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jeudi 26 mars 2026

Geoffroy de Lagasnerie - L'âme noire de la démocratie : manifeste pour un autre idéal politique

 

Source : https://www.youtube.com/watch?v=0G-0QQrGwOs

Le sociologue et philosophe Geoffroy de Lagasnerie propose une déconstruction radicale de l'idéal démocratique, souvent perçu comme l'horizon indépassable de nos sociétés ("TINA" : There Is No Alternative). Loin de prôner la dictature, il explore les "zones d'ombre" consubstantielles à la démocratie qui, selon lui, servent aujourd'hui à justifier des régimes répressifs et des politiques injustes au nom de la majorité.

L'auteur s'appuie sur la pensée de Henry David Thoreau pour opposer une politique de la justice à une démocratie de procédure. Il critique le "biais procéduraliste" où le simple respect du vote ou de la règle majoritaire suffit à légitimer des décisions meurtrières (précarité, pollution, politiques néolibérales). Pour Geoffroy de Lagasnerie, la légitimation doit devenir "substantielle" : une opinion ne devrait avoir le droit de gouverner que si elle protège les forces de la vie.

Il propose alors un vitalisme politique, où la science et la connaissance des corps auraient un pouvoir de censure sur les lois injustes. L'entretien explore également les conventions citoyennes comme laboratoires d'une compétence spécifique et d'une "gauchisation" par la délibération. Enfin, il plaide pour un droit à la décohabitation, refusant l'idée que l'appartenance à un territoire donne un droit de prise d'otage sur la vie d'autrui. Une réflexion profonde sur l'émancipation et la redéfinition du contrat social.

 


 




dimanche 26 octobre 2025

Bienvenue à Annemasse 2050 !

 Source : https://www.annemasse.fr/participation-citoyenne/annemasse-2050

Un travail collectif de prospective 
> une foule de belles idées, plus ou moins réalistes ou folles mais toujours inspirantes !! 💡🚧🌈♻️😍

 

Annemasse 2050, solidaire avec les plus vulnérables

Annemasse est une ville qui prend soin de tous ses habitants, en particulier ceux qui sont souvent oubliés. En 2050, elle montre une vraie solidarité en créant des liens entre les générations, en rendant les services accessibles à tous et en veillant à ce que chacun puisse vivre dignement.

À Annemasse, plusieurs problèmes ont été dénoncés par les habitants : les voix des enfants étaient souvent ignorées, tandis que les personnes en situation
de handicap éprouvaient des difficultés à s'intégrer. Collectivement, les habitants cherchent à bâtir un environnement qui tient compte des besoins de chacun.

Annemasse 2050, nouveaux lieux pour des liens forts

Rejoignez les habitants d’Annemasse pour voir comment, en 2050, leur ville est devenue un modèle de communauté vivante ! Les habitants s’impliquent et se rassemblent dans des lieux conçus pour encourager les rencontres et célébrer la diversité.

La croissance rapide d’Annemasse, à cause de sa proximité avec Genève, a parfois créé une séparation entre les anciens habitants et les nouveaux. Mais les Annemassiens ont pris conscience qu'il était important de créer des espaces pour se rencontrer et lutter contre l’isolement.

Annemasse 2050 pilote sa décélération

Dans cette vision, ralentir n’est pas une contrainte mais un choix pour réparer, prendre soin de la nature et préparer un avenir durable. Les Annemassiens privilégient une consommation responsable et la ville soutient un développement qui prend en compte les générations futures.

Face à des crises environnementales et sociales de plus en plus graves, Annemasse a pris conscience des limites de la croissance rapide et d’une consommation excessive. Les pénuries de ressources, le stress de la population et les impacts du changement climatique ont convaincu la ville de repenser son mode de vie.

Annemasse 2050, pionnière de la cohabitation avec le vivant

La ville a compris que les solutions aux crises climatiques viennent de nouvelles collaborations avec la nature. Les façons de produire la nourriture, d'utiliser les espaces publics ou de se déplacer sont repensées, pour s'harmoniser avec les écosystèmes.

Les paysages alpins sont profondément touchés impactés/affectés/transformés par le changement climatique. Les glaciers rétrécissent et laissent place à des vallées plus sèches. L’eau devient une ressource précieuse et les tempêtes deviennent plus fréquentes. Annemasse expérimente des solutions pour s’adapter.

Annemasse 2050, fabrique de droits nouveaux

Dans cette 2ème vision, Annemasse est devenue un terrain d'expérimentation pour de nouveaux droits. Ici, nous ne nous contentons pas de suivre les règles ; nous les redéfinissons ! La ville teste des droits civiques, sociaux et environnementaux qui visent à améliorer la vie de tous ses habitants.

Avant 2050, plusieurs droits fondamentaux ont reculé dans le monde, comme l'accès à un logement décent, à une bonne alimentation et au respect des choix de vie. La ville a choisi de défendre ces droits par des actions concrètes qui transforment le quotidien des habitants.

Annemasse 2050, hospitalités locales et internationales

Dans cette vision, la ville fait le pari de l’hospitalité. Elle s’est métamorphosée en plaçant l'accueil des nouveaux arrivants au coeur de sa mission, qu'ils viennent de régions voisines ou de contrées lointaines.
Face aux crises du 21e siècle, entraînant des flux migratoires et des pénuries de ressources, Annemasse prend les devants. Elle est un refuge pour ceux qui cherchent une nouvelle vie, qu’ils fuient des conflits ou aspirent à de meilleures opportunités.
En accueillant de nouveaux habitants, la ville ne cherche pas seulement à résoudre des urgences, mais à renforcer son tissu social et économique.

 

 

jeudi 9 octobre 2025

Parler d'atrocité climatique ?

Source : https://reporterre.net/Il-faut-parler-d-atrocite-climatique-car-la-destruction-en-cours-est-globale-et

« Il faut parler d'atrocité climatique car la destruction en cours est globale et irréversible »

Reporterre

Pour appréhender l’ampleur de la destruction du climat, le chercheur Gaspard Lemaire plaide pour l’utilisation du concept d’« atrocité climatique ». Un terme qui permettrait de mieux pointer les responsabilités des États.

Les gaz à effet de serre émis par notre civilisation ne provoquent pas un simple changement climatique, mais une destruction massive et mortelle des écosystèmes et des sociétés. Une telle violence relève de l’atrocité de masse : c’est la réflexion que mène le chercheur Gaspard Lemaire dans un article récemment publié dans la revue Earth System Governance.

Doctorant en sciences politiques au sein de la Chaire Earth et enseignant en droit de l’environnement à Sciences Po, il prépare sa thèse sur ce qu’il nomme le « paradigme de l’atrocité climatique ». Il explique à Reporterre pourquoi et comment la popularisation de ce terme pourrait aider à lutter contre les destructions climatiques qui ne font que s’aggraver.

Reporterre — Pourquoi est-ce si difficile de trouver les bons termes pour parler de ce que l’on nomme communément « changement climatique » ?

Gaspard Lemaire — La transformation du climat tue déjà des millions de personnes aujourd’hui. Plus de 3 milliards d’humains sont vulnérables et, d’après le Giec, on pourrait compter plus de 9 millions de morts supplémentaires par an en fin de siècle dans un scénario d’émissions élevées de gaz à effet de serre.

Il s’agit d’une violence extrême. Celle-ci n’est pas exprimée par les termes descriptifs « changement climatique » ou « réchauffement climatique ». Parler « d’inaction climatique » cache également le fait que nos émissions sont le résultat de politiques très concrètes, pas juste d’inactions.

Les mots « urgence » ou « crise » soulignent, quant à eux, le besoin d’agir vite mais font croire à un problème temporaire alors que les transformations climatiques en cours vont s’étaler sur des siècles, voire des millénaires. L’expression « catastrophe climatique » est aussi très ambigüe. Elle renvoie à des évènements ponctuels, comme une inondation. Mais elle ne correspond pas à la destruction globale en cours.

Certains concepts ont tout de même déjà émergé pour tenter de nommer les destructions écologistes, comme le crime d’écocide, reconnu dans le droit européen.

Oui mais l’écocide se concentre sur la destruction d’écosystèmes. Les destructions climatiques vont certes conduire à la disparition de nombreux écosystèmes mais elles vont beaucoup plus loin. Lorsqu’un pont s’effondre à cause d’un ouragan, ce n’est pas un écocide. La destruction du climat est globale, irréversible et structurelle. On n’a pas de mot pour exprimer une telle violence.

En quoi le changement climatique se rapproche-t-il, selon vous, de ce que l’on appelle les « atrocités de masse » ?

Cette expression n’a pas d’existence juridique mais elle est utilisée dans les institutions internationales et dans la communauté académique pour parler des crimes les plus graves définis par le Statut de Rome, que sont le crime contre l’humanité, le génocide, le crime de guerre, le crime d’agression. La notion d’atrocité s’est ensuite élargie à d’autres notions comme celle de nettoyage ethnique.

Des chercheurs ont réfléchi aux traits communs à toutes ces atrocités. Pour le politologue Scott Straus, il y a atrocité lorsqu’il y a une violence à grande échelle, infligée de manière systématique et en connaissance de cause à des populations civiles. Il est frappant de voir à quel point la violence climatique répond à cette définition.

Cette violence climatique ne rentre pourtant dans aucune des atrocités de masse préexistantes : ce n’est pas un génocide, car il n’y a pas de but exterminateur ; un crime contre l’humanité nécessite une attaque délibérée contre un groupe humain et un crime de guerre nécessite une guerre…

Nous sommes donc face à un « crime sans nom », pour reprendre l’expression de Churchill à propos des crimes commis par les nazis contre les Juifs. C’est pour combler ce vide, après la Shoah, que le terme de « génocide », inventé par le juriste Raphael Lemkin, entre dans le droit international en 1948. Aujourd’hui, nous avons besoin d’un nouveau terme pour qualifier cette violence climatique inédite.

Vous plaidez pour l’utilisation du terme « atrocité climatique ».

Je propose cette expression pour renvoyer à l’ensemble des actions qui contribuent d’une manière significative à la déstabilisation du climat terrestre et qui mettent en péril les fondements de la vie humaine et fragilisent les conditions d’existence des espèces.

Cette atrocité climatique possède quatre traits remarquables.

  • Spatialement : les destructions sont planétaires, ce qui est sans précédent.
  • Temporellement : les destructions s’étalent sur une échelle de temps géologique, c’est-à-dire, du point de vue humain, un temps infini, qui touchera toutes les générations à venir.
  • En termes de dommages : les destructions sont extrêmement diverses, se cumulent et provoquent à leur tour des déstabilisations culturelles, économiques, sociales, politiques et géopolitiques.
  • Et enfin, universel : tous les êtres humains seront touchés, sans échappatoire possible, même si le degré de vulnérabilité est très différencié, et la majorité des écosystèmes seront également affectés.

Avec ces quatre niveaux, spatial, temporel, diversité des destructions et universalité des victimes, on change d’échelle. On pourrait parler d’atrocité totale.

L’accusation de crime d’atrocité climatique pourrait être portée contre la quasi-totalité des dirigeants politiques et économiques du monde. N’est-il pas vain, dans ce contexte, d’espérer voir un tel concept juridique entrer en vigueur ?

Notons d’abord que l’on dispose déjà d’outils pour identifier les responsables d’atrocité climatique. Le concept de budget carbone, par exemple, a fait l’objet de réflexions et négociations pour attribuer une quantité d’émissions de carbone à chaque État en essayant de prendre en compte les notions d’équité et de justice climatique. Les principaux responsables d’atrocité climatique seraient quoi qu’il en soit les États et les principales entreprises émettrices, notamment les entreprises fossiles et les banques qui les financent.

Il y aurait sans doute des débats importants à mener, notamment pour prendre en compte les émissions importées, et les émissions d’avant 1990, ainsi que le consensus sur le changement climatique, puisque le concept d’atrocité suppose d’infliger une violence en connaissance de cause.

La Cour internationale de justice, dans un avis consultatif, a récemment confirmé la responsabilité juridique des États pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Tous les outils nécessaires sont donc quasi prêts.

Cela risque néanmoins de ne pas passer d’un point de vue géopolitique. Lorsque le terme de génocide a été mis en place, il l’a été sous l’égide des États-Unis pour jeter l’opprobre sur les nazis, ce qui arrangeait les vainqueurs de la guerre. Ce qui n’enlève rien au travail remarquable de Lemkin qui a inventé ce terme. Mais aujourd’hui, les principaux émetteurs de gaz à effet de serre sont les principales puissances du monde. Vous avez raison de souligner qu’ils n’ont aucun intérêt à se désigner eux-mêmes comme responsables d’une atrocité…

Quelles pourraient alors être les vertus de la popularisation de ce concept ?

Au-delà de son effectivité juridique, je vois quatre fonctions intéressantes à ce concept. Une fonction éthique : entendre qu’il y a une atrocité en cours, ce n’est pas du tout pareil que de simplement dire que le climat change. Il y a une responsabilité individuelle à savoir ce que l’on fait de cette information, en tant que citoyens d’États aux émissions élevées. Chacun agira avec sa conscience.

Il y a ensuite un intérêt politique. Pour tous les acteurs et groupes déjà en lutte sur cette question, ce terme peut être une arme rhétorique supplémentaire. Pour mieux expliquer et légitimer les efforts et les actions menées. Et pour les élus, il y a aussi une possibilité d’institutionnaliser leur engagement en reconnaissant l’atrocité climatique en cours, de même que certaines municipalités ont voté l’état d’urgence climatique pour orienter leurs politiques.

C’est ensuite un concept utile pour la recherche. Il existe tout un champ académique transdisciplinaire autour des atrocity studies, les études sur ces atrocités. Un grand nombre de penseurs cherche à comprendre les dynamiques sociales qui rendent possibles ces atrocités de masse. La violence, en cas d’atrocité, est toujours légitimée institutionnellement, contrairement aux violences ordinaires, et suppose soit l’adhésion soit l’indifférence de la majorité de la population.

Appliqué à la violence climatique, on voit comment le productivisme et l’extractivisme sont légitimés et présentés comme inéluctables, pour occulter la violence climatique engendrée ou mettre à distance les victimes, souvent dans des pays lointains. La dissolution de la responsabilité, le conformisme, le déni… Mieux expliquer tout cela permet de mieux lutter.

Enfin, l’atrocité climatique peut aussi avoir un débouché diplomatique. Un certain nombre de pays parmi les plus vulnérables pourrait s’emparer de ce terme pour rendre compte des risques et des souffrances déjà effectives subies par leurs populations.

Comme le terme de génocide, celui d’atrocité climatique a le mérite de désigner à la fois les États coupables et les populations qui en sont les victimes. En l’état, ce terme semble impossible à faire adopter. Mais plus les violences climatiques vont s’intensifier, plus le terme semblera évident.

vendredi 29 août 2025

Barbares et beaufs

Source : https://www.youtube.com/watch?v=NiXX9gIg6_8

Ce n'est pas tant que c'est "choc", c'est plutôt que c'est hyper intéressant, clair, que ça donne des clés, du discernement sur des questions complexes et des idées stratégiques...


Un article critique du 2nd livre : blogs.mediapart.fr/khaled-satour/blog/190223/beaufs-et-barbares-gramsci-meritait-il-d-etre-reveille-pour-si-peu-de-chose 

dimanche 11 mai 2025

Le tekmil : « Nous analysons non pas le moment mais l’Histoire ; non pas l’individu mais la société ».

 Source : https://serhildan.org/le-tekmil-un-outil-de-reflexion-collective/

Il n’est pas de révolution possible sans remettre en question la personnalité des individus, construite par des systèmes oppressifs : capitalistes, patriarcaux, racistes, validistes… Au sein du mouvement kurde, le tekmil est un outil qui permet, à travers la pratique de la critique/autocritique, de s’engager dans une démarche permettant de mettre en accord personnalité et idées.
Ce texte a été rédigé par des volontaires engagé.es au Rojava dans le groupe Tekoşîna Anarşîst (Lutte anarchiste). Il propose un point de vue particulier sur le t
ekmil, qui permet d’en découvrir les principes, mais n’a pas vocation à être généralisé. Le mouvement kurde, qui a théorisé et pratiqué le tekmil, insiste sur la nécessité d’une formation pratique à celui-ci. Le tekmil ne peut être un simple outil sans connexion à une éthique militante, et à un système de valeurs bien définies.

Qu’est-ce que c’est ?

Le tekmil est un instrument de réflexion collective. Les racines historiques de ce que nous connaissons sous le nom de tekmil remontent aux traditions communistes autoritaires, telles que le stalinisme. Toutefois, Mao a été le premier, parmi ces traditions, à accorder autant d’importance aux méthodes de critique et d’autocritique. En résumé, nous pouvons affirmer que la critique et l’autocritique ont été précieuses pour les mouvements révolutionnaires en général, et n’ont jamais été étrangères aux mouvements révolutionnaires non autoritaires en général. Dans le contexte du Rojava, tekmil peut être traduit par  » rapport  » – en outre, on peut retracer le développement et la transformation de ce sens en fonction de la situation. Néanmoins, il est utile de garder à l’esprit la traduction littérale – l’humilité et la brièveté sont valorisées dans le tekmil. Il contient de nombreux codes culturels, mécanismes et présupposés idéologiques, et il nécessite une compréhension et une base philosophique et idéologique solide.

Cet article transmet une expérience spécifique de l’organisation anarchiste au Rojava et ne représente pas nécessairement ou ne s’étend pas à toutes les autres pratiques du tekmil dans toutes les structures révolutionnaires au Kurdistan et au-delà. Nous ne voulons pas donner l’impression que nous sommes « porteurs des connaissances les plus exactes sur le tekmil » et que nous voulons « vous dire comment ça marche vraiment ». Au contraire, notre position et notre expérience viennent de et avec humilité, et nous aimerions partager ce que nous avons appris à travers nos interactions avec le mouvement révolutionnaire dans le nord-est de la Syrie. Il faut comprendre que ce texte est écrit à travers le prisme de l’organisation anarchiste internationaliste au Rojava – nous ne prétendons pas avoir le point de vue le plus objectif, et notre position comporte aussi ses propres limites. Nos expériences peuvent différer de celles d’autres internationalistes qui ont appris à connaître le tekmil dans ce contexte, ainsi que du vécu de celles et ceux pour qui le Kurdistan, les langues et la culture locales sont natives. Ce que nous pouvons et voulons, c’est partager nos propres expériences et perspectives sur le tekmil. 

Dans les structures révolutionnaires du Kurdistan, le tekmil est utilisé comme un outil de réflexion et d’analyse collective. Le tekmil évalue la socialisation dans nos sociétés, l’influence de la mentalité capitaliste et patriarcale sur nos personnalités, et traite de nos actions, de nos approches les uns envers les autres dans le format de la camaraderie et de la vie collective, et des idées que nous voulons mettre en pratique. L’une des principales parties du tekmil est la critique. Dans la plupart des communautés d’où nous venons, la critique est souvent perçue comme une attaque ou une déclaration négative. La philosophie du tekmil considère la critique comme un cadeau que les camarades s’offrent mutuellement avec les meilleures intentions du monde. Dans un telle perspective, la critique est ce qui nous permet de grandir en tant qu’individus, de travailler sur nos défauts – même si la critique peut être très difficile à écouter et à accepter. La critique peut également être difficile à exprimer. La mission du tekmil est de nous rapprocher de la réalisation de nos idées en nous-mêmes et autour de nous, et de nous éloigner de la mentalité du capitalisme et du patriarcat. Au lieu de cette dernière, le tekmil aide à développer la mentalité des personnes qui luttent pour la libération, et qui aspirent à être des révolutionnaires. Cela signifie changer l’état d’esprit et la personnalité en fonction des idées pour lesquelles nous nous battons.

Une brève histoire du tekmil

Pour comprendre comment le tekmil a évolué vers sa forme actuelle, nous devons nous pencher sur son histoire dans le contexte du Parti des travailleurs du Kurdistan. Pourquoi parlons-nous du PKK sur ce sujet ? Nous sommes des anarchistes, et le parti n’est pas la méthode d’organisation de notre mouvement. Cependant, cela n’enlève rien au fait qu’il y a des leçons à tirer de l’histoire du PKK pour nous aussi. La même chose peut être dite de tout mouvement révolutionnaire en général. De plus, le PKK n’est pas un parti dans le sens d’une participation au cadre organisationnel de l’État, mais il peut être considéré comme une forme d’organisation d’une lutte anti-étatique et anti-coloniale. Le PKK ne vise pas à être élu, il n’essaie pas non plus de changer le système de l’intérieur.

Le développement du tekmil en tant que tel, sous la forme que nous observons en tant qu’anarchistes internationalistes au Rojava, est inséparablement lié à l’histoire du développement du PKK. Par conséquent, pour mieux comprendre le tekmil, il est utile de se pencher également sur cette partie de l’histoire, aussi contradictoire qu’elle puisse nous paraître. Souvent, c’est des contradictions que nous pouvons tirer les leçons les plus précieuses. D’autres cultures ou mouvements ne sont pas étrangers à la réflexion collective. Elle a été utilisée de diverses manières dans le monde, par exemple, la « révision de vie » dans les organisations catholiques de Catalogne, après la guerre civile espagnole. Ou encore le « bâton de parole » des peuples autochtones dans les terres colonisées des Amériques. Les processus de réflexion collective sont inhérents à la plupart des communautés, sous une forme ou une autre. une forme ou une autre. On peut attribuer au tekmil dont nous discutons maintenant 4 étapes de développement, liées de manière similaire aux 4 étapes de développement du PKK.

Comment le tekmil s’est-il développé au sein du PKK ?

1973-1983 : La forme du tekmil n’est pas claire. Des réunions étaient organisées. C’était une période de développement de normes et de systèmes organisationnels.

1983-1993 : Le début du conflit armé avec la Turquie, jusqu’au cessez-le-feu. La base du tekmil existe, mais les besoins militaires l’emportent sur le travail analytique et idéologique nécessaire. Une mentalité patriarcale progresse.

1993 : La première trêve entre le PKK et la Turquie intervient. La guerre a eu un effet toxique sur les structures organisationnelles. Le PKK se concentre sur le développement de l’analyse organisationnelle et politique. Des structures autonomes pour les femmes se développent progressivement. Les hommes avaient une grande influence, la lutte telle qu’ils la concevaient était souvent réduite à la libération nationale et à une ligne marxiste-léniniste dure. Les femmes de l’organisation critiquaient l’approche patriarcale et la pensée militaire, et insistaient sur le développement de l’analyse de la personnalité et du progrès. De cette période, nous pouvons citer quelque chose qui a été le résultat idéologique du débat et du travail organisationnel et qui est devenu la célèbre citation, provenant du 5ème Congrès du PKK en 1995 : « 5% de notre lutte est contre notre ennemi, 95% est contre nous-mêmes. » Le tournant a également été la critique ferme du marxisme-léninisme.

1993-2002 : En 2002, le PKK change officiellement de paradigme idéologique, passant au confédéralisme démocratique. L’approche intro-organisationnelle commence à inclure non seulement une analyse de la personnalité, mais aussi la manière dont cette analyse est réalisée. Les structures autonomes de femmes déjà en place à cette époque s’éloignent du positivisme pour se concentrer sur la morale et l’éthique. La construction du concept de personnalité révolutionnaire tel que nous le connaissons aujourd’hui commence à cette époque – et cela a influencé la philosophie du tekmil.

Le tekmil en pratique

Il est important de comprendre les codes culturels du tekmil et sa structure. En les connaissant, vous pourrez vous faire une idée générale de ce à quoi ressemble le tekmil. La plupart des points ci-dessous sont communs à tout tekmil, mais il existe des différences.

Ainsi, nous pouvons lister les points suivants :

– Les participants.es sont assis en cercle égalitaire ou sous une autre forme qui ne suggère pas de hiérarchie.

– La culture tekmil suppose également que les participants ne mangent pas, ne boivent pas (uniquement lorsque c’est nécessaire), ne fument pas, ne parlent pas entre eux, ne s’amusent pas et ne s’assoient pas de manière décontractée.

– Chacun est censé s’asseoir ou se tenir debout à un niveau égal, de manière « respectueuse ». Imaginez comment vous vous assiériez ou vous mettriez debout si vous vouliez montrer du respect à vos camarades par votre position même, par votre corps.

– L’espace entre les personnes dans le tekmil est généralement propre, sans désordre, qu’il s’agisse d’une table ou d’un tapis, peu importe. Il est ouvert à la réflexion et à la participation.

– Des vêtements propres et une apparence généralement soignée sont les bienvenus dans le tekmil, et les chapeaux sont retirés. L’essence de cet élément culturel est l’idée que l’état intérieur d’une personne ainsi que ses idées, ses intentions et ses attitudes envers les autres se reflètent dans son apparence extérieure, et vice versa.

 

Quelle est la séquence des interactions durant le tekmil ?

– Le tekmil est lancé par le modérateur. Il permet aux participants qui le souhaitent de parler dans l’ordre et note brièvement l’essentiel de ce qui est dit dans le tekmil.

– Tous les participants doivent avoir un cahier ou quelque chose pour prendre des notes. Le tekmil implique un processus de réflexion et de préparation, c’est pourquoi les éléments du tekmil ne sont pas notés 10 minutes avant le tekmil, mais continuellement lorsque la réflexion ou la pensée s’impose. Une façon importante de se préparer au tekmil peut être de réserver un moment spécial pour cela, un jour ou plus avant le tekmil.

– Les participants peuvent lever la main pour s’exprimer. Avec la permission de l’animateur, on peut commencer à exposer ses arguments. Vous ne pouvez parler qu’une seule fois des points d’autocritique et de critique, et une seule fois des suggestions.

– Après que l’autocritique et la critique ont été exprimées par tous ceux qui voulaient s’exprimer, vous pouvez rassembler les suggestions dans une liste, puis les discuter une par une.

– À la fin de la discussion, le modérateur résume le tekmil. Le but est de passer en revue les thèmes de la critique et de l’autocritique, et de leur donner une forme commune, de les présenter dans une vue d’ensemble. L’animateur peut donner un point de vue sur ce qu’il voit et essayer de faire ressortir ce à quoi il faut penser, réfléchir et travailler.

– Il est également possible de passer en revue les décisions prises à propos des propositions, de rappeler les tâches entreprises et les décisions collectives.

Donc, la structure du tekmil en bref :

        • Autocritique.
        • Critique
        • Suggestions
        • Évaluation

Conseils pour le tekmil

Ces conseils sont le fruit de l’expérience accumulée en matière de tekmil, et soulignent ses caractéristiques ainsi que l’importance de ses principes de base. 

– S’il existe une structure ou un groupe autonome non masculin, il doit avoir son propre tekmil séparé. S’assurer qu’une telle structure a du temps à consacrer à son tekmil autonome (plutôt que de l’organiser comme un surcroît de travail) est la tâche de l’ensemble du groupe ou de l’organisation, et pas seulement de sa partie autonome. Le tekmil autonome sans les hommes n’est pas une activité supplémentaire, facultative, mais un tekmil tout aussi important. Pourquoi est-elle importante ? Parce que dans un espace mixte, nous pouvons observer une dynamique différente qui est souvent dominée par un comportement patriarcal. Un tekmil autonome sans hommes peut ouvrir des portes qui ne seraient pas autrement accessibles aux participants non masculins du tekmil, et leur permettre de créer leur propre solidarité et esprit dans la lutte pour changer la mentalité patriarcale. Ceci, à son tour, peut apporter des approches, des réflexions et des solutions plus progressistes à l’ensemble du collectif. Il peut également créer un espace pour l’analyse, la discussion ou la critique de quelque chose qui, pour quelque raison que ce soit, est mieux discuté dans un espace sans hommes – ou il peut servir tout autre objectif ou signification que la structure autonome détermine pour elle-même.

L’objectif principal du tekmil autonome est de permettre aux camarades non-homme cis-genre de faire des critiques et des analyses plus profondes dans un cadre où ces critiques ne peuvent pas être utilisées par des camarades hommes cis-genre pour diviser ces camarades. Cela permet un espace pour que les critiques dirigées vers les camarades hommes soient apportées par la structure autonome plutôt que par un individu non-homme ci-genre. Cela empêche l’exploitation du conflit par les camarades hommes, car un seul individu ne peut être désigné comme porteur de la critique. Cela donne donc plus de pouvoir aux camarades non-hommes cis-genres et plus de force au moment de la critique.

« L’objectif principal du tekmil autonome est de permettre aux camarades non-homme cis-genre de faire des critiques et des analyses plus profondes dans un cadre où ces critiques ne peuvent pas être utilisées par des camarades hommes cis-genre pour diviser ces camarades. »

– Le tekmil peut avoir une forme plus courte, destinée aux situations dans lesquelles la cohérence, la brièveté et la clarté sont nécessaires. Dans le contexte du Rojava, on peut parler de  » tekmil militaire  » – par exemple, un tel tekmil est utilisé au front, après ou avant les opérations de combat. Le tekmil militaire a la même apparence, mais il est tenu en position debout, en cercle, et se caractérise par sa rapidité, sa brièveté – liées à la nature de l’environnement (la ligne de front). Cependant, la forme courte de la critique ne doit pas être confondue avec un manque de camaraderie, ou d’amour pour les camarades, qui sont les fondements de toute critique, quelle que soit la situation. Dans le contexte d’autres pays et de situations moins dangereuses, le tekmil court peut être appliqué dans des situations d’actions et d’activités différentes qui nécessitent un travail d’équipe cohérent et impliquent un certain degré de risque et la nécessité d’un bref processus de critique et de réflexion sur place.

– Essayez de surmonter votre ego. La critique est un cadeau.

– Empathie, amour et respect. Donnez et recevez, pensez aux sentiments des autres.

– Un environnement respectueux et sérieux fait partie intégrante du tekmil. Une telle atmosphère se caractérise notamment par l’absence de blagues, de cigarettes, de nourriture et de boisson.

– Parlez sans ambiguïté, de manière compacte et claire. Le plus souvent, il n’y a pas de besoin absolu de détails dans la critique. L’explication excessive des choses et des situations et l’approfondissement de la critique ne sont pas la même chose.

– Méfiez-vous d’un langage fort ou des déclarations telles que « c’est évident », « tout le monde le sait/le sent/le pense/le fait », « fou », « dégoûtant », etc. Réfléchissez à la manière dont notre façon de nous exprimer contribue à créer des liens et à favoriser la compréhension, ou à créer une séparation entre les camarades. La critique et l’autocritique doivent aider à progresser et à se développer, et non à rabaisser les gens.

– Lorsque nous formulons des critiques, il est bon non seulement de souligner les lacunes de l’approche de nos camarades, mais aussi de leur offrir une perspective et des moyens de surmonter ces lacunes. Cela nous aide également à considérer la personne que nous critiquons de manière subjective, de son point de vue, et à nous concentrer sur la manière dont nous pouvons tous travailler pour améliorer notre militantisme.

– La critique doit être formulée à la 3e personne par rapport aux autres. Il est utile de voir la critique et son sujet comme un sujet d’analyse exposé ouvertement devant tout le monde dans le tekmil. La critique à la troisième personne aide la personne critiquée à penser à elle-même de manière dépersonnalisée, à accepter plus facilement la critique et à la considérer de manière plus objective. Au contraire, la 2e personne est associée à une approche plus personnelle, donnant l’impression de s’adresser non pas au collectif mais à l’individu.

– Le tekmil en tant que processus n’est pas guidé par l’émotion. La philosophie du tekmil suggère que l’émotion ne peut être la base de la critique. Néanmoins, l’émotion est très importante et ne peut être exclue de ce que nous faisons. Les émotions font partie de nous, de la dynamique collective et des relations. Mais la façon dont nous gérons les émotions, la façon dont nous les exprimons, l’impact que nous avons les uns sur les autres dans le champ émotionnel, le sens que nous leur donnons et l’impact qu’elles ont sur ce que nous faisons est un sujet de réflexion. Bien que les émotions soient toujours avec nous et en nous, ce que nous mettons dans le tekmil devrait toujours être basé uniquement sur des idées, des valeurs, des principes, l’analyse et la réflexion. D’autre part, donner un sens aux émotions et en prendre soin est un travail nécessaire et permanent de l’ensemble du collectif, de chacun d’entre nous. Premièrement, nous devons travailler sur la manière dont nous partageons (ou non) les émotions, dont nous assumons (ou non) la responsabilité de nos propres émotions et de celles des autres, dont nous nous soutenons (ou non) les uns les autres, et sur les schémas de genre, de classe ou de race de ces dynamiques. Deuxièmement, nous pouvons créer et cultiver des espaces et des moments dédiés à la prise en charge collective des émotions, dans le prolongement de la suggestion précédente.

– Dans vos critiques, nommez les personnes et les choses de manière précise.

– Le tekmil nécessite une préparation et une réflexion approfondie au préalable. Cette préparation peut se traduire par la mise par écrit de vos pensées. Le manque de préparation entraîne une perte de concentration dans le tekmil, la répétition et l’oubli de la critique.

– Ne répondez pas aux critiques. Non seulement verbalement, mais il est également important de surveiller l’expression de votre corps et vos gestes. Il y a des moments où les personnes qui donnent ou reçoivent des critiques sont dans une position vulnérable. Des gestes comme rouler les yeux, soupirer, être impatient, ricaner, etc. peuvent avoir un effet négatif sur la personne qui donne ou reçoit la critique, ainsi que sur les émotions des personnes concernées.

– Ne répétez pas une critique qui a déjà été formulée.

– N’ayez pas peur du silence.

– En s’appuyant sur le fait que tekmil est un lieu formel réservé à la critique, il peut devenir difficile de donner et de recevoir des critiques… en dehors du tekmil. Le tekmil privilégie des qualités telles que l’humilité et la capacité d’écouter, de donner et de recevoir, ces qualités ne doivent pas se limiter au tekmil. Par conséquent, les critiques exprimées en dehors du cadre formel du tekmil doivent être acceptées de la même manière, dans un esprit de camaraderie – en écoutant attentivement. Dans le même temps, les critiques doivent également être formulées en dehors du tekmil lorsque cela est possible. Ne réservez pas tout ce que vous avez à dire pour ce seul moment. Le tekmil est aussi une espace ouvert pour permettre d’exprimer des critiques qui semblent difficiles à formuler dans la vie de tous les jours, mais ne prenez pas l’habitude de n’utiliser le tekmil que lorsque vous voulez faire un retour à quelqu’un et de rester fermé dans le cas contraire. Par exemple, cela peut devenir une dynamique malsaine, si les camarades accumulent les critiques qu’ils ont jusqu’au jour où il y a le tekmil et ne travaillent pas à développer cette compétence dans la vie de tous les jours. Néanmoins, pensez à vous exprimer correctement, de manière sérieuse et valorisante, et si cela ne vous semble pas possible sans la structure du tekmil, faites-le plutôt à ce moment-là.

– Dans la critique qui vous est faite, recherchez ne serait-ce que 1% d’auto-réflexion et de réflexion par rapport à 99% de contre-arguments. Même si la critique était basée sur des hypothèses fausses, ou sur ce que vous pensez être une vision déformée des événements, elle est basée sur une vision de la réalité et des événements de vos camarades. Avant de commencer à clarifier la situation, vous devriez au moins réfléchir à ce qui a conduit à cette critique, et respecter le fait qu’un camarade essaie de vous faire le cadeau de la critique avec les meilleures intentions – et croire en ces intentions, et non dans l’idée qu’ils veulent vous attaquer avec des mots. Réfléchissez à l’origine de tous les contre-arguments que vous pouvez trouver – peut-être l’ego blessé ? Donner une critique à quelqu’un peut être très difficile. Réfléchissez à quel point vous vous rendez disponible ou accessible à la critique. Appréciez la contribution et les efforts du camarade. Si ce qui est dit nécessite encore des éclaircissements, attendez le lendemain ou plus tard et discutez-en avec la personne qui vous a critiqué – non pas pour « rétablir la vérité » – mais d’abord pour mieux comprendre pourquoi le/la camarade a perçu quelque chose de cette façon, et pour mieux comprendre l’essence de la critique elle-même.

– S’accorder du temps pour la réflexion est une bonne chose. Réfléchissez à la manière et au moment de présenter votre critique. Il ne s’agit pas forcément de l’approche libérale qui consiste à retarder et à remettre à plus tard le processus de critique parce qu’il est difficile à formuler. Lorsqu’il s’agit de choisir le bon moment pour émettre une critique, vous devez évaluer comment la critique s’inscrit dans la situation générale autour de vous et du groupe, quelle est l’ambiance. Il ne s’agit pas de formuler la critique sous la forme la plus simple possible, mais plutôt de déterminer s’il y a encore du travail à faire avant et après la critique. Cette approche vise à rendre la critique non pas la plus facile, mais aussi efficace et utile que possible.

– Ne vous excusez pas pour vos lacunes. Travaillez dessus. Cependant, ne passez pas à côté du moment où des excuses sont encore nécessaires – sans pour autant renoncer à travailler sur vos défauts parce que des excuses ont été présentées.

– Toute critique comporte sa part d’autocritique, et vice versa. La vie collective et le travail en commun impliquent que nous sommes responsables les uns des autres et que nous créons notre réalité ensemble. Nous n’existons pas complètement séparés et isolés les uns des autres. Par conséquent, l’origine de chaque erreur, de chaque défaut, peut être vue et analysée en relation avec tous les autres camarades. Par exemple, lorsque vous écoutez une critique adressée à quelqu’un dans le collectif, pensez – pourquoi n’avez-vous pas soutenu ce camarade pour qu’il trouve une solution à tel ou tel problème, pour qu’il trouve un point de vue différent, pour qu’il change son comportement, pour qu’il se développe d’une certaine manière ? De cette manière, tout le monde peut trouver quelque chose à réfléchir pour lui-même dans toute critique ou autocritique exprimée dans le tekmil.

– En plus de ce dernier point, les critiques que vous entendez dans un tekmil donné à quelqu’un d’autre, vous pouvez également les appliquer à vous-même et réaliser quelque chose en vous. Il peut donc être utile d’écouter chaque critique attentivement et avec un esprit réfléchi, même si elle ne s’adresse pas à vous. Souvent, ce qui a été montré en exemple à un autre camarade est quelque chose que chacun peut travailler en lui-même. C’est parce que la dynamique dans laquelle nous agissons est souvent informée par le système oppressif dans lequel nous avons tous appris à agir.

– Des variations structurelles sont possibles avec une section « Mise à jour ». C’est au choix du collectif pratiquant le tekmil.

Pour résumer, on peut définir les tâches suivantes du tekmil :

        • Un processus de construction de la camaraderie et la promotion de relations plus fortes à travers l’autocritique et la critique.
        • Coordination.
        • Développement de sa propre personnalité et recherche de cet épanouissement dans le collectif.
        • Briser la hiérarchie.
        • Combattre la mentalité oppressive.
        • Résoudre les conflits et surmonter l’ego, comprendre l’influence de l’individu sur le collectif et vice versa.
        • Limiter les conversations non constructives.
        • Trouver un développement collectif.
        • Mener des analyses sur une base partagée.
        • Partager les points de vue sur les situations.
        • Créer des personnes capables de vivre dans une société meilleure. Nos approches actuelles sont associées à des systèmes d’oppression tels que le capitalisme, le racisme et le patriarcat.

Les fondements du tekmil

Il est important de mentionner et de souligner les valeurs qui fondent la méthode du tekmil, si l’on veut que sa pratique ait un sens. La pratique du tekmil peut être superficielle et ponctuelle – les gens émettent des critiques et des autocritiques juste pour le plaisir de s’en sortir, ou profitent de l’occasion pour attaquer et rabaisser les autres. Si nous critiquons, c’est par souci de l’autre et de nous-mêmes, pour prendre nos responsabilités et nous entraider.

Ces valeurs sont les suivantes :

        • Compréhension commune et acceptation de la méthode
        • Camaraderie et respect mutuel
        • Humilité et l’amour de l’apprentissage et de l’amélioration de soi.

Une tâche particulière du tekmil est le développement d’une personnalité militante. Ce concept implique :

        • Des valeurs collectives
        • La camaraderie et l’amour comme base des relations.
        • La vie collective au lieu de l’individualisme. L’équilibre entre le collectif et l’individuel
        • L’engagement. Autodiscipline et responsabilité, surmonter les défis et faire de son mieux pour soi-même et pour le collectif.
        • Recherche de solutions plutôt que de problèmes. Avoir l’état d’esprit qu’il est possible de gagner. Si on ne peut pas percevoir une victoire, on ne peut pas gagner.
        • L’humilité, l’écoute et la patience sont des qualités militantes.
        • Pour pouvoir utiliser les outils du tekmil, nous avons besoin de normes et d’accords collectifs. Si nous ne comprenons pas les bases, nous ne comprenons pas la critique. Sans cela, nous émettons des critiques à partir d’une position subjective.

Terminons par une citation d’une déclaration d’A. Öcalan, que les structures révolutionnaires au Kurdistan utilisent pour expliquer les principes et la culture du tekmil.

« Nous analysons non pas le moment mais l’Histoire ; non pas l’individu mais la société ».

lundi 20 janvier 2025

Contraindre notre rapport à l’espace dilate notre rapport au temps

Source : https://reporterre.net/Etre-paysan-Quand-une-vie-de-contraintes-devient-joyeuse


Retourner à la terre, c’est réinventer un rapport au monde, où la contrainte peut devenir source d’émancipation, assure notre chroniqueur néopaysan Mathieu Yon. « Il nous manque une poétique du temps long », dit-il.

Les paysans représentaient trois actifs sur dix dans la population française de 1955. Ils ne sont plus que deux sur cent en 2020 ! Plan social massif, « ethnocide des paysans » ou modernisation de l’agriculture... Les causes de cet effondrement varient selon le milieu social et syndical qui les énoncent. Mais toutes ces explications me donnent parfois le sentiment de passer sous silence un autre élément : celui de la transformation radicale de notre rapport à l’espace.

Ce ne sont pas seulement la concentration des terres, celle de la distribution alimentaire, ou le manque de compétitivité des fermes qui expliquent la disparition des paysans. Cela vient aussi d’un bouleversement de notre manière d’habiter, ou plutôt de consommer le monde. Comment réinventer un rapport au monde dans lequel la limite et la contrainte puissent devenir des sources d’émancipation ?

Le choix d’une vie paysanne serait une piste de réponse. Trop souvent, le travail quotidien, dimanches compris, le peu de vacances, le faible revenu, la retraite dérisoire, les aléas de production, de vente, la fluctuation des prix, la concurrence parfois déloyale… viennent briser l’élan optimiste et volontaire d’un retour à la terre. Pourtant, cette vie paysanne se réduit-elle à sa dimension économique ? Ou renferme-t-elle d’autres secrets, qui se découvrent peu à peu, au fil du temps ?

La poétique du potage de courges

Hier soir, je préparai un potage de courges, carottes et persil du champ, que je fis mijoter avec le faitout de mamie pendant deux heures, sur le poêle à bois. Les chênes et les acacias qui chauffaient la maison et cuisaient le repas, nous les avions bûcheronnés à l’automne, choisissant les arbres déjà morts dans les bois entourant les champs. En regardant le feu à travers la vitre du poêle, je ressentais une satisfaction un peu naïve, quelque chose de plein, comme si ma vie faisait partie d’un cycle, même s’il s’agissait d’une simple ponctuation sur les lignes du temps.

Ce n’était pas le grand soir, mais à cet instant, je crois que j’étais heureux. Ce bonheur pouvait-il être contagieux, ou serait-il renvoyé à un mode de vie anachronique, comme un vestige du passé dont on aime à se rappeler l’existence ?

« Une vie paysanne implique de se laisser contraindre par la terre »

Aujourd’hui, nous sommes nombreux à chercher une cabane, perdue dans la forêt, les mots ou les souvenirs. Ces lieux de répit me réconfortent, moi aussi. Mais on passe rarement sa vie entière dans ces refuges, quelques années tout au plus, comme Henry David Thoreau. Je crois qu’il nous manque une poétique du temps long, pour que nos retraits du monde deviennent des modes de vie. Cette expérience de la longue durée, est-elle compatible avec la recherche permanente d’une liberté de mouvement ?

Une vie paysanne implique de se laisser contraindre par la terre, et ce quels que soient les aménagements et les astuces mis en place dans les fermes. Lorsque mon travail diminue en hiver, j’augmente mon temps de lecture et d’écriture. Pourtant, les légumes de mon champ m’obligent toujours à une présence quasi quotidienne. L’astreinte géographique ne disparaît pas. Une part irréductible se maintient.

Comment rendre cette part à nouveau désirable ? Au fond, c’est une question profondément écologique. J’ai exploré ses contours, dans un livre publié récemment (Sortir de l’accélération, pour une écologie du temps) (éd. Nouvelle cité, septembre 2024), et j’ai fait une découverte très simple : contraindre notre rapport à l’espace dilate notre rapport au temps.

Si les champs devenaient des incarcérations joyeuses, nous faisant éprouver les clôtures de la terre et les limites du corps, l’usure de l’esprit et des mains, alors nous céderions un peu de l’arrogance de la modernité. Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de paysans ? Pourquoi le renouvellement des générations n’a-t-il pas lieu ? Parce que nous voulons échapper aux lieux qui nous obligent et aux poids de la terre, au bois qu’il faut fendre et au temps qui file entre nos doigts.

Les paysans écrivent des paysages, dans une grammaire difficile, avec des mots et des colères à plusieurs épaisseurs, auxquelles la société devient sourde. Ce ne sont pas les seuls à ne pas être entendus. Une multitude de métiers invisibles attendent, eux aussi, d’être lus, afin de partager leur quotidien lumineux, à travers quelques phrases ordinaires.

samedi 23 novembre 2024

La carte des pensées écologiques

Source : https://bonpote.com/la-carte-des-pensees-ecologiques/


La carte des pensées écologiques est enfin disponible !

Il aura fallu des mois de discussions et de travail collectif pour aboutir à cette carte qui a l’ambition de représenter dans toute leurs pluralités les pensées de l’écologie politique en montrant les liens entre ses principaux courants, penseurs et penseuses, luttes et organisations.

L’objectif premier est de montrer que l’écologie est un champ de bataille, un terrain où s’affrontent des idées. En conséquence figurent sur cette carte des « écoles » pauvres en apports théoriques mais riches en capitaux et en relais d’influence. Comme toute cartographie également, elle fige des positions par nature dynamiques, des espaces mouvants, et impose une vision qui lui est propre.

Cette citation d’André Gorz résume bien la situation :

“Si tu pars de l’impératif écologique, tu peux aussi bien arriver à un anticapitalisme radical qu’à un pétainisme vert, à un écofascisme ou à un communautarisme naturaliste”.

La carte des pensées écologiques n’aurait jamais vu le jour sans un formidable travail de toute l’équipe du média Fracas. Nous avons décidé de la laisser gratuitement en accès libre. Pour soutenir Fracas et avoir la version poster, vous pouvez acheter leur premier numéro directement sur ce lien. Abonnez-vous pour soutenir la presse indépendante !

En PDF (HD)

mardi 19 novembre 2024

Notre régime de croissance : individualisme et naturalisme


« La croissance n’est pas une valeur en soi de notre société, mais en quelque sorte le résultat fatal de la forme horizontale de ses institutions. Elle n’est pas le résultat d’un investissement culturel opéré par des puissances maléfiques. Elle découle directement de la libération des particules élémentaires décrétée par l’horizontalisme : une fois « désolidarisés » de la société, les individus sont naturellement amenés à s’engager sur la voie de la croissance, en raison du sentiment de précarité accru par l’isolement. »

Onofrio Romano, Towards a Society of Degrowth, Routledge (2020), p. 91.

Dans ce séminaire inspirant, Onofrio Romano s'inspire de Georges Bataille pour revisiter le concept de décroissance. Il démontre que le problème n’est pas la rareté mais l’abondance d’énergie qui pèse sur le vivant ; la solution ne passe pas par une sobriété utilitariste mais par une reprise de confiance envers l’art de la dépense improductive.

Le régime de croissance dans la modernité : 

  • précarisation mobilisante
  • dépense privée
Le contre-régime de décroissance :
  • protection désactivante (via des structures "providence")
  • dépense collective

vendredi 15 novembre 2024

Naomi Klein : « Nous avons besoin d’un populisme écologique »

 Source : https://reporterre.net/Naomi-Klein-Nous-avons-besoin-d-un-populisme-ecologique

© Cha Gonzalez / Reporterre

Reporterre - 11–14 minutes

Naomi Klein, activiste et intellectuelle canadienne, explique la victoire de Trump par l’incapacité de la gauche et des écologistes à parler des problèmes concrets des gens. Elle plaide pour un « écopopulisme ».

La journaliste et essayiste canadienne Naomi Klein, connue pour avoir publié No Logo et La Stratégie du choc (Actes Sud, 2001 et 2008) vient de sortir un nouveau livre : Le Double — Voyage dans le monde miroir, toujours chez Actes Sud. Dans cet entretien, elle fait le procès de la gauche étasunienne : « Nous devons nous concentrer sur des politiques écologiques qui soient aussi des politiques de redistribution économique. »


Inondations en Espagne : 2 scientifiques (climatologue et géographe) s'expriment sur les faits, les causes... et expriment leurs émotions !!!

 Source : https://www.youtube.com/watch?v=fqioyjOkf1c

Ça me détend tellement que des scientifiques disent à la fois les faits scientifiques et partagent leurs émotions... empathie empathie empathie...


00:00 : Introduction 02:34 : Que racontent les inondations en Espagne ? 06:27 : Le sentiment d’impuissance et la colère des scientifiques 12:56 : Comment le dérèglement climatique intensifie les orages 16:56 : Des inondations aggravées par une urbanisation brutale 24:48 : Les conséquences du climatoscepticisme au pouvoir / l’impréparation 29:05 : « Les valeurs du RN sont incompatibles avec la transition » L’extrême droite et l’écologie 42:05 : Le traumatisme des victimes de catastrophes climatiques 44:32 : S’adapter à une France à +4°C ? 51:13 : Comment s’adapter ? Nous avons les solutions 55:35 : Conclusion

De Paloma Moritz avec Christophe Cassou, climatologue et Magali Reghezza, géographe. 



vendredi 1 novembre 2024

Mise en récit : repères et ressources

 Source : https://fabriquedestransitions.net/recherche/mise-en-recits

La mise en récits par Julian Perdrigeat

Au-delà du "storytelling", la mise en récits est un outil stratégique pour conduire le changement et repenser le fonctionnement de nos organisations. Découvrez les cinq dimensions de l'approche narrative et la manière dont ils peuvent servir les transitions.



mercredi 30 octobre 2024

La fabrique des transitions - le podcast

  Source : https://oldpodcasts.ouest-france.fr/user/1-35-Territoires-Audacieux.fr



Et si on changeait nos habitudes en prenant exemple sur celles et ceux ayant déjà entamé une démarche de changement ? La Fabrique des transitions est un podcast d'inspiration qui part, chaque mois, à la rencontre de collectivités locales pionnières dans leur domaine. Objectif ? Donner des clés de compréhension et des idées aux élus et agents des territoires qui veulent entrer en transition.

Pour y arriver le podcast, La Fabrique des transitions, est basé sur le programme Territoires Pilotes (https://www.fabriquedestransitions.net/article67_fr.html). Il regroupe 10 territoires répartis dans toute la France (https://territoires-pilotes-fdt.gogocarto.fr/annuaire#/carte/@47.00,-8.88,5z?cat=all). Ce sont des collectivités de tailles différentes qui souhaitent monter en connaissances et en compétences, afin d’amorcer, d’accélérer ou d’opérer un changement d’échelle des démarches de transition sur les territoires. Pour cela, elles sont accompagnées par la Fabrique des Transitions et ses alliés. À chaque épisode, une thématique sera abordée et différents acteurs territoriaux interviendront pour raconter et expliquer les solutions qu’ils ont mis en place.

Ce podcast est réalisé par Territoires Audacieux (http://territoires-audacieux.fr/), un média dédié aux initiatives à impact positif des collectivités publiques

samedi 19 octobre 2024

Documentaire Demain la vallée

Source : https://www.alimenterre.org/demain-la-vallee


Face au changement climatique , des citoyens et citoyennes, des agriculteurs de différents secteurs, accordent leurs voix pour décider ensemble des transformations justes de l’usage de leurs terres. Une expérience scientifique a été réalisée dans le cadre du programme européen “Just Scapes" pour des paysages justes dans la vallée de l’Arac, en Ariège. Ce documentaire raconte cette histoire.


Suites du documentaire : 

https://www.just-scapes.fr/post/des-nouvelles-de-l-arac-ce-qui-s-y-passe-suite-au-projet


lundi 14 octobre 2024

À destination des collègues scientifiques, en particulier écologues et climatologues.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=XNtucQbEEls

À destination des collègues scientifiques, en particulier écologues et climatologues.



POURQUOI L’ÉCOLOGIE NE RASSEMBLE PAS ? - Thomas De Praetere | LIMIT

 Source : https://www.youtube.com/watch?v=yxGjSsv1P8s

Nouveau "TALK" sur LIMIT avec Thomas de Praetere. 

Diplômé FIAL et Docteur en philosophie (ISP), Thomas De Praetere est le fondateur et CEO de Dokeos, une plate-forme d'apprentissage en ligne destinée aux entreprises. 

Spécialiste de la pensée logique, Thomas De Praetere pose un regard réfléchi sur le monde avec l’ambition de le rendre meilleur par le jeu via la formation en ligne, sa société forme des entreprises dans leur responsabilité sociétale notamment, Total Energie. 

Alors la RSE, Impact ou Illusion ? Découvrez une conversation passionnante sur les enjeux de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), nous explorons les défis de la communication autour du changement climatique, l'importance de l'argumentation, et les solutions pratiques pour inciter les entreprises à s'engager réellement. 

Et nous allons encore plus loin : est-ce que toute la communication autour des questions écologiques est dans l'erreur depuis le début ? Faut-il, changer de méthode ?