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mardi 21 octobre 2025

Chauffer les personnes plutôt que les espaces : et si on passait à la « slow heat » ?

 Source : https://energie-partagee.org/chauffer-les-personnes-plutot-que-les-espaces-et-si-on-passait-a-la-slow-heat

 


La sobriété énergétique ne se limite évidemment pas aux actions individuelles. Elle doit impérativement être prise en compte dans les domaines les plus structurants (aménagement du territoire, bâtiment, transports, …). Mais ces évolutions profondes seront facilitées par le changement des représentations et des pratiques individuelles. Slow Heat, une passionnante initiative de recherche-action lancée en Belgique par un collectif de chercheurs, architectes et citoyens wallons, s’est attelée depuis quelques années, par l’expérimentation, à changer ces représentations et ces pratiques.

Face aux crises énergétiques et climatiques qui nous guettent et menacent notre accès au chauffage tel que nous le connaissons, SlowHeat développe des connaissances et prépare la résilience en explorant et coconstruisant l’idée et la pratique d’une vie basse température, basse énergie.

 

« Dans quelle mesure, et à quelles conditions, peut-on réduire nos demandes de chaleur “externe” et être plus résilients - individuellement et collectivement - grâce à la discussion de notre notion de confort, la transformation de nos pratiques de chauffage et à l’exploration de situations basse température, basse énergie ? »

 

Pour le collectif SlowHeat, vivre avec 16, 15, voir 14°C en intérieur, c’est possible et confortable à certaines conditions que leur projet de recherche s’attache à décrire. Les 4 points clés sont :

  • Réduire la demande de chaleur du corps, par la combinaison de 3 éléments : l’habillement, l’acclimatation et l’activité.
  • Continuer à chauffer les occupants, mais plus le logement grâce à du matériel adéquat.
  • Refaire de la demande de chaleur un acte conscient et maitrisé plutôt qu’automatique.
  • Rediscuter les normes de confort entre les membres d’un logement, et plus largement au sein de la société.

 

« Les craintes courantes de “vivre en doudoune” ne sont en général exprimées que par les personnes qui n’ont pas vraiment essayé : avec des ajustements mineurs et sans conséquence notable sur l’agilité, on atteint facilement des réductions de plusieurs degrés à confort égal. »

Pascal Lenormand, expert en performance énergétique

[Infographie] Les grands principes de la logique SlowHeat


 

lundi 20 janvier 2025

Contraindre notre rapport à l’espace dilate notre rapport au temps

Source : https://reporterre.net/Etre-paysan-Quand-une-vie-de-contraintes-devient-joyeuse


Retourner à la terre, c’est réinventer un rapport au monde, où la contrainte peut devenir source d’émancipation, assure notre chroniqueur néopaysan Mathieu Yon. « Il nous manque une poétique du temps long », dit-il.

Les paysans représentaient trois actifs sur dix dans la population française de 1955. Ils ne sont plus que deux sur cent en 2020 ! Plan social massif, « ethnocide des paysans » ou modernisation de l’agriculture... Les causes de cet effondrement varient selon le milieu social et syndical qui les énoncent. Mais toutes ces explications me donnent parfois le sentiment de passer sous silence un autre élément : celui de la transformation radicale de notre rapport à l’espace.

Ce ne sont pas seulement la concentration des terres, celle de la distribution alimentaire, ou le manque de compétitivité des fermes qui expliquent la disparition des paysans. Cela vient aussi d’un bouleversement de notre manière d’habiter, ou plutôt de consommer le monde. Comment réinventer un rapport au monde dans lequel la limite et la contrainte puissent devenir des sources d’émancipation ?

Le choix d’une vie paysanne serait une piste de réponse. Trop souvent, le travail quotidien, dimanches compris, le peu de vacances, le faible revenu, la retraite dérisoire, les aléas de production, de vente, la fluctuation des prix, la concurrence parfois déloyale… viennent briser l’élan optimiste et volontaire d’un retour à la terre. Pourtant, cette vie paysanne se réduit-elle à sa dimension économique ? Ou renferme-t-elle d’autres secrets, qui se découvrent peu à peu, au fil du temps ?

La poétique du potage de courges

Hier soir, je préparai un potage de courges, carottes et persil du champ, que je fis mijoter avec le faitout de mamie pendant deux heures, sur le poêle à bois. Les chênes et les acacias qui chauffaient la maison et cuisaient le repas, nous les avions bûcheronnés à l’automne, choisissant les arbres déjà morts dans les bois entourant les champs. En regardant le feu à travers la vitre du poêle, je ressentais une satisfaction un peu naïve, quelque chose de plein, comme si ma vie faisait partie d’un cycle, même s’il s’agissait d’une simple ponctuation sur les lignes du temps.

Ce n’était pas le grand soir, mais à cet instant, je crois que j’étais heureux. Ce bonheur pouvait-il être contagieux, ou serait-il renvoyé à un mode de vie anachronique, comme un vestige du passé dont on aime à se rappeler l’existence ?

« Une vie paysanne implique de se laisser contraindre par la terre »

Aujourd’hui, nous sommes nombreux à chercher une cabane, perdue dans la forêt, les mots ou les souvenirs. Ces lieux de répit me réconfortent, moi aussi. Mais on passe rarement sa vie entière dans ces refuges, quelques années tout au plus, comme Henry David Thoreau. Je crois qu’il nous manque une poétique du temps long, pour que nos retraits du monde deviennent des modes de vie. Cette expérience de la longue durée, est-elle compatible avec la recherche permanente d’une liberté de mouvement ?

Une vie paysanne implique de se laisser contraindre par la terre, et ce quels que soient les aménagements et les astuces mis en place dans les fermes. Lorsque mon travail diminue en hiver, j’augmente mon temps de lecture et d’écriture. Pourtant, les légumes de mon champ m’obligent toujours à une présence quasi quotidienne. L’astreinte géographique ne disparaît pas. Une part irréductible se maintient.

Comment rendre cette part à nouveau désirable ? Au fond, c’est une question profondément écologique. J’ai exploré ses contours, dans un livre publié récemment (Sortir de l’accélération, pour une écologie du temps) (éd. Nouvelle cité, septembre 2024), et j’ai fait une découverte très simple : contraindre notre rapport à l’espace dilate notre rapport au temps.

Si les champs devenaient des incarcérations joyeuses, nous faisant éprouver les clôtures de la terre et les limites du corps, l’usure de l’esprit et des mains, alors nous céderions un peu de l’arrogance de la modernité. Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de paysans ? Pourquoi le renouvellement des générations n’a-t-il pas lieu ? Parce que nous voulons échapper aux lieux qui nous obligent et aux poids de la terre, au bois qu’il faut fendre et au temps qui file entre nos doigts.

Les paysans écrivent des paysages, dans une grammaire difficile, avec des mots et des colères à plusieurs épaisseurs, auxquelles la société devient sourde. Ce ne sont pas les seuls à ne pas être entendus. Une multitude de métiers invisibles attendent, eux aussi, d’être lus, afin de partager leur quotidien lumineux, à travers quelques phrases ordinaires.

vendredi 3 janvier 2025

Une BD de Philippe Bihouix et Vincent Perriot : "Ressources : Un défi pour l'humanité"

Source : https://bedetheque.com/BD-Ressources-Un-defi-pour-l-humanite-505568.html

Ressources : Un défi pour l'humanité
Une BD de Philippe Bihouix et Vincent Perriot chez Casterman - 2024

À en croire les milliardaires de la Silicon Valley, notre destin passerait inéluctablement par les métavers, l'intelligence artificielle, les robots autonomes et la conquête spatiale, tandis que les énergies renouvelables et les voitures électriques nous permettraient de maintenir notre « niveau de vie » tout en poursuivant la croissance économique et en « sauvant » la planète au passage. Mais les limites planétaires se rapprochent dangereusement : changement climatique, effondrement de la biodiversité, dégradation et destruction des sols, pollutions globales... Alors peut-on croître indéfiniment ? Et si la contrainte sur les ressources matérielles à disposition, sur la planète et même dans le système solaire, mettait fin à cette course en avant effrénée ? Ressources dresse un état des lieux sans concession, mais ouvre des pistes concrètes vers un avenir durable. Un dossier complète l'album avec 12 pages d'informations complémentaires, de glossaire et de sources.

LE MONDE RÊVÉ DE MUSK N'EXISTERA PAS - Philippe Bihouix | LIMIT



Entretien avec Philippe Bihouix, auteur de la BD Ressources


mardi 19 novembre 2024

Notre régime de croissance : individualisme et naturalisme


« La croissance n’est pas une valeur en soi de notre société, mais en quelque sorte le résultat fatal de la forme horizontale de ses institutions. Elle n’est pas le résultat d’un investissement culturel opéré par des puissances maléfiques. Elle découle directement de la libération des particules élémentaires décrétée par l’horizontalisme : une fois « désolidarisés » de la société, les individus sont naturellement amenés à s’engager sur la voie de la croissance, en raison du sentiment de précarité accru par l’isolement. »

Onofrio Romano, Towards a Society of Degrowth, Routledge (2020), p. 91.

Dans ce séminaire inspirant, Onofrio Romano s'inspire de Georges Bataille pour revisiter le concept de décroissance. Il démontre que le problème n’est pas la rareté mais l’abondance d’énergie qui pèse sur le vivant ; la solution ne passe pas par une sobriété utilitariste mais par une reprise de confiance envers l’art de la dépense improductive.

Le régime de croissance dans la modernité : 

  • précarisation mobilisante
  • dépense privée
Le contre-régime de décroissance :
  • protection désactivante (via des structures "providence")
  • dépense collective

dimanche 20 octobre 2024

[PODCAST] (Re)toucher terre

  Source : https://www.localos.fr/re-toucher-terre/


  • Podcast #1 « Comment se prépare un projet de vie à la campagne ? »
  • Podcast #2 « Télétravailler à la campagne »
  • Podcast #3 « Culture et ruralité »
  • Podcast #4 « Ouvrir un commerce en centre bourg »
  • Podcast #5 « Le retour des paysans »


mercredi 9 octobre 2024

Série documentaire: "Vers la résilience alimentaire", d'après le guide rédigé par Les Greniers d'Abondance

 Source : https://www.youtube.com/watch?v=QLsCRCLqb9k&list=PLXevgjr3k1ILPEYqQw4YVGjO4U4TvtovA&index=1



Voies de résilience

n°1 – Augmenter la population agricole .................................................................49

n°2 – Préserver les terres agricoles..........................................................................61

n°3 – Favoriser l’autonomie technique et énergétique des fermes ........................71

n°4 – Diversifer les variétés cultivées et développer l’autonomie en semences ....81

n°5 – Adopter une gestion intégrée de la ressource en eau...................................91

n°6 – Évoluer vers une agriculture nourricière.......................................................101

n°7 – Généraliser l’agroécologie ...........................................................................111

n°8 – Développer des outils locaux de stockage et de transformation ................121

n°9 – Simplifer et raccourcir la logistique et l’achat alimentaire ..........................131

n°10 – Manger plus végétal...................................................................................143

n°11 – Recycler massivement les nutriments.........................................................153

 



dimanche 23 juin 2024

L’urgence de penser la lourde défaite de l’écologie

Source : https://cedricchevalier.eu/situation-n3-lurgence-de-penser-la-lourde-defaite-de-lecologie/


 

Extraits

[...]

L’écologie est à la fois une science, une philosophie et une idéologie politique.

Elle connaît aujourd’hui une triple défaite, scientifique, philosophique et politique, qui dépasse la conjoncture électorale, puisque cela fait environ 50 ans qu’elle a émergé.

 [...]

Le courant écologiste a pour axe principal – plutôt que la liberté hors sol, l’égalité seulement entre humains, le passé réactionnaire ou le futur délirant – l’autonomie interdépendante entre humains et non humains, d’ici et d’ailleurs, d’aujourd’hui et de demain, le pluralisme des modes de vie soutenables, la Métamorphose pour mettre fin à l’Écocide, un Pacte social-écologique qui institue la Limite, l’épanouissement de l’Humanité et de la Vie sur Terre. 

[...]

Depuis environ 50 ans, l’écologie s’est constituée en courant politique – l’écologisme –, c’est-à-dire en force politique désirant changer la société, au même titre qu’avant elle l’humanisme, le libéralisme, le socialisme et le communisme. Aujourd’hui, ces quatre anciens courants politiques peinent tous à intégrer l’écologie – quand ils ne sont pas éco-sceptiques –, tandis que l’écologisme peine à devenir hégémonique et majoritaire. Ces cinq courants, anciens et écologiste, conservent leur vocation démocratique. Ils sont néanmoins confrontés à deux courants profondément antidémocratiques : le courant illimitiste, incarné par le capitalisme néolibéral transhumaniste, et le courant passéiste, incarné par le conservatisme traditionnel, le nationalisme et le néofascisme. Le capitalisme néolibéral transhumaniste est tourné vers un futur fantasmé sans limite, les conservateurs, nationalistes et néofascistes sont tournés vers un passé fantasmé limité. Ces deux courants sont sans conteste éconégationnistes. Ils nient l’écologie en bloc. Ces deux courants rejettent la rationalité critique des Lumières (pourquoi faire ceci ?) soit dans la rationalité instrumentale toute puissante (on peut donc on le fait) soit dans l’obscurantisme de la tradition (faisons ce qu’on a toujours fait).

[...]

L’écologisme reste, à ce jour, le seul courant politique qui a véritablement pris acte du caractère existentiel de l’écologie,  

[...]

En effet, il a pris acte que l’humanisme, le libéralisme, le socialisme et le communisme devaient être réactualisés à la lumière du fait écologique. Et que l’autonomie rêvée de l’être humain ne pourra être qu’interdépendante.

[...]

l’écologisme se distingue radicalement de TOUS les autres anciens et nouveaux courants politiques par un critère fondamental : l’axe de l’autonomie interdépendante. L’humanisme serait anthropocentriste alors que l’écologisme est écocentriste ; le libéralisme aurait une conception indépendante et non interdépendante de la liberté humaine ; le socialisme ne verrait que l’égalité entre humains et pas celle entre humains et non humains et enfin, libéraux, socialistes et communistes ne verraient pas qu’il existe, entre l’Etat et le marché, une autre forme de gouverner les êtres et les choses : les communs. Tous les anciens échoueraient en tout cas, pour l’instant, à concevoir la possibilité, la nécessité et la souhaitabilité de la décroissance. De leur côté, le capitalisme néolibéral transhumaniste est hors sol et le conservatisme-nationalisme-néofascisme est hors temps. L’un ne peut s’inscrire dans le réel, même futur, l’autre ne peut s’inscrire dans le présent, car il reste dans un passé révolu.

[...]

 

samedi 16 mars 2024

Il a lu : Onofrio Romano - Towards a Society of Degrowth

Source : https://decroissances.ouvaton.org/2024/02/24/jai-lu-towards-a-society-of-degrowth-donofrio-romano/


[...]

 Voilà donc un livre qui va confronter directement le décroissant mainstream à un changement de donne, un game changer, toute une série de « chanvirements » ou de « perturbatures »2. Ce qui n’est pas gagné d’avance, car ce décroissant est souvent plus à l’aise dans la critique dirigée contre le monde de la croissance que dans la critique interne, cela dû à un penchant pour le relativisme, qui est précisément l’un des effets dialogiques du régime horizontaliste de croissance.

[...]

« En résumé, dans le régime de croissance, un pouvoir a-téléologique public est installé, qui ne se mêle jamais de la question de ce qu’est une vie bonne, parce que la vie sociale doit être considérée comme le résultat involontaire de l’interaction entre les acteurs individuels. Ceux-ci sont souverains dans l’élaboration et la réalisation de leur propre part de vie. La politique a pour seule fonction de préserver, voire de cultiver, la vie « biologique » des citoyens, ainsi que la régulation administrative de leur libre circulation. La  » croissance  » n’est donc rien d’autre que le résultat et la traduction du principe moderne de neutralité institutionnelle » (page 22).

[...] 

Dans son plaidoyer critique en faveur de la décroissance, on ne peut pas dire que l’auteur nous prenne en traître car, dès l’avant-propos, il pose que « la croissance est le symptôme, pas la maladie » (page viii). Et cette maladie, il ne la diagnostique pas à partir « des effets directs de la croissance sur l’environnement et la santé » (page ix) mais il la trouve dans le « régime qui génère le fétichisme de la croissance » » (ibid.). Autrement dit, sa porte d’entrée dans la décroissance n’est pas écologique mais socio-institutionnelle : ce qui fait la nouveauté historique de la croissance, ce ne sont pas tant ses effets dévastateurs dirigés contre la nature, c’est l’emprise qu’elle exerce et qui rend nos vies « misérables ». Autrement dit, le péril de la croissance et de son régime n’est pas d’être une menace contre la vie, mais contre le sens de la vie. A se tromper de menace, le risque (politique) serait alors de sauver la vie tout en perdant le sens : « Pour le dire brièvement, nous pouvons sortir de la croissance sans quitter le régime de croissance » (ibid.). Et pour reprendre un jugement célèbre d’Hannah Arendt, je rajoute : on ne peut rien imaginer de pire.


dimanche 25 février 2024

Solaire, éolien : « Organisons l’économie autour des énergies intermittentes »

Source : https://reporterre.net/Notre-economie-pourrait-fonctionner-uniquement-grace-au-solaire-ou-l-eolien

Créateur de la première boulangerie solaire, Arnaud Crétot milite pour un accès intermittent à l’énergie. Dans cette tribune, il donne les clés pour adopter cette méthode au « potentiel colossal ». 

Arnaud Crétot est le créateur de la boulangerie solaire NeoLoco. Il est artisan ingénieur et auteur du livre La boulangerie solaire — Un exemple pour un futur radieux (Terre vivante).

 

Pour populariser, entre autres, le concept de « teled », cette fresque est née d’une collaboration entre le dessinateur de BD Vito (dernier ouvrage ici) et Arnaud Crétot. (Cliquez ici pour zoomer) © Vito


vendredi 5 janvier 2024

vendredi 8 décembre 2023

jeudi 2 novembre 2023

George Monbiot : « Derrière chaque mouvement fasciste, il y a un milliardaire »

Source : https://reporterre.net/George-Monbiot-Derriere-chaque-mouvement-fasciste-il-y-a-un-milliardaire

Nourrir le monde... sans dévorer la planète, de George Monbiot, aux éditions Les liens qui libèrent, octobre 2023, 368 p., 24 euros.

 

George Monbiot est le chroniqueur écologiste le plus en vue dans le monde anglo-saxon. Sa colonne régulière dans The Guardian — un journal en accès libre et ne dépendant que de ses lecteurs, comme Reporterre — pourfend les destructeurs de la planète. De passage à Paris pour présenter la traduction de son dernier livre Nourrir le monde (Les liens qui libèrent), il a répondu à Reporterre sans mâcher ses mots.


mardi 17 octobre 2023

À la campagne, les classes populaires sont écolos... sans le revendiquer

Source : https://reporterre.net/A-la-campagne-les-classes-populaires-sont-ecolos-sans-le-revendiquer


En milieu rural, les classes populaires ne se disent pas forcément « écolos », dit la sociologue Fanny Hugues. Mais leurs pratiques de « débrouille » le sont : potager, réparation, autorénovation des maisons...

Il existe déjà des modes de vie très sobres. C’est ce que montrent les travaux de Fanny Hugues, doctorante au Centre d’étude des mouvements sociaux. Elle finalise une thèse provisoirement intitulée « Vivre de peu en zone rurale : récupérer, réparer, autoproduire », fondée sur l’observation de la vie quotidienne d’une quarantaine d’habitants des zones rurales. Des personnes qui ne se retrouvent pas dans le discours écologique alors que leurs pratiques le sont profondément, explique la sociologue à Reporterre.


Reporterre — Vous étudiez ce que vous appelez la « débrouille » de certains habitants de zones rurales. Que recouvre-t-elle ?

Fanny Hugues — J’ai choisi le terme de « débrouille » pour qualifier ces modes de vie car c’est celui que les gens utilisaient et qui résume l’idée que l’on « fait avec ce que l’on a ». Une partie des gens que j’ai suivis trouvent qu’ils ont assez d’argent pour bien vivre. Chez eux, le travail rémunéré est organisé autour du travail de subsistance et non l’inverse. Ils travaillent pour gagner juste ce dont ils ont besoin comme argent. La plupart ont aussi un capital immobilier. Et surtout, ils ont plein d’autres ressources non monétaires qui invalident le fait qu’ils vivent « de peu » : un accès à la nature, des échanges entre voisins, des amis, de la famille, des savoir-faire, de la récupération à foison, etc.

Il existe plusieurs manières de se débrouiller en milieu rural. Elles combinent plusieurs pratiques comme la mise en place d’un potager voire d’une basse-cour, la production de son propre bois de chauffe, la réparation, l’autoconstruction ou l’autorénovation de sa maison — le tout avec l’aide des compétences de ses proches. Le recours aux « bonnes affaires » (promos, occasion, discount) en fait aussi partie.

Comment les personnes que vous avez rencontrées s’organisent-elles pour se déplacer ? Adopter un mode de transport écologique en milieu rural est compliqué.

Elles ont des voitures qui ont en moyenne quinze ans, achetées d’occasion, ou qu’on leur a donné. Elles les réparent avec les moyens du bord, ou vont chez des mécanos qu’elles connaissent bien. Mais en fait ces gens roulent peu, parce que ça coûte cher de rouler. Ils groupent les déplacements, les organisent, ils ne vont jamais exprès à un endroit en voiture, ne se déplacent pas juste pour acheter une baguette de pain.

« Ces gens roulent peu, parce que ça coûte cher de rouler »

Ils prennent peu les transports en commun parce qu’il y en a très peu — seulement un bus le matin et un le soir. Certains font du vélo mais il faut être en bonne condition physique et savoir effectuer les réparations nécessaires. Donc ils utilisent surtout la voiture, tout en ayant des pratiques extrêmement sobres en termes de transport. 

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à cette population ?

Déjà, j’ai été socialisée à une partie de ces pratiques. Ensuite, j’avais déjà fait mon master sur une communauté Emmaüs, puis sur la vie quotidienne d’une cueilleuse de plantes médicinales. J’ai voulu mener ce travail à plus grande échelle. En 2018, les Gilets jaunes ont participé à rendre visibles des pratiques de récupération et d’échanges auparavant invisibles pour les institutions ou pour des gens qui ne s’intéressent pas à la vie des classes populaires rurales. J’ai donc décidé de m’intéresser, non pas aux Gilets jaunes – il y en a seulement quelques-uns dans mon échantillon —, mais à comment on peut vivre avec peu d’argent à la campagne, et considérer qu’on s’en sort plutôt bien.

Parmi les personnes sur lesquelles j’ai centré mon étude, il y a plusieurs groupes – on appelle cela des fractions de classe en sociologie. Je distingue les retraités agricoles et les femmes précarisées, qui ne politisent pas leur mode de vie. Et dans les gens qui le politisent, il y a des personnes qui appartiennent au pôle culturel des classes populaires, et des petites classes moyennes.

En quoi le discours écologiste, porté par les politiques, les médias ou les associations, peut-être perçu comme dominant par les personnes que vous étudiez ?

Ce que j’appelle – comme d’autres sociologues — l’écologie dominante, c’est principalement le discours qui incite à être écocitoyen et à faire des écogestes, comme couper l’eau quand on se brosse les dents ou éteindre la lumière derrière soi. Cela revient à ramener l’écologie à l’espace domestique, à l’échelle individuelle et cela passe sous silence la responsabilité des décideurs publics et des entités économiques. En plus, les pratiques mises en avant sont surtout urbaines. Par exemple, avoir des toilettes sèches ou récupérer l’eau de pluie ne font pas partie de ces écogestes le plus souvent mis en avant. Les personnes que j’étudie dans le cadre de ma thèse sont, pour la plupart, imperméables à ce discours, voire le mettent explicitement à distance.

Quel est leur rapport à l’écologie ?

Aucune des personnes que j’ai suivies n’a revendiqué le fait d’être écolo. Parce que leurs pratiques sont héritées de l’enfance, intériorisées. Elles me disaient « bah non, je ne suis pas écolo », « c’est du bon sens », « c’est logique », « c’est naturel », etc. La plupart de ces personnes ont grandi dans des milieux populaires où on faisait attention à récupérer, faire durer les choses. Puis ces pratiques ont perduré parce que ces gens ont toujours des conditions matérielles d’existence assez restreintes. Donc pour eux, ça va de soi.

Il y a un autre mot qui est beaucoup revenu dans leurs discours, c’est le « respect ». Si on veut que la nature nous donne, il faut la respecter, ne pas la polluer. Par exemple, pour les retraités agricoles, ne pas mettre de produits chimiques dans leur potager en fait partie. Il y a un sens pratique et un sens moral qui incite à faire durer et à prendre soin de la nature.

« Les écogestes mis en avant sont surtout urbains. Par exemple, récupérer l’eau de pluie n’est pas souvent mis en avant. » © Mathieu Génon / Reporterre

Pour eux, les décideurs politiques — perçus comme des gens qui vivent en ville et font partie des classes supérieures — « ne comprennent pas ce qu’on fait ». Les personnes politisées que j’ai suivies parlent d’une écologie « hors sol », présente uniquement dans les discours, alors qu’eux font de l’écologie pratique.

Pourquoi ces personnes au mode de vie sobre et proche de la nature ne se disent pas écolos ?

Pour le groupe de personnes qui ont un discours politisé, le niveau d’exigence pratique n’est pas atteint. Ils vont rappeler qu’ils ont une voiture, diesel ou essence, qu’ils vont encore au supermarché, etc. Pour eux, pour être écolo, il faut vraiment être un décroissant extrême.

Et puis le discours qui consiste à dire « il faut mettre des panneaux photovoltaïques, acheter tel équipement performant » ne peut pas s’adresser à des gens qui n’ont pas les moyens, et qui en plus ont un sens pratique, moral, qui les incite à faire durer les objets et à récupérer.

Ils ont aussi conscience que les classes supérieures se distinguent avec leurs pratiques écologiques. Ils disent : « Ils vont acheter bio ou un pull en mérinos, mais moi je vais chez Emmaüs et ça va très bien ! » Pour eux, l’étiquette écologique ne correspond pas à une véritable écologie pratique. Donc quand d’autres personnes se définissent comme écolos, ils n’y voient qu’un engagement de façade.

« Pour les retraités agricoles, l’écologie est devenue une “mode” »

Enfin, pour les retraités agricoles, l’écologie est devenue une « mode » alors qu’ils estiment que leurs pratiques économes sont héritées de plusieurs générations. Ils considèrent avoir « inventé le bio avant le bio » ou encore « la permaculture avant la permaculture », avant qu’un label et des stages viennent institutionnaliser certaines de leurs pratiques. Alors pourquoi apposer une nouvelle étiquette sur des pratiques que l’on faisait déjà avant ?

Ceux qui portent le discours écologique perçoivent-ils cette sobriété déjà à l’œuvre ?

Le discours écologique dominant laisse souvent penser que les classes populaires, qu’elles soient rurales ou urbaines, se désintéresseraient de l’écologie parce qu’elles ne s’en revendiquent pas de manière explicite. En fait, ce que je montre, c’est qu’il n’y a absolument aucune indifférence vis-à-vis des questions environnementales. Il y a juste une reformulation. En d’autres termes et en d’autres pratiques.

Il y a quelque chose qui me gêne beaucoup chez ceux qui portent le discours écologiste : ils donnent l’impression que les modes de vie sobres que l’on veut faire advenir n’existent pas encore, qu’on va les inventer. Mais en fait ils existent déjà et depuis très longtemps ! Mon travail consiste à les visibiliser.

Le mode de vie des personnes que vous avez étudiées est-il majoritaire dans les territoires ruraux où elles vivent ? Ou sont-elles marginales ?

Cela dépend des territoires et des personnes dont il est question. Ce qui est certain, c’est qu’aucune de ces personnes n’est dominante au niveau social, politique ou économique sur son territoire. Ce sont des personnes qui vivent de manière très discrète, et qui s’entraident avec des personnes qui sont socialement proches. Elles ne se sentent pas marginalisées car leurs sociabilités sont tournées vers des personnes qui adoptent des modes de vie similaires.

Néanmoins, certaines craignent que leurs modes de vie soient fragilisées par l’exode urbain, ou par l’arrivée dans leur voisinage de classes moyennes-supérieures urbaines au mode de vie consumériste. Celles-ci ne viennent pas se présenter à elles et elles ne peuvent donc pas développer ensemble des pratiques d’entraide.

Puisque le discours des dirigeants ne leur parlent pas, pour qui votent ces personnes ?

Pour ceux qui sont politisés et ont plus de capital culturel, s’il fallait les affilier à un bord politique, ce serait La France insoumise. Elle est vue comme plus sociale et populaire que les Verts, qui eux, sont vus comme moins radicaux, sans dimension sociale, et plus proches des élites. Ainsi, j’ai des enquêtés qui ont participé à la zad de Sivens [en lutte contre un énorme dans le Tarn] et avaient dans l’idée que les Verts étaient du côté des décideurs, et de la destruction.

Du côté des femmes précarisées ou des retraités agricoles, certains votent Rassemblement national. Il n’y a pas de discours raciste, mais plus l’idée qu’il faut préserver ses acquis, et que le RN est le parti qui va les y aider. Après, il y a aussi des girouettes, comme une femme qui a voté Mélenchon au premier tour, puis Le Pen au deuxième face à Macron.


mercredi 5 juillet 2023

Le record de température moyenne mondiale battu lundi... et mardi

Source : https://vert.eco/articles/le-record-de-temperature-moyenne-mondiale-battu-lundi-et-mardi

Le record de température moyenne mondiale battu lundi... et mardi : 

Mardi 4 juillet, la température planétaire a atteint 17,18°C, dépassant aisément le précédent record de 17,01°C qui datait de… la veille.