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samedi 29 août 2026

Légumes brûlés, maïs en chute libre, prairies grillées… Les chiffres chocs d’un été catastrophique pour l’agriculture française

 source : https://vert.eco/agriculture/legumes-brules-mais-en-chute-libre-prairies-grillees-les-chiffres-chocs-dun-ete-catastrophique-pour-lagriculture-francaise/ 

Depuis fin mai, le manque d’eau et les canicules à répétition ont profondément bouleversé l’ensemble de l’agriculture française, avec des impacts différents selon les filières et les régions.  

Vert a compilé les chiffres remontés par les filières et les services de l’État pour dresser le panorama de cet été désastreux.

lundi 20 janvier 2025

Contraindre notre rapport à l’espace dilate notre rapport au temps

Source : https://reporterre.net/Etre-paysan-Quand-une-vie-de-contraintes-devient-joyeuse


Retourner à la terre, c’est réinventer un rapport au monde, où la contrainte peut devenir source d’émancipation, assure notre chroniqueur néopaysan Mathieu Yon. « Il nous manque une poétique du temps long », dit-il.

Les paysans représentaient trois actifs sur dix dans la population française de 1955. Ils ne sont plus que deux sur cent en 2020 ! Plan social massif, « ethnocide des paysans » ou modernisation de l’agriculture... Les causes de cet effondrement varient selon le milieu social et syndical qui les énoncent. Mais toutes ces explications me donnent parfois le sentiment de passer sous silence un autre élément : celui de la transformation radicale de notre rapport à l’espace.

Ce ne sont pas seulement la concentration des terres, celle de la distribution alimentaire, ou le manque de compétitivité des fermes qui expliquent la disparition des paysans. Cela vient aussi d’un bouleversement de notre manière d’habiter, ou plutôt de consommer le monde. Comment réinventer un rapport au monde dans lequel la limite et la contrainte puissent devenir des sources d’émancipation ?

Le choix d’une vie paysanne serait une piste de réponse. Trop souvent, le travail quotidien, dimanches compris, le peu de vacances, le faible revenu, la retraite dérisoire, les aléas de production, de vente, la fluctuation des prix, la concurrence parfois déloyale… viennent briser l’élan optimiste et volontaire d’un retour à la terre. Pourtant, cette vie paysanne se réduit-elle à sa dimension économique ? Ou renferme-t-elle d’autres secrets, qui se découvrent peu à peu, au fil du temps ?

La poétique du potage de courges

Hier soir, je préparai un potage de courges, carottes et persil du champ, que je fis mijoter avec le faitout de mamie pendant deux heures, sur le poêle à bois. Les chênes et les acacias qui chauffaient la maison et cuisaient le repas, nous les avions bûcheronnés à l’automne, choisissant les arbres déjà morts dans les bois entourant les champs. En regardant le feu à travers la vitre du poêle, je ressentais une satisfaction un peu naïve, quelque chose de plein, comme si ma vie faisait partie d’un cycle, même s’il s’agissait d’une simple ponctuation sur les lignes du temps.

Ce n’était pas le grand soir, mais à cet instant, je crois que j’étais heureux. Ce bonheur pouvait-il être contagieux, ou serait-il renvoyé à un mode de vie anachronique, comme un vestige du passé dont on aime à se rappeler l’existence ?

« Une vie paysanne implique de se laisser contraindre par la terre »

Aujourd’hui, nous sommes nombreux à chercher une cabane, perdue dans la forêt, les mots ou les souvenirs. Ces lieux de répit me réconfortent, moi aussi. Mais on passe rarement sa vie entière dans ces refuges, quelques années tout au plus, comme Henry David Thoreau. Je crois qu’il nous manque une poétique du temps long, pour que nos retraits du monde deviennent des modes de vie. Cette expérience de la longue durée, est-elle compatible avec la recherche permanente d’une liberté de mouvement ?

Une vie paysanne implique de se laisser contraindre par la terre, et ce quels que soient les aménagements et les astuces mis en place dans les fermes. Lorsque mon travail diminue en hiver, j’augmente mon temps de lecture et d’écriture. Pourtant, les légumes de mon champ m’obligent toujours à une présence quasi quotidienne. L’astreinte géographique ne disparaît pas. Une part irréductible se maintient.

Comment rendre cette part à nouveau désirable ? Au fond, c’est une question profondément écologique. J’ai exploré ses contours, dans un livre publié récemment (Sortir de l’accélération, pour une écologie du temps) (éd. Nouvelle cité, septembre 2024), et j’ai fait une découverte très simple : contraindre notre rapport à l’espace dilate notre rapport au temps.

Si les champs devenaient des incarcérations joyeuses, nous faisant éprouver les clôtures de la terre et les limites du corps, l’usure de l’esprit et des mains, alors nous céderions un peu de l’arrogance de la modernité. Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de paysans ? Pourquoi le renouvellement des générations n’a-t-il pas lieu ? Parce que nous voulons échapper aux lieux qui nous obligent et aux poids de la terre, au bois qu’il faut fendre et au temps qui file entre nos doigts.

Les paysans écrivent des paysages, dans une grammaire difficile, avec des mots et des colères à plusieurs épaisseurs, auxquelles la société devient sourde. Ce ne sont pas les seuls à ne pas être entendus. Une multitude de métiers invisibles attendent, eux aussi, d’être lus, afin de partager leur quotidien lumineux, à travers quelques phrases ordinaires.

vendredi 17 janvier 2025

FNSEA Syndicat de l'agriculture intensive : une série documentaire inédite de L214

Source : https://www.l214.com/stop-elevage-intensif/fnsea

L214 a enquêté sur le plus grand syndicat agricole français, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), qui prône une agriculture productiviste et intensive.

À l’aide d’images d’archives, d’interviews d’éleveurs et de synthèses graphiques, les épisodes explorent de multiples facettes de ce syndicat faiseur de ministres. Il met en lumière sa restructuration de l’agriculture, ses conflits d’intérêts, mais aussi les conséquences désastreuses de son action pour les éleveurs, l’environnement et les animaux.

Épisode 1 : Un syndicat au lourd bilan
Découvrir l'épisode


Épisode 2 : Le malaise des éleveurs
Découvrir l'épisode



Épisode 3 : La mafia de l'agroalimentaire ?
Découvrir l'épisode


vendredi 10 janvier 2025

Que pensent les agriculteurs ?

 Source : https://www.youtube.com/watch?v=a6Ps5fVXUC4&t=13s

Le 12 décembre 2024, The Shift Project et The Shifters présentaient les résultats de la Grande Consultation des Agriculteurs. 

Cette grande consultation est composée d'étude qualitative suivie d’une enquête quantitative ayant recueilli l’avis de 7 711 agriculteurs et agricultrices sur l’avenir de leur secteur. 

La Grande Consultation des Agriculteurs révèle que la grande majorité des agriculteurs sont prêts à accélérer la transition environnementale de leur secteur : plus de 80 % des répondants souhaitent adopter des pratiques agronomiques plus durables, et seulement 7 % déclarent ne pas souhaiter s’engager ou accélérer la transition de leur exploitation.

Lire les résultats de la Grande Consultation des Agriculteurs : https://theshiftproject.org/article/r... 
Lire le rapport final "Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère" : https://tinyurl.com/45yysxkx



dimanche 22 décembre 2024

Les classes sociales face à l'écologie avec Cédric Durand et Clément Sénéchal

 Source : https://www.youtube.com/watch?v=1W8gM2KqLU4

Les classes sociales face à l'écologie avec Cédric Durand et Clément Sénéchal


Comment expliquer que l’écologie échoue encore à se définir comme une véritable force politique et une cause sociale ? Analyser les rapports de classes pourrait-il nous aider à comprendre ce qui retarde la bifurcation écologique ? Une politique de planification écologique qui ne pourra se faire sans les classes populaires. Les calottes glaciaires fondent. Les catastrophes liées aux conditions climatiques se font plus fréquentes et plus intenses. Les écosystèmes sont menacés et les réfugiés climatiques déjà une réalité. Les climatologues sont formels : la Terre se réchauffe à un rythme soutenu, et l’humanité ne pourra en éviter les conséquences tant les objectifs pour limiter ce réchauffement sont déjà dépassés. Si une large part de la population est convaincue de la nécessité d’une transition écologique, force est de constater que l’écologie échoue pourtant à fédérer. Souvent décriée, elle est source de tous les maux à en croire les populistes. « Pourquoi l’écologie perd toujours ? » s'interroge 𝐂𝐥𝐞́𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐒𝐞́𝐧𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐥 dans son livre à paraître, après dix années passées chez ‪@greenpeacefr‬. Pourquoi certaines personnes parmi les plus précaires – celles et ceux qui sont touchés de plein fouet par les conséquences du dérèglement climatique, tournent-elles le dos à l’écologie ? Dans le même temps, les capitalistes verdissent leurs discours pour plaire à la bourgeoisie, n’ayant rien à gagner d’un bouleversement du système. Et si les rapports de classes pouvaient nous aider à comprendre ce qui retarde la bifurcation écologique ? Un virage à 180° dans les modes de production est pourtant nécessaire, virage que le marché, seul, ne prendra pas. Une telle transition requiert une politique de planification écologique ambitieuse, c’est ce que propose l’économiste 𝐂𝐞́𝐝𝐫𝐢𝐜 𝐃𝐮𝐫𝐚𝐧𝐝 dans 𝐶𝑜𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑏𝑖𝑓𝑢𝑟𝑞𝑢𝑒𝑟, ouvrage qu’il co-signe avec 𝐑𝐚𝐳𝐦𝐢𝐠 𝐊𝐞𝐮𝐜𝐡𝐞𝐲𝐚𝐧. Un changement de paradigme qui ne se fera pas, rappelle-t-il, sans les classes populaires. Une rencontre programmée par 𝐎𝐥𝐢𝐯𝐢𝐞𝐫 𝐌𝐚𝐫𝐭𝐢𝐧𝐚𝐮𝐝 et modérée par 𝐉𝐮𝐥𝐢𝐞 𝐆𝐚𝐜𝐨𝐧, journaliste.

dimanche 20 octobre 2024

[PODCAST] (Re)toucher terre

  Source : https://www.localos.fr/re-toucher-terre/


  • Podcast #1 « Comment se prépare un projet de vie à la campagne ? »
  • Podcast #2 « Télétravailler à la campagne »
  • Podcast #3 « Culture et ruralité »
  • Podcast #4 « Ouvrir un commerce en centre bourg »
  • Podcast #5 « Le retour des paysans »


samedi 19 octobre 2024

Documentaire Demain la vallée

Source : https://www.alimenterre.org/demain-la-vallee


Face au changement climatique , des citoyens et citoyennes, des agriculteurs de différents secteurs, accordent leurs voix pour décider ensemble des transformations justes de l’usage de leurs terres. Une expérience scientifique a été réalisée dans le cadre du programme européen “Just Scapes" pour des paysages justes dans la vallée de l’Arac, en Ariège. Ce documentaire raconte cette histoire.


Suites du documentaire : 

https://www.just-scapes.fr/post/des-nouvelles-de-l-arac-ce-qui-s-y-passe-suite-au-projet


lundi 14 octobre 2024

POURQUOI L’ÉCOLOGIE NE RASSEMBLE PAS ? - Thomas De Praetere | LIMIT

 Source : https://www.youtube.com/watch?v=yxGjSsv1P8s

Nouveau "TALK" sur LIMIT avec Thomas de Praetere. 

Diplômé FIAL et Docteur en philosophie (ISP), Thomas De Praetere est le fondateur et CEO de Dokeos, une plate-forme d'apprentissage en ligne destinée aux entreprises. 

Spécialiste de la pensée logique, Thomas De Praetere pose un regard réfléchi sur le monde avec l’ambition de le rendre meilleur par le jeu via la formation en ligne, sa société forme des entreprises dans leur responsabilité sociétale notamment, Total Energie. 

Alors la RSE, Impact ou Illusion ? Découvrez une conversation passionnante sur les enjeux de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), nous explorons les défis de la communication autour du changement climatique, l'importance de l'argumentation, et les solutions pratiques pour inciter les entreprises à s'engager réellement. 

Et nous allons encore plus loin : est-ce que toute la communication autour des questions écologiques est dans l'erreur depuis le début ? Faut-il, changer de méthode ?


mercredi 9 octobre 2024

Série documentaire: "Vers la résilience alimentaire", d'après le guide rédigé par Les Greniers d'Abondance

 Source : https://www.youtube.com/watch?v=QLsCRCLqb9k&list=PLXevgjr3k1ILPEYqQw4YVGjO4U4TvtovA&index=1



Voies de résilience

n°1 – Augmenter la population agricole .................................................................49

n°2 – Préserver les terres agricoles..........................................................................61

n°3 – Favoriser l’autonomie technique et énergétique des fermes ........................71

n°4 – Diversifer les variétés cultivées et développer l’autonomie en semences ....81

n°5 – Adopter une gestion intégrée de la ressource en eau...................................91

n°6 – Évoluer vers une agriculture nourricière.......................................................101

n°7 – Généraliser l’agroécologie ...........................................................................111

n°8 – Développer des outils locaux de stockage et de transformation ................121

n°9 – Simplifer et raccourcir la logistique et l’achat alimentaire ..........................131

n°10 – Manger plus végétal...................................................................................143

n°11 – Recycler massivement les nutriments.........................................................153

 



dimanche 15 septembre 2024

Travailler mieux, un recueil de propositions

 Source : https://laviedesidees.fr/Travailler-mieux-un-recueil-de-propositions

Conditions de travail difficiles, perte de sens, manque de reconnaissance, accidents et maladies professionnelles, les maux du travail sont nombreux. Fondé sur les acquis des sciences du travail, le recueil de propositions « travailler Mieux » vise à répertorier les mesures susceptibles d’améliorer la qualité du travail en France.




samedi 8 juin 2024

Votre territoire peut-il nourrir ses habitants ?

Source : https://territoiresfertiles.fr/

Territoires Fertiles

Un outil libre et gratuit au service de la transition agricole et alimentaire dans les territoires, né du rapprochement de CRATer et PARCEL.

Raconter les enjeux des territoires

Changement climatique, agriculture, alimentation... sont des sujets complexes. Territoires Fertiles vous aide à comprendre ces enjeux à différentes échelles : commune, PNR, EPCI, département...

Encourager le passage à l’action

Nous racontons et valorisons des histoires de transition qui émergent des territoires, pour inspirer les porteurs de projet et favoriser les échanges d’expérience.

Outiller les porteurs de projet

Diagnostic, argumentaire, méthodologie… Territoires Fertiles met à disposition des ressources et des données territorialisées pour vous faire gagner du temps.


dimanche 25 février 2024

Solaire, éolien : « Organisons l’économie autour des énergies intermittentes »

Source : https://reporterre.net/Notre-economie-pourrait-fonctionner-uniquement-grace-au-solaire-ou-l-eolien

Créateur de la première boulangerie solaire, Arnaud Crétot milite pour un accès intermittent à l’énergie. Dans cette tribune, il donne les clés pour adopter cette méthode au « potentiel colossal ». 

Arnaud Crétot est le créateur de la boulangerie solaire NeoLoco. Il est artisan ingénieur et auteur du livre La boulangerie solaire — Un exemple pour un futur radieux (Terre vivante).

 

Pour populariser, entre autres, le concept de « teled », cette fresque est née d’une collaboration entre le dessinateur de BD Vito (dernier ouvrage ici) et Arnaud Crétot. (Cliquez ici pour zoomer) © Vito


mardi 24 octobre 2023

Inégalités : millier, million et milliard...

 

Et si les un peu riches, les riches, les très riches et les super riches ne faisaient pas partie de la même classe ?

Appréhender la différence

Pour compter jusqu'à 100 000, il faut un peu plus de 12 heures...
Pour compter jusqu'à 1 million, il faut 11 jours...
Pour compter jusqu'à 1 milliard, il faut 31 ans.


Rapport sur les riches en France, édition 2022

 

La seconde édition du Rapport sur les riches en France dresse un portrait social des privilégiés, à travers les données les plus récentes sur les revenus et sur le patrimoine. Elle présente aussi deux éclairages inédits sur le rôle de l’héritage d’une part, et sur les conditions de vie des riches d’autre part.



mardi 17 octobre 2023

À la campagne, les classes populaires sont écolos... sans le revendiquer

Source : https://reporterre.net/A-la-campagne-les-classes-populaires-sont-ecolos-sans-le-revendiquer


En milieu rural, les classes populaires ne se disent pas forcément « écolos », dit la sociologue Fanny Hugues. Mais leurs pratiques de « débrouille » le sont : potager, réparation, autorénovation des maisons...

Il existe déjà des modes de vie très sobres. C’est ce que montrent les travaux de Fanny Hugues, doctorante au Centre d’étude des mouvements sociaux. Elle finalise une thèse provisoirement intitulée « Vivre de peu en zone rurale : récupérer, réparer, autoproduire », fondée sur l’observation de la vie quotidienne d’une quarantaine d’habitants des zones rurales. Des personnes qui ne se retrouvent pas dans le discours écologique alors que leurs pratiques le sont profondément, explique la sociologue à Reporterre.


Reporterre — Vous étudiez ce que vous appelez la « débrouille » de certains habitants de zones rurales. Que recouvre-t-elle ?

Fanny Hugues — J’ai choisi le terme de « débrouille » pour qualifier ces modes de vie car c’est celui que les gens utilisaient et qui résume l’idée que l’on « fait avec ce que l’on a ». Une partie des gens que j’ai suivis trouvent qu’ils ont assez d’argent pour bien vivre. Chez eux, le travail rémunéré est organisé autour du travail de subsistance et non l’inverse. Ils travaillent pour gagner juste ce dont ils ont besoin comme argent. La plupart ont aussi un capital immobilier. Et surtout, ils ont plein d’autres ressources non monétaires qui invalident le fait qu’ils vivent « de peu » : un accès à la nature, des échanges entre voisins, des amis, de la famille, des savoir-faire, de la récupération à foison, etc.

Il existe plusieurs manières de se débrouiller en milieu rural. Elles combinent plusieurs pratiques comme la mise en place d’un potager voire d’une basse-cour, la production de son propre bois de chauffe, la réparation, l’autoconstruction ou l’autorénovation de sa maison — le tout avec l’aide des compétences de ses proches. Le recours aux « bonnes affaires » (promos, occasion, discount) en fait aussi partie.

Comment les personnes que vous avez rencontrées s’organisent-elles pour se déplacer ? Adopter un mode de transport écologique en milieu rural est compliqué.

Elles ont des voitures qui ont en moyenne quinze ans, achetées d’occasion, ou qu’on leur a donné. Elles les réparent avec les moyens du bord, ou vont chez des mécanos qu’elles connaissent bien. Mais en fait ces gens roulent peu, parce que ça coûte cher de rouler. Ils groupent les déplacements, les organisent, ils ne vont jamais exprès à un endroit en voiture, ne se déplacent pas juste pour acheter une baguette de pain.

« Ces gens roulent peu, parce que ça coûte cher de rouler »

Ils prennent peu les transports en commun parce qu’il y en a très peu — seulement un bus le matin et un le soir. Certains font du vélo mais il faut être en bonne condition physique et savoir effectuer les réparations nécessaires. Donc ils utilisent surtout la voiture, tout en ayant des pratiques extrêmement sobres en termes de transport. 

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à cette population ?

Déjà, j’ai été socialisée à une partie de ces pratiques. Ensuite, j’avais déjà fait mon master sur une communauté Emmaüs, puis sur la vie quotidienne d’une cueilleuse de plantes médicinales. J’ai voulu mener ce travail à plus grande échelle. En 2018, les Gilets jaunes ont participé à rendre visibles des pratiques de récupération et d’échanges auparavant invisibles pour les institutions ou pour des gens qui ne s’intéressent pas à la vie des classes populaires rurales. J’ai donc décidé de m’intéresser, non pas aux Gilets jaunes – il y en a seulement quelques-uns dans mon échantillon —, mais à comment on peut vivre avec peu d’argent à la campagne, et considérer qu’on s’en sort plutôt bien.

Parmi les personnes sur lesquelles j’ai centré mon étude, il y a plusieurs groupes – on appelle cela des fractions de classe en sociologie. Je distingue les retraités agricoles et les femmes précarisées, qui ne politisent pas leur mode de vie. Et dans les gens qui le politisent, il y a des personnes qui appartiennent au pôle culturel des classes populaires, et des petites classes moyennes.

En quoi le discours écologiste, porté par les politiques, les médias ou les associations, peut-être perçu comme dominant par les personnes que vous étudiez ?

Ce que j’appelle – comme d’autres sociologues — l’écologie dominante, c’est principalement le discours qui incite à être écocitoyen et à faire des écogestes, comme couper l’eau quand on se brosse les dents ou éteindre la lumière derrière soi. Cela revient à ramener l’écologie à l’espace domestique, à l’échelle individuelle et cela passe sous silence la responsabilité des décideurs publics et des entités économiques. En plus, les pratiques mises en avant sont surtout urbaines. Par exemple, avoir des toilettes sèches ou récupérer l’eau de pluie ne font pas partie de ces écogestes le plus souvent mis en avant. Les personnes que j’étudie dans le cadre de ma thèse sont, pour la plupart, imperméables à ce discours, voire le mettent explicitement à distance.

Quel est leur rapport à l’écologie ?

Aucune des personnes que j’ai suivies n’a revendiqué le fait d’être écolo. Parce que leurs pratiques sont héritées de l’enfance, intériorisées. Elles me disaient « bah non, je ne suis pas écolo », « c’est du bon sens », « c’est logique », « c’est naturel », etc. La plupart de ces personnes ont grandi dans des milieux populaires où on faisait attention à récupérer, faire durer les choses. Puis ces pratiques ont perduré parce que ces gens ont toujours des conditions matérielles d’existence assez restreintes. Donc pour eux, ça va de soi.

Il y a un autre mot qui est beaucoup revenu dans leurs discours, c’est le « respect ». Si on veut que la nature nous donne, il faut la respecter, ne pas la polluer. Par exemple, pour les retraités agricoles, ne pas mettre de produits chimiques dans leur potager en fait partie. Il y a un sens pratique et un sens moral qui incite à faire durer et à prendre soin de la nature.

« Les écogestes mis en avant sont surtout urbains. Par exemple, récupérer l’eau de pluie n’est pas souvent mis en avant. » © Mathieu Génon / Reporterre

Pour eux, les décideurs politiques — perçus comme des gens qui vivent en ville et font partie des classes supérieures — « ne comprennent pas ce qu’on fait ». Les personnes politisées que j’ai suivies parlent d’une écologie « hors sol », présente uniquement dans les discours, alors qu’eux font de l’écologie pratique.

Pourquoi ces personnes au mode de vie sobre et proche de la nature ne se disent pas écolos ?

Pour le groupe de personnes qui ont un discours politisé, le niveau d’exigence pratique n’est pas atteint. Ils vont rappeler qu’ils ont une voiture, diesel ou essence, qu’ils vont encore au supermarché, etc. Pour eux, pour être écolo, il faut vraiment être un décroissant extrême.

Et puis le discours qui consiste à dire « il faut mettre des panneaux photovoltaïques, acheter tel équipement performant » ne peut pas s’adresser à des gens qui n’ont pas les moyens, et qui en plus ont un sens pratique, moral, qui les incite à faire durer les objets et à récupérer.

Ils ont aussi conscience que les classes supérieures se distinguent avec leurs pratiques écologiques. Ils disent : « Ils vont acheter bio ou un pull en mérinos, mais moi je vais chez Emmaüs et ça va très bien ! » Pour eux, l’étiquette écologique ne correspond pas à une véritable écologie pratique. Donc quand d’autres personnes se définissent comme écolos, ils n’y voient qu’un engagement de façade.

« Pour les retraités agricoles, l’écologie est devenue une “mode” »

Enfin, pour les retraités agricoles, l’écologie est devenue une « mode » alors qu’ils estiment que leurs pratiques économes sont héritées de plusieurs générations. Ils considèrent avoir « inventé le bio avant le bio » ou encore « la permaculture avant la permaculture », avant qu’un label et des stages viennent institutionnaliser certaines de leurs pratiques. Alors pourquoi apposer une nouvelle étiquette sur des pratiques que l’on faisait déjà avant ?

Ceux qui portent le discours écologique perçoivent-ils cette sobriété déjà à l’œuvre ?

Le discours écologique dominant laisse souvent penser que les classes populaires, qu’elles soient rurales ou urbaines, se désintéresseraient de l’écologie parce qu’elles ne s’en revendiquent pas de manière explicite. En fait, ce que je montre, c’est qu’il n’y a absolument aucune indifférence vis-à-vis des questions environnementales. Il y a juste une reformulation. En d’autres termes et en d’autres pratiques.

Il y a quelque chose qui me gêne beaucoup chez ceux qui portent le discours écologiste : ils donnent l’impression que les modes de vie sobres que l’on veut faire advenir n’existent pas encore, qu’on va les inventer. Mais en fait ils existent déjà et depuis très longtemps ! Mon travail consiste à les visibiliser.

Le mode de vie des personnes que vous avez étudiées est-il majoritaire dans les territoires ruraux où elles vivent ? Ou sont-elles marginales ?

Cela dépend des territoires et des personnes dont il est question. Ce qui est certain, c’est qu’aucune de ces personnes n’est dominante au niveau social, politique ou économique sur son territoire. Ce sont des personnes qui vivent de manière très discrète, et qui s’entraident avec des personnes qui sont socialement proches. Elles ne se sentent pas marginalisées car leurs sociabilités sont tournées vers des personnes qui adoptent des modes de vie similaires.

Néanmoins, certaines craignent que leurs modes de vie soient fragilisées par l’exode urbain, ou par l’arrivée dans leur voisinage de classes moyennes-supérieures urbaines au mode de vie consumériste. Celles-ci ne viennent pas se présenter à elles et elles ne peuvent donc pas développer ensemble des pratiques d’entraide.

Puisque le discours des dirigeants ne leur parlent pas, pour qui votent ces personnes ?

Pour ceux qui sont politisés et ont plus de capital culturel, s’il fallait les affilier à un bord politique, ce serait La France insoumise. Elle est vue comme plus sociale et populaire que les Verts, qui eux, sont vus comme moins radicaux, sans dimension sociale, et plus proches des élites. Ainsi, j’ai des enquêtés qui ont participé à la zad de Sivens [en lutte contre un énorme dans le Tarn] et avaient dans l’idée que les Verts étaient du côté des décideurs, et de la destruction.

Du côté des femmes précarisées ou des retraités agricoles, certains votent Rassemblement national. Il n’y a pas de discours raciste, mais plus l’idée qu’il faut préserver ses acquis, et que le RN est le parti qui va les y aider. Après, il y a aussi des girouettes, comme une femme qui a voté Mélenchon au premier tour, puis Le Pen au deuxième face à Macron.


lundi 31 juillet 2023

Docu : L'anticipation, on verra ça plus tard

Source : https://www.youtube.com/watch?v=GUDXtV-ND8o


Etes-vous prêts pour la prochaine catastrophe majeure ? Et si la gestion collective, Etatique et Citoyenne, de notre sécurité civile était la meilleure façon de faire société ensemble ?

Tout commence par une question : lorsque surviendra la prochaine catastrophe majeure sur notre territoire, sur qui compterez-vous pour la gérer, pour assurer votre survie, répondre à vos besoins essentiels ? Le citoyen est théoriquement sensé être le premier acteur de sa sécurité civile, pour autant, cette question est un point aveugle de notre époque et du débat public. Dès lors qu’on pose le problème comme cela, deux angles d’attaque émergent : notre Etat est-il à la hauteur dans la gestion des catastrophes majeures d’une part, et le citoyen est-il conscient de son rôle dans la sécurité civile de son Etat ?