Source : https://sciencepost.fr/lincroyable-histoire-de-lexode-rural-mondial-racontee-dans-un-graphique/
La sobriété énergétique ne se limite évidemment pas aux actions individuelles. Elle doit impérativement être prise en compte dans les domaines les plus structurants (aménagement du territoire, bâtiment, transports, …). Mais ces évolutions profondes seront facilitées par le changement des représentations et des pratiques individuelles. Slow Heat, une passionnante initiative de recherche-action lancée en Belgique par un collectif de chercheurs, architectes et citoyens wallons, s’est attelée depuis quelques années, par l’expérimentation, à changer ces représentations et ces pratiques.
Face aux crises énergétiques et climatiques qui nous guettent et menacent notre accès au chauffage tel que nous le connaissons, SlowHeat développe des connaissances et prépare la résilience en explorant et coconstruisant l’idée et la pratique d’une vie basse température, basse énergie.
« Dans quelle mesure, et à quelles conditions, peut-on réduire nos demandes de chaleur “externe” et être plus résilients - individuellement et collectivement - grâce à la discussion de notre notion de confort, la transformation de nos pratiques de chauffage et à l’exploration de situations basse température, basse énergie ? »
Pour le collectif SlowHeat, vivre avec 16, 15, voir 14°C en intérieur, c’est possible et confortable à certaines conditions que leur projet de recherche s’attache à décrire. Les 4 points clés sont :
« Les craintes courantes de “vivre en doudoune” ne sont en général exprimées que par les personnes qui n’ont pas vraiment essayé : avec des ajustements mineurs et sans conséquence notable sur l’agilité, on atteint facilement des réductions de plusieurs degrés à confort égal. »
Pascal Lenormand, expert en performance énergétique
Source : https://reporterre.net/Etre-paysan-Quand-une-vie-de-contraintes-devient-joyeuse
Retourner à la terre, c’est réinventer un rapport au monde, où la contrainte peut devenir source d’émancipation, assure notre chroniqueur néopaysan Mathieu Yon. « Il nous manque une poétique du temps long », dit-il.
Les paysans représentaient trois actifs sur dix dans la population française de 1955. Ils ne sont plus que deux sur cent en 2020 ! Plan social massif, « ethnocide des paysans » ou modernisation de l’agriculture... Les causes de cet effondrement varient selon le milieu social et syndical qui les énoncent. Mais toutes ces explications me donnent parfois le sentiment de passer sous silence un autre élément : celui de la transformation radicale de notre rapport à l’espace.
Ce ne sont pas seulement la concentration des terres, celle de la distribution alimentaire, ou le manque de compétitivité des fermes qui expliquent la disparition des paysans. Cela vient aussi d’un bouleversement de notre manière d’habiter, ou plutôt de consommer le monde. Comment réinventer un rapport au monde dans lequel la limite et la contrainte puissent devenir des sources d’émancipation ?
Le choix d’une vie paysanne serait une piste de réponse. Trop souvent, le travail quotidien, dimanches compris, le peu de vacances, le faible revenu, la retraite dérisoire, les aléas de production, de vente, la fluctuation des prix, la concurrence parfois déloyale… viennent briser l’élan optimiste et volontaire d’un retour à la terre. Pourtant, cette vie paysanne se réduit-elle à sa dimension économique ? Ou renferme-t-elle d’autres secrets, qui se découvrent peu à peu, au fil du temps ?
Hier soir, je préparai un potage de courges, carottes et persil du champ, que je fis mijoter avec le faitout de mamie pendant deux heures, sur le poêle à bois. Les chênes et les acacias qui chauffaient la maison et cuisaient le repas, nous les avions bûcheronnés à l’automne, choisissant les arbres déjà morts dans les bois entourant les champs. En regardant le feu à travers la vitre du poêle, je ressentais une satisfaction un peu naïve, quelque chose de plein, comme si ma vie faisait partie d’un cycle, même s’il s’agissait d’une simple ponctuation sur les lignes du temps.
Ce n’était pas le grand soir, mais à cet instant, je crois que j’étais heureux. Ce bonheur pouvait-il être contagieux, ou serait-il renvoyé à un mode de vie anachronique, comme un vestige du passé dont on aime à se rappeler l’existence ?
« Une vie paysanne implique de se laisser contraindre par la terre »
Aujourd’hui, nous sommes nombreux à chercher une cabane, perdue dans la forêt, les mots ou les souvenirs. Ces lieux de répit me réconfortent, moi aussi. Mais on passe rarement sa vie entière dans ces refuges, quelques années tout au plus, comme Henry David Thoreau. Je crois qu’il nous manque une poétique du temps long, pour que nos retraits du monde deviennent des modes de vie. Cette expérience de la longue durée, est-elle compatible avec la recherche permanente d’une liberté de mouvement ?
Une vie paysanne implique de se laisser contraindre par la terre, et ce quels que soient les aménagements et les astuces mis en place dans les fermes. Lorsque mon travail diminue en hiver, j’augmente mon temps de lecture et d’écriture. Pourtant, les légumes de mon champ m’obligent toujours à une présence quasi quotidienne. L’astreinte géographique ne disparaît pas. Une part irréductible se maintient.
Comment rendre cette part à nouveau désirable ? Au fond, c’est une question profondément écologique. J’ai exploré ses contours, dans un livre publié récemment (Sortir de l’accélération, pour une écologie du temps) (éd. Nouvelle cité, septembre 2024), et j’ai fait une découverte très simple : contraindre notre rapport à l’espace dilate notre rapport au temps.
Si les champs devenaient des incarcérations joyeuses, nous faisant éprouver les clôtures de la terre et les limites du corps, l’usure de l’esprit et des mains, alors nous céderions un peu de l’arrogance de la modernité. Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de paysans ? Pourquoi le renouvellement des générations n’a-t-il pas lieu ? Parce que nous voulons échapper aux lieux qui nous obligent et aux poids de la terre, au bois qu’il faut fendre et au temps qui file entre nos doigts.
Les paysans écrivent des paysages, dans une grammaire difficile, avec des mots et des colères à plusieurs épaisseurs, auxquelles la société devient sourde. Ce ne sont pas les seuls à ne pas être entendus. Une multitude de métiers invisibles attendent, eux aussi, d’être lus, afin de partager leur quotidien lumineux, à travers quelques phrases ordinaires.
Reporterre
8–11 minutes
Le régime de croissance dans la modernité :
Source : https://www.youtube.com/watch?v=fqioyjOkf1c
Ça me détend tellement que des scientifiques disent à la fois les faits scientifiques et partagent leurs émotions... empathie empathie empathie...
00:00 : Introduction 02:34 : Que racontent les inondations en Espagne ? 06:27 : Le sentiment d’impuissance et la colère des scientifiques 12:56 : Comment le dérèglement climatique intensifie les orages 16:56 : Des inondations aggravées par une urbanisation brutale 24:48 : Les conséquences du climatoscepticisme au pouvoir / l’impréparation 29:05 : « Les valeurs du RN sont incompatibles avec la transition » L’extrême droite et l’écologie 42:05 : Le traumatisme des victimes de catastrophes climatiques 44:32 : S’adapter à une France à +4°C ? 51:13 : Comment s’adapter ? Nous avons les solutions 55:35 : Conclusion
De Paloma Moritz avec Christophe Cassou, climatologue et Magali Reghezza, géographe.
Source : https://www.localos.fr/re-toucher-terre/
Source : https://www.alimenterre.org/demain-la-vallee
Face au changement climatique , des citoyens et citoyennes, des agriculteurs de différents secteurs, accordent leurs voix pour décider ensemble des transformations justes de l’usage de leurs terres. Une expérience scientifique a été réalisée dans le cadre du programme européen “Just Scapes" pour des paysages justes dans la vallée de l’Arac, en Ariège. Ce documentaire raconte cette histoire.
https://www.just-scapes.fr/post/des-nouvelles-de-l-arac-ce-qui-s-y-passe-suite-au-projet
Source : https://www.youtube.com/watch?v=SjgRbA918Bg
Dans cet épisode, on va explorer comment l’humanité a complètement bouleversé son environnement au cours des 12 000 dernières années, et comment ces changements nous ont impactés en retour.
Nous allons étudier comment les sociétés humaines des Amériques, de l’Europe et de la Chine se sont transformées durant 4 grandes périodes de l’histoire :
Le Néolithique, l'âge des empires, la modernité , et la grande accélération.
Quels sont les éléments clés qui ont fait basculer nos sociétés, des fois jusqu’à leurs effondrements ? Qu’est-ce que le passé nous apprend pour faire face aux crises actuelles et futures ?
Laurent Testot est journaliste scientifique et spécialiste d’histoire globale
Pour populariser, entre autres, le concept de « teled », cette fresque est née d’une collaboration entre le dessinateur de BD Vito (dernier ouvrage ici) et Arnaud Crétot. (Cliquez ici pour zoomer) © Vito
Source (ShiftProject) : https://drive.google.com/file/d/1zcSDsA5yv1yMhPBuTsn-IRZj3jFES1Ah/view
Intervention du biologiste Olivier Hamant lors de la 13e édition des Rencontres nationales des Territoires à énergie positive organisée par le CLER-Réseau pour la transition énergétique et la Communauté de communes des Monts du Lyonnais.
Il invite à sortir du monde optimisé dans lequel nous vivons. Sa démonstration propose d’arrêter le culte de la performance, c'est-à-dire l’atteinte d’un objectif avec le moins de moyens possibles pour lui préférer la recherche de la robustesse. Il présente cette dernière comme la seule solution pour que notre société puisse faire face aux multiples fluctuations et perturbations prévues par les scientifiques.
Source : https://reporterre.net/Les-10-les-plus-riches-profitent-financierement-du-rechauffement-climatique
Reporterre - Amélie Quentel
Si l’on prend en compte les placements financiers des 10 % les plus riches, leur empreinte carbone est deux fois plus élevée que les chiffres jusque-là avancés, selon une étude économique.
Source : https://mrmondialisation.org/finir-locations-immobilieres/
Symbole de la société capitaliste de classes, la location immobilière permet à une minorité d’individus de s’enrichir en exploitant le travail de millions de citoyens. À l’heure où le logement représente une part de plus en plus conséquente du portefeuille des foyers, la question du droit à la propriété et la limitation des locations se pose très sérieusement.
Pour compter jusqu'à 100 000, il faut un peu plus de 12 heures...
Pour compter jusqu'à 1 million, il faut 11 jours...
Pour compter jusqu'à 1 milliard, il faut 31 ans.
La seconde édition du Rapport sur les riches en France dresse un portrait social des privilégiés, à travers les données les plus récentes sur les revenus et sur le patrimoine. Elle présente aussi deux éclairages inédits sur le rôle de l’héritage d’une part, et sur les conditions de vie des riches d’autre part.
Source : https://reporterre.net/A-la-campagne-les-classes-populaires-sont-ecolos-sans-le-revendiquer
Il existe déjà des modes de vie très sobres. C’est ce que montrent les travaux de Fanny Hugues, doctorante au Centre d’étude des mouvements sociaux. Elle finalise une thèse provisoirement intitulée « Vivre de peu en zone rurale : récupérer, réparer, autoproduire »,
fondée sur l’observation de la vie quotidienne d’une quarantaine
d’habitants des zones rurales. Des personnes qui ne se retrouvent pas
dans le discours écologique alors que leurs pratiques le sont
profondément, explique la sociologue à Reporterre.
Reporterre — Vous étudiez ce que vous appelez la « débrouille » de certains habitants de zones rurales. Que recouvre-t-elle ?
Fanny Hugues — J’ai choisi le terme de « débrouille » pour qualifier ces modes de vie car c’est celui que les gens utilisaient et qui résume l’idée que l’on « fait avec ce que l’on a ». Une partie des gens que j’ai suivis trouvent qu’ils ont assez d’argent pour bien vivre. Chez eux, le travail rémunéré est organisé autour du travail de subsistance et non l’inverse. Ils travaillent pour gagner juste ce dont ils ont besoin comme argent. La plupart ont aussi un capital immobilier. Et surtout, ils ont plein d’autres ressources non monétaires qui invalident le fait qu’ils vivent « de peu » : un accès à la nature, des échanges entre voisins, des amis, de la famille, des savoir-faire, de la récupération à foison, etc.
Il existe plusieurs manières de se débrouiller en milieu rural. Elles combinent plusieurs pratiques comme la mise en place d’un potager voire d’une basse-cour, la production de son propre bois de chauffe, la réparation, l’autoconstruction ou l’autorénovation de sa maison — le tout avec l’aide des compétences de ses proches. Le recours aux « bonnes affaires » (promos, occasion, discount) en fait aussi partie.
Comment les personnes que vous avez rencontrées s’organisent-elles pour se déplacer ? Adopter un mode de transport écologique en milieu rural est compliqué.
Elles ont des voitures qui ont en moyenne quinze ans, achetées d’occasion, ou qu’on leur a donné. Elles les réparent avec les moyens du bord, ou vont chez des mécanos qu’elles connaissent bien. Mais en fait ces gens roulent peu, parce que ça coûte cher de rouler. Ils groupent les déplacements, les organisent, ils ne vont jamais exprès à un endroit en voiture, ne se déplacent pas juste pour acheter une baguette de pain.
« Ces gens roulent peu, parce que ça coûte cher de rouler »
Ils prennent peu les transports en commun parce qu’il y en a très peu — seulement un bus le matin et un le soir. Certains font du vélo mais il faut être en bonne condition physique et savoir effectuer les réparations nécessaires. Donc ils utilisent surtout la voiture, tout en ayant des pratiques extrêmement sobres en termes de transport.
Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à cette population ?
Déjà, j’ai été socialisée à une partie de ces pratiques. Ensuite, j’avais déjà fait mon master sur une communauté Emmaüs, puis sur la vie quotidienne d’une cueilleuse de plantes médicinales. J’ai voulu mener ce travail à plus grande échelle. En 2018, les Gilets jaunes ont participé à rendre visibles des pratiques de récupération et d’échanges auparavant invisibles pour les institutions ou pour des gens qui ne s’intéressent pas à la vie des classes populaires rurales. J’ai donc décidé de m’intéresser, non pas aux Gilets jaunes – il y en a seulement quelques-uns dans mon échantillon —, mais à comment on peut vivre avec peu d’argent à la campagne, et considérer qu’on s’en sort plutôt bien.
Parmi les personnes sur lesquelles j’ai centré mon étude, il y a
plusieurs groupes – on appelle cela des fractions de classe en
sociologie. Je distingue les retraités agricoles et les femmes
précarisées, qui ne politisent pas leur mode de vie. Et dans les gens
qui le politisent, il y a des personnes qui appartiennent au pôle
culturel des classes populaires, et des petites classes moyennes.
En quoi le discours écologiste, porté par les politiques, les
médias ou les associations, peut-être perçu comme dominant par les
personnes que vous étudiez ?
Ce que j’appelle – comme d’autres sociologues — l’écologie dominante,
c’est principalement le discours qui incite à être écocitoyen et à
faire des écogestes, comme couper l’eau quand on se brosse les dents ou
éteindre la lumière derrière soi. Cela revient à ramener l’écologie à
l’espace domestique, à l’échelle individuelle et cela passe sous silence
la responsabilité des décideurs publics et des entités économiques. En
plus, les pratiques mises en avant sont surtout urbaines. Par exemple,
avoir des toilettes sèches ou récupérer l’eau de pluie ne font pas
partie de ces écogestes le plus souvent mis en avant. Les personnes que
j’étudie dans le cadre de ma thèse sont, pour la plupart, imperméables à
ce discours, voire le mettent explicitement à distance.
Quel est leur rapport à l’écologie ?
Aucune des personnes que j’ai suivies n’a revendiqué le fait d’être écolo. Parce que leurs pratiques sont héritées de l’enfance, intériorisées. Elles me disaient « bah non, je ne suis pas écolo », « c’est du bon sens », « c’est logique », « c’est naturel », etc. La plupart de ces personnes ont grandi dans des milieux populaires où on faisait attention à récupérer, faire durer les choses. Puis ces pratiques ont perduré parce que ces gens ont toujours des conditions matérielles d’existence assez restreintes. Donc pour eux, ça va de soi.
Il y a un autre mot qui est beaucoup revenu dans leurs discours, c’est le « respect ». Si on veut que la nature nous donne, il faut la respecter, ne pas la polluer. Par exemple, pour les retraités agricoles, ne pas mettre de produits chimiques dans leur potager en fait partie. Il y a un sens pratique et un sens moral qui incite à faire durer et à prendre soin de la nature.
« Les écogestes mis en avant sont surtout urbains. Par exemple, récupérer l’eau de pluie n’est pas souvent mis en avant. » © Mathieu Génon / Reporterre
Pour eux, les décideurs politiques — perçus comme des gens qui vivent en ville et font partie des classes supérieures — « ne comprennent pas ce qu’on fait ». Les personnes politisées que j’ai suivies parlent d’une écologie « hors sol », présente uniquement dans les discours, alors qu’eux font de l’écologie pratique.
Pourquoi ces personnes au mode de vie sobre et proche de la nature ne se disent pas écolos ?
Pour le groupe de personnes qui ont un discours politisé, le niveau d’exigence pratique n’est pas atteint. Ils vont rappeler qu’ils ont une voiture, diesel ou essence, qu’ils vont encore au supermarché, etc. Pour eux, pour être écolo, il faut vraiment être un décroissant extrême.
Et puis le discours qui consiste à dire « il faut mettre des panneaux photovoltaïques, acheter tel équipement performant » ne peut pas s’adresser à des gens qui n’ont pas les moyens, et qui en plus ont un sens pratique, moral, qui les incite à faire durer les objets et à récupérer.
Ils ont aussi conscience que les classes supérieures se distinguent avec leurs pratiques écologiques. Ils disent : « Ils vont acheter bio ou un pull en mérinos, mais moi je vais chez Emmaüs et ça va très bien ! » Pour eux, l’étiquette écologique ne correspond pas à une véritable écologie pratique. Donc quand d’autres personnes se définissent comme écolos, ils n’y voient qu’un engagement de façade.
« Pour les retraités agricoles, l’écologie est devenue une “mode” »
Enfin, pour les retraités agricoles, l’écologie est devenue une « mode » alors qu’ils estiment que leurs pratiques économes sont héritées de plusieurs générations. Ils considèrent avoir « inventé le bio avant le bio » ou encore « la permaculture avant la permaculture »,
avant qu’un label et des stages viennent institutionnaliser certaines
de leurs pratiques. Alors pourquoi apposer une nouvelle étiquette sur
des pratiques que l’on faisait déjà avant ?
Ceux qui portent le discours écologique perçoivent-ils cette sobriété déjà à l’œuvre ?
Le discours écologique dominant laisse souvent penser que les classes populaires, qu’elles soient rurales ou urbaines, se désintéresseraient de l’écologie parce qu’elles ne s’en revendiquent pas de manière explicite. En fait, ce que je montre, c’est qu’il n’y a absolument aucune indifférence vis-à-vis des questions environnementales. Il y a juste une reformulation. En d’autres termes et en d’autres pratiques.
Il y a quelque chose qui me gêne beaucoup chez ceux qui portent le
discours écologiste : ils donnent l’impression que les modes de vie
sobres que l’on veut faire advenir n’existent pas encore, qu’on va les
inventer. Mais en fait ils existent déjà et depuis très longtemps ! Mon travail consiste à les visibiliser.
Le mode de vie des personnes que vous avez étudiées est-il majoritaire dans les territoires ruraux où elles vivent ? Ou sont-elles marginales ?
Cela dépend des territoires et des personnes dont il est question. Ce qui est certain, c’est qu’aucune de ces personnes n’est dominante au niveau social, politique ou économique sur son territoire. Ce sont des personnes qui vivent de manière très discrète, et qui s’entraident avec des personnes qui sont socialement proches. Elles ne se sentent pas marginalisées car leurs sociabilités sont tournées vers des personnes qui adoptent des modes de vie similaires.
Néanmoins, certaines craignent que leurs modes de vie soient fragilisées par l’exode urbain, ou par l’arrivée dans leur voisinage de classes moyennes-supérieures urbaines au mode de vie consumériste. Celles-ci ne viennent pas se présenter à elles et elles ne peuvent donc pas développer ensemble des pratiques d’entraide.
Puisque le discours des dirigeants ne leur parlent pas, pour qui votent ces personnes ?
Pour ceux qui sont politisés et ont plus de capital culturel, s’il fallait les affilier à un bord politique, ce serait La France insoumise. Elle est vue comme plus sociale et populaire que les Verts, qui eux, sont vus comme moins radicaux, sans dimension sociale, et plus proches des élites. Ainsi, j’ai des enquêtés qui ont participé à la zad de Sivens [en lutte contre un énorme dans le Tarn] et avaient dans l’idée que les Verts étaient du côté des décideurs, et de la destruction.
Du côté des femmes précarisées ou des retraités agricoles, certains votent Rassemblement national. Il n’y a pas de discours raciste, mais plus l’idée qu’il faut préserver ses acquis, et que le RN est le parti qui va les y aider. Après, il y a aussi des girouettes, comme une femme qui a voté Mélenchon au premier tour, puis Le Pen au deuxième face à Macron.
Source : https://www.terrestres.org/2023/02/27/mega-bassines-un-affrontement-entre-mondes/
Alessandro Pignocchi - 27 février 2023
De
nouvelles planches d'Alessandro Pignocchi, suivies d'une tribune de sa
plume en soutien aux luttes contre l'accaparement de l'eau : « Les
még
a-bassines cristallisent et révèlent un affrontement entre mondes,
entre des désirs antagonistes quant à la manière de composer un monde
commun. » La prochaine weekend de mobilisation aura lieu entre les 25 et
26 mars, pour toute information voir ici.
Source : https://mrmondialisation.org/deconstruire-nos-croyances-sur-leconomie-du-don
Le don semble se référer à une prestation volontaire, libre, gratuite et désintéressée. Or, malgré les apparences, les analyses du sociologue montrent que les échanges sous forme de don sont en réalité obligatoirement faits et rendus, contraints et intéressés.
Le potlatch repose sur trois obligations qui constituent son essence : celle de donner, de recevoir et enfin de rendre.
«
Il a fallu la victoire du rationalisme et du mercantilisme pour que
soient mises en vigueur, et élevées à la hauteur de principes, les
notions de profit et d’individu».
Contrairement aux sociétés qui nous ont précédées, les sociétés modernes distinguent nettement droits personnels et droits réels, de même que les personnes et les choses, ainsi que l’obligation ou la prestation non gratuite et le don.
Sa définition de la relation personnes-objets des sociétés antérieures
« il y a mélange de liens spirituels entre les choses qui sont à quelque degré de l’âme et les individus et les groupes qui se traitent à quelque degré comme des choses ».
«
une partie considérable de notre morale et de notre vie elle-même
stationne toujours dans cette même atmosphère du don, de l’obligation et
de la liberté mêlés. »
Nous accordons par ailleurs toujours une
attache sentimentale aux objets malgré la morale marchande qui domine
nos comportements.
Le neveu d’Émile Durkheim voit ainsi dans nos sociétés se mettre en place plusieurs principes socialistes de résistance à la froideur absolue des échanges entre individus, telle que la législation de l’assurance sociale
En effet, le partage du travail dans la société du don a un sens profondément social, contrairement au néolibéralisme qui isole l’individu et le dissocie de son travail qui sert de profits à autrui. Or l’économie de l’échange et du don n’entre pas dans les cadres économiques de l’utilitarisme.
Autrefois, le don entrait dans le cadre d’une notion hybride selon l’anthropologue, à l’intersection entre des prestations libres, gratuites et des échanges intéressés, utiles.
la morale moderne et
utilitariste centrée sur l’individu et le profit, est profondément
inégalitaire et surtout socialement regrettable pour les êtres humains.
Références bibliographiques :
Issus des alternatives, des luttes ou du monde universitaire, et suite aux rencontres « reprise de terres » de l’été 2021, des chantiers-pluriversités s’organisent cet été 2022 à travers toute la France. Il s’agit de mettre à l’ouvrage simultanément nos têtes, nos cœurs et nos mains pour habiter des communs terrestres.
(…) Ce qui nous lie, c’est la défense, la récupération et le soin des milieux de vie, la pluralité des mondes terrestres, menacés par une machinerie guerrière qui s’attaque au vivant sous toutes ses formes, humaines et autres qu’humaines. Comment se projeter dans un monde secoué par le chaos climatique, l’effondrement du vivant, la précarité sociale, l’autoritarisme et la guerre ? Comment vivre ensemble et apprendre de nos expériences présentes et passées, ici et ailleurs? Comment « faire école » pour s’inscrire dans la durée ? (…)