemble spécifique. Comme je l'ai dit plus haut, parce que la frontière avec l'intérieur et l'extérieur est floue et que l'influence d'autres niveaux est toujours en jeu, LA POSITION DU TOUT PEUT ÊTRE CHANGÉE À CHAQUE RITE de passage, ou cérémonie collective, ou chaque ensorcellement. Chaque Dogon forme ainsi un alliage composite absolument unique d'une quantité prodigieuse de composants matériels et immatériels pouvant se mouvoir chaque jour au gré des circonstances et des échanges avec les autres.
Une instabilité qui explique pourquoi ce système voit comme une NÉCESSITÉ DE MAINTENIR ACTIFS ET EFFICIENTS LES CANAUX DE COMMUNICATION ENTRE CHAQUE PARTIE.


 

dimanche 21 avril 2019

« L’écologie n’est rien d’autre qu’une interrogation sur notre rapport au monde »

Source : https://reporterre.net/L-ecologie-n-est-rien-d-autre-qu-une-interrogation-sur-notre-rapport-au-monde
11 juin 2015 / Entretien avec Isabelle Priaulet 


Isabelle Priaulet travaille sur le dialogue entre spiritualités et écologie en étudiant ce que les religions ont à nous dire de notre lien à la nature. De l’islam au christianisme, en passant par l’hindouisme et les traditions amérindiennes et africaines, réflexions sur les spiritualités et leur résonance avec la pensée écologique - alors que, le 16 juin, le pape François va publier une Encyclique sur l’écologie.

Isabelle Priaulet, après avoir longtemps travaillé dans la RSE (Responsabilité sociale des entreprises) puis la finance éthique pour la Financière de Champlain, a décidé il y a quelques années de reprendre ses études à l’Institut de Science et Théologie des Religions. Elle travaille sur le dialogue entre écologie et spiritualités et enseigne aujourd’hui. Elle achève sa thèse, intitulée « Pour une ontologie de l’écologie, essai sur la conversion écologique. »

Reporterre - Pourquoi étudiez-vous les religions ?

Isabelle Priaulet - La question qui m’a animée est celle-ci : qu’est-ce que les religions ont à nous dire de notre lien à la nature ? Que nous enseignent-elles sur les concepts de responsabilité, de sobriété, de tout ce qui est lié à nos enjeux écologiques actuels ? J’ai donc étudié les grands courants spirituels sous cet angle-là, et pas tous azimuts. Sur cette base, j’ai construit plusieurs formats de cours, que je donne dans un lycée privé, dans des écoles de commerce ou d’ingénieur.

Qu’est-ce qui vous a amené à changer de cap et à vous lancer dans cette recherche ?

Le spirituel est ancré dans ma vie depuis l’enfance, ainsi que la relation à la nature. C’est la vie professionnelle qui a fait basculer les choses. J’étais dans le milieu de la finance, de l’entreprise. Au bout d’un moment, cela m’a paru illusoire. Il y a des gens formidables dans la finance, mais ce n’est pas ça qui allait faire bouger les lignes. Je me suis dit : c’est en formant les jeunes que tu vas pouvoir faire changer les choses.

Et le faire en profondeur, ce n’est pas seulement se positionner « contre ». C’est peut-être trouver dans les autres traditions de quoi créer de nouvelles valeurs, et du désirable. Plutôt que de critiquer, donner à voir. Accepter de se décentrer. Je le vois en cours, il y a une attente par rapport à ces sujets. Notre société se trouve aujourd’hui face à un « kairos », une occasion à saisir.

Deux phénomènes convergent : le développement durable, et le multiculturel. L’écologie est peut-être le seul sujet qui permette d’envisager les religions non pas sous l’aspect du conflit, mais d’un dialogue constructif. Il y a de l’universel dans toutes les traditions. C’est pourquoi je parlerais du vivre-ensemble non pas « malgré » mais « grâce » à nos différences.

Comment se déroule votre enseignement ?

En six cours de trois heures, portant chacun sur une tradition. Je commence par le christianisme, puisque je pense que c’est là le nœud du problème. La clé du dialogue entre écologie et spiritualité se joue au niveau de la Genèse. J’essaie d’en donner une autre interprétation, via l’exégèse juive, et de sortir de l’anthropocentrisme. On aboutit à un théocentrisme au terme d’un rééquilibrage des relations entre l’homme, la nature et Dieu, impliquant une responsabilité des hommes vis-à-vis de la création. Une ouverture sur l’orthodoxie et le courant franciscain aide à redécouvrir la dimension cosmique de la tradition chrétienne. Je leur fais notamment écouter Bartholomée 1er, le patriarche de Constantinople et quelques extraits du discours social de l’Eglise catholique.

Le deuxième cours porte sur l’Islam, que je présente comme une religion de l’interpellation, de la responsabilisation à lire les signes. Je m’appuie sur la sourate des abeilles qui dit que l’unicité de Dieu s’exprime à travers la révélation et la création. De même que pour Saint François, le monde est offrande, il est ici don, symbole de la présence divine. C’est l’intelligence qui doit se mettre au service de la création, et non le contraire. Si on m’interroge sur les contradictions apparentes du Coran, j’explique que les différents niveaux d’interprétation sont justement voulus pour provoquer l’intelligence humaine. J’essaie de faire découvrir aux étudiants le mode de pensée symbolique.

Les traditions amérindiennes et africaines (animistes) sont exemplaires de cette pensée, qui n’est pas contradictoire avec la pensée scientifique. Les Kogis (peuple racine colombien) sont un bon exemple : leur science des symboles s’appuie sur une connaissance parfaite des plantes et des écosystèmes et ils cherchent à dialoguer avec nous. Je fais lire des mythes aux élèves pour les mettre au cœur de cette pensée, tels que les mythes dogons en Afrique, et je montre des vidéos. Il nous est difficile de lire des textes sacrés parce qu’on a étouffé en nous la pensée mythique. Alors qu’au départ, chez les Grecs, le « mythos » et le « logos » (pensée rationnelle) n’étaient pas opposés.

Ce sont des pensées analogiques, comme le taoïsme, qui permettent de dépasser ces oppositions binaires. Au contraire de la pensée moderne occidentale, qui sépare le réel en catégories, le tao crée des correspondances entre les choses avec le sentiment d’une unité. C’est vraiment la religion de la nature. C’est par le corps que tu y rentres, par la pratique du souffle comme avec le Qi Gong. Le rôle de l’homme est de faire circuler l’énergie entre le Ciel et la Terre. Il y a une correspondance entre le microcosme et le macrocosme, le corps est un paysage. C’est à l’intérieur de toi que tu vas chercher à t’harmoniser avec l’univers.

Pour l’hindouisme, mon interrogation porte sur les sources de la non-violence gandhienne. Je démarre avec Rabindranath Tagore, qui montre que la spécificité du mode de développement indien est de s’être fait avec la nature, et non contre elle. Puis je présente le Veda, avec les mythes cosmogoniques, qui mettent en correspondance l’homme primordial (le Purusha) et le monde. J’explique ensuite comment l’école de Shankara à travers le concept de non-dualité (advaita) permet de penser l’unité du vivant autour du Brahman, cet Absolu qui est la réalité ultime de toute chose ; et pour finir je leur montre des extraits de « La Marche du sel » qui illustre bien la non-violence. Le lien se fait entre abstraction et histoire concrète.

Je termine avec le bouddhisme. Comme première initiation, je leur conseille le livre de Thich Nhat Hanh, Ce monde est tout ce que nous avons, qui explique de façon simple l’interdépendance de toutes choses. La notion de la non-dualité n’est pas facile pour les élèves, c’est un chemin. Ce qui me semble important, c’est de leur montrer qu’une fois fait le deuil de l’égo, on peut passer aux noces avec l’univers. La séparation entre sujet et objet n’existe plus, et donc entre soi et le monde, nous participons tous d’un grand « continuum ». Pour le bouddhisme du Grand Véhicule, nous avons à redécouvrir notre nature profonde (la nature de Bouddha), présente en tout être mais masquée par les illusions de l’ego.

Comment les étudiants réagissent-ils ?

Ils sont scotchés, et parfois impliqués personnellement. J’ai même fait faire de la méditation aux lycéens, ils étaient ravis, et très demandeurs ! Pour les évaluer, je leur demande des « rapports d’étonnement ». J’attends leur authenticité, leur engagement, pas un savoir qu’ils n’auraient pas le temps d’acquérir.

Voici en exemple un extrait d’un étudiant en école de commerce : « Je me suis à la fois retrouvé, et senti dépassé par la puissance de la pensée des indiens Kogis. Cette société précolombienne a beaucoup à nous apprendre, et pourrait peut-être nous apporter des solutions dans ce qui nous semble aujourd’hui un défi insurmontable : arriver à se développer en accord avec la nature et de manière durable. »

Mais au-delà de la théorie, comprennent-ils que la question écologique implique un vrai changement de relation au monde, notamment à la consommation matérielle ?
Si tu leurs sors une morale des gestes écologiques, c’est du réchauffé, de la sauce médiatique. Curieusement, ils comprennent beaucoup mieux les choses profondes. Et justement, voici l’enjeu véritable de mon cours… il est de dépasser le stade des gestes, pour placer le sujet de l’écologie au niveau ontologique. C’est-à-dire que l’écologie n’est rien d’autre que de s’interroger sur notre rapport au monde, sur notre « être-au-monde » pour reprendre l’expression de Heidegger.

Cela rejoint l’esprit du mouvement de la deep ecology (écologie profonde), fondé par le philosophe Arne Naess, auquel il oppose la shallow ecology (écologie de surface) qui ne s’intéresse qu’aux solutions techniques. Les élèves, oui, reconnaissent leur lien au matériel… Il s’agit de leur faire prendre conscience en profondeur de leur dépendance aux objets et désirs créés par cette société. La compréhension du sens du jeûne pour le climat par exemple…

Et du lien entre la vie spirituelle et les enjeux écologiques ?

Je me suis rendue compte d’une curieuse coïncidence sur l’étymologie des deux termes. « Religion » vient du verbe latin religare, qui signifie « relier ». Or la définition de l’écologie est exactement sur ce mode de la relation : la science des relations entre les êtres vivants et leur milieu. C’est la science du lien, au niveau de l’immanence. Qui t’empêche de dire qu’au niveau de l’immanence, il y a de l’invisible ? Merleau-Ponty, dans Le Visible et l’invisible, parle de la « chair du monde » à laquelle nous appartenons tous, la matière tramée d’invisibilité. Les deux termes ont donc une affinité naturelle. Oikos Logos, les mots grecs d’où vient « écologie », signifient la "science de la maison". Heidegger parlera d’habiter le monde. Cela n’implique-t-il pas d’habiter notre monde intérieur, en même temps que le monde extérieur ?

Le titre de ta thèse annonce une « conversion écologique ». Que veux-tu dire ?

La conversion, c’est l’unification de l’être, de la personne. L’enjeu, encore une fois, est de faire le lien… entre mon « moi quotidien » et cet « autre qui me porte ». C’est un mouvement qui englobe toute ton existence. Cette notion n’a pas qu’une connotation religieuse. Il y a deux stades pour décrire la conversion : la metanoia, la rupture, le changement de direction ; puis l’epistrophein, le mouvement de retour. C’est un arrachement qui ressource, qui te met en phase avec toi-même. Cette rupture est essentielle à la prise de conscience écologique, et permet d’atteindre une cohérence, un socle véritable.

On vient tous à l’écologie par des voies différentes, et c’est ce qui est beau, mais ensuite c’est ensemble que nous nous demandons : vers où allons-nous ? Cependant, le retournement ne se fait pas du jour au lendemain. Nous avons besoin de haltes, de « stations », comme dit l’Islam. L’unité se gagne progressivement. C’est en cela que ce chemin s’oppose au fascisme écologique, ou à l’intégrisme religieux. Toujours, prendre l’autre là où il en est.

Quelques mots pour finir… ?

Dans le taoïsme, on trouve une métaphore très parlante : l’image de la cruche. La cruche sert à remplir et à verser. Alors ce qui compte, ce n’est pas la forme, le contenant. L’important, c’est la qualité du vide qui permet de contenir. On est traversé par la vie, mais comment fait-on le vide, pour pouvoir accueillir à nouveau le monde, devenir le « miroir de l’univers » ? C’est là qu’on peut vraiment parler « d’écologie corporelle », c’est là peut-être aussi que se joue en partie le lien entre écologie et spiritualité :

« Connais le masculin, adhère au féminin, sois le Ravin du monde
Quiconque est le Ravin du monde, la vertu constante ne le quitte pas
Il retourne à l’état d’enfance »
Lao Tseu, Tao Tö King, XXVIII)

- Propos recueillis par Juliette Kempf
Pour aller plus loin…

- Arne Naess (avec David Rotenberg), Vers l’écologie profonde (Wildproject, 2009)
- Eric Julien, Les Indiens Kogis : la mémoire des possibles (Actes Sud, 2007)
- Thich Nhat Hanh, Ce monde est tout ce que nous avons (Le Courrier du livre, 2010)
- Maurice Merleau-Ponty, Le Visible et l’invisible (Gallimard, 1979)
- Jean Bastaire, Pour un Christ vert (Salvador, 2007)
- Michel Hubaut, Chemins d’intériorité avec saint François (Editions franciscaines, 2012).

mercredi 10 avril 2019

Effondrements et renaissances, ressentir, savoir, imaginer

https://blogs.letemps.ch/…/…/au-dela-du-grand-chambardement/?

Débat musical – « Effondrements et renaissances, ressentir, savoir, imaginer», c’était le thème d’un débat musical mardi 19 mars 2019 au Théâtre Vidy-Lausanne. Une initiative de la fondation Zoein avec Zhang Zhang, premier violon de l’Orchestre philharmonique de Monte Carlo et le guitariste Leopoldo Giannola, pour accompagner les réflexions du philosophe Dominique Bourg et du chercheur Pablo Servigne. Florilège d’émotion et de lucidité.


Extraits

Pablo Servigne, lui, nous invite à partager ce «sentiment océanique» vécu par l’écrivain Romain Rolland, qu’il a lui-même éprouvé, ce «quelque chose de fondamentalement bienveillant, de rassurant dans le fait de ne pas se sentir seul».
[...]
L’orateur nous invite à ne surtout pas mettre l’angoisse sous le tapis mais à l’accueillir. «Servez-lui une petite tisane et dites -lui: bon, on va passer un bon moment ensemble». C’est l’envers du déni.
[...]
si un bulldozer venait détruire ma maison avec mes enfants à l’intérieur je ne sais pas ce que je ferais».

«Cette histoire d’Orang-outan, poursuit Dominique Bourg, montre bien que les sentiments sont parfois plus forts que tout, et dépassent les frontières entre les espèces».
[...]
Autant d’événements qui ébranlent aussi bien notre raison que notre cœur. «En fait, et cela n’est jamais arrivé, la frontière qui séparait connaissance et émotion n’est plus possible».
[...]
«Accepter, dit Pablo Servigne, ce n’est pas un acte passif. C’est au contraire un renouveau, et paradoxalement un élan de vie à l’approche de la mort!»
[...]
«Nous prenons conscience qu’il est impossible de développer notre humanité sans les Orang-outan, les arbres, les rivières, les nuages, le soleil».
[...]
«Prendre soin» de l’autre. L’expression revient à maintes reprises dans la bouche de Pablo Servigne. Cette prise de soin vaut également pour l’humanité toute entière.
[...]
«Regardez ce violon, s’émerveille ensuite Zhang Zhang, il est très beau. Il a été fabriqué à Turin il y a 130 ans. Au tout début, c’était une graine devenue un arbre qui a poussé grâce au soleil et à l’eau. Puis, une fois cet arbre coupé, un luthier en a fait un violon qui va durer des centaines d’années. Si l’homme peut créer des armes de destruction massive, il peut aussi faire chanter les arbres».

mardi 18 décembre 2018

Urgence climatique : seuls ceux qui ont des ressources psychologiques fortes peuvent vivre avec au quotidien

Urgence climatique : seuls ceux qui ont des ressources psychologiques fortes peuvent vivre avec au quotidien


C'est l'avis du philosophe australien Clive Hamilton. Il était présent à la COP21 à Paris, il a suivi la COP24. Pour lui, cela fait peur de penser à un monde à +4°C, alors on se protège en utilisant des mécanismes de défense. Il est assez pessimiste pour l'avenir.

Face à la terrible vérité scientifique du changement climatique, les humains mettent en place divers "mécanismes de défense psychologiques", explique le philosophe australien Clive Hamilton. Peu nombreux sont ceux capables de "vivre avec, au quotidien", poursuit l'auteur du best-seller "Requiem pour l'espèce humaine". Paru en 2010, cet ouvrage décrit l'installation d'un enfer sur Terre, avec moins d'un milliard d'êtres humains sur Terre. Une prévision pour le XXIIe siècle.

Hamilton était présent dans les coulisses de la COP21, et à l'époque, alors qu'on annonçait la signature de l'Accord de Paris, il était optimiste.  Mais il estime aujourd'hui qu'il est tombé dans un piège : "La COP de Paris était unique (...), on avait l'impression d'être enfin à un tournant. L'ambiance était grisante, et je suis tombé dans le piège. Quelques obstinés comme (le scientifique) Kevin Anderson, disaient 'il est trop tard, ça ne marchera pas', mais j'ai choisi d'écouter des gens engagés convaincus que c'était un tournant. Une lueur d'espoir après des années d'accablement semblait libérateur. J'aurais dû me méfier. Qu'est-ce qui s'est passé ? En un mot, Trump. N'oubliez-pas qu'il a été élu en tant que climato-sceptique".

Selon Clive Hamilton, l'accusation contre le catastrophisme est "une invention astucieuse d'une entreprise de relations publiques travaillant pour les énergies fossiles. En fait, les scientifiques et les défenseurs de l'environnement ont hésité à dire la vérité au public sur l'ampleur et l'irréversibilité du réchauffement.  Il y a plusieurs raisons pour minimiser les dangers. Certains scientifiques se sont laissés intimider, subissant les attaques constantes des négationnistes de la science climatique et des politiques conservateurs. Ce sont des êtres humains, mais en tant qu'experts ils ont une responsabilité d'informer la population sur la science, surtout quand les pires scénarios deviennent réalité.  Les défenseurs de l'environnement ont d'autres raison. Ils sont convaincus que raconter des histoires de fin du monde est contre productif, qu'ils doivent donner de l'espoir aux gens parce que la morosité les immobiliserait ou bien  ils voudraient faire la fête en attendant de mourir".
"Un vœu pieu est propagé par certains, convaincus (...) que les humains vont créer un monde magnifique de prospérité pour tous dans un jardin des délices"

Arrivé à un point où le réchauffement climatique est irréversible et ne peut être qu'éventuellement limiter dans son augmentation, les pays et les peuples réagissent différemment. Clive Hamilton fait la différence entre les États-Unis, "_où l'optimisme est enraciné dans la culture", et l'Europe et sa longue histoire de violences, où, selon lui, "les Européens sont mieux préparés psychologiquement pour ce qui va arriver"_

_"Quand quelqu'un me dit 'nous devons donner de l'espoir aux gens', je lui réponds: 'Espoir de quoi ?' Nous avons dépassé le cap d'un réchauffement climatique réversible. La question est maintenant : que devons-nous faire pour le contenir sous les +2°C et non +4°C?  Un vœu pieu est propagé par certains, convaincus (...) que les humains vont créer un monde magnifique de prospérité pour tous dans un jardin des délice_s.          

Devant la prise de conscience généralisée et la mobilisation croissante des citoyens, des jeunes, face à l'urgence climatique, il y a une demande de réponse politique. Toutefois, chacun, au quotidien a une manière différente de réagir.

" Il y a ceux qui nient la vérité, ceux qui se disent que ça ne peut pas être si terrible, ceux qui croient qu'une solution sera trouvée pour faire disparaître le problème, et ceux qui connaissent la vérité mais qui ne la laisse sortir que par moment. Seuls quelques uns, avec des ressources psychologiques fortes, sont capables de vivre avec en permanence. Certains militants sont comme ça. Cela fait peur de penser à un monde à +4°C, les extinctions, les mauvaises récoltes, les migrations de masse, les tempêtes et les incendies. Alors on se protège en utilisant des mécanismes de défense psychologiques. On l'ignore, on ne lit pas certains reportages, on se dit que les humains ont résolu d'autres problèmes difficiles, ou on espère que Dieu nous sauvera", explique Clive Hamilton.


mardi 31 décembre 2013

Droits de l'enfant et relations

Pour la nouvelle année, je partage une affiche que j'ai ressenti le besoin de faire pour la diffuser autour de moi. Elle reprend des lectures sur les émotions des enfants, sur les relations, sur le lâcher-prise.
Je crois qu'elle concerne plus que les enfants d'ailleurs...


Dans la même veine, un GROS résumé du propos entendu de Brigitte Cassette lors d'une présentation de son travail et de son association Altern'Educ ASPRE que j'ai trouvé très intéressant.


vendredi 15 novembre 2013

Ecole... ou pas !

Source : Colibris

Et je ne suis jamais allé à l'école




Groupe (R)évolutionnons l'éducation
Racontez-nous votre Rêve d'école ! En 30 secondes, répondez à la question : "Pour vous, ce serait comment une école idéale, une école qui donne envie ?"
À vous de jouer !

Plein de vidéos

jeudi 17 octobre 2013