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dimanche 18 septembre 2022

Déconstruire nos croyances sur l’économie du don

Source : https://mrmondialisation.org/deconstruire-nos-croyances-sur-leconomie-du-don

Définition du don et du potlatch

Le don semble se référer à une prestation volontaire, libre, gratuite et désintéressée. Or, malgré les apparences, les analyses du sociologue montrent que les échanges sous forme de don sont en réalité obligatoirement faits et rendus, contraints et intéressés.

Le potlatch repose sur trois obligations qui constituent son essence : celle de donner, de recevoir et enfin de rendre.

« Il a fallu la victoire du rationalisme et du mercantilisme pour que soient mises en vigueur, et élevées à la hauteur de principes, les notions de profit et d’individu».

Relation fusionnelle entre personnes et objets

Contrairement aux sociétés qui nous ont précédées, les sociétés modernes distinguent nettement droits personnels et droits réels, de même que les personnes et les choses, ainsi que l’obligation ou la prestation non gratuite et le don. 

Sa définition de la relation personnes-objets des sociétés antérieures

« il y a mélange de liens spirituels entre les choses qui sont à quelque degré de l’âme et les individus et les groupes qui se traitent à quelque degré comme des choses ».  

La morale du don toujours en vigueur

« une partie considérable de notre morale et de notre vie elle-même stationne toujours dans cette même atmosphère du don, de l’obligation et de la liberté mêlés. »

Nous accordons par ailleurs toujours une attache sentimentale aux objets malgré la morale marchande qui domine nos comportements.

Le neveu d’Émile Durkheim voit ainsi dans nos sociétés se mettre en place plusieurs principes socialistes de résistance à la froideur absolue des échanges entre individus, telle que la législation de l’assurance sociale

Retour à la morale des autres sociétés

En effet, le partage du travail dans la société du don a un sens profondément social, contrairement au néolibéralisme qui isole l’individu et le dissocie de son travail qui sert de profits à autrui. Or l’économie de l’échange et du don n’entre pas dans les cadres économiques de l’utilitarisme.

Autrefois, le don entrait dans le cadre d’une notion hybride selon l’anthropologue, à l’intersection entre des prestations libres, gratuites et des échanges intéressés, utiles.

la morale moderne et utilitariste centrée sur l’individu et le profit, est profondément inégalitaire et surtout socialement regrettable pour les êtres humains.

 

Références bibliographiques :

  1. Sociologie-Ethnologie. Auteurs et textes fondateurs. (ss dir) d’Alain Gras. Publications de la Sorbonne, 2003. Via https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Mauss
  2. Mauss, Marcel. Sociologie et anthropologie. Presses Universitaires de France, 2004.
  3. Sahlins Marshall. Philosophie politique de l’ « Essai sur le don ». In: L’Homme, 1968, tome 8 n°4. pp. 5-17.

 

mardi 31 août 2021

L’avenir du low-tech entravé par le dogme de la croissance

 Source : https://reporterre.net/L-avenir-du-low-tech-entrave-par-le-dogme-de-la-croissance

Les low-tech, qui constituent une orientation technologique indispensable, peinent à sortir de la marginalité. En cause, leur difficile compatibilité avec les principes de croissance et de rentabilité ainsi que l’emprise qu’ont les hautes technologies sur nos manières d’imaginer le futur.


 


Seul à bord de son catamaran aux allures de laboratoire, l’aventurier et ingénieur Corentin de Chatelperron montre à la caméra l’une de ses créations : une lampe solaire en forme de cube transparent, fabriquée à partir d’une bouteille d’eau, de planches de bois et de quelques composants électroniques recyclés. Dans le reste de sa vidéo, postée sur la chaîne YouTube du Low-tech Lab, le sympathique trentenaire à la chevelure brune et bouclée montre patiemment comment fabriquer cet objet à la fois « utile, durable et accessible à tous ». En un mot, « low-tech ».

Formé par antonymie avec le « high-tech », ce terme désigne des innovations sobres, agiles et résilientes, devant contribuer à l’émergence d’une société plus économe en ressources et en énergie. Sur Internet, les tutoriels pullulent : on y apprend comment construire des cuiseurs solaires, des éoliennes domestiques et des « frigos du désert » (qui permettent de conserver les aliments sans recours à l’électricité) grâce à des matériaux simples et à une bonne dose d’ingéniosité. Malgré les nombreux livres, hors-séries et documentaires consacrés ces dernières années au low-tech, force est pourtant de constater que la démarche demeure marginale.

« Si l’on faisait un sondage dans la rue pour savoir si les gens voudraient vivre dans une ville low-tech, ou pire, prendre un avion low-tech, je ne suis pas sûr qu’il y aurait beaucoup de réponses positives », estime Philippe Bihouix, ingénieur et auteur de L’Âge des low-tech — vers une civilisation techniquement soutenable. La démarche est selon lui restée « relativement confidentielle », et n’attire pour le moment qu’un public d’ores et déjà sensibilisé aux questions écologiques. En dépit des nuisances environnementales qu’ils génèrent, les balances, montres et distributeurs de croquettes connectés restent plus populaires sur les étals et dans les placards que les inventions low-tech.

Comment expliquer que ces alternatives pourtant prometteuses sur le plan écologique peinent tant à s’inscrire durablement dans notre paysage technique ? Pour Philippe Bihouix, le premier frein au développement de la low-tech est économique : « Consommer des ressources ou émettre des gaz à effet de serre reste moins cher que de mobiliser du travail humain, ce qui bloque l’émergence de beaucoup de solutions de réparation et de formes artisanales de travail. »

Des techniques qui ne vont pas dans le sens de la croissance et la rentabilité

Les principes de durabilité et de réparabilité de la technologie sobre entrent également en contradiction avec la volonté de croissance des entreprises, entravant l’adoption de ces inventions par le grand public. En 2019, le service innovations de Décathlon a entamé une collaboration avec le Low-tech Lab pour concevoir un réchaud low-tech. L’expérience a tourné court. « Le produit final ne ressemble pas forcément à ce que nous avions en tête au départ, confie Kévin Loeslé, responsable du développement de la communauté au Low-tech Lab. Dans de grandes entreprises comme celle-là, certains ont des idées et veulent faire des choses, mais d’autres veillent au grain sur la question de la rentabilité. » « Le travail fait ensemble relève plus de l’écoconception que de la démarche low-tech telle qu’on la mesure aujourd’hui, confirme Clément Chabot, cofondateur du Low-tech Lab. Aujourd’hui, ce produit est fait à l’autre bout du monde pour une utilisation de camping. Est-ce que ça va sauver le monde ? Je ne pense pas. » Décathlon n’a quant à lui pas répondu aux multiples sollicitations de Reporterre sur le sujet.

Philippe Bihouix évoque également des freins réglementaires, notamment dans le secteur de la construction. Pour ce qui est de la rénovation thermique, les aides financières accordées par l’État sont par exemple conditionnées au respect de normes par les fabricants, dont ne peuvent bénéficier certaines alternatives low-tech. « À partir du moment où le système est autoconstructible, que ce soit un poêle à bois ou un panneau solaire thermique, il n’entre pas dans les normes car il ne peut pas être testé par un organisme agréé à la fin, pour le moment en tout cas », dit Quentin Mateus, coordinateur des enquêtes du Low-tech Lab. Il précise que les niveaux de sécurité et de performance de ces équipements énergétiques peuvent pourtant être « aussi bons, voire meilleurs » que ceux produits par des industriels. L’ingénieur regrette que « trop peu d’argent public » soit investi dans des dispositifs d’éducation et de vulgarisation qui permettraient au grand public de « s’autonomiser » en matière d’économie d’énergie. « Les résultats seraient pourtant probablement plus intéressants », pense-t-il.

Pour Sandrine Roudaut, autrice de L’utopie, mode d’emploi et corédactrice d’une note de La Fabrique écologique sur l’innovation low-tech, les raisons de l’indifférence d’une large partie de la population à l’égard de ces alternatives sont à chercher du côté de notre imaginaire collectif. « Tous nos scénarios du futur sont confisqués par la high-tech, déplore-t-elle. Quand on parle de low-tech, on a l’impression qu’il s’agit d’un retour en arrière. L’idée de progrès est forcément associée à plus de numérique, plus de technologie, au lieu de repenser le scénario d’usage et le rendre plus frugal. »

En tant qu’éditrice aux éditions La mer salée, Sandrine Roudaut constate de près à quel point la high-tech exerce une emprise sur nos imaginaires. « Les fictions décrivant un monde dominé par la surveillance et la high-tech représentent la majorité des manuscrits que je reçois, raconte-t-elle. Si l’on ne montre pas autre chose, on définit que le futur, de toute façon, sera comme ça. »

Imaginer une société low-tech désirable

L’enjeu, selon elle, est donc de permettre au grand public de visualiser à quoi pourrait ressembler une société low-tech. « Une des raisons pour lesquelles la low-tech n’émerge pas, c’est que l’on ne la voit pas dans les récits ni dans les films. Tout le monde associe la fin de notre monde high-tech à un monde survivaliste dans lequel on va se taper sur la figure. Il faut montrer un monde différent. » Dans son roman Les Déliés, Sandrine Roudaut a ainsi décidé de faire la part belle à ces innovations. Y sont par exemple évoqués des modes de communication low-tech et le recours de médecins à des animaux pour dépister des maladies, une méthode dont l’efficacité a été prouvée, par exemple dans le cadre de détections de cancers de la prostate par une équipe de chercheurs italiens. « Par la fiction, on peut se rendre compte qu’un tel monde est possible et, surtout, désirable », estime la romancière.

La note de la Fabrique écologique à laquelle a contribué Sandrine Roudaut évoque d’autres pistes pour favoriser l’essor de cette démarche : ouverture de lieux de réparation citoyenne dans chaque commune, taxation des produits démesurément high-tech, création d’une instance habilitée à interdire les produits trop polluants, etc. Les auteurs défendent également la transformation de notre modèle fiscal. « Si un aspirateur tombe en panne, il est aujourd’hui aussi cher de le réparer — si tant est que ce soit possible — que d’en racheter un neuf, car le coût de la main d’œuvre est plus élevé que celui des ressources. L’idée serait de prélever les cotisations sociales [1] non sur le travail humain dans les salaires, mais sur la dépense d’énergie et de ressources des entreprises, explique Philippe Bihouix, également coauteur de cette note. Cela renchérirait le prix des biens et des services à forte empreinte environnementale, et baisserait celui de ceux qui dépendent du travail humain. » Selon l’ingénieur, cette nouvelle fiscalité pourrait « casser » la course à la productivité, et freiner le remplacement du travail humain par des machines ou des logiciels énergivores.

Former les ingénieurs à ces enjeux est tout aussi important. « Si l’on parvenait à débloquer suffisamment d’argent pour développer la low-tech, il faudrait pouvoir embaucher des gens formés à ces questions, analyse Kévin Loeslé, du Low-tech Lab. Aujourd’hui, il n’y en a pas, ou peu. Il s’agit principalement de gens reconvertis, qui font un pas de côté par rapport à leurs activités précédentes. » Pour le moment, la démarche reste absente des programmes de la grande majorité des formations d’ingénieurs. « Les écoles ne voient pas la low-tech au niveau industriel, observe Baptiste Eisele, étudiant à l’École nationale supérieure des Mines d’Albi-Carmaux et membre du collectif Pour un réveil écologique. Il y a un fossé entre ce que nous devons faire pour répondre à l’urgence écologique et ce que l’on nous enseigne. »

Quelques signaux encourageants montrent toutefois qu’une mutation pourrait s’amorcer : une formation dédiée, la Low-tech Skol, a récemment été créée à Guingamp. À l’Institut catholique d’arts et métiers de Lille, des étudiants ont fondé un atelier low-tech. Quelques écoles d’ingénieurs, comme l’INSA Lyon et l’Université de Technologie de Troyes, commencent à intégrer la low-tech à leurs offres de cours, sans que cela ait nécessairement un impact sur la qualité de la formation des étudiants. « On peut apprendre comment fonctionnent l’optique et la thermique grâce aux low-techs », s’enthousiasme Kévin Loeslé. Pour que cet engouement encore timide se poursuive, encore faudrait-il que les entreprises s’intéressent elles aussi à la démarche, tempère Philippe Bihouix : « Le travail d’une école est d’assurer l’employabilité des élèves. L’enseignement doit évoluer en même temps que la structure industrielle et technique de la société. »

Un modèle sociétal à repenser localement

Les collectivités locales ont elles aussi un rôle crucial à jouer, selon Clément Chabot : « Le territoire est le premier bénéficiaire de la low-tech, qui amène de la résilience ». Soutien aux associations et aux entreprises locales engagées dans la démarche, adoption d’innovations en technologie sobre au sein des bâtiments publics afin de permettre au grand public de les expérimenter, création d’espaces de pédagogie dans les mairies… Les possibilités sont nombreuses, et là encore, les choses semblent bouger doucement.

Quentin Mateus constate ainsi qu’un nombre croissant de collectivités locales s’intéressent à la low-tech. La région Bretagne, par exemple, forme ses agents à la démarche, et soutient financièrement des expérimentations à l’échelle du territoire. L’agglomération de Lorient a créé une subvention à destination des particuliers souhaitant se former à l’autoconstruction de capteurs solaires thermiques, tandis que des discussions sont en cours dans la ville de Bordeaux quant à l’installation, au cours des deux prochaines années, de toilettes sèches au sein de l’Hôtel de ville et dans d’autres bâtiments publics. En Île-de-France, l’Agence de la transition écologique (Ademe) a débloqué une enveloppe de 1 million d’euros en 2020-2021 pour financer des projets d’innovation sobre. La ville de Boulogne-Billancourt, enfin, soutient le Low-tech Lab local, qu’elle installera dans sa future Maison de la Planète. Ces projets restent pour le moment minoritaires. Pas de quoi décourager les chantres de la low-tech pour autant. « Les choses prennent du temps, il est important de l’accepter, insiste, optimiste, Clément Chabot. Tout notre modèle sociétal est à repenser. Cela ne se fait pas en claquant des doigts. »


mardi 15 décembre 2020

Les cantines populaires, atout indispensable au sein des luttes

 Source : https://www.lamuledupape.com/2020/09/01/les-cantines-populaires-atout-indispensable-au-sein-des-luttes/


Elles se nomment “Les Lombrics utopiques”, “La Cagette des terres”, “L’autre cantine”… Les cantines populaires auto-gérées se multiplient sur le territoire français depuis une quinzaine d’années, ravitaillant squats, quartiers défavorisés, ZAD, festivals ou manifestations. Lors des Rencontres intergalactiques de Notre-Dame-des-Landes, plusieurs représentant·es de ces collectifs étaient présent·es pour mettre le focus sur une pratique peu mise en lumière et qui s’est pourtant imposée comme un atout indispensable des luttes.

L’auto-organisation alimentaire au coeur des luttes

Les cantines auto-gérées représentent une réponse populaire à la thématique centrale de l’alimentation. Alimenter gratuitement ou à prix libre des populations n’est pas une idée nouvelle, on peut en France en remonter l’origine à la Commune de Paris. Il est communément admis que cette phase de résistance populaire aura pu faire face dans un premier temps au siège de la capitale par les Prussiens en 1870, puis à son blocus ferroviaire l’année suivante, en organisant la distribution de pain et de nourriture (exemple des Marmites d’Eugène Varlin, créées en amont pour nourrir les milieux ouvriers, et qui se sont perpétuées lors de la Commune). Les cantinières subissent alors une répression très importante. A l’époque, les dépenses alimentaires représentent en effet l’essentiel du budget de la population, leur action est donc une épine dans le pied des autorités qui cherchent à écraser la contestation.

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lundi 10 août 2020

Plancher social et plafond écologique : le donut !

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Limites_plan%C3%A9taires

Les neuf limites écologiques qu’il ne faudrait pas dépasser pour préserver la stabilité de la planète :

  1. le changement climatique,
  2. l’érosion de la biodiversité,
  3. la perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore,
  4. les changements d’utilisation des sols,
  5. l’acidification des océans,
  6. l’utilisation mondiale de l’eau,
  7. l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique,
  8. l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère,
  9. l’introduction d’entités nouvelles dans la biosphère

 





Les 12 dimensions de la vie sociale :

  1. Accès à l'eau
  2. Accès à une alimentation saine et nutritive
  3. Accès à des services de santé
  4. Accès à des services éducatifs/culturels
  5. Accès à un logement
  6. Accès à des revenus et de l'activité
  7. Accès à des réseaux d'information et de transports
  8. Accès à l'énergie
  9. Droit à la paix et à la justice
  10. Droit à l'égalité politique / la citoyenneté (démocratie réelle)
  11. Droit à l'équité sociale
  12. Droit à l'égalité de genre

 

 

Version graduée et dynamique :  www.kateraworth.com/doughnut/

 

Appliquer la grille à l'échelle locale : https://www.kateraworth.com/2020/07/16/so-you-want-to-create-a-city-doughnut/

 

 



lundi 23 mars 2015

Les ZAD sont-elles une nouvelle forme de lutte ?

Source : MOC




Les ZAD sont-elles une nouvelle forme de lutte ?
Voici quelques traits saillants des « ZAD » et des « zadistes » que j’ai pu vivre et partager sur la ZAD de Sivens, dans le Tarn.

Les ZAD sont-elles une nouvelle forme de lutte ?
Au regard de l'histoire, proche ou lointaine, certainement pas.
Au présent, en France, certainement.

C'est différent d'un mouvement, car ces personnes ne rentrent pas chez elles le soir. Chez elles, c'est là. Leur travail, c'est là. Leur magasin, c'est là... la vie est au coeur de la lutte. Toute la vie. Toutes les dimensions de la vie, sans les séparer.
C'est différent d'une manifestation, car le temps long fait qu'une micro-société s'y construit, avec ses rôles sociaux, ses circuits économiques, ses circuits politiques, ses conflits.
C'est différent d'une occupation, car il y a cette possibilité d'y vivre à moyen terme, d'y emménager, c'est un lieu de vie possible, au delà de la lutte.
C'est différent d'une révolution, car on ne cherche pas à renverser le "pouvoir" d'en haut pour le prendre d'en haut. On fait descendre le pouvoir ici, pour montrer ses objectifs, son impuissance donc sa violence. Et Rémi a été tué.
C'est différent d'un programme politique parce qu'on y expérimente en vrai ce dont on parle, ici et maintenant. Le but premier n'est pas d'avoir raison ou d'imaginer le "bon système", mais de développer la puissance à la base, seule garante de la réalité démocratique.
C'est différent d'une grève, car on n'y défend pas son emploi, son travail, son revenu. On y défend les conditions même de la vie humaine.
Il n'y a pas de succès ou d'échec, car vivre ne connait ni succès ni échec. Ce qu'on y vit, quoi qu'il en soit, donne de la consistance à ce territoire, au monde que l'on combat, au monde auquel on aspire, à ce qu'on est, à la vie.

Comment lutter ? En abandonnant le mythe d'un monde sans lutte, sans conflit ?
Pourquoi les militants militent ? 
Pour faire progresser l'humanité ? Pour y arriver de leur vivant ? Pour dire "ça c'est fait" ? Pour rentrer ensuite à la maison ?
Qui milite parce qu'il faut ? Qui en a marre des rassemblements, des réunions, des débats, des avis contradictoires, des divergences ? Qui en a marre que ce à quoi il aspire n'arrive pas plus vite ? Qui pense que ce qui est, ne devrait pas être ? Qui pense que le monde devrait être totalement en harmonie et en paix ? 
Qui a de la joie à être là ? Qui a de la joie à être dans ce monde ?
Qui a de la joie à lutter ? Qui a de la joie à accepter ce qui est et à s'engager pour le faire être ce à quoi il aspire, sans illusion, en laissant une place aux aspirations des autres ?
Est-ce que nous luttons pour ne plus lutter ?
Est-ce que nous mangeons pour ne plus manger ensuite ? Est-ce que nous dormons pour ne plus dormir ensuite ? Est-ce que nous aimons pour ne plus aimer ensuite ?
La vie, c'est la lutte. La lutte, c'est un art de vivre.
C'est à dire la reconnaissance des conflits comme inhérents à la vie.
C'est à dire la reconnaissance fondamentale de l'autre, de l'altérité, la sienne, la mienne. 

Extrait d'un livre du livre A nos amis - Comité invisible
Le conflit est l'étoffe même de ce qui est. Reste à acquérir un art de le mener, qui est un art de vivre à même les situations, et suppose finesse et mobilité existentielle plutôt que volonté d'écraser ce qui n'est pas nous.

Comment lutter ? En équilibrant autrement notre rapport au monde ?
Si l'on convient avec Einstein que "La folie, c'est se comporter de la même manière et s'attendre à un résultat différent." Pourquoi, dans notre rapport au monde, répétons-nous symétriquement les mêmes traits que ceux qui fondent la modernité et dont nous dénonçons les effets : utilitarisme et quantitativisme, déterritoralisation, ingratitude.

Etre sensible au monde.
Le réchauffement climatique n'est pas seulement dans les rapports du GIEC. Il est surtout dans l'œil du jardinier.
Habiter le monde.
La crise ne se regarde pas depuis l'espace, comme des extraterrestres. Surplombants. Pouvons-nous descendre sur terre, écouter et nous connecter à la réalité d'autres personnes, AVANT de les "conscientiser", AVANT de les "sensibiliser".
Célébrer le monde.
Qui est émerveillé plus d'une fois par an par le soleil levant, l'éclatement des bourgeons, le souffle du vent...

Comment lutter ? En vivant, simplement ?
"Nous ne défendons pas la Nature. Nous SOMMES la Nature qui se défend."
Le verbe être.
"Je suis, je vis" : quelle puissance !
"Je me pose au milieu d'une vallée et je montre que le plus important est simplement de vivre et d'être" : quelle subversion ! 
"Je vis de bouts de ficelle et j'ai la banane !" : quel rappel salutaire !
"Je construis avec les autres, dans ET sans le système, des conditions de vie autonome" : quel contre pouvoir, quelle sécession !

Comment lutter ? Sur le terrain de la condition humaine ?
De même qu'il n'y a pas LA Justice, mais une suite de situations dans lesquelles on se bat pour elle, pour qu'elle soit, ici et maintenant.
De même en défendant ce petit bout de terre, en montrant qu'on veut juste y vivre, qu'on peut juste y vivre, on défend toute LA Terre.
Sur les ZAD, je ne m'oppose pas à CET aéroport, CE barrage. Je m'oppose au monde qui détruit les conditions de la vie, les conditions de la vie humaine, les conditions qui nous permettent d'exprimer notre humanité. 
Affirmer : "ce petit bout de terre est plus important que tout".
C'est défendre la condition humaine.

Comment lutter ? En apprenant à lutter ?
Ne pas toujours respecter la loi. Ne pas toujours obéir aux forces de l'ordre. Ne pas toujours respecter la propriété privée. Ne pas toujours respecter les machines. 
Rencontrer des gens divers, nouer des relations, tisser des réseaux, établir des moyens de communication efficaces et de proximité.
S'approvisionner, cueillir, se nourrir. Prendre soin.
Se protéger du froid, du chaud, du mouillé.
Construire, réparer, bricoler, fabriquer, se réapproprier les techniques.
Débattre. Accepter le point de vue de l'autre. Accepter les actions de l'autre, même sans y souscrire à 100%.

Comment lutter ? En ne se laissant pas produire, en ne se laissant pas agir ?
C'est qui un zadiste ? Et un non zadiste ? C'est qui un NoTAV ? Et un pas NoTAV ?
Par leur ancrage, le temps long et la diversité des actions et des personnes impliquées, ces luttes déjouent ceux qui cherchent à les enfermer dans une case et donc à les séparer de "la population". Elles ne se laissent pas produire en tant que sujet politique.

Comment lutter ? En s'attaquant aux flux.
Le pouvoir est logistique.
Le pouvoir est dans ce qui tisse l'organisation de nos vies de l'intérieur : infrastructures, réseaux, routes, lignes, flux.
Les luttes contre les grands ou petits projets nuisibles actent cette intuition.

Comment lutter ? En ne convergeant pas d'abord ?
Les ZAD sont "non convergentes à priori".
Elles mettent en mouvement plusieurs collectifs pour un petit bout de terre de rien du tout. Et encore d'autres collectifs autour, territoriaux, éphémères. Personne ne surplombe et ne dirige l'ensemble du sujet. Chaque groupe a la responsabilité de ce qu'il fait. Et ça n'empêche pas le but de converger, à posteriori, de fait.
Cette non convergence, c'est la vie.
La convergence, c'est le point de vue d'en haut, une seule tête ! Le point de vue d'en haut, c'est celui des commissaires. Les commissaires de POLIce ou les commissaires POLItiques.
Les zadistes sont malPOLIs.

Comment lutter ? En fondant des communes ?
Les ZAD sont des fondations politiques. 
Elles fondent des communes, des cités.
Et les débats qui vont avec.
Ce n'est pas simple. Mais cela soigne bien de l’impuissance généralisée.

dimanche 4 novembre 2012

En finir avec la voiture ?

Source : MOC
 

[Compilation des articles déposés sur le site de débats : newsring.fr]

1- Pourquoi ne pas en finir avec la voiture ? Des faits : inventaire à la Prévert
Posons la questions à l’envers : que sommes nous prêts à sacrifier pour nos voitures ?
La voiture est-elle si importante dans nos vies, pour qu’elle mérite tant de ressources (en temps de vie, en vies humaines, en argent individuel et collectif, en espaces occupés, en ressources énergétiques, en pollutions et déchets ?


La vitesse réelle des automobiles, celle qui intègre le temps de travail nécessaire pour les acheter et les entretenir, est aujourd’hui plus grande que celle des vélos. Mais pas si on y intègre le coût social. Pour bien évaluer l’intérêt social de la voiture, il faut prendre en compte « la société qui va avec ». C’est la notion de vitesse sociale qui, outre le temps nécessaire pour financer le déplacement, inclut d’autres coûts sociaux comme les risques d’accidents, le morcellement des villes par les autoroutes urbaines ou la ségrégation sociale dans les quartiers bruyants.Source : http://www.larecherche.fr/content/recherche/article?id=26401
Un trajet en voiture est plus rapide. Mais un trajet en voiture ne prend pas moins de temps de vie. Source : http://quotidiendurable.com/news/la-voiture-prend-elle-moins-de-temps
Chaque année dans le monde, on compte 1.3 million de décès sur les routes pour 20 à 50 millions de blessés. L’OMS prévoit qu’en 2030, 2.3 millions de personnes mourront à la suite d’un accident de la route.
En France, pour l’année 2005, il a été dénombré 4 990 tués selon le bilan provisoire de la Sécurité routière, soit une baisse de -4,6 % par rapport à 2004.
En France, pour l’année 2005, il a été dénombré105 006 blessés selon le bilan provisoire de la Sécurité routière, soit une baisse de -3,4 % par rapport à 2004.
Chaque jour, ce sont 115 personnes qui meurent de manière prématurée à cause des particules fines émises par le diesel, soit 42000 décès par an.
Un kilo d’équivalent C02 toutes les quatre secondes : ce sont donc 4,9 milliards de kilos de C02 qui s’ajoutent à l’atmosphère du fait des voitures européennes chaque année.
Chaque année, pour laver les quelques 30 millions de voitures en circulation en France, 35 millions de m3 d’eau sont consommés, soit autant que ce que contient le lac Majeur entre l’Italie et la Suisse.
Les embouteillages en voiture engendreraient un coût économique de 120 milliards d’euros pour l’Union européenne (source Greencove).
En France les dépenses de carburant absorbent en 2011 environ 4% du budget des ménages.
Une voiture roule moins de 3% de son temps de vie et n’a souvent qu’un seul conducteur…
Source : http://www.planetoscope.com/transport/automobile

2- Relocalisons ! Repenser nos usages pour être moins dépendants de l’automobile
La relocalisation de toutes les dimensions de nos vies permet de réduire notre dépendance à l’automobile et donc de remettre en cause son importance et les ressources que nous y consacrons : en temps de vie, en vies humaines, en argent individuel et collectif, en espaces occupés, en ressources énergétiques, en pollutions et déchets.

Et bien sûr, nous parlons d’une relocalisation ouverte, et pas d’un repli sur je ne sais quelle identité ou clocher de village… nos bassins de vie relocalisée sont interconnectés. Limiter le transport des cerises et de la farine, n’empêche pas d’échanger des recettes de clafoutis !

La relocalisation concerne : l’agriculture, l’industrie, l’artisanat, le commerce, les services, l’eau, l’énergie, l’habitat, l’éducation, la culture, le social, la santé … et bien sûr la démocratie.

Elle permet de retrouver une compréhension et une maîtrise de nos usages, dont la mobilité.

Les autoroutes sont faites pour les camions, pas pour les vacanciers. Mais une fois qu’elles sont construites, il faut les rentabiliser. Pourquoi y a-t-il tant de camions ?

Est-ce vraiment ainsi que nous voulons vivre ?

3- La voiture dans son époque : s’agit-il de rouler plus à vélo dans le même système ?
Le « tout voiture » va de pair avec le monde de la croissance : propriété privée, individualisme, vitesse, pollutions, endettement, dépendance envers une technologie, fragilité du système, perte de sens… Nous ne disons pas : remplaçons les voitures par des vélos et tout ira bien.

Nous souhaitons bien changer de système : c’est à dire sortir du capitalisme, de l’industrialisme, du productivisme, du consumérisme, du travaillisme, du technologisme, de l’extractivisme.

Rappelez-vous les origines et la logique du système fordiste : pour plus de profits, faire plus grand, plus lourd, pour produire plus à la chaîne, pour faire consommer plus, pour contraindre à travailler plus, pour utiliser plus de ressources, avec des technologies forcément bonnes, parce que c’est le sens de l’histoire et du progrès humain. Vraiment ????

« Il n’est pas plus joyeux d’être exploité pour fabriquer des vélos, des éoliennes ou des chemises en lin bio que pour des voitures ou des chaussures de sport. »

Et la voiture, d’un bout à l’autre de la chaîne, depuis les ressources (fer, pétrole…) jusqu’aux rêves de liberté qu’on associe à la voiture, est une caricature de ce système qui nous détourne de notre simple humanité.

Est-ce vraiment ainsi que nous voulons vivre ?

4- Remettre la voiture à sa place : propositions pour une transition
Pour limiter les impacts négatifs et changer nos représentations sur l’automobile :
  1. Garantie 15 ans pièces et main d’oeuvre.
  2. Bridage des moteurs.
  3. Bonus / malus en fonction de la consommation et des émissions de CO2.
  4. Contrôle des messages publicitaires mensongers.
  5. Plans locaux de mobilité et d’aménagement (débattus et décidés de manière directement démocratique, en prenant le temps d’expliquer les enjeux et d’associer tout le monde).
  6. Priorité dans l’espace public pour les transports doux : pédi-bus, vélos…
  7. Développement et gratuité des transports en commun.
  8. Développement du co-voiturage, de l’auto-partage (bonus/malus).
  9. Relocalisation de l’économie.
  10. Politique d’urbanisme luttant contre le zonage, la séparation des usages (habiter, travailler, s’alimenter, s’équiper) et l’étalement urbain.
5- Sans être hypocrites et ingrats, passons à autre chose
Oui, nous devons et nous allons en finir avec la voiture. Pour passer plus sereinement à autre chose,
  • reconnaissons que cette « époque de la bagnole » nous a aussi traversé : avec ses moteurs vrombissants, ses capots galbés, son imaginaire de liberté, ses kilomètres avalés en quelques heures qui semblaient rendre tout si proche…
  • rappelons qu’elle a été très courte en fait, une petite 50aine d’années, et n’a pas concerné tous les humains sur Terre, loin de là !
Voilà, ça avait des bons côtés, on l’a fait, on a essayé, maintenant on comprend bien que ça ne peut pas durer, on voit bien que les inconvénients dépassent les bénéfices, on voit bien que d’autres solutions plus satisfaisantes pour une vie bonne sont disponibles.

Rappelons-nous que d’autres mondes ont été, sont et seront possibles.
Boris Prat